29 juillet 2017

Jihad, choix et conséquences

"J’en ai assez de la guerre, de toutes ces armes, de ce bruit. Je veux juste rentrer chez moi dans ma famille."

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Le buzz du moment nous vient des souterrains de Mossoul en Irak, où les forces irakiennes arrêtèrent la semaine dernière une Allemande au milieu de femmes de diverses nationalités. Les journalistes de la Süddeutsche Zeitung et de la télévision publique ARD interviewèrent la fameuse Linda Wenzel, qui fut rapidement surnommée "la mariée du jihad" par les médias allemands.

On pourra donc se satisfaire de la "fin relativement heureuse" de cette histoire: après tout la ville de Mossoul a été reprise à l'État Islamique et Linda est vivante. Après avoir exprimé son désir d'oublier toute cette histoire dans les micros de divers journalistes, et après avoir remise aux autorités allemandes de l'ambassade de Bagdad, on s'attend à ce qu'elle retourne au pays. La probable jeune mère - elle fut retrouvée avec un bébé en état de malnutrition - retrouvera sa famille (gageons que les caméras seront sur place) et pourquoi pas, reprendra de brillantes études. Happy End.

C'est, malheureusement, un peu court.

Linda Wenzel est originaire de la petite ville de Pulsnitz, près de Dresde en Allemagne. Elle fut portée disparue un an plus tôt, alors qu'elle vivait avec sa mère Katharina et son beau-père Thomas. Grandissant dans une famille protestante, elle ne marqua jamais le moindre enthousiasme pour la religion - jusqu'à quelques mois avant sa disparition. Au printemps 2016 elle annonça pour la première fois à ses parents qu'elle s'intéressait à l'islam. La quête d'identité adolescente prit dès lors un virage beaucoup plus... Radical.

Ses amies de Pulsnitz affirment qu'elle se convertit durant cette période et qu'elle se radicalisa dans des sites de discussion en ligne. Elle commença à apprendre l'arabe, amena un coran à l'école, et se mit à porter des vêtements plus en accord avec sa nouvelle religion, évoquant régulièrement sa fascination pour l'islam. Puis, elle disparut du jour au lendemain, en juillet, après avoir raconté à ses parents qu'elle allait dormir chez une amie le week-end.

Selon la police, elle serait tombée amoureuse d'un homme musulman rencontré en ligne, qui la persuada de le rejoindre en Syrie. Elle voyagea jusqu'à Istanbul en se faisant passer pour sa mère Katharina, et selon un schéma désormais classique, elle franchit la frontière à l'aide d'un groupe de combattants inféodé à l'État Islamique.

Peu d'informations filtrent de la suite de son parcours. On sait juste que lorsqu'elle fut découverte il y a quelques jours, pâle et avec un foulard autour du cou, elle était accompagnée d'un enfant d'un an en état de malnutrition. Retranchée avec d'autres dans le réseau de tunnels aménagé par l'État Islamique sous la ville de Mossoul pour mieux résister à l'assaut de l'armée régulière irakienne, elle fut d'abord prise pour une Yézidie car ne sachant parler arabe. Avec les femmes, on retrouva également des armes et des ceintures explosives. Et selon des officiers irakiens, Linda aurait pris une part active dans les combats comme sniper, et aurait sans doute causé la mort de plusieurs soldats.

Aussi, lorsque la très jeune femme clame qu'elle en a "assez de la guerre, de toutes ces armes, de ce bruit" et qu'elle veut "juste rentrer chez [elle] dans [sa] famille", il faut rester un peu circonspect. Ses parents restés en Allemagne se réjouissent naturellement qu'elle soit en vie, mais d'autres voix se font plus critiques:

Les autorités de la ville [de Pulsnitz] craignent que la jeune fille ne devienne une figure du recrutement jihadiste. "La commune est divisée. La plupart se réjouit pour Linda et sa famille", confie une habitante. D'autres ne voient pas d'un bon œil le retour de l'adolescente: "Linda n'est pas la bienvenue ici. Ses parents me font de la peine, mais je crains qu'elle soit autorisée à revenir sans s'être débarrassée de l'idéologie de l'EI", explique une autre voisine.


En effet, pour l'instant, rien dans les propos de Linda n'indique qu'elle ait renoncé à l'idéologie mortifère qui la mena, à quinze ans, à être mariée et veuve, à tuer des soldats dans une ville en ruine au milieu d'un pays dont elle ne comprenait pas la langue, et à se retrancher dans des tunnels pour livrer un baroud d'honneur avec des ceintures explosives.

Comme par bien d'autres aspects, l'histoire de Linda Wenzel  - qui trouvera certainement très vite son chemin en libraire et sur les écrans - remet foncièrement en question le sens de la responsabilité individuelle tel qu'il est défini en Occident pour une adolescente de quinze ans.

Six mois avant sa fuite, elle n'avait encore jamais pris le train toute seule. Ses parents dévastés par sa disparition fouillèrent sa chambre - ils trouvèrent un tapis de prière, et une tablette sur laquelle se trouvait un second compte Facebook dont ils n'avaient pas connaissance. Sur ce second compte, Linda maintenait le lien avec des contacts au Moyen-Orient, partageant des messages comme "priez, la fin est proche." La naïveté se paye cher.

Il faut être bien candide pour penser que les horreurs qu'ils commettent rendent les jihadistes de l'État Islamique infréquentables. Chez certaines personnes, c'est même exactement le contraire. Comme l'expliquait Steven Pinker dans un de ses ouvrages, la violence exerce parfois une sorte de fascination, au point de pousser les hommes à tuer pour renforcer leur pouvoir de séduction, et les femmes à tomber amoureuses de tels meurtriers. Les hommes patientant dans le Couloir de la mort n'ont aucun problème de succès avec les femmes. Beaucoup d'entre eux se marièrent après avoir été condamnés à mort, et pas avec des groupies persuadées de leur innocence.

Linda Wenzel savait probablement parfaitement qu'elle partait faire le jihad en Syrie lorsqu'elle abandonna sa famille, et l'excitation du danger et de la violence l'emporta sur toute réserve. Il est difficile d'imaginer ce qu'elle espérait, mais elle n'était pas toute seule: quatre autres Allemandes furent retrouvées la semaine dernière dans les tunnels de Mossoul. Elles faisaient partie d'un groupe de 20 femmes combattantes, avec des nationalités russes, turques, canadiennes et tchétchènes. La fascination pour la violence ne connaît pas les frontières.

24 juillet 2017

Divorce à l'anglaise

La semaine dernière a vu l'ouverture des feux pour les négociations officielles du Brexit entre le Royaume-Uni et les instances européennes de Bruxelles. Ces quatre jours de palabres, du 17 au 21 juillet, ont été suivis de si peu de résultats que les médias ne les évoquèrent que du bout des lèvres.

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Il faut dire que l'ouverture de ce premier round ne débutait pas sous les meilleurs auspices. Menés par Michel Barnier, les Européens faisaient des calculs pour estimer la somme que les Anglais devraient verser comme solde de tout compte pour leurs engagements pré-Brexit, articulant des montants de plusieurs dizaines de milliards d'euros. En face d'eux, le gouvernement anglais refusa tout net cette approche. Avec son franc-parler coutumier, Boris Johnson résuma pudiquement son point de vue:

Les sommes que [les responsables européens] proposent de réclamer à ce pays me semblent exorbitantes et je pense que "ils peuvent toujours courir" est une expression tout à fait appropriée.


Ambiance.

Avant même l'entrée dans la salle de négociation, l'échange ne pouvait tourner qu'au dialogue de sourds. Mais la pression monte gentiment des deux côtés. Les médias, les analystes et les politiciens européens ont beau expliquer doctement que la Grande-Bretagne a tout à perdre à mal négocier le Brexit, l'Union Européenne, bien qu'elle s'en défende, a elle aussi misé un sacré paquet de jetons sur le tapis.

Analysons les dossiers les plus chauds, qui sont autant de problèmes insolubles...

1. La nouvelle frontière extérieure de l'Union en Irlande

Comme petite mise en bouche, une question toute symbolique: le devenir de la frontière entre le Royaume-Uni et l'Irlande. Jusqu'ici, tout allait bien puisque les deux pays étaient membres de l'UE, bien qu'ils ne fassent ni l'un ni l'autre partie de l'Espace Schengen. Mais à terme cette limite entre les deux pays deviendra une "frontière extérieure de l'UE" - d'ailleurs, la seule frontière terrestre du Royaume-Uni avec le reste du continent.

471px-Ireland.svg.pngTout cela ne pourrait relever que de l'anecdote, mais les défis impliqués sont nombreux. Jusqu'ici la libre-circulation prévalait, mais ce régime devra cesser au départ du Royaume-Uni. Comment sera gérée la frontière de 360 km et de 200 points de passage entre l'Irlande et l'Irlande du Nord? Les Anglais auront probablement peu de raisons d'ériger des barrières vis-à-vis des 177'000 camions, 208'000 vans et 1'850'000 véhicules qui traversent mensuellement la frontière. 30'000 personnes la traversent quotidiennement, habitant d'un côté et travaillant de l'autre.

Mais l'UE acceptera-t-elle à son tour de fermer les yeux? Après tout, selon les règlements européens et le principe de non-discrimination, il n'y a à priori pas de raison de moins surveiller cette frontière que celle qui sépare la Pologne de la Russie ou la Grèce de la Turquie... Des divergences de traitement qui, si elles se concrétisent, provoqueront certainement les remous courroucés de pays frontaliers avec l'UE - on imagine mal la Turquie ne pas dénoncer une inadmissible discrimination.

Le bon sens voudrait que l'Irlande négocie un accord de libre-circulation spécifique avec le Royaume-Uni, mais pareil accord est spécifiquement interdit par les règlements européens. L'uniformité est la seule norme admise. Les seules perspectives sont donc:

  • le Royaume-Uni renonce finalement à remettre en cause la libre-circulation avec l'UE ;
  • l'Irlande érige au nom de l'UE des frontières gardées sur 360 km et pourrit la vie de ses habitants et de ceux de l'Irlande du Nord, sans que nul ne sache encore qui payera la facture de ces douaniers ;
  • l'Irlande établit des règles particulières de libre-circulation exclusives avec le Royaume-Uni, provoquant l'ire de Bruxelles et enfonçant un coin dans l'intégration européenne ;
  • l'Irlande quitte l'UE à son tour.

Bien malin qui peut dire quelle sera l'option choisie, mais n'oublions pas les attaques récentes de Bruxelles contre le modèle d'affaire irlandais et son faible taux d'imposition des entreprises, fort peu goûtées par Dublin. Quant à imaginer que le Royaume-Uni renonce à résilier la libre-circulation, cela semble infiniment peu probable vis-à-vis de la campagne référendaire du Brexit.

2. Le futur statut des expatriés européens

La question est double: que faire des ressortissants britanniques résidant sur le sol de l'UE, et des ressortissants européens sur le sol britannique? Là encore, le bon sens voudrait que chacun accepte les étrangers sur son sol jusqu'au Brexit, et que les règles établies ensuite ne s'appliquent qu'à ceux qui voudraient immigrer après cette date. Mais le bon sens n'a guère droit de cité dans ces négociations.

Theresa May eut beau rappeler à plusieurs reprises qu'elle était favorable au maintien des immigrés européens sur sol britannique, l'idée fut froidement accueillie à Bruxelles. Le chef des négociateurs européens, Michel Barnier, redouterait que les Britanniques n'en profitent pour jouer sur plusieurs tableaux, "prenant en otage" la question des 3,2 millions d’Européens installés au Royaume-Uni pour décrocher des concessions. Mais il oublie ce faisant plus d'un million de Britanniques résidant dans le reste de l'Union.

Si chacun reprenait ses ressortissants, le Royaume-Uni serait-il gagnant? Il récupérerait des milliers retraités à l'abri du besoin, qui coûtent la même chose au système de retraite britannique où qu'ils se trouvent, et auraient au moins l'avantage de consommer sur place - avec le bémol des coûts de la santé. Mais il renverrait de son côté des centaines de milliers de travailleurs étrangers installés en Angleterre, qui libèreraient en grande partie les emplois qu'ils occupent, et deviendraient probablement autant de chômeurs à la charge de leur pays d'origine une fois revenus là-bas. Des coûts de santé pour le Royaume-Uni contre des centaines de milliers de chômeurs en plus pour l'UE...

Il est peu probable que pareil scénario se concrétise mais il est assez symptomatique pour les médias de présenter seulement l'aspect anglais des choses, comme si l'UE n'avait elle-même jamais rien à perdre.

3. Les contributions budgétaires réclamées au Royaume-Uni par l'UE

Présentées par les médias européens comme "des sommes restant dues", notez la tournure de phrase, il s'agit de la continuité des milliards d'euros versé pendant des années par le Royaume-Uni au nom des différents programmes européens auxquels il participe. Deux visions radicalement opposées s'affrontent: l'UE estime que le Royaume-Uni doit verser sa contribution jusqu'au terme des politiques concernées, le Royaume-Uni estime pour sa part qu'il n'a plus à y contribuer quand il ne sera plus membre de l'Union.

Au cœur de ces discussions se trouve une enveloppe pour les fonctionnaires européens - autant dire que les négociateurs de Bruxelles refuseront de lâcher quoi que ce soit.

La Voix du Nord explique les montants en jeu, montrant au passage que les Anglais ont aussi des arguments à faire valoir:

L'addition est évaluée à entre 40 et 60 milliards d'euros côté européen et pourrait même atteindre les 100 milliards d'euros, selon les calculs du quotidien britannique Financial Times, après de nouvelles demandes de la France et de l'Allemagne concernant les subventions agricoles.

Le gouvernement britannique a immédiatement annoncé qu'il n'allait pas payer une telle somme. Dans son interview au Daily Telegraph samedi, Boris Johnson a même qualifié d'"absurdes" les montants évoqués.

"Ils vont saigner ce pays à blanc avec leur facture", a fustigé le ministre, menaçant de quitter la table de négociations "sans rien payer du tout".

M. Johnson, un des principaux artisans de la campagne du Brexit, a ajouté que c''était même l'UE qui risquait en fin de compte de devoir ouvrir son porte-monnaie. "Nous co-détenons certains biens pour lesquels nous avons payé pendant des années et dont il faudra évaluer la valeur avec soin", a-t-il expliqué.

Le Daily Telegraph, quotidien très critique de l'UE, a récemment relayé un rapport gouvernemental stipulant que le Royaume-Uni avait droit à 9 milliards de livres (10,6 milliards d'euros) détenus par la Banque européenne d'investissement (BEI) et 14 autres milliards de livres, notamment en liquide et biens immobiliers.


On ne sera donc pas surpris d'entendre des commentateurs faire état de tensions "quotidiennes" entre Londres et Bruxelles.

L'impasse

Les divorces ne sont jamais simples, et celui entre le Royaume-Uni et l'UE arrive à un niveau de complexité encore jamais vu. Mais pour les grands divorces comme les petits, les disputes portent souvent sur les mêmes choses: l'argent et les enfants.

Les enfants de l'UE sont ses innombrables agences, règlements et programmes. Sont-ils adultes et en mesure de vivre leur vie, ou faut-il continuer à payer pour leur adolescence? Les négociations devront être réglées au cas par cas. Tout ne peut pas continuer comme avant non plus ; pour prendre l'exemple de la politique agricole, Paris et Berlin aimeraient évidemment que les Anglais continuent à contribuer, mais comment espérer qu'ils le fassent alors que leurs propres agriculteurs ne toucheront plus rien en retour?

Partant d'un si mauvais pied, il semble probable que les deux ans réservés pour la négociation du Brexit n'aboutissent sur rien. En janvier 2017, alors que l'UE refusait obstinément d'ouvrir les négociations tant que le Royaume-Uni n'avait pas officiellement déclenché l'article 51, Theresa May annonçait déjà la dangereuse trajectoire que suivait Bruxelles et qui amènerait, à terme, à une absence d'accord. Mais elle n'est pas la seule à tabler sur cette hypothèse désormais.

Sans parvenir à se rejoindre sur quoi que ce soit, l'UE présentera une ardoise monstrueuse au Royaume-Uni, que celui-ci refusera de payer. Chaque protagoniste se rabattra sur les avoirs qu'il peut saisir et regardera l'autre en chien de faïence dans une impasse qui pourrait durer des années.

Bien que personne ne la souhaite, cette issue est aujourd'hui la plus probable. Mais bien que tous les regards soient tournés vers Londres c'est aussi, et de loin, la plus risquée pour l'Union Européenne elle-même. Sans parvenir à récupérer le moindre centime de la manne britannique, les décideurs européens feront face à des choix douloureux: augmenter les contributions des autres pays, ou réduire la voilure.

Aujourd'hui les membres de l'UE font bloc pour essayer d'obtenir le maximum du Royaume-Uni, mais s'ils échouent, il n'est pas sûr que l'Union Européenne survive aux arbitrages budgétaires qui s'ensuivront.

14 juillet 2017

Un 14 juillet en France

Aujourd'hui le grand voisin français célèbre sa fête nationale - et ce jour semble cristalliser tous les enjeux du moment.

Après avoir enchanté sa grande amie Angela Merkel, le président Emmanuel Macron reçut en grande pompe le président américain Donald Trump dès jeudi. L'occasion de ses plaindre du rejet des Accords de Paris, mais aussi celle de célébrer l'entrée en guerre des États-Unis en 1917 aux côtés de la France. Les héritiers des "Sammies", selon le surnom des soldats américains de l'époque, eurent l'honneur d'ouvrir le défilé sur les Champs Élysées.

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La veille, sécurité oblige, les Parisiens excédés souffrirent toute la journée des restrictions de circulation liées à l'arrivée en ville du chef de la première puissance mondiale. Les médias en profitèrent pour étaler plaisamment des séquences de micro-trottoir récoltant les protestations de citoyens en colère contre Trump. À celles-ci succédèrent les plaintes de touristes empêchés d'accéder à la Tour Eiffel dès le milieu de l'après-midi, l'édifice étant interdit au public pour laisser aux deux couples présidentiels l'exclusivité d'un dîner au restaurant du premier étage.

"On voit que les puissants comme M. Trump font ce qu'ils veulent", se livra avec amertume une touriste au Champs de Mars devant une caméra avide. Mais si les contraintes du déplacement de Trump dans la capitale étaient inévitables, son passage à la Tour Eiffel releva entièrement de l'organisation de son séjour par le président français. On blâma donc un invité qui n'y était pour rien. Peu importe: toute occasion de critiquer M. Trump qui se présente est à saisir. Sur un plateau de télévision, un commentateur s'égaya: M. Trump aura enfin "l'occasion de goûter une meilleure cuisine que les hamburgers, frites et ketchup qu'il affectionne". Se vautrer dans le caviar serait plus adéquat? Il n'y a décidément pas de limite à la petitesse.

Le défilé du 14 juillet vit passer 3'720 soldats à pied, 211 véhicules, 241 chevaux, 63 avions et 29 hélicoptères, dans un bel étalage représentatif des différentes composantes de l'armée française. Mais cette force, d'ailleurs lourdement prétéritée par les futures coupes budgétaires souhaitées par le président Macron, est loin d'atteindre les engagements de 3% du PIB impliqués par le statut de pays-membre de l'OTAN. La France atteint péniblement les 2,3%, à comparer aux 6,2% de 1960. Bizarrement, les médias ne s'étendèrent pas sur cet aspect de la visite de M. Trump.

En dépit d'un dramatique manque de moyens, l'armée française est déployée avec efficacité sur divers théâtres d'opération, mais à cause du laxisme de leur politique intérieure les Français n'ont jamais été aussi peu en sécurité, et ce 14 juillet le rappelle également.

Cette fête nationale française est un jour sombre pour des centaines de familles - le souvenir d'un deuil commencé il y a un an lorsque Mohamed Lahouaiej-Bouhlel, un Tunisien de 31 ans, fonça dans la foule à bord d'un camion sur une Promenade des Anglais bondée à l'occasion du feu d'artifice clôturant la soirée. 86 personnes trouvèrent la mort cette nuit-là, dont de nombreux enfants. On dénombra 458 blessés.

nice_logo.jpgLa récente polémique sur la republication de photos de la soirée dramatique dans le quotidien Paris-Match de cette semaine prouve, s'il en était besoin, que la plaie n'est pas refermée. Les autorités locales niçoises organisent le devoir de mémoire avec un défilé particulier, un lâcher de ballons et 86 faisceaux lumineux symbolisant les victimes. Il n'est pas sûr que cela apaise les familles touchées. Nombre d'entre elles feront l'impasse sur la cérémonie.

Sur le plan de la sécurité, tout a été fait correctement: de multiples patrouilles et des blocs de bétons disposés aux points de passage-clés de la Promenade des Anglais garantissent que cette année aucun islamiste au volant d'un poids-lourd ne pourra faire de carnage dans la foule.

L'incongruité d'un dispositif arrivant avec un an de retard le dispute à l'absurdité de se prémunir contre un nouvel extrémiste musulman tentant de faire exactement la même chose au même endroit.

Cette tentative triste et vouée à l'échec de mettre les citoyens en sécurité démontre l'incompétence et le retard de l'État français dans la guerre asymétrique qui l'oppose au terrorisme islamiste. Soit il ne s'agit que d'une opération de communication visant à rassurer un public naïf, soit les fonctionnaires en charge de la sécurité publique croient réellement que ces mesures pourraient déjouer un attentat prévu ce soir sur la Promenade des Anglais. Chacune de ces hypothèses ouvre des perspectives vertigineuses.

La visite de M. Trump en Europe serait l'occasion d'ouvrir enfin le débat sur la sécurité de nos sociétés occidentales. Mais il ne sera pas ouvert, car il obligerait à mettre toutes les options sur la table, y compris des possibilités comme la surveillance des frontières et l'interdiction d'entrée du territoire et le renvoi de ressortissants de pays dangereux. Ce chemin, emprunté par la Maison-Blanche, est combattu avec la dernière énergie aux États-Unis par tout ce que le pays compte de Démocrates.

Une telle approche est impensable en France et en Europe. Entre leur sécurité et la crainte d'être mal vus, les Français ont choisi. Mais, au fond de soi, on ne peut s'empêcher de penser que les prochains attentats islamistes ont plus de risques de se produire sur le Vieux Continent qu'au pays de l'Oncle Sam.

09 juillet 2017

Discours de Donald Trump en Pologne

Le 6 juillet 2017 Donald Trump donna en Pologne un discours fondateur sur le sens de ses valeurs et sa vision de l'Amérique au sein de l'Occident et de l'OTAN. Ce discours absolument essentiel aura marqué divers observateurs (voir les commentaires de Jacques-Antoine de Coyetaux ou de Guy Millière) mais ne sera évidemment pas repris comme il le mérite par les médias européens: aujourd'hui, venir en Europe parler de la supériorité de la civilisation occidentale est une insulte au bon goût - en particulier pour ces élites qui font profession de la mépriser, mais jamais ne la quitteraient pour rejoindre un des paradis alternatifs qu'elles prennent pour exemple à longueur de temps.

Il manquait tout de même une retranscription en français du discours original, voici donc mon humble tentative, épurée des nombreuses démonstrations d'enthousiasme du public (acclamations, applaudissements et chants).

 


 

Nous sommes venus auprès de votre nation pour transmettre un message très important: l'Amérique aime la Pologne et l'Amérique aime le peuple polonais. Je vous remercie.

Les Polonais ont non seulement enrichi cette région, mais les Américains d'origine polonaise ont également beaucoup contribué aux succès des États-Unis, et j'étais vraiment fier de bénéficier de leur soutien lors des élections de 2016.

C'est un honneur profond de me tenir dans cette ville, aux côtés de ce monument érigé en l'honneur de l'insurrection de Varsovie, et de m'adresser à la nation polonaise dont tant de générations ont rêvé: une Pologne sûre, forte et libre.

pologne,donald trump

Le président Duda et votre merveilleuse Première Dame, Agata, nous ont accueillis avec chaleur et gentillesse, qualités pour lesquelles la Pologne est réputée dans le monde entier. Je vous remercie. Je vous remercie sincèrement tous les deux. Et j'adresse aussi au Premier ministre Syzdlo un remerciement particulier.

Nous sommes également ravis que l'ancien président Lech Wałęsa, si célèbre pour avoir dirigé le mouvement Solidarité, ait également pu nous rejoindre aujourd'hui. Je vous remercie.

Au nom de tous les Américains, permettez-moi aussi de remercier tout le peuple polonais de la générosité que vous avez manifestée pour accueillir nos soldats dans votre pays. Ces soldats ne sont pas seulement de courageux défenseurs de la liberté, mais aussi des symboles de l'engagement de l'Amérique envers votre sécurité et pour votre place dans une Europe forte et démocratique. (...)

Le président Duda et moi sortons juste d'une réunion incroyablement fructueuse avec les dirigeants participant à l'Initiative des Trois Mers (Three Seas Initiative). Pour les citoyens de cette grande région, l'Amérique est impatiente d'élargir son partenariat avec vous. Nous nous félicitons du renforcement des liens économiques et commerciaux au fur et à mesure que vous développez vos économies. Et nous nous engageons à sécuriser votre accès à d'autres sources d'énergie, de sorte que la Pologne et ses voisins ne soient plus jamais pris en otage par un seul fournisseur.

Monsieur le Président, je vous félicite, ainsi que le Président de la Croatie, de votre leadership dans cette initiative historique des Trois Mers. Je vous remercie.

C'est ma première visite en Europe centrale en tant que président, et je suis ravi que cela puisse être ici dans cette splendide et magnifique contrée. Elle est belle. La Pologne est le cœur géographique de l'Europe, mais surtout, nous contemplons l'âme de l'Europe dans le peuple polonais. Votre nation est grande parce que votre esprit est grand et parce que votre esprit est fort.

Durant deux siècles, la Pologne a essuyé des attaques constantes et brutales. Mais tandis que la Pologne pouvait être envahie et occupée, et voir même ses frontières effacées de la carte, elle ne put jamais être effacée de l'Histoire ni de nos cœurs. Dans ces jours sombres, vous avez perdu votre terre mais vous n'avez jamais perdu votre fierté.

C'est donc avec une admiration sincère que je peux dire aujourd'hui que, depuis les fermes et les villages de votre campagne jusqu'aux cathédrales et aux places de vos grandes villes, la Pologne vit, la Pologne prospère, et la Pologne prévaut.

Malgré tous les efforts entrepris pour vous transformer, vous opprimer ou vous détruire, vous avez tenu bon. Et vous les avez surmontés. Vous êtes la fière nation de Copernic - pensez à cela - de Chopin, de Saint Jean-Paul II. La Pologne est une terre de grands héros. Vous êtes un peuple qui connaît la véritable valeur de ce qu'il défend.

Le triomphe de l'esprit polonais à travers des siècles de difficultés nous donne à tous l'espoir d'un avenir dans lequel le bien vainc le mal et où la paix remporte la victoire sur la guerre.

Pour les Américains, la Pologne a été un symbole d'espoir depuis les débuts de notre pays. Les héros polonais et les patriotes américains se sont battus côte à côte dans notre Guerre d'Indépendance et dans de nombreuses autres qui ont suivi. Nos soldats continuent de servir ensemble aujourd'hui en Afghanistan et en Irak, combattant les ennemis de toute civilisation.

Du point de vue de l'Amérique, nous n'avons jamais abandonné le droit et le destin du peuple polonais à la liberté et à l'indépendance, et nous ne le ferons jamais. Nos deux pays partagent un lien particulier forgé par des histoires uniques et des héros nationaux. C'est une communauté qui n'existe que parmi les hommes qui ont combattu, ont souffert et sont morts pour la liberté.

Les signes de cette amitié sont dans la capitale de notre pays. À quelques pas de la Maison Blanche, nous avons élevé des statues d'hommes avec des noms comme Pułaski et Kościuszko. Il en va de même à Varsovie, où des panneaux de rue portent le nom de George Washington, et où s'élève un monument à l'un des plus grands héros du monde, Ronald Reagan.

Je suis donc ici aujourd'hui non seulement pour rendre visite à un allié de longue date, mais aussi pour le citer en exemple auprès de ceux qui recherchent la liberté et qui en appellent au courage et à la volonté de défendre notre civilisation. L'histoire de la Pologne est l'histoire d'un peuple qui n'a jamais perdu espoir, qui n'a jamais été brisé, et qui n'a jamais perdu son identité. (...)

Voici une nation vieille de plus de mille ans. Vos frontières furent effacées pendant plus d'un siècle et ont été restaurées il y a seulement un siècle. En 1920, lors du "Miracle de la Vistule", la Pologne arrêta une armée soviétique vouée à la conquête de l'Europe. Puis, 19 ans plus tard, en 1939, vous fûtes encore envahis, cette fois par l'Allemagne nazie à l'Ouest et par l'Union Soviétique à l'Est. Ce fut difficile. Ce fut abominable.

Sous une double occupation, le peuple polonais subit des maux impossibles à décrire: le massacre de la forêt de Katyń, l'Occupation, l'Holocauste, le ghetto de Varsovie et son insurrection, la destruction de cette belle capitale et la mort de près d'un Polonais sur cinq. Une population juive dynamique - la plus grande en Europe - fut quasiment réduite à rien après que les nazis assassinèrent systématiquement des millions de citoyens juifs polonais, ainsi que d'innombrables autres, pendant cette occupation brutale.

Au cours de l'été 1944, les armées nazies et soviétiques se préparaient à une bataille terrible et sanglante ici à Varsovie. Au milieu de cet enfer terrestre, les citoyens de la Pologne se relevèrent pour défendre leur patrie. Je suis profondément honoré d'être rejoint aujourd'hui par des vétérans et des héros de l'insurrection de Varsovie. Nous saluons votre noble sacrifice et nous nous engageons à nous rappeler toujours votre combat pour la Pologne et pour la liberté. Je vous remercie.

Ce monument nous rappelle que plus de 150'000 Polonais trouvèrent la mort pendant cette lutte désespérée pour renverser l'oppression. De l'autre côté de la rivière, les forces armées soviétiques s'arrêtèrent et attendirent. Ils regardèrent les nazis ravager la ville sans relâche, assassinant hommes, femmes et enfants dans la plus grande violence. Ils essayèrent de détruire pour toujours cette nation en brisant sa volonté de survivre.

Mais il y a dans le caractère polonais un courage et une force que personne ne pourrait détruire. Le martyr polonais, l'évêque Michał Kozal, déclara: "la capitulation de l'esprit humain est plus horrifiante que la défaite des armes".

Au cours de quatre décennies de règne communiste, la Pologne et les autres nations captives de l'Europe subirent une répression brutale pour abattre votre liberté, votre foi, vos lois, votre histoire, votre identité - l'essence même de votre culture et de votre humanité. Pourtant, à travers tout cela, vous n'avez jamais perdu cet esprit. Vos oppresseurs ont essayé de vous briser, mais la Pologne n'a pas pu être brisée.

Et quand vint ce jour du 2 juin 1979, et qu'un million de Polonais se rassemblèrent aux abords de la Place de la Victoire pour une première messe avec leur pape polonais, ce jour-là, tous les communistes de Varsovie surent que leur système d'oppression tomberait rapidement. Ils durent le comprendre au moment précis du sermon du pape Jean-Paul II où un million d'hommes, de femmes et d'enfants polonais mêlèrent leurs voix en une seule prière. Ce million de Polonais de demandait pas de richesses. Ils ne pas réclamait pas de privilèges. Au lieu de cela, un million de Polonais entonnèrent trois mots simples: "Nous voulons Dieu".

En ces mots, le peuple polonais rappela la promesse d'un avenir meilleur. Ils trouvèrent un nouveau courage pour faire face à leurs oppresseurs, et trouvèrent les mots pour affirmer que la Pologne serait la Pologne à nouveau.

Alors que je me tiens ici devant cette foule incroyable, cette nation fidèle, nous pouvons encore entendre ces voix qui font écho à l'Histoire. Leur message est aussi vrai aujourd'hui que jamais. Les peuple de la Pologne, d'Amérique et d'Europe crient encore: "Nous voulons Dieu".

Ensemble, avec le pape Jean-Paul II, les Polonais réaffirmèrent leur identité en tant que nation dévouée à Dieu. Et avec cette puissante affirmation de votre identité, vous en vîntes à comprendre quoi faire et comment vivre. Vous étiez solidaires contre l'oppression, contre une police secrète hors-la-loi, contre un système cruel et vicieux qui appauvrit vos cités et vos âmes. Et vous l'avez emporté. La Pologne a prévalu. La Pologne prévaudra toujours.

Vous avez été soutenu dans cette victoire sur le communisme par une puissante alliance de nations libres en Occident qui défia la tyrannie. La Pologne a maintenant repris sa place parmi les membres les plus engagés de l'Alliance de l'OTAN comme nation à la pointe d'une Europe forte, intègre et libre.

Une Pologne forte est une bénédiction pour les nations d'Europe, et elles le savent. Une Europe forte est une bénédiction pour l'Occident et le monde. Cent ans après l'entrée des forces américaines dans la Première Guerre mondiale, le lien transatlantique entre les États-Unis et l'Europe est aussi fort que jamais et peut-être, à bien des égards, encore plus fort.

Ce continent n'est plus confronté au spectre du communisme. Mais aujourd'hui, nous sommes l'Ouest, et nous devons accepter de dire qu'il existe de graves menaces contre notre sécurité et notre mode de vie. Vous voyez ce qui se passe là-bas. Ce sont des menaces. Nous les affronterons. Nous gagnerons. Mais ce sont des menaces.

Nous sommes confrontés à une autre idéologie oppressive - une qui vise à exporter le terrorisme et l'extrémisme partout dans le monde. L'Amérique et l'Europe subissent une attaque terroriste après l'autre. Nous allons faire en sorte d'arrêter ça.

Lors d'un rassemblement historique en Arabie Saoudite, j'ai invité les dirigeants de plus de 50 nations musulmanes à s'allier pour chasser cette menace qui met en danger toute l'humanité. Nous devons rester unis contre ces ennemis communs pour les dépouiller de leur territoire, de leur financement, de leurs réseaux et de toute forme de soutien idéologique qu'ils pourraient avoir. Bien que nous accueillions toujours de nouveaux citoyens qui partagent nos valeurs et qui aiment notre peuple, nos frontières seront toujours fermées face au terrorisme et à l'extrémisme de toute nature.

Nous luttons âprement contre le terrorisme islamiste radical, et nous allons l'emporter. Nous ne pouvons pas accepter ceux qui rejettent nos valeurs et qui utilisent la haine pour justifier la violence contre les innocents.

Aujourd'hui, l'Occident est également confronté à des pouvoirs qui cherchent à tester notre volonté, à saper notre confiance et à mettre en danger nos intérêts. Pour faire face à ces nouvelles formes d'agression, comprenant la propagande, les crimes financiers et la cyberguerre, nous devons adapter notre alliance pour combattre efficacement et de façon différente sur ces nouveaux champs de bataille.

Nous exhortons la Russie à cesser ses activités déstabilisatrices en Ukraine et ailleurs, ainsi que son soutien à des régimes hostiles - y compris la Syrie et l'Iran - et à rejoindre la communauté des nations responsables dans notre lutte contre des ennemis communs, dans la défense de la civilisation elle-même.

Enfin, des deux côtés de l'Atlantique, nos citoyens sont encore confrontés à un autre danger - quoique fermement sous notre contrôle. Ce danger, invisible pour certains, est familier aux Polonais: le broiement continu de la bureaucratie gouvernementale, qui assèche la vitalité et la prospérité des gens. L'Ouest n'est pas devenu extraordinaire grâce à la paperasse et aux règlements, mais parce que les individus ont pu poursuivre leurs rêves et accomplir leur destinée.

Les Américains, les Polonais et les nations d'Europe tiennent en haute estime la liberté individuelle et la souveraineté. Nous devons travailler ensemble pour affronter les forces, intérieures ou extérieures, du Sud ou de l'Est, qui menacent avec le temps de saper ces valeurs et d'effacer les liens de culture, de foi et de tradition qui font de nous ce que nous sommes. Si elles ne sont pas contrôlées, ces forces minent notre courage, sapent notre esprit et affaiblissent notre volonté de nous défendre et de défendre nos sociétés.

Mais tout comme nos adversaires et nos ennemis du passé l'ont appris ici en Pologne, nous savons que ces forces, elles aussi, sont vouées à l'échec si nous voulons qu'elles échouent. Et nous voulons qu'elles échouent. Elles sont condamnées non seulement parce que notre alliance est forte mais parce que nos pays sont résilients et notre pouvoir, incomparable. À travers tout cela, vous devez réaliser que tout est vrai. Nos adversaires, cependant, sont condamnés parce que nous n'oublierons jamais qui nous sommes. Et si nous n'oublions pas qui nous sommes, nous ne pouvons pas être battus. Les Américains n'oublieront jamais. Les nations d'Europe n'oublieront jamais. Nous sommes la communauté la plus vaste et la plus solide. Il n'y a rien d'équivalent à notre communauté de nations. Le monde n'a jamais connu quelque chose comme notre communauté de nations.

Nous écrivons des symphonies. Nous poursuivons l'innovation. Nous célébrons nos anciens héros, embrassons nos traditions et nos coutumes intemporelles et cherchons toujours à atteindre et à explorer de nouvelles frontières.

Nous récompensons les talents exceptionnels. Nous recherchons l'excellence et apprécions les œuvres d'art inspirées qui honorent Dieu. Nous chérissons l'État de Droit et protégeons la parole et la liberté d'expression.

Nous donnons aux femmes le pouvoir d'être les piliers de notre société et de notre succès. Nous plaçons la foi et la famille au centre de nos vies, pas le gouvernement ni la bureaucratie. Et nous débattons de tout. Nous remettons tout en question. Nous cherchons à tout connaître afin de mieux nous connaître.

Et surtout, nous accordons la dignité à toute vie humaine, protégeons les droits de chaque personne, et partageons l'espoir de chacun de vivre en liberté. C'est ce que nous sommes. Ce sont les liens inestimables qui nous unissent en tant que nations, alliés et au sein d'une civilisation.

Ce que nous avons, ce que nous avons hérité de nos ancêtres n'a jamais existé jusqu'ici. Et si nous ne le conservons pas, il n'existera plus, jamais plus. Nous ne pouvons donc pas nous permettre d'échouer.

Cette grande communauté de nations a autre chose en commun: dans chacune d'elles, ce sont les peuples, et non les puissants, qui ont toujours formé les bases de la liberté et la pierre angulaire de notre défense. Les gens forment cette fondation ici en Pologne - comme ils l'étaient là-bas à Varsovie - et forment aussi le fondement de l'Amérique, depuis les tous débuts du pays.

Nos citoyens n'ont pas gagné la liberté ensemble, n'ont pas survécu aux horreurs ensemble, n'ont pas fait face ensemble au mal seulement pour perdre ensuite notre liberté par manque de fierté et de confiance en nos valeurs. Nous ne l'avons pas fait et nous ne le ferons pas. Nous ne renoncerons jamais.

Tant que nous reconnaissons notre histoire, nous saurons comment construire notre avenir. Les Américains comprennent qu'une puissante alliance de nations libres, souveraines et indépendantes constitue la meilleure défense de nos libertés et de nos intérêts. C'est pourquoi mon administration a exigé que tous les membres de l'OTAN répondent finalement à leurs obligations financières, complètes et équitables.

À la suite de cette insistance, des milliards de dollars supplémentaires ont commencé à se répandre dans l'OTAN. En fait, les gens sont choqués. Mais des milliards et des milliards de dollars de plus viennent de pays qui, à mon avis, n'auraient pas payé si rapidement.

À ceux qui critiquent notre ferme position, je voudrais souligner que les États-Unis ont démontré non seulement avec des mots, mais aussi avec leurs actions leur soutien résolu de l'article 5, l'engagement de défense mutuelle.

Les paroles sont aisées, mais les actes sont ce qui compte. Et pour sa propre protection - et vous le savez, tout le monde le sait, tout le monde doit le savoir - l'Europe doit faire davantage. L'Europe doit démontrer qu'elle croit en son avenir en investissant son argent pour protéger cet avenir.

C'est pourquoi nous applaudissons la Pologne pour sa décision d'aller de l'avant cette semaine dans l'acquisition auprès des États-Unis du système de défense aérienne et antimissile Patriot, testé au combat, le meilleur au monde. C'est aussi pourquoi nous saluons le peuple polonais pour être l'un des pays de l'OTAN qui a effectivement atteint l'indice de référence dans l'investissement pour notre défense commune. Je vous remercie. Merci, Pologne. Je dois vous dire que l'exemple que vous avez montré est vraiment magnifique, et nous applaudissons la Pologne. Je vous remercie.

Nous devons nous rappeler que notre défense n'est pas seulement un engagement financier, c'est l'engagement d'une volonté. Parce que, comme le rappelle l'expérience polonaise, la défense de l'Occident repose non seulement sur les moyens, mais aussi sur la volonté de son peuple de prévaloir et de réussir à obtenir ce qu'il est en droit d'attendre. La question fondamentale de notre temps est de savoir si l'Occident a la volonté de survivre. Avons-nous confiance en nos valeurs pour les défendre à tout prix? Avons-nous suffisamment de respect envers nos citoyens pour protéger nos frontières? Avons-nous le désir et le courage de préserver notre civilisation face à ceux qui la subvertissent et la détruisent?

Nous pouvons avoir les plus grandes économies et les armes les plus mortelles de la Terre, si nous n'avons pas de familles fortes et de valeurs fortes, nous serons faibles et nous ne survivrons pas. Si quelqu'un oublie l'importance cruciale de ces choses, laissez-les venir dans un pays qui n'a jamais renoncé. Laissez-les venir en Pologne. Et laissez-les venir ici, à Varsovie, et apprendre l'histoire de l'insurrection de Varsovie.

Quand ils le feront, ils devraient connaître l'avenue de Jérusalem. En août 1944, l'avenue de Jérusalem était l'une des artères principales qui courait de l'est à l'ouest de cette ville, comme c'est encore le cas aujourd'hui. Le contrôle de cette route était crucial pour les deux camps lors de la bataille de Varsovie. L'armée allemande la voulait parce que c'était le chemin le plus direct pour déplacer ses troupes et former un front solide. Et pour l'armée des résistants polonais, cette rue était le moyen de passer du nord au sud, essentielle pour empêcher le centre de la ville et l'insurrection elle-même d'être divisée et de se décomposer.

Chaque nuit, les Polonais empilèrent des sacs de sable au milieu des tirs de mitraille - c'était un feu horrible - pour protéger un étroit passage à travers l'avenue de Jérusalem. Tous les jours, les forces ennemies les renversèrent encore et encore. Ensuite, les Polonais creusèrent une tranchée. Enfin, ils construisirent une barricade. Et les courageux combattants polonais commencèrent à traverser l'avenue de Jérusalem. Ce passage étroit, de quelques mètres de large, était le fragile cordon qui maintenait l'insurrection en vie.

Entre ses murs, un courant constant de citoyens et de combattants de la liberté se lançait dans un sprint périlleux, très périlleux. Ils traversèrent cette rue en surface, au travers et par-dessous, toujours pour défendre cette ville. "L'autre côté se trouvait à plusieurs mètres", se rappelait une jeune polonaise nommée Greta. La mortalité et la vie étaient si importantes pour elle. En fait, elle dit: "Le secteur mortellement dangereux de la rue était trempé de sang. C'était le sang des messagers, des agentes de liaison et des courriers."

Des tireurs d'élite nazis tiraient sur quiconque traversait. Quiconque traversait était abattu. Leurs soldats incendièrent tous les bâtiments de la rue, et ils utilisèrent les Polonais comme boucliers humains pour leurs chars dans leurs tentatives de capture de l'avenue de Jérusalem. L'ennemi ne cessa jamais son assaut sans relâche sur ce petit avant-poste de la civilisation. Et les Polonais ne cessèrent de se défendre.

Le passage de l'avenue de Jérusalem exigeait une protection, une réparation et des renforcements constants, mais la volonté de ses défenseurs ne vacilla jamais, même face à la mort. Et lors des derniers jours de l'insurrection, la traversée fragile tint bon. Elle ne fut jamais oubliée. Elle a été tenue par les Polonais.

La mémoire de ceux qui ont péri dans l'insurrection de Varsovie traverse les décennies, et peu sont plus claires que les souvenirs de ceux qui sont morts pour construire et défendre la traversée de l'avenue de Jérusalem. Ces héros nous rappellent que l'Occident a été sauvé avec le sang des patriotes ; que chaque génération doit se lancer et jouer son rôle dans sa défense - et que chaque carré de terre et chaque quartier de civilisation vaut la peine d'être défendu de votre vie.

Notre propre combat pour l'Occident ne commence pas sur le champ de bataille - il commence dans nos esprits, nos volontés et nos âmes. Aujourd'hui, les liens qui unissent notre civilisation ne sont pas moins vitaux, et ne demandent pas moins de défense, que ces arpents de terre sur lesquels reposait entièrement l'espoir de la Pologne. Notre liberté, notre civilisation et notre survie dépendent de ces liens d'histoire, de culture et de mémoire.

Et aujourd'hui comme toujours, la Pologne est dans notre cœur, et son peuple est dans cette lutte. Tout comme la Pologne ne pouvait pas être brisée, je déclare aujourd'hui que le monde entend que l'Occident ne sera jamais brisé. Nos valeurs prévaudront. Notre peuple va prospérer. Et notre civilisation triomphera.

Ensemble, combattons tous comme les Polonais - pour la famille, pour la liberté, pour le pays et pour Dieu.

Je vous remercie. Dieu vous bénisse. Dieu bénisse le peuple polonais. Dieu bénisse nos alliés. Et Dieu bénisse les États-Unis d'Amérique.

-- Président Donald J. Trump, Varsovie, le 6 juillet 2017

02 juillet 2017

De l'avortement

Le récent décès de Simone Veil à 89 ans permet à tous les médias et à la classe politique française de revenir sur la "superbe avancée sociale" que représente l'Interruption Volontaire de Grossesse (IVG). Mais on peut en douter.

Simone Veil

Le destin de Simone Veil se manifeste le 30 mars 1944 à Nice. Âgée de seize ans, issue d'une famille juive non pratiquante et se faisant appeler Simone Jacquier, elle se fait arrêter par les Allemands. Jouant de malchance alors que la Seconde Guerre mondiale s'achève, elle est d'abord déportée à Drancy, puis au camp d'Auschwitz avec sa mère et l'une de ses sœurs. Elle est ensuite transférée à Bobrek, à cinq kilomètres de Birkenau. Elle sera ensuite transférée au camp de Bergen-Belsen où elle travaille en cuisine. Sa mère meurt du typhus, elle ne verra jamais non plus son frère ni son père déportés, eux, en Lituanie.

Simone_Veil_(1984).jpgSimone Veil n'hésitera pas à mettre au service de sa carrière politique la respectabilité morale héritée de son statut de survivante de la Shoah. Elle ira jusqu'à faire graver son numéro de matricule des camps de la mort sur la lame de son épée une fois admise à l'Académie Française, en 2008. Mais revenons trente ans plus tôt.

En 1975, les Français ne connaissent pas Simone Veil. C'est véritablement la loi sur l'Interruption Volontaire de Grossesse (IVG) qui la fera passer à la postérité.

L'épopée de la Loi Veil

Jusque-là, l'avortement est un acte réprimé par l'article 317 du Code Pénal. Celui-ci punit de prison et d'amende le fait de subir, de pratiquer mais aussi d'aider un avortement. Les membres du corps médical coupables d'un tel crime peuvent être condamnés à une interdiction d'exercer. Dans cette situation, nombre de femmes souhaitant interrompre une grossesse vont à l'étranger - l'Angleterre est plus souple - ou se confient à des faiseuses d'anges, parfois dans des conditions d'hygiène douteuses.

Les chiffres les plus fantaisistes circulent quant au nombre d'avortements clandestins. L'opinion publique est divisée. Les milieux catholiques et conservateurs s'opposent à la désacralisation de la vie, les féministes et les gauchistes réclament la totale maîtrise du corps de la femme dans la lignée de la révolution sexuelle. Après mai 68, la question est devenue un enjeu de société. Des activistes tentent de faire ployer la classe politique. Le 5 avril 1971, 343 femmes dont de nombreuses personnalités lancent dans le Nouvel Observateur l'appel dit "des 343" et clament: "un million de femmes se font avorter chaque année en France, je déclare que je suis l'une d'elles." Évidemment, aucune des signataires ne sera poursuivie. Deux ans plus tard, les 331 médecins reconnaissant avoir pratiqué des avortements ne le seront pas davantage.

En 1972 a lieu le procès de Bobigny. Marie-Claire, jeune fille de 17 ans, est jugée pour avoir avorté à la suite d'un viol. Le procès donne lieu à de nombreux débats. Défendue par Gisèle Halimi, amie de Simone Veil, l'accusée est finalement acquittée.

En 1974, Jacques Chirac, alors Premier Ministre, pense sentir le vent. Il nomme Mme Veil ministre de la santé avec pour mission de préparer un nouveau projet de loi sur l'avortement. Elle fait l'objet de nombreuses pressions de son propre camp, mais tient résolument le cap. Le 26 novembre 1974, elle monte à la tribune de l'Assemblée et prononce ces mots:

"Je voudrais vous faire partager une conviction de femme et je m'excuse de le faire devant une assemblée presque composée exclusivement d'hommes, aucune femme ne recourt de gaité de cœur à l'avortement, je le dis avec toute ma conviction l'avortement doit rester l'exception, l'ultime recours pour des situations sans issue."


Jouant habilement à la fois du féminisme et de l'angle sanitaire, elle est à la manœuvre. L'opposition de gauche l'aidera à surmonter les divisions de son camp. La Loi Veil est promulguée le 17 janvier 1975, mais elle n'est que temporaire. L'avortement sera légalisé définitivement en 1979. Ce "progrès social" sera suivi de nombreux autres.

En 1983, la Sécurité Sociale rembourse l'IVG - les prélèvements obligatoires des assurés sociaux français contribuent désormais à supprimer les enfants à naître. En 1983, un délit spécifique d'entrave à l'IVG est instauré, puni de deux ans de prison. En juillet 2001, le délai permettant l'IVG est allongé de deux semaines, et l'autorisation parentale pour les mineurs est supprimée. En 2014, le délit d'entrave à l'IVG est étendu aux sites Internet anti-IVG et la peine de prison est assortie de 30'000 € d'amende.

IVG et morale

L'avortement est un des sujets de discorde entre libéraux. Certains évoquent un droit absolu des femmes à disposer de leur corps, s'évertuant à faire passer le bébé comme une sorte de passager clandestin lorsqu'il n'est pas - ou plus - désiré. D'autres, dont je fais partie, pensent que la loi se doit de faire respecter les droits des plus faibles et qu'il est difficile d'imaginer un être plus faible, et plus innocent, qu'un enfant encore dans le ventre de sa mère.

votation du 9 février 2013,avortementLa thèse du "droit absolu du corps" ne pose par définition aucune limite. L'IVG dans sa forme actuelle est encore trop douce: selon le principe du droit absolu de son corps, une femme pourrait avorter la veille de l'accouchement prévu - alors qu'un autre bébé conçu au même moment, mais né prématuré de quelques jours, aurait été protégé d'un tel destin grâce à l'accouchement. L'attribution d'une personnalité juridique complète à l'instant de la naissance mène à ce genre d'absurdités.

Pour éviter ces aberrations on limite l'IVG aux premières semaines de l'existence. Les partisans de l'avortement essayent de ramener l'embryon à un objet, le présentant comme un simple ensemble de tissus, mais ils ne sont pas aidés par la science. Si dans les premiers jours de la conception l'embryon n'est effectivement qu'un amas de cellules, la différentiation intervient très vite. La formation du tube neural et les premiers battements du cœur surviennent dès la sixième semaine. Malgré tout cet aspect du débat reste secondaire car dans de nombreux pays d'Europe - y compris en Suisse - des aménagements légaux permettent d'avorter jusqu'au terme.

La grossesse n'est pas une maladie. Un fœtus n'a rien d'une tumeur. Il vit au sein sa mère mais n'a rien à voir avec le moindre de ses organes. Il a un ADN différent, voire un sexe différent.

Nous vivons dans des sociétés où beaucoup de femmes trouvent plus convenable de tuer leur propre bébé plutôt que de le confier aux bons soins d'un des innombrables couples en quête d'adoption. Les droits du père sont inexistants. Les droits du bébé à naître sont réduits à rien.

Démographie de l'avortement

Ne sommes-nous pas tous, quelque part, que de simples ensembles de tissus? Ce n'est jamais aussi vrai que depuis la Loi Veil et ses nombreuses variantes dans d'autres pays d'Europe. La réduction de l'être humain à une masse de chair a réussi au-delà de toute espérance.

Simone Veil luttait contre "l'insalubrité" de l'avortement, estimant que les conditions d'hygiène n'étaient pas réunies dans la clandestinité. Dans son discours de 1974, elle évoquait les femmes recourant à l'avortement et rejetées "non seulement dans l'opprobre, la honte et la solitude, mais aussi dans l’anonymat et l’angoisse des poursuites." Mais ces sentiments empêchaient également nombre de passages à l'acte, et permettaient l'existence d'autant de nouveau-nés sains.

En rendant l'avortement légal sous condition, Mme Veil permit de faire sauter une barrière morale, amenant à la banalisation de l'acte. Les partisans de l'avortement légal évoquent volontiers les "milliers" d'avortements illégaux pré-1975 mais si cela était vrai, on retrouverait constamment des charniers de fœtus. Aucune donnée réaliste n'existe, et le nombre de condamnations pour la pratique de l'avortement avant la Loi Veil ne plaide certainement pas en faveur de cette hypothèse.

Les défenseurs de l'avortement sont prompts à amener dans la discussion de nombreux cas particuliers: l'enfant à naître lourdement handicapé, la victime d'un viol, la grossesse à problème menaçant la survie de la mère. Ces exemples ont toujours existé, mais ce sont justement des cas particuliers. La plupart des IVG ne rentrent dans aucune de ces catégories. Il faut les appeler par leur nom. Ce sont des avortements de confort.

En France, selon des statistiques officielles, l'avortement concerne environ 220'000 bébés à naître chaque année. Après une dizaine d'années de hausse entre 1995 et 2006, le chiffre est stable, mais il n'évoque pas grand-chose. Présentons ces données de façon plus parlante: en France 20% des bébés, un sur cinq, sont avortés chaque année. Une femme sur trois avorte au moins une fois dans sa vie. 9,5% des femmes ont recours deux fois à l'IVG et 4% trois fois ou plus au cours de leur vie. "Aucune femme ne recourt de gaité de cœur à l'avortement" affirmait Mme Veil. Qui peut encore croire à pareil mensonge? L'avortement n'est plus qu'un geste de pure commodité.

Tous les Français nés après 1975 sont les survivants d'un massacre qui a fauché 20% de leur classe d'âge. Pas la peine de chercher plus loin le déficit des naissances et le non-renouvellement des générations. L'Occident n'a pas perdu son âme avec les camps de concentration: les nazis ont été combattus et vaincus pour le mal qu'ils représentaient. L'Occident a perdu son âme avec l'avortement. La destruction légale de la vie à naître, acceptée et banalisée, brise un tabou aussi vieux que les racines grecques de notre civilisation. Le Serment d'Hippocrate a été réécrit pour le permettre. L'Interruption Volontaire de Grossesse, remboursée par la Sécurité Sociale, est acceptée et renforcée constamment alors qu'elle tue plus que n'importe quel fléau historique.

Il y a une ironie amère à ce qu'un tel génocide ait été mis en place par une survivante de la Shoah, dont tant de politiciens célèbrent aujourd'hui la mémoire.