27 mars 2017

La bataille de l'Obamacare

Le projet de réforme de l'Obamacare a été repoussé la semaine dernière, faute d'avoir rassemblé une majorité suffisante au parlement américain. Les médias en profitèrent pour libérer une joie sauvage: "un politicien complètement inapte", "gouverner est dur, dur, dur", "une leçon" lancèrent des journaux américains goulûment reproduits dans la presse européenne.

La RTS se distingua particulièrement dans l'approche partisane. Un premier reportage samedi après l'annulation du vote lança quelques mots-clés soigneusement choisis, "échec cuisant", "abandon", "défaite", ou le "réflexe" de "rejeter la faute" avant de tresser des lauriers à l'Obamacare. S'ensuivit une inévitable analyse de Pierre Gobet, qui surenchérit sur "l'affaiblissement" du Président, "l'ampleur de son échec" et sa "démonstration d'impuissance". N'en jetez plus!

Il est à peu près inenvisageable d'avoir une présentation correcte de la situation par l'entremise des médias mainstream. Pour commencer, si la réforme de l'Obamacare vient d'échouer, il ne s'agit que d'une première tentative. Rien n'empêche les Républicains d'en faire une autre - et ils en feront une autre.

usa,santé,donald trump,manoeuvres politiquesInutile de le nier, ce contretemps est un revers pour Donald Trump. La réforme de l'Obamacare était tellement importante à ses yeux que c'est le premier Ordre Exécutif qu'il signa après son accession à la présidence le 20 janvier. Ce faisant, et conformément à la séparation des pouvoirs, il confia le dossier à la branche législative de l'État américain, c'est-à-dire au Congrès et en son sein au chef de la majorité républicaine Paul Ryan.

Il est donc important d'éclairer le lecteur sur ce point essentiel: s'il a bien sûr collaboré avec le Congrès dans ses travaux, Donald Trump n'a aucune responsabilité directe dans l'élaboration du projet de loi qui vient d'être repoussé. Il n'est ni doté du pouvoir législatif, ni responsable de la majorité parlementaire républicaine, ni chef du parti. Tous les reportages et les articles qui présentent donc ce rejet comme un échec personnel - à commencer par appeler la réforme "Trumpcare" - entretiennent délibérément la confusion auprès du grand public sur les rôles et les responsabilités de chacun, juste pour le plaisir d'associer Trump à l'échec.

Mais revenons à cette réforme de l'Obamacare.

Obamacare, le Monstre Gentil

L'Obamacare, de son vrai nom Patient Protection and Affordable Care Act, est né du travail de la majorité démocrate sous la présidence Obama. L'abus de langage est le même que pour le Trumpcare, à ceci près que Barack Obama était plus qu'heureux de s'approprier le nom d'une réforme qu'il avait appelée de ses vœux.

Malgré les aspirations du pouvoir, l'accouchement fut difficile: il fallut onze mois de travaux après l'élection du Président Obama en 2008 pour arriver à faire passer un texte, dont la mise en place s'étala longuement suite à des recours juridiques. Les dispositions de la loi n'entrèrent en vigueur que le 1er octobre 2013 pour une application à partir de 2014.

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Qu'apporte Obamacare, en pratique? Pour obtenir un résumé dithyrambique, il suffit de consulter n'importe quel média - par exemple Euronews:

L'Obamacare a rendu obligatoire pour toute compagnie d'assurance santé de proposer au minimum 10 garanties essentielles, notamment les urgences, l'hospitalisation, l'accouchement et la prise en charge du nouveau-né, la santé mentale, les prescriptions médicales... Elle permet aux jeunes de rester sur la police d'assurance de leurs parents. Elle oblige aussi tous les chefs d'entreprise qui emploient plus de 50 salariés à souscrire une assurance pour leurs salariés. Elle a élargi la couverture des plus âgés par Medicaid et aidé financièrement les revenus les plus modestes à financer leur couverture santé.


Trop occupés à tout peindre en rose, les journalistes n'expliquent évidemment pas les mauvais côtés d'Obamacare, qui contribuèrent largement aux échecs électoraux démocrates au Congrès. L'assurance-santé est en effet assortie des mécanismes socialistes habituels, souscription obligatoire et subventions, qui passent très mal auprès d'une opinion publique attachée à sa liberté de choix. Les subventions d'Obamacare pèsent ainsi à hauteur de plusieurs centaines de milliards de dollars sur le budget fédéral - et Obamacare n'en est encore qu'à ses débuts.

Mais quels que soient les qualités et les défauts qu'on lui trouve, Obamacare a un autre problème: elle est condamnée à l'effondrement à brève échéance. La faiblesse est structurelle. Les assurés "aidés", toujours plus nombreux, font grimper la facture collective ; les assurés "aidants" se retirent, quitte à payer des amendes, parce que les primes deviennent trop chères. Le déséquilibre s'aggrave avec le temps, poussant les derniers contributeurs à fuir. C'est ainsi que dans certains États les primes ont plus que doublé. Au bout du compte, même les sociétés d'assurance se retirèrent du créneau pour éviter la ruine.

Dans la grande tradition socialiste, Hillary Clinton aurait bien sûr trouvé un moyen de "sauver" Obamacare - plus d'impôts, plus de redistribution, et plus de pénurie en mettant à la charge des assurés leurs premiers milliers de dollars annuels de dépense de santé. Cette dérive n'aura pas lieu avec Trump. Il a déjà prévenu qu'en cas d'échec de la réforme, il laisserait Obamacare s'effondrer sur sa lancée, prenant bien soin de préciser que les Démocrates portent l'entière responsabilité de l'échec d'un système non viable.

Manœuvres au Capitole

Une fois confiée au Congrès, il devint assez vite clair que la volonté de réforme du Président Trump ne déboucherait sur rien. Les Démocrates rejetèrent l'idée même de participer à une réforme. Les Républicains commencèrent à s'affronter sur la meilleure marche à suivre - réformer Obamacare avant ou après le budget, l'annuler ou la modifier - puis ensuite sur le contenu du American Health Care Act proprement dit.

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Source: Townhall.com

Dans ces joutes, un homme eut une influence prépondérante: Paul Ryan, le chef de la majorité républicaine dans les chambres. Seuls quelques médias nommèrent le projet "Ryancare", bien que cette appellation soit rigoureusement exacte. La réforme de l'Obamacare est largement son œuvre.

Républicain réputé centriste, Paul Ryan fait partie avec John McCain et de nombreux autres de l'aile gauche du Parti républicain - une proportion non négligeable de politiciens qui s'opposèrent à la candidature de Donald Trump et travaillèrent même à la faire échouer. La réforme traduit fidèlement leur état d'esprit: une légère retouche de l'Obamacare, presque cosmétique, qui fit dire à Steve Bannon, conseiller du Président, que le nouveau texte avait "l'air d'avoir été dicté par les compagnies d'assurance".

Respectant scrupuleusement la séparation des pouvoirs, Donald Trump se garda bien de toute immixtion dans le processus législatif. Celui-ci mit au jour les divisions au sein du Parti Républicain: d'un côté les collectivistes qui aimaient bien Obamacare et voulaient la sauver, notamment pour préserver la manne de subventions fédérales arrivant dans leurs États, de l'autre les Républicains orthodoxes tendance Tea Party qui souhaitaient tout laisser tomber. Au milieu les Républicains indécis naviguaient à vue.

La bataille fut rude sur les réseaux sociaux. Dans les cercles républicains, nombreux furent les Internautes à exprimer leur dégoût face à une réforme n'allant pas assez loin et laissant en place les aspects les plus liberticides d'Obamacare. D'autres reprochèrent au Président de soutenir un résultat aussi peu ambitieux. Tous firent part de leur déception face à des élus républicains chantant le refrain de la "fin de l'Obamacare" depuis 2009 pour assurer leur élection, et livrant un si piètre résultat au pied du mur.

Sans surprise, le texte finit par mourir de sa belle mort avant de passer au vote. Les divergences étaient trop irréconciliables au sein du Parti Républicain. Et c'est une victoire tactique pour Trump.

À Malin, Malin et demi

Trump n'est pas né de la dernière pluie et, comme George W. Bush en son temps, s'avère bien plus intelligent que la plupart de ceux qui le critiquent. La réforme de l'Obamacare était la première étape de ses grandes réformes et, en cas d'échec, l'occasion en or de diminuer l'influence des socialistes au sein du Parti Républicain.

La réforme prévue par les Républicains était tellement faible que c'est un soulagement qu'elle ait été repoussée. Si elle était passée, les Américains auraient eu à subir un Obamacare 2.0 décevant, voté par la majorité républicaine et quasiment intouchable. La déception aurait été immense et le découragement tout aussi grand.

Mieux valait pas de réforme qu'un texte à moitié cuit. Mais Paul Ryan est sérieusement affaibli. Pour lui, c'est un échec personnel. Des voies appellent à sa démission du poste de porte-parole de la majorité. On peut imaginer que Trump ne se battra pas beaucoup pour le retenir.

Des batailles difficiles devront être menées, notamment pour la réforme fiscale sachant que les coûts d'Obamacare sont toujours inscrits au budget. Il y aura encore des parties à jouer finement, l'essentiel était qu'Obamacare s'effondre sans qu'on puisse en faire porter le chapeau à Trump, ce à quoi toutes les rédactions travaillent déjà.

Pour Trump, il s'agit d'avancer, de laisser Obamacare s'écrouler et de repartir sur des bases saines. Il ne cache rien et s'en est exprimé sur son compte Twitter. Fait inhabituel, il prit même la peine de transmettre un message identique par le biais du compte Twitter officiel de la Présidence des États-Unis:

"Obamacare va exploser et nous construirons et nous aurons ensemble un superbe plan d'assurance-santé pour LE PEUPLE. Ne vous inquiétez pas!"


La prochaine étape sera donc l'explosion de l'Obamacare. Elle sera spectaculaire et donnera sans doute lieu à de nouveaux débordements de fake news par les médias officiels. Comptons sur Pierre Gobet pour défendre les couleurs de la RTS dans la compétition...

26 mars 2017

Candidat au Grand Conseil !

Le marché de Renens hier matin a été l'occasion pour les différentes sections UDC de l'Ouest Lausannois de lancer formellement la campagne électorale pour les Élections Cantonales 2017, qui verront le renouvellement du Grand Conseil vaudois et du Conseil d'État.

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Fabien Deillon et votre humble serviteur (cliquez pour agrandir)

Les enjeux de cette législature sont importants, avec une fragile majorité de droite au Grand Conseil face à un Conseil d'État à majorité de gauche. Chacun sent bien que cette étrange situation vaudoise a quelque chose de transitoire. Quelques voix pourraient suffire à renverser le rapport de force - soit en donnant à la gauche une majorité au Grand Conseil cohérente avec sa force au Conseil d'État, soit en ramenant enfin celui-ci dans le giron de la droite.

L'élection de Jacques Nicolet aux côtés des trois Conseillers d'État sortants Pascal Broulis, Jacqueline de Quattro et Philippe Leuba revêt donc un caractère essentiel. Quelles que soient les réserves de certains électeurs de centre-droit à l'encontre de l'agriculteur de Lignerolle, il faut bien comprendre que le siège qu'il vise échoira à Cesla Amarelle ou Béatrice Métraux en cas d'échec - tout en offrant à la gauche une majorité renouvelée. L'issue du scrutin dépend largement de la capacité des électeurs du PLR à saisir ces enjeux.

Au Grand Conseil, les choses sont plus simples: l'élection se joue à la proportionnelle dans chaque district. Sur les quatorze sièges dévolus à l'Ouest Lausannois, l'UDC n'en a que deux ; la marge de progression est donc importante. La liste, tirée par les sortants Michel Miéville d'Écublens et Fabien Deillon de Prilly, un de mes mentors, pourrait arracher un troisième siège en vertu de la progression des idées de notre parti dans la population et de notre alliance avec le PLR.

C'est donc une période haletante de campagne qui s'ouvre jusqu'au 30 avril, les partis allant à la rencontre des citoyens. Sur les marchés, les stands rivalisent d'inventivité - barbecue, fleurs, bonbons et autres verres de vin blanc se distribuent dans la bonne humeur au milieu d'un foisonnement d'affiches et de slogans. Mais derrière l'apparente superficialité de ces contacts les enjeux cantonaux sont importants: reconnaissance de l'islam comme religion officielle, éducation, exécution des renvois des requérants d'asile déboutés, charge fiscale et politique d'aménagement du territoire, pour n'en citer que quelques-uns.

Je me retrouve donc parmi nos quatorze valeureux candidats, et j'espère que ce modeste blog vous aura permis au cours de ces dernières années de vous faire une idée de mes opinions politique et de mon engagement sur divers sujets. Si vous pensez que certains candidats le méritent, n'hésitez pas à doubler leur nom sur les bulletins de vote! Nous verrons bientôt si mon horizon politique est destiné à dépasser Renens, chef-lieu de notre district.

Au cours de ces prochaines semaines vous pourrez me retrouver sur les divers marchés de l'Ouest Lausannois: Bussigny le 1er avril, Renens les 8 et 15, Écublens le 22. Souhaitez-moi bonne chance!

23 mars 2017

Le terrorisme, la nouvelle normalité

Il y a un an, Bruxelles découvrait que le vivre-ensemble pouvait aussi impliquer le mourir-ensemble. La date de l'anniversaire n'a sans doute pas échappé à Khalid Masood lorsqu'il décida de lancer son véhicule contre les promeneurs et les touristes sur le pont de Westminster, en face du Parlement britannique.

Russell_square_police_road.JPGCet attentat (la Première ministre Theresa May se retrancha dans les premières heures derrière les termes de "dramatique incident") a été perpétré par un individu né dans le Kent en 1964, et dont on connaît désormais un peu mieux l'histoire.

[Le quinquagénaire] a connu de nombreux démêlées avec la justice.

Sa première condamnation remonte à 1983. L'homme, connu sous différents pseudonymes selon Scotland Yard, avait depuis été condamné à plusieurs reprises pour « agressions » et « possession d'armes », notamment la dernière fois en décembre 2003, après avoir été arrêté en possession d'un couteau. (...)

L'homme, âgé de 52 ans, était apparu « il y a quelques années » sur les radars du MI5, le service de renseignement intérieur britannique, dans le cadre d'une enquête en lien avec « l'extrémisme violent », a expliqué la Première ministre Theresa May jeudi matin. Mais il n'était alors qu'un « personnage périphérique », a précisé la cheffe du gouvernement. (...)

Vêtu de noir et portant une barbe au moment de l'attaque, l'homme, qui vivait dernièrement dans les West Midlands, dans le centre de l'Angleterre, « ne faisait pas l'objet d'enquêtes en cours », a souligné la police. « Les services de renseignement ne possédaient pas d'éléments sur son intention de mener une attaque terroriste », a-t-elle ajouté.


Ces faits, encore fragmentaires, donnent lieu à plusieurs lectures possibles. La simplicité du mode d'exécution - un banal véhicule - est loin de la sophistication de certaines opérations terroristes, comme lors des attentats de Paris en 2015 ou même de ceux qui frappèrent Londres en 2005. Elle donne à penser que les mouvements terroristes sont de plus en plus désorganisés et aux abois, réduits à agir par surprise sur une base quasiment individuelle. D'autres pourront rétorquer que le centre politique du pouvoir anglais a été attaqué avec la plus grande facilité, et que le mode opératoire montre que nos sociétés sont éternellement vulnérables.

Les partisans des frontières ouvertes pourront se "réjouir" que l'attentat soit commis par un Anglais de naissance, même si l'assimilation de M. Masood au sein de sa société hôte semble avoir connu quelques ratés. Alors que plusieurs attentats ont été commis par des migrants, ce rééquilibrage permet de soulager les soupçons pesant sur eux. On peut à contrario s'inquiéter qu'un individu né et ayant vécu en Angleterre pendant un demi-siècle en soit malgré tout arrivé à haïr ses contemporains au point de se lancer dans un attentat suicide. Après ce contre-exemple, que valent encore les certitudes régulièrement servies sur l'intégration?

Selon la police londonienne, Khalid Masood n'a "jamais été condamné pour des délits terroristes", comme si ce détail devait l'exonérer de ses propres manquements. Le quotidien The Guardian ajoute qu'il ne figurait pas sur la liste du MI5 des 3'000 personnes "les plus susceptibles (sic) de commettre un acte terroriste". Ce qui signifie qu'il y a au Royaume-Uni, de l'aveu même des autorités, plus de 3'000 personnes plus susceptibles que M. Masood de commettre un attentat au moment où vous lisez ces lignes. Combien d'entre elles sont en mesure de conduire un véhicule?

Les nombreux démêlés avec la justice de Khalid Masood et son apparition dans une enquête sur les milieux islamistes ne furent pas suffisants pour déclencher des signaux d'alarme auprès de services de renseignement dont c'est le métier. Il est possible qu'il s'agisse d'une simple incompétence crasse, mais aussi que cet échec soit dû à autre chose - par exemple le trop grand nombre de terroristes potentiels que ces services sont déjà chargés de surveiller. Il est difficile de ne pas citer alors Nigel Farage qui montre que sur cet aspect encore il avait raison bien avant tout le monde:

Les populations musulmanes installées ou importées sur notre continent représentent un immense vivier de terroristes potentiels. Tant que ce vivier sera renforcé par l'immigration illégale, arrosé par l'État-Providence, incité à passer à l'acte par la pusillanimité de nos gouvernements, préservé au nom du multiculturalisme, excusé par les pseudo-intellectuels anti-occidentaux, l'épidémie de terrorisme continuera.

Dans certaines parties du monde, ces attentats sont quasiment quotidiens. Faute d'ouvrir les yeux, les populations européennes devront rapidement s'habituer à cette nouvelle normalité.

20 mars 2017

Molière au secours des Français

En France, la nouvelle polémique du moment a trait à la "Clause Molière".

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Qu'est-ce que la Clause Molière? D'après le site web qui la présente, il s'agit d'une mesure simplissime - demander la maîtrise du français sur les chantiers publics.

La "Clause Molière" impose aux ouvriers la connaissance du français sur l'ensemble des chantiers publics.
C'est un moyen simple et efficace de protection des ouvriers et de lutte contre le dumping social.
Inventée à Angoulême, cette clause a été mise en place dans 6 régions et de nombreux départements et villes en France.


L'objectif de protectionnisme est assumé. Il n'est pas question de pseudo-arguments comme la "bonne compréhension des instructions des machines" ou le "besoin de saisir les directives du chef de chantier". Aucune volonté de confusion, à l'inverse par exemple de celle soigneusement entretenue par nos légalistes à travers l'évocation de "signes religieux distinctifs" pour éviter de parler de burqa ou d'islam.

L'exigence du français n'est ni une question de sécurité, ni de qualité. C'est une riposte à la fameuse Directive Bolkestein visant à entériner la concurrence au niveau des services (en réalité, une sous-enchère salariale de la main d’œuvre) à l'échelle de l'Union Européenne. La Clause Molière vise en priorité les marchés publics, dont on attend qu'ils "contribuent à soutenir les PME [du territoire français]".

Forcément, l'Europe grogne contre cette attaque frontale contre la "concurrence de tous contre tous", valeur fondatrice de l'Union. Marianne Thyssen, Commissaire européenne à l'emploi, s'étrangle d'indignation: d'après elle la Clause Molière est une discrimination - ce qui veut tout dire. Mais Mme Thyssen parle dans le vide et elle le sait parfaitement: il n'est pas interdit de faire venir des travailleurs détachés - il suffit qu'ils parlent français, ou se fassent accompagner d'un interprète. Ces deux contraintes visent évidemment à briser l'avantage financier qui motive leur venue en premier lieu, mais ne sont pas, en soi, des discriminations.

La clause divise la classe politique:

Ce stratagème inventé par un élu d'Angoulême pour contourner la directive Bolkestein fait débat, notamment à droite où certains pressent François Fillon de l'adopter. Au centre et à gauche on dénonce le « racisme » et la « tentation du repli nationaliste ».


Ce sont là des discussions de campagne car l'idée progresse sur le terrain - et à travers le spectre politique. La Clause Molière est désormais soutenue par cinq régions de droite (Pays de la Loire, Hauts-de-France, Normandie, Auvergne-Rhône-Alpes et Île-de-France), une région de gauche (Centre Val-de-Loire), cinq départements et de nombreuses villes. Il est loin, le vieux clivage droite-gauche. Mieux encore, elle serait soutenue par une proportion massive de 80% des Français. 39% y seraient très favorables, 41% plutôt favorables.

En Suisse, rien à craindre ; aucun risque de voir apparaître l'équivalent d'une Clause Molière ou quoi que ce soit d'approchant. On se bat au contraire pour pousser la libre-circulation dans les derniers retranchements où pourraient encore se cacher quelques Helvètes, cette ethnie en voie d'extinction. La préférence à l'embauche donnée à des personnes de nationalité suisse est "strictement interdite", nous rappelle-t-on. Que les mondialistes se réjouissent, on continuera encore d'entendre de nombreux dialectes sur les chantiers publics du pays, en évitant surtout les langues nationales.

Alors que les médias invitent le grand public à fêter les 60 ans du Traité de Rome, pareil revirement devrait faire réfléchir. La résistance s'organise contre l'alignement par le bas des salaires que permet la Directive Bolkestein même dans un pays fondateur de l'Union Européenne.

16 mars 2017

Le raz-de-marée Wilders n'a pas eu lieu

pays-bas,geert wilders,élections,immigrationLe soupir de soulagement était perceptible ce matin dans les rédactions et les chancelleries: la révolution populiste hollandaise n'a pas eu lieu.

En arrivant second selon les projections (le dépouillement n'est pas terminé) Geert Wilders a perdu son pari. Il ne sera pas le prochain Premier ministre des Pays-Bas. Le rôle revient à Mark Rütte, chef du Parti populaire libéral et démocrate, assumant ce rôle depuis le 14 octobre 2010.

L'indécision restait malgré tout extrême, comme en a témoigné la fébrilité internationale à la veille du scrutin. Les sondages d'opinion montrent la grande variation de l'opinion publique batave au cours du temps. Celle-ci est d'autant plus compréhensible que les Pays-Bas disposent d'un système proportionnel quasi-intégral mettant en jeu une dizaine de formations politiques différentes. Avec une offre aussi vaste, il ne faut pas grand-chose pour qu'un citoyen décide de passer d'un parti à un autre.

Pendant des mois, le PVV a fait la course en tête, jusqu'à une rapide chute des intentions de vote en début d'année. Le résultat semble donc concorder avec les sondages. Il est possible qu'une fois au pied du mur et même malgré les récentes tensions avec la Turquie, les citoyens se soient soudainement effrayés de leur propre audace face à un parti proposant l'interdiction du coran et des mosquées, le renvoi des musulmans hors du pays et la sortie de l'Union Européenne.

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Évolution des intentions de vote des électeurs des Pays-Bas depuis les dernières élections.
Le VVD de Rütte est bleu foncé, le PVV de Wilders est gris (cliquez pour agrandir)

Il serait pourtant simpliste de résumer l'élection des Pays-Bas au seul score du parti de Geert Wilders. Les deux centres dominant du pouvoir - Conservateurs et Travaillistes - sortent complètement laminés de ces élections, alors qu'ils écrasaient à eux deux la vie politique locale en 2013. La participation a atteint 81%.

Le PVV a largement amélioré son score des élections précédentes et se présente désormais comme la deuxième force politique des Pays-Bas. Même s'il semble totalement improbable qu'il fasse partie de la coalition qui gouvernera le pays, Geert Wilders peut s'estimer satisfait du résultat. Il s'est profilé comme le réel challenger de l'establishment en place. Mieux encore, face aux coups de boutoir portés par l'actualité, notamment les bruits de botte du Président turc Erdogan, le Premier ministre sortant Mark Rütte a été contraint d'adopter les propres positions de Geert Wilders. Il s'en est sorti avec une pirouette, opposant le "bon populisme", c'est-à-dire le sien, au "mauvais populisme" de son adversaire. Pratique!

Les Néerlandais ont donc choisi d'accorder leur confiance à un politicien prêt à singer son principal concurrent. Il va de soi que cette ligne de conduite sera sévèrement surveillée, tant par l'électorat hollandais que par pouvoirs publics européens qui n'ont, eux, guère envie de se retrouver avec une copie de l'infréquentable créature qu'ils ont appelé à combattre.

Le PVV n'a de loin pas encore remporté la majorité absolue, mais il semble avoir définitivement marqué des points dans la bataille des idées.

13 mars 2017

Marche Turque

La campagne du Président Erdogan en Europe révèle les failles et les contradictions du Vieux Continent, en plus de faire tomber les masques du régime aujourd'hui à la tête de la Turquie. Une remise à plat salutaire.

turquie,diplomatie,pays-bas,allemagne,liberté d'expressionContinuation logique de la purge entamée depuis le coup d'état manqué de juillet 2016, Recep Tayyip Erdogan souhaite réformer la Constitution turque pour renforcer encore son pouvoir. Le référendum "vise à faire du président un dictateur légal afin d'adapter la loi à la pratique", résume avec malice Yvan Perrin avant d'enfoncer le clou:

"Erdogan réclame la liberté de parole pour lui chez les autres alors qu'il interdit la liberté de parole chez lui pour les autres."


L'islamiste modéré est donc en campagne, et par les hasards de l'immigration de masse se retrouve à courtiser la gigantesque diaspora turque installée sur le Vieux Continent. Le référendum sera en effet très disputé et toutes les voix comptent. En Europe, les réactions des autorités sont contrastées, comme le rapporte Le Monde.

En Allemagne où résident désormais près de trois millions de Turcs (sans compter les réfugiés et autres migrants aux nationalités approximatives) le Ministre de l'intérieur allemand Thomas de Maizière a affirmé qu'une "campagne électorale turque n'a rien à faire ici, en Allemagne." Joignant le geste à la parole,

[Plusieurs] meetings ont été annulés début mars dans plusieurs villes. Le ministre turc de la justice a annulé un déplacement dans le pays et le président s'est emporté jusqu'à évoquer des « pratiques nazies » de la part de Berlin. Angela Merkel a répliqué en expliquant qu'en Allemagne la décision d’autoriser ou non ces meetings ne relevait pas de l'État fédéral, mais des compétences des communes.


Une façon comme une autre de botter en touche avec hypocrisie: je ne veux pas de vous chez moi, mais l'interdiction ne vient pas de moi. Mais en rappelant une fois de plus le péché originel allemand, le président turc ne s'est pas fait que des amis.

Aux Pays-Bas, un avion transportant le ministre turc des affaires étrangères Mevlut Cavusoglu venu pour un meeting de soutien dut faire demi-tour alors qu’il allait se poser à Rotterdam. La ministre de la famille Fatma Betül Sayan Kaya subit le même affront par voie de terre en se voyant reconduire en voiture d'où elle était venue, en Allemagne. Le premier ministre néerlandais, Mark Rutte, invoqua pour l'occasion un risque à l’ordre public et déclara que "ces rassemblements ne doivent pas contribuer à des tensions dans notre société."

Mais le raidissement soudain de M. Rutte pourrait ne pas être totalement sincère. En proie à une campagne électorale délicate dans son propre pays, il risque de voir triompher le parti anti-islam de Geert Wilders pas plus tard que ce mercredi 15 mars. Une crise avec la Turquie était bien la dernière chose à espérer au beau milieu de la dernière ligne droite, mais au pied du mur Mark Rutte choisit finalement de s'aligner sur son concurrent, au risque de perturber les électeurs. Un journal belge le révèle, il y a désormais le bon et le mauvais populisme - comme les chasseurs.

Bien que les Pays-Bas ne comportent "que" 400'000 citoyens turcs enregistrés, l'affront ne pouvait pas rester impuni: pour un dictateur, il n'est de pire crime que celui de lèse-majesté. Les Néerlandais eurent donc eux aussi droit au "heures les plus sombres", M. Erdogan les accusant d'être des "fascistes" influencés par les "vestiges du nazisme"...

Si ces deux pays sont les plus souvent évoqués dans les médias ils ne sont pas les seuls: l'Autriche et la Suède ont aussi annulé des meetings de campagne turcs. La France en a accepté plusieurs, s'attirant les foudres des candidats de droite à la campagne présidentielle (française celle-ci), le gouvernement sortant se justifiant quant à lui par l'absence de troubles à l'ordre public.

Enfin, la Suisse se retrouve l'arrière-train entre deux chaises, ne sachant ni s'il faut interdire la campagne référendaire de la Turquie au nom de troubles de l'ordre public, ni s'il faut la permettre au nom de la liberté d'expression. Mais en réalité la Suisse n'a que faire de l'un comme de l'autre, elle cherche comme d'habitude à ne fâcher personne.

Cafouillage généralisé

Le référendum turc et la campagne qui l'accompagnent sont salutaires, car ils permettent de faire tomber bien des masques.

En Europe, comme d'habitude, la cacophonie et la confusion règnent. La Turquie est membre de l'OTAN et un pays "allié" de l'Europe, envers lequel on fait miroiter depuis des décennies la perspective d'une adhésion tout en sachant très bien qu'elle n'aura jamais lieu. Et comme les Turcs le savent aussi, on les amadoue à coup de milliards de subventions. Celles-ci ont reçu une sérieuse rallonge depuis que les Européens tentent maladroitement de déléguer la gestion des frontières extérieures de l'Union au pays tiers par lequel transitent les principales hordes de migrants, tout en critiquant la dérive autoritaire du président et en l'empêchant de faire campagne. Comment un tel plan pourrait échouer?

Au sein des populations européennes, la campagne du président Erdogan montre la véritable cinquième colonne que représentent les Turcs installés sur le continent depuis plusieurs décennies: ce ne sont que manifestations de force, avalanche de drapeaux turcs, fierté communautariste et pogroms contre les minorités haïes (Kurdes, partisans désignés de l'ennemi Fethullah Gülen...) Et on nous parle encore d'intégration?

En Turquie, le référendum montre la crispation du pouvoir et la fin de course du prétendu islamisme modéré d'un président bien décidé à renverser tout ce qu'il reste de l'héritage laïque de Mustafa Kemal Atatürk, et à massacrer les minorités divergentes. Mais l'ironie de la situation est de voir venir le pouvoir autoritaire turc courtiser sa propre diaspora dans l'espoir de mieux transformer en enfer le pays qu'ils ont quitté (mais auquel ils vouent encore visiblement leur allégeance).

Rarement une campagne référendaire sera mieux tombée, alors que des élections générales se profilent en Allemagne, en France et aux Pays-Bas. Si l'on peut bien remercier M. Erdogan pour une chose, c'est pour son sens du timing.