27 mars 2017

La bataille de l'Obamacare

Le projet de réforme de l'Obamacare a été repoussé la semaine dernière, faute d'avoir rassemblé une majorité suffisante au parlement américain. Les médias en profitèrent pour libérer une joie sauvage: "un politicien complètement inapte", "gouverner est dur, dur, dur", "une leçon" lancèrent des journaux américains goulûment reproduits dans la presse européenne.

La RTS se distingua particulièrement dans l'approche partisane. Un premier reportage samedi après l'annulation du vote lança quelques mots-clés soigneusement choisis, "échec cuisant", "abandon", "défaite", ou le "réflexe" de "rejeter la faute" avant de tresser des lauriers à l'Obamacare. S'ensuivit une inévitable analyse de Pierre Gobet, qui surenchérit sur "l'affaiblissement" du Président, "l'ampleur de son échec" et sa "démonstration d'impuissance". N'en jetez plus!

Il est à peu près inenvisageable d'avoir une présentation correcte de la situation par l'entremise des médias mainstream. Pour commencer, si la réforme de l'Obamacare vient d'échouer, il ne s'agit que d'une première tentative. Rien n'empêche les Républicains d'en faire une autre - et ils en feront une autre.

usa,santé,donald trump,manoeuvres politiquesInutile de le nier, ce contretemps est un revers pour Donald Trump. La réforme de l'Obamacare était tellement importante à ses yeux que c'est le premier Ordre Exécutif qu'il signa après son accession à la présidence le 20 janvier. Ce faisant, et conformément à la séparation des pouvoirs, il confia le dossier à la branche législative de l'État américain, c'est-à-dire au Congrès et en son sein au chef de la majorité républicaine Paul Ryan.

Il est donc important d'éclairer le lecteur sur ce point essentiel: s'il a bien sûr collaboré avec le Congrès dans ses travaux, Donald Trump n'a aucune responsabilité directe dans l'élaboration du projet de loi qui vient d'être repoussé. Il n'est ni doté du pouvoir législatif, ni responsable de la majorité parlementaire républicaine, ni chef du parti. Tous les reportages et les articles qui présentent donc ce rejet comme un échec personnel - à commencer par appeler la réforme "Trumpcare" - entretiennent délibérément la confusion auprès du grand public sur les rôles et les responsabilités de chacun, juste pour le plaisir d'associer Trump à l'échec.

Mais revenons à cette réforme de l'Obamacare.

Obamacare, le Monstre Gentil

L'Obamacare, de son vrai nom Patient Protection and Affordable Care Act, est né du travail de la majorité démocrate sous la présidence Obama. L'abus de langage est le même que pour le Trumpcare, à ceci près que Barack Obama était plus qu'heureux de s'approprier le nom d'une réforme qu'il avait appelée de ses vœux.

Malgré les aspirations du pouvoir, l'accouchement fut difficile: il fallut onze mois de travaux après l'élection du Président Obama en 2008 pour arriver à faire passer un texte, dont la mise en place s'étala longuement suite à des recours juridiques. Les dispositions de la loi n'entrèrent en vigueur que le 1er octobre 2013 pour une application à partir de 2014.

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Qu'apporte Obamacare, en pratique? Pour obtenir un résumé dithyrambique, il suffit de consulter n'importe quel média - par exemple Euronews:

L'Obamacare a rendu obligatoire pour toute compagnie d'assurance santé de proposer au minimum 10 garanties essentielles, notamment les urgences, l'hospitalisation, l'accouchement et la prise en charge du nouveau-né, la santé mentale, les prescriptions médicales... Elle permet aux jeunes de rester sur la police d'assurance de leurs parents. Elle oblige aussi tous les chefs d'entreprise qui emploient plus de 50 salariés à souscrire une assurance pour leurs salariés. Elle a élargi la couverture des plus âgés par Medicaid et aidé financièrement les revenus les plus modestes à financer leur couverture santé.


Trop occupés à tout peindre en rose, les journalistes n'expliquent évidemment pas les mauvais côtés d'Obamacare, qui contribuèrent largement aux échecs électoraux démocrates au Congrès. L'assurance-santé est en effet assortie des mécanismes socialistes habituels, souscription obligatoire et subventions, qui passent très mal auprès d'une opinion publique attachée à sa liberté de choix. Les subventions d'Obamacare pèsent ainsi à hauteur de plusieurs centaines de milliards de dollars sur le budget fédéral - et Obamacare n'en est encore qu'à ses débuts.

Mais quels que soient les qualités et les défauts qu'on lui trouve, Obamacare a un autre problème: elle est condamnée à l'effondrement à brève échéance. La faiblesse est structurelle. Les assurés "aidés", toujours plus nombreux, font grimper la facture collective ; les assurés "aidants" se retirent, quitte à payer des amendes, parce que les primes deviennent trop chères. Le déséquilibre s'aggrave avec le temps, poussant les derniers contributeurs à fuir. C'est ainsi que dans certains États les primes ont plus que doublé. Au bout du compte, même les sociétés d'assurance se retirèrent du créneau pour éviter la ruine.

Dans la grande tradition socialiste, Hillary Clinton aurait bien sûr trouvé un moyen de "sauver" Obamacare - plus d'impôts, plus de redistribution, et plus de pénurie en mettant à la charge des assurés leurs premiers milliers de dollars annuels de dépense de santé. Cette dérive n'aura pas lieu avec Trump. Il a déjà prévenu qu'en cas d'échec de la réforme, il laisserait Obamacare s'effondrer sur sa lancée, prenant bien soin de préciser que les Démocrates portent l'entière responsabilité de l'échec d'un système non viable.

Manœuvres au Capitole

Une fois confiée au Congrès, il devint assez vite clair que la volonté de réforme du Président Trump ne déboucherait sur rien. Les Démocrates rejetèrent l'idée même de participer à une réforme. Les Républicains commencèrent à s'affronter sur la meilleure marche à suivre - réformer Obamacare avant ou après le budget, l'annuler ou la modifier - puis ensuite sur le contenu du American Health Care Act proprement dit.

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Source: Townhall.com

Dans ces joutes, un homme eut une influence prépondérante: Paul Ryan, le chef de la majorité républicaine dans les chambres. Seuls quelques médias nommèrent le projet "Ryancare", bien que cette appellation soit rigoureusement exacte. La réforme de l'Obamacare est largement son œuvre.

Républicain réputé centriste, Paul Ryan fait partie avec John McCain et de nombreux autres de l'aile gauche du Parti républicain - une proportion non négligeable de politiciens qui s'opposèrent à la candidature de Donald Trump et travaillèrent même à la faire échouer. La réforme traduit fidèlement leur état d'esprit: une légère retouche de l'Obamacare, presque cosmétique, qui fit dire à Steve Bannon, conseiller du Président, que le nouveau texte avait "l'air d'avoir été dicté par les compagnies d'assurance".

Respectant scrupuleusement la séparation des pouvoirs, Donald Trump se garda bien de toute immixtion dans le processus législatif. Celui-ci mit au jour les divisions au sein du Parti Républicain: d'un côté les collectivistes qui aimaient bien Obamacare et voulaient la sauver, notamment pour préserver la manne de subventions fédérales arrivant dans leurs États, de l'autre les Républicains orthodoxes tendance Tea Party qui souhaitaient tout laisser tomber. Au milieu les Républicains indécis naviguaient à vue.

La bataille fut rude sur les réseaux sociaux. Dans les cercles républicains, nombreux furent les Internautes à exprimer leur dégoût face à une réforme n'allant pas assez loin et laissant en place les aspects les plus liberticides d'Obamacare. D'autres reprochèrent au Président de soutenir un résultat aussi peu ambitieux. Tous firent part de leur déception face à des élus républicains chantant le refrain de la "fin de l'Obamacare" depuis 2009 pour assurer leur élection, et livrant un si piètre résultat au pied du mur.

Sans surprise, le texte finit par mourir de sa belle mort avant de passer au vote. Les divergences étaient trop irréconciliables au sein du Parti Républicain. Et c'est une victoire tactique pour Trump.

À Malin, Malin et demi

Trump n'est pas né de la dernière pluie et, comme George W. Bush en son temps, s'avère bien plus intelligent que la plupart de ceux qui le critiquent. La réforme de l'Obamacare était la première étape de ses grandes réformes et, en cas d'échec, l'occasion en or de diminuer l'influence des socialistes au sein du Parti Républicain.

La réforme prévue par les Républicains était tellement faible que c'est un soulagement qu'elle ait été repoussée. Si elle était passée, les Américains auraient eu à subir un Obamacare 2.0 décevant, voté par la majorité républicaine et quasiment intouchable. La déception aurait été immense et le découragement tout aussi grand.

Mieux valait pas de réforme qu'un texte à moitié cuit. Mais Paul Ryan est sérieusement affaibli. Pour lui, c'est un échec personnel. Des voies appellent à sa démission du poste de porte-parole de la majorité. On peut imaginer que Trump ne se battra pas beaucoup pour le retenir.

Des batailles difficiles devront être menées, notamment pour la réforme fiscale sachant que les coûts d'Obamacare sont toujours inscrits au budget. Il y aura encore des parties à jouer finement, l'essentiel était qu'Obamacare s'effondre sans qu'on puisse en faire porter le chapeau à Trump, ce à quoi toutes les rédactions travaillent déjà.

Pour Trump, il s'agit d'avancer, de laisser Obamacare s'écrouler et de repartir sur des bases saines. Il ne cache rien et s'en est exprimé sur son compte Twitter. Fait inhabituel, il prit même la peine de transmettre un message identique par le biais du compte Twitter officiel de la Présidence des États-Unis:

"Obamacare va exploser et nous construirons et nous aurons ensemble un superbe plan d'assurance-santé pour LE PEUPLE. Ne vous inquiétez pas!"


La prochaine étape sera donc l'explosion de l'Obamacare. Elle sera spectaculaire et donnera sans doute lieu à de nouveaux débordements de fake news par les médias officiels. Comptons sur Pierre Gobet pour défendre les couleurs de la RTS dans la compétition...

Commentaires

Derrière chaque élu il y a des électeurs. Les élections approchant, les élus n'ont pas l'intention de se sacrifier pour un projet. Ils pensent à leur réélection.
On peut en déduire, que obamacare a, malgré des défauts reconnu par Obama lui-même, un certain soutien dans la population républicaines.

Si le renouvellement des chambres n'est pas synonyme de forte poussée ultraconservatrice, alors les projets de Trump seront fortement en danger.
Les ultraconservateurs, plus bête que la droite française, ne sont pas capable de compromis.

Écrit par : motus | 28 mars 2017

On appelle "populiste", ou encore "bourgeois", un courant politique qui n'est pas cautionné par la RTS.

Écrit par : rabbit | 28 mars 2017

@motus
"Obamacare" est tellement soutenue par la population que Trump s'est fait élire notamment en promettant de supprimer et remplacer cette loi!

Écrit par : simple-touriste | 28 mars 2017

Excellente analyse cher Stéphane.

Si seulement la LAMal pouvait exploser aussi rapidement que l'obamacare.
Mais les suisses ne sont pas prêt à abandonner un système qui les
mènera à la ruine. Pourtant le mechanisme est le même. Hausse des cotisations, subventions etc.
Comme disait Bossuet : le bon dieu se rit des hommes qui déplorent les effets dont ils chérissent les causes.

Écrit par : Rastapopoulos | 29 mars 2017

"Mais les suisses ne sont pas prêt à abandonner un système qui les
mènera à la ruine." On nous promet un doublement des rentes d'ici 2030. Je doute que cela passe si facilement. L'hélicoptère pour un pouce cassé, il faudra peut-être voir pour voir...

Écrit par : Géo | 29 mars 2017

Quiconque cite Bossuet ne devrait pas avoir tout faux. Géo non plus.

Écrit par : rabbit | 29 mars 2017

@motus: j'aime votre commentaire car il résume assez bien les excuses données par les Républicains de gauche.

"Les élections approchant, les élus n'ont pas l'intention de se sacrifier pour un projet. Ils pensent à leur réélection."

Ils y pensent mais ils calculent mal. Beaucoup de ces "Républicains modérés" ont estimé qu'en repoussant Obamacare ils perdraient des voix parmi les ex-assurés ; mais c'est idiot non seulement parce que ces populations votent démocrate, mais aussi parce que les Américains ont massivement voté républicain pour mettre fin à Obamacare - l'élection de Trump l'illustrant parfaitement.

Dans beaucoup d'états fédéraux ces mièvres vont faire face à des primaires difficiles au sein même de leur parti, et je pense qu'ils seront balayés. Ils n'ont plus aucune crédibilité dans leur discours de "mettre fin à Obamacare". Cela reste beaucoup de temps perdu.

"Les ultraconservateurs, plus bête que la droite française, ne sont pas capable de compromis."

Les conservateurs (je ne vois pas en quoi ils seraient "ultra") sont bien capables de compromis et ils l'ont dit ; Paul Ryan ne leur a fait aucune proposition et s'est contenté de mépriser les leurs. Ils ont eu le courage de ne tenir bon face à leurs valeurs et à leurs électeurs. Malgré l'éternelle propagande médiatique désignant toujours les mêmes coupables je pense que les citoyens américains ne sont pas dupes de ce qui vient de se jouer.

Il faut être deux pour un compromis, sinon c'est une soumission.

Écrit par : Stéphane Montabert | 29 mars 2017

@ Geo : Vous connaissez la suite. Elle est déjà écrite.
Caisse unique, prime indexée au salaire, et enfin sécurité sociale à la française.
Déficit permanent, impossibilité de trouver un spécialiste avant 6 mois, qualité des soins en chute libre et au final un coût de la santé exorbitant car contrairement à ce que les gens imaginent, la sécu c'est hors de prix (de mémoire de l'ordre de 25 euros par jour par personne en moyenne).
J’aimerais qu’un bon étatiste (y en a heureusement pas bcp sur ce blog) m’explique comment, en recopiant les erreurs des autres, ils imaginent que ça va mieux marcher chez nous ? Malheureusement je connais déjà la réponse : On est riche, on peut se le permettre.

Écrit par : Rastapopoulos | 29 mars 2017

"Vous connaissez la suite. Elle est déjà écrite.
Caisse unique, prime indexée au salaire"
Aujourd'hui, les médecins peuvent tout se permettre. Il y a trente ans, on hésitait à faire une dialyse à un patient de plus de 60 ans. Aujourd'hui, cela va de soi pour les plus de 90 ans, alors que c'est simplement aberrant : ce n'est qu'une longue et douloureuse fuite devant une réalité simple : nous sommes mortels.
Mais cela rapporte gros aux médecins et aux hôpitaux. Le gaspillage est permanent, tous les médecins et infirmières vous le diront, même si certains appellent cela une réponse aux droits normaux des patients...
Dans ce contexte, on devrait avoir le droit de choisir une mutuelle qui renonce aux soins s'apparentant à l'acharnement thérapeutique, avec un code transparent pour tout le monde : on paie ce qui est nécessaire et non ce qui rapporte à l'usine médicale.

Écrit par : Géo | 29 mars 2017

Il faudra aussi reconsidérer les dépistages du cancer du sein qui alimente les services de cancérologie, les échographies de la thyroïde qui ont mis en évidence tant "d'anomalies" à Fukushima, etc. (Le bilan est très net : pas d'effets néfastes des radiations mais uniquement du dépistage.) Je ne parle même pas de la prostate...

Tout cela alimente une machine qui devient folle.

Par ailleurs, de plus en plus de pédiatres en France sont incapables de diagnostiquer des maladies infectieuses qui du coup devient "fulminante" et aboutit à la mort du gosse "non vacciné" ou "mal vacciné".

Écrit par : simple-touriste | 29 mars 2017

J'ai lu il y a 2 semaines, mais hélas je ne me souviens plus où, que l'Obamacare coûtait aux assurés 15'000$ par année avec une franchise de 5'000$... J'ai des amis aux USA, un couple, qui travaillent les 2 à plein temps et qui gagnent à peine 50'000$ par année entre les deux.

Si les chiffres de l'Obamacare sont vrais, tout est dit !

Écrit par : Pierre H. | 30 mars 2017

"Il faudra aussi reconsidérer les dépistages du cancer du sein qui alimente les services de cancérologie,..;" ça va devenir un vrai scandale! Je ne comprends pas ces femmes qui au premier résultat d'une mammo se font charcuter rapidement sous prétexte qu'il faut faire vite!!!!!

Remarquez les toubibs ne voient même plus les péritonites et renvoient les malades à la maison jusqu'à ce que tout cela purulent et au bord de l'éclatement.

Je viens cinglée a entendre tous ces récits de malades....(période fiscale oblige)tous plus maltraités les uns que les autres, grâce pour finir au pactole qu'on leur donne avec notre obligation de payer des primes démesurées. (et je ne vous dis pas les montants des traitements annuels).

Ma conclusion, tout le monde se portera mieux, plus vite ce système explosera. On peut se croire américains on est en parfaite symbiose avec la classe moyenne américaine, et nous nous avons du recul, eux pas encore!

Écrit par : Corélande | 31 mars 2017

J'ajoute que de nombreux médecins sont prêts à diagnostiquer des problèmes médicaux là où il y a des problèmes de comportement, de discipline, et de pédagogie :

– enfant « dyslexique » qui est juste incapable d’apprendre à lire malgré la méthode péda-gogo du l’instit, qui sera défendu par son syndicat même si la méthode s’avère désastreuse pour la plupart des gosses;
– enfant « hyperactif » qui n’a simplement jamais eu d’interdits.

Parlez-en aux profs, ils connaissent probablement des exemples. Certains ne diront rien parce qu’ils vénèrent les institutions dont la Faculté. Dans bien des cas, ces problèmes « médicaux » se « soignent » instantanément quand le gosse a un meilleur prof qui le recadre!

Non seulement la collectivité finance des séances de « soins » complètement inutiles, on annonce à des parents que leur gosse a un problème au cerveau, on déresponsabilise complètement des parents qui sont parfois 100% à l’origine du manque de discipline, on enferme les gosses dans un schéma de pseudo-maladie.

Et au final on augmente l’emprise toxique de Big Medicine sur la société, qui en a déjà bien trop.

Tout cela au nom du « care »!

Écrit par : simple-touriste | 01 avril 2017

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