16 mai 2017

Stratégie Énergétique 1984

Faisons un peu de politique-fiction. Dans un univers à peine parallèle, nous sommes, nous aussi, en 2017. Notre monde est identique à un détail près: dans le passé, le peuple suisse, dans sa grande sagesse, décida de voter bien des années plus tôt un programme ambitieux sur sa Stratégie Énergétique. Cette année-là, en 1984 exactement, le peuple suisse érigea une ligne de conduite progressive en matière de production, de consommation et de taxation de l'énergie, dont les derniers effets se déploient aujourd'hui.

Pourquoi 1984, demanderez-vous? Cela n'a pas de rapport avec le roman au titre éponyme. Mais 33 années séparent 1984 de 2017 - le même intervalle qui sépare 2017 de 2050, où nous attend la fin de l'application de la Stratégie Énergétique sur laquelle nous votons le 21 mai.

1984, ça fait loin. Nombre d'entre vous n'étaient pas encore nés. Les autres vivaient leurs premières années. Mais déjà l'écologie - l'écologie politique s'entend - s'immisçait dans toute la sphère médiatique. À l'époque, les écologistes allemands (des communistes recyclés, le parti communiste étant alors interdit en RFA) tiraient la sonnette d'alarme contre les pluies acides prétendument provoquées par les usines du pays, montrant quelques photos d'arbres à la cime rabougrie et expliquant qu'il s'agissait du signe annonciateur de la mort de la Nature.

1984, c'était plus de dix ans après les sinistres prédictions du Club de Rome - un groupe de réflexion réunissant des scientifiques, des économistes, des fonctionnaires nationaux et internationaux, ainsi que des industriels de 52 pays, préoccupés des problèmes complexes auxquels doivent faire face toutes les sociétés, tant industrialisées qu'en développement. L'assemblée au CV irréprochable publia en 1972 un célèbre opus, "Halte à la croissance ? : Rapport sur les limites de la croissance", décrétant la pénurie prochaine et inéluctable du pétrole, de l'argent, du chrome, du zinc, de l'étain, du plomb, du cuivre, de l'uranium, du nickel et de quelques autres ressources, le tout assorti de dates précises et scientifiquement calculées. Il fallait changer radicalement notre mode de vie pour nous épargner l'Apocalypse:

Si rien n’était fait pour contrôler la croissance de la population mondiale (3,8 milliards d’individus à l'époque), nous allions bientôt assister à une gigantesque catastrophe économique, écologique et humaine ; les terres cultivables viendraient à manquer, les ressources naturelles seraient épuisées et la pollution rendrait toute vie sur terre pratiquement impossible.

(...) Prenons l’exemple du pétrole : à l’époque où le Club de Rome publie The Limits to Growth, on évaluait les réserves prouvées de pétrole à quelque chose comme 583 milliards de barils et la consommation annuelle tournait à environ 18,8 milliards de barils par an ; de là, en posant l’hypothèse d’une consommation stable de pétrole, on estimait que le stock serait épuisé 31 ans plus tard ; c’est-à-dire en 2003.


Quatorze ans après la date fatidique, les producteurs se battent pour essayer de faire remonter les prix...

4794857_6_a841_dans-les-annees-1970.jpgEn 1984, certains croyaient mordicus au Refroidissement Climatique:

L'hypothèse d'un refroidissement climatique connut un certain succès dans les années 1970. Ainsi, le journal américain Newsweek, dans son édition du 28 avril 1975, publia dans sa rubrique science un article à retentissement intitulé "The cooling world". Le 24 juin 1974, Time avait également couvert ce sujet. Cette question nourrit les écrits de nombreux auteurs, dont les écrits du physicien Carl Sagan ou le livre The Weather Conspiracy: The Coming of the New Ice Age. Le Los Angeles Times titra pour sa part en 1978 "No End in Sight to 30-Year Cooling Trend in Northern Hemisphere". De même, Lowell Ponte consacrait à la question un ouvrage en 1976, intitulé The Cooling.


Il faut bien comprendre que chacun de ces thèmes était parfaitement validé par la doxa en place. C'était scien-ti-fique.

On pourrait continuer longtemps.

Évidemment, il est facile de se moquer des errements des générations précédentes. Elles ne disposaient pas des moyens technologiques avancés de notre époque - de même que nous n'avons pas la technologie et la compréhension dont nos descendants disposeront.

Et c'est pour cette raison qu'il est certainement absurde de légiférer sur les décennies à venir alors que nos connaissances sur le monde évoluent. En 1984, une Stratégie Énergétique proposée au peuple aurait probablement préconisé un rationnement de l'essence, une taxe évolutive sur tous les matériaux menacés de pénurie à l'échelle mondiale, et une obligation de surdimensionnement des chaudières pour faire face au refroidissement climatique.

Que penserions-nous aujourd'hui de belles âmes approuvant en 1984, sur la base des données et des théories scientifiques disponibles, un carcan législatif contraignant et décalé sur les trente années suivantes? Nous les trouverions naïves et pétries d'orgueil. Certains porteraient un regard bienveillant face à leur désir de bien faire, tout en regrettant leur fourvoiement et l'appauvrissement généralisé qui s'ensuivit. D'autres porteraient un jugement plus sévère, soulignant les erreurs de raisonnements, les estimations fantaisistes, la fausse urgence, ou les profiteurs cyniques se gavant de profits aux dépens du plus grand nombre grâce aux aménagements d'une loi inutile.

En fait, ces gens porteraient sur leurs ancêtres le même regard que porteront sur nous les Suisses de 2050, une fois la Stratégie Énergétique du même nom adoptée ce 21 mai.

Commentaires

Même si on peut avoir des doutes sur certains de vos arguments, comme par exemple celui-ci, je suis pleinement d'accord sur le fond :
"on évaluait les réserves prouvées de pétrole à quelque chose comme 583 milliards de barils et la consommation annuelle tournait à environ 18,8 milliards de barils par an"
Réserves prouvées ? C'est un argument de fumeur de moquette. Les réserves prouvées (par des essais de pompage qu'on peut interpréter comme ci, ou alors comme ça...)ont changé du tout au tout quand les pays producteurs sont devenus indépendants et que leurs quotas de production dépendaient de ces fameuses réserves. Elles sont "prouvées" mais changent selon le vent géopolitique...

Quoi qu'il en soit, les réserves de carburant fossile ne sont pas inépuisables comme on vous l'a appris à Wall street. Et les HC tirés des schistes ne sont vraisemblablement qu'une solution tampon (au sens physico-chimique) ou de transition entre énergies dominantes.

A part ça, il faut bien sûr refuser cette loi scélérate...

Écrit par : Géo | 16 mai 2017

Philippe Verdier, responsable météo des chaines publiques françaises, auteur de "Climat investigation", viré avec fracas juste avant la COP21 pour crime de lèse majesté climatique, dit la même chose. Et le bonhomme n'est absolument pas un climato-septique! ce qui est plus triste.
Le problème dans l'écologie, ce sont les écologistes, une science dans les mains d'idéologues, individus souvent recyclés du marxisme léninisme le plus féroce.
L'écologie tout le monde est d'accord, la transition énergétique si il y a, doit se faire dans le temps long, sans pour autant tourner le dos à ce qui marche. Las, les écologistes qui n'ont rien à faire de l'humanité, veulent d'abord tout casser pour reconstruire quoi, on ne sait plus, et même eux n'en savent rien.
Le malheur dans tout ça, c'est que dans un monde dans lequel la finance règne en maître, les écologistes ont trouvé les relais d'argent pour alimenter leur thèses fumeuses. La finance (terme générique) n'ayant cure de l'écologie, a toutefois perçu qu'il était possible de faire beaucoup d'argent, sur du vide. Face à eux des états, intellectuellement et culturellement démunis sont sommés de se plier aux injonctions des écologistes qui agissent par des mécanismes de culpabilisation.
L'alliance de la bêtise et de la finance, cette dernière n'étant pas en cause puisque sont rôle est justement de placer de l'argent et le faire fructifier.
Les écologistes et le personnel politique sont par contre coupables au premier chef, les uns par une vision totalitariste que personne ne dénonce vraiment, les autres par lâcheté politique.
Il serait judicieux de comptabiliser l'argent investi en pure perte dans des projets "écologiques" douteux, à l'échelle planétaire cela doit représenter pifométriquement plus de 15 points du PIB mondial, et je suis peut être loin de la réalité.
En ayant consacré les mêmes sommes à la recherche et non pas au financement de projets ridicules, nous aurions certainement accompli une partie du chemin vers une transition énergétique intelligente, sans qu'il soit nécessaire de remettre en cause nos modèles.
Mais l'humain est ainsi fait, la culpabilisation est un mécanisme qui, à l'instar de la religion, reste un levier puissant qui empêche toute rationalité.

Pour l'anecdote, il y a environ 3 ans, je suis tombé sur un reportage dans lequel s'activaient 4 scientifiques. 4 personnes brillantes par ailleurs, qui avaient obtenu un financement de plusieurs centaines de milliers d'euros pour étudier les glaciers.
Nos quatre compères avaient ainsi mis au point un bidule informatique, et se déplaçaient en cordée, le premier ayant un PC duquel partait un câble dans lequel étaient placés des capteurs (?) les quatre autres s'assuraient que ledit câble traîne au sol de façon rectiligne.
Conclusion de l'étude, à même le glacier : "Nous venons de confirmer que le glacier se déplace vers le bas".
Tout est vrai, et croyez moi, ce n'est pas le pire... et c'est avec notre pognon.

Écrit par : Phil-Asp | 16 mai 2017

La gestion de l'énergie dans son ensemble est plus une affaire de bon sens que de juridisme. En y introduisant une loi toutes les professions donnent un avis "autorisé" sauf l'ingénieur qu'on laisse prudemment de côté.
Est-ce que la radio/tv a été chercher un ingénieur électricien, spécialiste du comportement d'un réseau ?
Déjà le côté pervers de cette loi est que l'on mélange deux choses, la première étant l'importation et la consommation d'énergie fossile et la seconde le réseau devant fonctionner avec le 100% de renouvelable remplaçant le nucléaire, ceci en prétendant que l'hydraulique à 6 ct/kWh coûte trop cher.

Le bon sens ferait que l'on tienne compte des rapports de l'impact des éoliennes sur la santé, https://www.contrepoints.org/2015/06/25/212000-eoliennes-et-sante-rapport-de-la-commission-senatoriale-australienne

Pourquoi les partisans de la loi ne veulent rien en savoir ? La question du bruit d'une éolienne n'est pas seulement une affaire de décibels mais également d'autres facteurs, comme la cadence (exemple de la goutte d'eau), du niveau de la fréquence, ici très basse et des décibels, c'est donc un avis médical et non juridique dans ce cas.

Écrit par : Christian Favre | 17 mai 2017

Je me rappelle, adolescent, de "la mort des forêts".
En revanche, il y a une pollution, terrible, dont presque personne ne parle, la pollution chimique des sols.

Écrit par : Paul Bär | 18 mai 2017

Mon pauvre Paul Bär...
La pollution des sols, de l'air, des mers. La surpopulation humaine, et cela ne va pas s'arranger.

Écrit par : Géo | 18 mai 2017

"En revanche, il y a une pollution, terrible, dont presque personne ne parle, la pollution chimique des sols."

Oui, la bobo-biobio d'Europe 1, Natacha Polony (femme du fumiste Périco Legasse) en fait la promotion, via le vin "bio", c'est de dire l'empoisonnement volontaire des sols au métal lourd (pour luter contre le mildiou de la vigne).

C'est un scandale pire que "Tchernobyl".

Les bobo biobios sont "certifiable", c'est à dire fous à lier.

À part ça, la France veut interdire l'usage de l'herbicide le moins impactant qui soit, le glyphosate/Roundup, parce qu'il est Américain. La xénophobie débile n'est pas l'apanage du FN, elle est même surtout le fait des "verts".

Il faut d'urgence une action de la société contre la dérive sectaire qu'est le "bio" (ce qui ne veut pas dire qu'il n'y a pas des choses positives dans le "bio", comme il peut y en avoir dans n'importe quelle secte).

La plupart du temps, le fait qu'un vert lutte contre quelque chose, c'est un "prédicteur" (proxy) laissant penser que cette chose est une bénédiction de l'humanité, comme l'industrie électro-nucléaire, le DDT, le glyphosate, les plantes OMG Bt...

De plus, en général si une argumentation se voulant scientifique est utilisée par un "vert", c'est une prédicteur du fait que c'est de la foutaise, et qu'il n'est pas possible de retrouver de la méthode scientifique, même à l'état de trace, dans l'argument. La lutte contre les "PE" (perturbateurs endocriniens) est leur dernière lubie toxique, et menace notre sécurité alimentaire.

La réussite de cette propagande archi-débile démontre sans contestation possible l'échec total de "l'éducation" moderne et montre que cette "éducation" même quand elle "réussit" de façon "brillante" façon "Science po" produit des super-crétins qui plus bêtes que le plus abrutis que le plus débile des piliers de bar.

Écrit par : simple-touriste | 18 mai 2017

"devant fonctionner avec le 100% de renouvelable"

Le souci avec ce souhait est qu'il n'existe rien de tel. Il n'y a pas plus de renouvelables que licornes galopant sur des arcs-en-ciel.

Seuls les flux naturels peuvent être raisonnablement qualifiés de "renouvelables" : le flux solaire est "renouvelable" (en pratique éternel à l'échelle d'une civilisation). Mais rien de ce qui est commercial n'est "renouvelable", autrement dit, tout ce qui est "renouvelable" est gratuit.

Le vent est naturel, les éoliennes sont des produits industriels. Elles sont constituées de matériaux obtenus par extraction, par transformation, par usage de combustibles fossiles. Les éoliennes géantes en particulier nécessitent des énormes socles en béton pour assurer leur stabilité; on ne peut pas imaginer un tel équipement qui serait fabriqué "avec des renouvelables" : les industries des "renouvelables" sont des industries consommatrices de resources fossiles; elles fabriquent des machines à capter une partie des flux naturels (lumière du soleil, énergie cinétique d'une masse d'air...). Elles n'ont pas nécessairement un moindre impact sur l'environnement que d'autres industries qui n'ont pas le label renouvelable.

Les protecteurs de la nature ne devraient que se soucier de réduire l'impact sur la nature des activités humaines, s'ils suivaient leurs principes. Mais ils ne se soucient que de promouvoir des industries hautement dommageables comme les éoliennes géantes qui sont une menace pour les oiseaux y compris des rapaces et des oiseaux migrateurs menacés. (Et non, ce n'est pas la même chose que les chats domestiques : ils sont rarement une menace pour les rapaces. Ce type d'argument "les chats tuent plus d'oiseaux" revient régulièrement dès qu'on pointe les dangers pour la nature des "renouvelables".)

Apparemment certaines sociétés de protections de oiseaux ont reçu un joli chèque après avoir mis à l'abri l'éolien industriel des critiques! C'est un bon business.

Écrit par : simple-touriste | 21 mai 2017

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