09 juin 2017

Bérézina pour les Conservateurs britanniques

Theresa May a perdu son pari: les élections anticipées qu'elle avait convoquées pour renforcer la majorité conservatrice au Parlement britannique sont un désastre. En net repli, les Tories n'ont même plus la majorité absolue.

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Theresa May et Jeremy Corbyn.

Sur fond de menace terroriste, 47 millions de Britanniques étaient appelés aux urnes jeudi pour des législatives anticipées. L'enjeu était crucial pour préparer les négociations du Brexit, Theresa May estimant qu'une majorité législative renforcée serait un atout pour mieux négocier la sortie du Royaume-Uni de l'Union Européenne. L'analyse était cohérente avec les objectifs stratégiques et la situation politique ; les sondages d'alors présageaient d'ailleurs pour le camp du Premier Ministre une confortable avance de plus de 15 point sur les rivaux travaillistes.

Pourtant, à partir de là tout partit en vrille.

Une campagne calamiteuse

Il suffit de jeter un œil à la courbe des sondages pour comprendre que l'échec vient clairement de la conduite de la campagne par les Conservateurs.

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Évolution des intentions de vote entre les principaux partis
(cliquez pour agrandir)

Le graphique ci-dessus montre des inflexions nettes de l'opinion: après le référendum sur le Brexit, les Conservateurs ont clairement le vent en poupe et les Travaillistes s'étiolent. Tout change lors de l'annonce des élections anticipées. Après une brève poussée, les Conservateurs ne parviennent plus à consolider leur avance alors que les Travaillistes fédèrent toute l'opposition - l'affaiblissement de tous les autres partis est patent, des Libéraux-Démocrates aux Écologistes. Cheville ouvrière du vote pour le Brexit, le UKIP, à la fois en proie à des dissensions internes et reposant sur un électorat pensant peut-être la mission accomplie, est en voie de disparition. Impressionnant pour un parti qui rassemblait plus de 15% des intentions de vote l'année précédente!

Les Travaillistes ont autant fait une bonne campagne que celle des Conservateurs était mauvaise. Les premiers axèrent leur communication sur la critique du gouvernement - après trois attentats sur une brève période, les accusations de laxisme à cause d'une diminution du budget de la police firent mouche. Ils rassemblèrent derrière eux tous les déçus du Brexit, notamment les Londoniens qui avaient massivement voté pour rester dans l'Union Européenne, faisant miroiter la possibilité d'un apaisement des relations avec Bruxelles. Ils se reposèrent enfin sur les ficelles socialistes habituelles - plus d'impôts "pour les riches", plus d'argent pour les fonctionnaires du service de santé et des transports publics, etc.

Dans la course à la médiocrité, le peu charismatique Jeremy Corbyn, leader des Travaillistes, eut la surprise de se faire rejoindre par Theresa May. Peu à l'aise dans le contact humain, elle déclina les apparitions publiques et les bains de foule, se contentant de lire des discours préparés et refusant un débat télévisé avec son principal adversaire. Mais les Conservateurs - et Theresa May en particulier - souffrirent aussi de leur responsabilité politique dans les attentats islamistes qui frappèrent le royaume. Avant de diriger le gouvernement, Theresa May était ministre de l'Intérieur sous le gouvernement Cameron ; pendant des années d'aveuglement volontaire sous son égide, l'islamisme radical se développa tranquillement dans les banlieues anglaises jusqu'à produire ses fruits mortels.

Incertitude et faiblesse

Le raisonnement de Theresa May pour convoquer des élections anticipées était parfaitement logique. Seulement, il ne tenait juste pas compte du terrorisme, de la volonté de revanche des déçus du Brexit, ni des piètres performances de candidate du Premier Ministre.

Le Royaume-Uni se retrouve aujourd'hui dans la pire situation possible. En privant les Conservateurs d'une majorité absolue, les sujets de Sa Majesté offrent à Bruxelles des négociateurs affaiblis et divisés. Il est donc probable que les discussions sur la facture du divorce entre le gouvernement anglais et l'UE tournent largement à l'avantage de la seconde. Les nostalgiques du Royaume-Uni dans l'UE n'auront pas gain de cause pour autant - même les Travaillistes ont affirmé que l'article 50 avait été invoqué et qu'il n'était plus question d'y revenir.

En guise de sécurité et de lutte contre l'islamisme, les citoyens anglais viennent de propulser une opposition immigrationniste, multiculturaliste, culpabilisante et prête à tous les compromis avec le communautarisme. Il est aussi probable dans les circonstances actuelles qu'un nouveau vote sur l'indépendance de l'Écosse puisse avoir lieu.

Le vote-sanction a ses limites. Les électeurs britanniques ont beau ne pas aimer Theresa May et bien le lui faire comprendre, ils viennent de se tirer une balle dans le pied à dix jours des négociations du Brexit - et risquent de le payer très cher.

Commentaires

"Le vote-sanction a ses limites."

On ne peut pas dire que dans les situations les électeurs se montrent très intelligents. D'où ma préférence pour les referendums.

Écrit par : Franck Boizard | 09 juin 2017

"Le raisonnement de Theresa May pour convoquer des élections anticipées était parfaitement logique. Seulement, il ne tenait juste pas compte du terrorisme"

Non. Il ne tenait pas compte du fait que Theresa May est une des pires dirigeantes de l'histoire, une sorte de Trump en négatif. (Trump n'a d'ailleurs eu aucun égard pour elle, j'ai l'impression qu'il méprise totalement le RU, contrairement à la France.)

"Cheville ouvrière du vote pour le Brexit, le UKIP, à la fois en proie à des dissensions internes"

Et peut être aussi victime du "vote utile"?

"Les Travaillistes ont autant fait une bonne campagne que celle des Conservateurs était mauvaise."

C'est surtout la jeunesse consumériste, égocentrique et inculte (à cause probablement des petits profs syndiqués) qui a voté pour le parti chaviste, pro-islamistes (défendant la liberté d'opinion de ceux qui sont en guerre contre la liberté) et antisémite.

Mais au final, en quoi un parlement britannique divisé serait plus manipulable et capable de négocier des concessions envers d'UE? Tout le monde répète que le brexit "dur" s'éloigne, on peut aussi bien dire que la brexit négocié s'éloigne.

Écrit par : simple-touriste | 10 juin 2017

"On ne peut pas dire que dans les situations les électeurs se montrent très intelligents. D'où ma préférence pour les referendums."

Oui mais avec une soupape.

Par exemple :

Question 1 : Est-vous pour l'élargissement des ronds point de 80 cm pour ceux d'une taille inférieure à celle indiquée sur le référentiel A-X-254?

Question 2 : Est-ce que le gouvernement devrait démissionner?

Question 3 : Pour les membres du gouvernements qui ont échoué, faut-il les exiler dans une colonie lointaine?

Cela éviterait qu'un gouvernement se vante du succès de la réforme des ronds points liée au référentiel A-X-254 afin de valider son autorité et qu'il se sente autoriser à abolir les frontières dans la foulée et à donner à la nationalité à toute personne arrivant à remplir presque toute seule le formulaire idoine, ce qui serait validé par le plébiscite du choix de référentiel sur les ronds points.

Écrit par : simple-touriste | 11 juin 2017

Bonjour Stéphane
Theresa May a effectivement joué une bien mauvaise partition, un peu comme Chirac en son temps (1997) qui avait dissout l'assemblée.
Cette femme est honnête, elle n'a pas voulu participer aux joutes des débats télévisuels qui ne satisfont que la presse et les les gogos électeurs infoutus de lire et analyser un programme, elle paye le prix fort et se retrouve maintenant avec un parti islamo gauchiste et européiste béa, qui sort renforcé de cette élection.

Autre sujet : mes prévisions des législatives qui dataient d'avant la primaire de la droite (!) reprisent ici même suite à l'élection de Macron, se sont, hélas, avérées exactes. Le télévangéliste a les pleins pouvoirs et la droite et le FN ont sombré. Pauvre et ridicule Barouin qui se voyait premier ministre d'un gouvernement de cohabitation, c'est dire que ces gens ne sont plus en phase avec leur électorat.

Macron va vers un échec qui sera à la taille des voix qu'il rafle aux législatives, président d'un parti (très) minoritaire disposant d'un pouvoir absolu, européiste convaincu et pour qui, en bon progressiste qui se respecte, l'immigration (surtout celle africaine, of course) est une chance ainsi que l'augmentation massive des impôts fait partie intégrante de son programme.

La France à l'envers du reste du monde, du Thatchérisme avec 30 ans de retard, des guerres prévisibles, une dislocation de l'état, une justice aux ordres du pouvoir comme jamais, bref, le chaos assuré sous peu.

Attendons les premiers gémissements, Libé ou le Monde s'y sont déjà collés, après avoir appelé à voter Macron.
De plus, les députés de cette "majorité" qui n'en a que le nom, ne seront que des presseurs de boutons, Macron propose et dispose, les députés exécuteront les ordres.
La dissidence, comme toujours, fera son oeuvre, les pires détracteurs de Macron sont ses fidèles et décérébrés petits soldats actuels qui vont, vite, très vite, déchanter.

Écrit par : Phil Asp | 12 juin 2017

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