14 septembre 2017

Irréformable AVS

Le 24 septembre, le peuple suisse se prononcera sur une énième réforme de l'AVS. Selon les arguments du Conseil Fédéral, "la réforme Prévoyance vieillesse 2020 vise à garantir les rentes et à adapter la prévoyance vieillesse aux évolutions de la société. Les économies qui seront réalisées et les recettes supplémentaires qui seront dégagées assureront l’équilibre financier de l’AVS jusqu’à la fin de la prochaine décennie."

L'humilité est de mise. Rien que de par son intitulé - Prévoyance 2020 - on comprend que cette réforme ne vise que le court terme.

prise de position,votation du 24 septembre 2017
Selon les adversaires du texte, tout le monde est perdant. (Cliquez pour agrandir)

Dans le détail, quels seront les principaux changements?

Une augmentation de 70 francs mensuels des nouvelles rentes. Répétons-le, cette augmentation ne concernera que les nouvelles rentes. Les milliers de retraités pauvres de Suisse qui pensent peut-être améliorer des fins de mois difficiles en approuvant la réforme vont au-devant d'une bien mauvaise surprise.

Un relèvement de l’âge de référence à 65 ans pour les femmes. Pour vous mesdames, un joli cadeau obtenu sur l'autel de l'égalité entre les sexes: le relèvement de l'âge de la retraite. Elle concernera toutes les femmes nées après le premier janvier 1957. Les féministes devraient se réjouir de la fin de cette ignoble disparité entre hommes et femmes.

Une hausse des cotisations. Le salaire net diminuera de 0,6% via la hausse des prélèvements. "Une hausse de 0,3%, partagée à parts égales entre salariés et employeurs", expliquent les saltimbanques médiatiques qui essayent encore de faire croire que les charges sont payées par quelqu'un d'autre que les salariés (évidemment, il n'en est rien).

Une baisse du taux de conversion. Le taux de rendement du capital épargné au 2e pilier passera de 6,8 à 6%, ce qui diminuera les revenus de tous les retraités (et bien au-delà des 70.- gracieusement accordés aux nouveaux rentiers). Intéressant de voir comment une réforme concernant soi-disant l'AVS permet en passant de donner un coup de hache au 2e pilier. Bien sûr, l'argument habituel est que le rendement du marché des capitaux est faible, et chacun devine bien avec quel empressement le Conseil Fédéral remontera le taux de rendement si la situation s'améliore...

Une augmentation progressive de la TVA. Après l’accroissement continu des taxes sur l'essence au nom de divers prétextes, c'est désormais au tour de la TVA d'être l'oreiller de paresse des politiciens lorsqu'il s'agit de trouver de l'argent frais.

Rappelons qu'en 2011 la TVA augmenta de 7,6% à 8% - avec l'assentiment du peuple suisse - pour une période "provisoire" de 11 ans destinée à assainir l'endettement de 13 milliards de l'assurance invalidité. On peut être sûr et certain qu'en 2022 la TVA ne baissera pas d'un iota ; les politiciens auront trouvé d'ici là mille autres raisons de la maintenir à ce niveau. Je peux même lancer les thèmes habituels qui garantissent d'avance le succès devant le peuple: la recherche, la santé ou les enfants. On bouclera l'argumentation en expliquant avec un cynisme achevé que les gens sont "habitués" à tel ou tel niveau de TVA, ou qu'on a encore de la marge avant d'atteindre les 20% et plus qui frappent la consommation dans la zone euro. Mais je brûle quelques étapes...

Réforme à petits bras

La seule qualité rédemptrice de cette votation est de permettre à tous les citoyens de faire le lien direct entre l'augmentation de la TVA et la prétendue "réforme" des retraites, puisque nous sommes simultanément appelés à approuver Prévoyance 2020 tout en acceptant une hausse de la TVA pour celle-ci. Rarement la main rude et la main douce de l'État auront été exposées de façon plus limpide.

Il n'est pas certain que la réforme soit refusée ; le public sent confusément qu'il faut bien faire quelque chose, même si on ne trouvera personne pour dire que Prévoyance 2020 va dans le bon sens. Mais l'ironie de l'histoire est que le vote du 24 septembre ne sert strictement à rien. Dans quelques années (et probablement plus tôt que plus tard) il faudra remettre l'ouvrage sur le métier. Mécanique redistributrice fondamentalement instable, l'AVS ne va pas bien et ne peut pas aller bien. Ils sont loin les discours de nos amis socialistes qui expliquent que les rentes sont garanties!

prise de position,votation du 24 septembre 2017Peut-être ceux-ci soutiennent le texte au nom de leur Conseiller fédéral Alain Berset? Le socialiste, très discret depuis qu'il est entré au gouvernement, joue son héritage politique sur cette votation. Il annonça dès son élection qu'il reprendrait le dossier et présenterait au peuple un paquet "équilibré", qui a réussi à réunir une majorité aux Chambres. Reste à convaincre les citoyens, plus revêches et surtout plus concernés que leurs élus à Berne.

Comme souvent, les politiciens sont maîtres dans l'art de la procrastination. Prévoyance 2020 est une réforme cosmétique, à petits bras, qui ne résout aucune des faiblesses intrinsèques d'un système de retraite helvétique allant sur sa fin. Alain Berset s'agite vainement pour donner l'impression d'avoir fait quelque chose, mais sa copie ne révèle aucune imagination, aucune audace, juste un piètre compromis destiné à ne pas fâcher tous ses amis politiques du Parlement. N'importe quel fonctionnaire fédéral aurait pu pondre un projet aussi insipide - mais il est vrai que la confortable retraite de M. Berset, elle, est d'ores et déjà assurée.

Il serait souhaitable que Prévoyance 2020 s'écrase en flammes le 24 septembre. Non pas que cela change grand-chose sur le fond, mais cela pourrait peut-être envoyer le signal que des réformes plus audacieuses sont nécessaires pour quiconque le comprenne.

Et pour tous ceux qui viendraient me reprocher de n'exprimer que des critiques, je les renvoie à un billet écrit à l'occasion de la votation sur "AVS Plus", qui faisait un petit tour d'horizon du système de retraite suisse et de ce qui lui manque... En un mot, plus de liberté!

Commentaires

Favoriser une pyramide de Ponzi qui fait faillite partout dans le monde entre autre à cause de la pyramide des âges est Révoltant.
Le deuxième pilier, laminé par les taux négatifs n'a plus bonne presse alors que c'est le seul système juste, pérenne et efficace.

L'AVS de part son mechanisms ne peut être que déficitaire comme vous l'expliquez très bien cher stephane.

Écrit par : Rastapopoulos | 15 septembre 2017

C'est tellement facile de promettre 70 frs alors que cette somme a été retirée il y deux ans à tous les retraités
Nous on ne réfléchi plus pour voter ont avoué de nombreux retraités !
Et tous ont voté de la même manière sans pour autant s'être concertés auparavant

Écrit par : lovejoie | 15 septembre 2017

Voilà ce que vous écriviez au moment de terminer votre blog sur AVS+

"En fin de compte, essayez de reposer sur vos propres décisions plutôt que sur un système dirigiste instauré par des gens qui vivaient dans un monde différent et qui sont pour beaucoup morts de vieillesse depuis longtemps. Le meilleur système de retraite est encore celui que vous choisissez vous-même"

Je m'étonne quelque peu de l'avant-dernier paragraphe de votre blog du 14 septembre 2017 : "Il serait souhaitable que Prévoyance 2020 s'écrase en flammes le 24 septembre. Non pas que cela change grand-chose sur le fond, mais cela pourrait peut-être envoyer le signal que des réformes plus audacieuses sont nécessaires pour quiconque le comprenne".

Contradiction ...

Écrit par : Marie | 16 septembre 2017

J'ai été un moment tenté de voter OUI en réaction avec le mouvement féministe et ses éternelles jérémiades sur la différence de salaires entre hommes et femmes. Il serait temps que nos chères compagnes apprennent ce qu'égalité veut dire et prennent leur retraite au même âge que les hommes.
Je rappelle que quoi qu'on dise et quoi qu'on fasse, nos journalistes, véritables propagandistes sans scrupules, nous répètent que la différence de salaires entre hommes et femmes est de 18%, ce qui relève de l'escroquerie et du pur mensonge.
A comparer le salaire d'une caissière de super-marché à mi-temps avec le directeur d'une banque à 150%...
Mais bon, je voterais NON en espérant que cela ne ressemble pas à la votation sur le Gripen où de valeureux chevaliers du ciel UDC ont donné la victoire à ce qui se fait de pire dans le monde politique suisse : le GssA.(parce qu'ils étaient payés par les lobbyistes du Rafale, plus que probablement)
Parce qu'à tout hasard, l'extrême-gauche aussi est contre...

Écrit par : Géo | 16 septembre 2017

@Marie: le système actuel ne laisse aucune liberté.

La réforme la plus audacieuse serait celle qui rende aux individus leur liberté. Mais cette réforme ne peut venir que d'un courage politique qui manque singulièrement à nos élus pour proposer une réforme en ce sens (sachant que peu de choses sont plus irrationnellement haïes ces temps que la liberté individuelle, les gardiens du peuple faisant bien leur travail).

Si par "réforme audacieuse" vous pensiez à plus de socialisme et de collectivisme, évidemment là on n'est pas sorti de l'auberge.

Les conclusions de mes deux textes sont parfaitement complémentaires: l'une invitait à laisser le choix aux individus, l'autre est un appel à la classe politique pour aménager la loi afin de laisser le choix aux individus. J'espère que toute confusion est écartée.

Écrit par : Stéphane Montabert | 16 septembre 2017

@ S. Montabert : merci pour votre réponse.

Dans la vie, il faut savoir accepter des compromis même si ceux-ci ne plaisent pas forcément à tous, en particulier lorsque vous touchez directement au bien-être de chaque individu !

Écrit par : Marie | 18 septembre 2017

Un autre domaine où il faut absolument laisser le choix aux individus : l'école.

Je ne parle pas là de l'école "privée" sous contrat qui est une variante de l'école publique avec des personnels différents et vaguement moins de bazar. Si on vous dit que votre dissertation de fin d'étude doit porter sur Marx mais que vous avez la liberté du nombre de parties et sous-parties et même du choix du stylo (noir ou bleu), vous ne pouvez pas dire que vous êtes libre dans vos études.

Je pense que l'école standardisée et standardisatrice, est formateuse : elle formate des individus qui non seulement pensent presque tous la même chose mais qui en plus pensent qu'il faut standardiser tout, sinon c'est un désordre malsain. Ainsi certains européïstes pensent que la standardisation des fruits par les bureaucrate est essentielle pour éviter les abus (avant l'Europe il était courant de voir des navets vendus sous l'appellation orange, et vice versa, enfin peut être ce n'est pas exclus bref ce n'est pas impossible bref on sait jamais).

Ce qui pouvait totalement se justifier au primaire (il n'y a qu'une écriture et qu'une arithmétique) pour fixer un objectif commun est totalement indéfendable concernant le collège-lycée où tous les élèves sont poussés à rester assis quelle que soit leur envie de rester assis et leurs aptitudes intellectuelles (et leur maturité).

Les élèves comme les parents d'élèves sont incités à penser standardisé : même programme au niveau national, même livres à étudier par toute une classe d'age, etc.

Le fait de faire semblant quand on n'y arrive pas est entériné : un prof de math qui voit que les élèves sont incapables de comprendre un raisonnement va faire des exercices répétitifs que les élèves feront façon calque. La note va compter alors qu'elle ne montre aucune compréhension des maths.

Ce n'est pas le cannabis qui abruti les jeunes, c'est le programme scolaire. L'abus de drogue sert juste à finir de griller les neurones des plus débiles.

Écrit par : simple-touriste | 19 septembre 2017

Ce matin, en dernier recours, j'ai voté OUI et je pense que, comme pour les Gripen, les droites ont fait gagner l'extrême-gauche. Les bonnes femmes deviennent de plus en plus arrogantes, veulent des quotas pour tous les postes comme si être dotés d'ovaires suffisaient pour obtenir un poste, nous bassinent avec des chiffres totalement falsifiés sur l'égalité des salaires mais refusent l'égalité sur l'âge de la retraite. Il va falloir se mobiliser sérieusement contre les féministes, parce que ce n'est pas l'égalité qu'elles veulent, c'est la dictature des femmes comme certains voulaient une dictature du prolétariat.

Écrit par : Géo | 24 septembre 2017

« Élections, piège à cons ! » voilà ce qui se disait il y a 49 ans. Ceteris paribus, il en va peut-être de même pour les votations à l'époque actuelle. Pourquoi ? « La pensée ne doit jamais se soumettre, ni à un dogme, ni à un parti, ni à une passion, ni à un intérêt, ni à une idée préconçue, ni à quoi que ce soit, si ce n'est aux faits eux-mêmes, parce que, pour elle, se soumettre, ce serait cesser d'être » (Henri Poincaré). C'est bien beau, mais les faits, on les manipule et on les accumule avec un faux sérieux qui frise souvent le ridicule, tout simplement parce que les bonnes raisons manquent pour sauver la cause qui occupe nos pensées.

Écrit par : rabbit | 24 septembre 2017

En dehors des nantis, tout le monde est concerné par l'AVS.

La droite libérale rêve de la couler, en y faisant une assurance individuelle, pour ne plus s'encombrer de la solidarité, même si c'est le mot "liberté" qui s'y substitue comme écran de fumée.

Dans cette droite libérale qui va de l'aile droite du PLR à l'UDC, le mot "solidarité" est un gros mot. Pour les uns, ça coûte, pour les autres c'est un mot de gauchiste, qui est pourtant à la base de notre nation.

Mais au vu des votations, l'AVS reste populaire, et les suisses ne veulent pas d'un AVS-.
La droite peut aller plus dans le sens d'un AVS--, il est certain que les suisses refuseront.

Il faut commencer par le commencement. Tant que l'Economie considère que les plus de 50 ans sont trop vieux et les plus de 60 ans, bon pour l'aide sociale, il n'y aura pas de possibilité de réformer l'AVS.

Si la confiance est là dans l'emploi, et notamment dans les conditions de travail adaptés à l'âge, alors l'AVS pourra se réformer.

L'Economie veut augmenter l'âge de la retraite ? Qu'elle commence alors à se réformer.

Écrit par : motus | 24 septembre 2017

@motus: la liberté n'est pas qu'un écran de fumée, accepteriez-vous qu'on décide à votre place votre forfait de portable, votre alimentation? Alors pourquoi tolérez-vous de n'avoir aucun choix dans la gestion de votre retraite?

Je ne suis pas d'accord avec vous, la solidarité dont vous parlez n'est qu'une servitude. La solidarité authentique se décide à l'échelle individuelle et ne se décrète certainement pas par la loi et la menace de sanctions. Les "économistes" dont vous parlez, qui veulent augmenter l'âge de la retraite, sont des imposteurs. Ils ne sont pas économistes, juste des comptables - ce n'est pas une insulte, il y a de très bons comptables, qui ne se font pas passer pour des économistes - mais leur analyse est à pleurer tant imagination et originalité en sont absentes.

De plus, l'escroquerie commence dès l'intitulé de la chose, car une "assurance" sociale n'a rien d'une assurance, qui est une mutualisation des risques, car il est entendu qu'atteindre l'âge de la retraite est dans la normalité, une quasi-certitude et certainement pas un "risque" comme celui de percuter un platane avec sa voiture par exemple. La collectivisation n'a dès lors aucun sens, sauf à planquer une mauvaise gestion derrière l'illusion des grands nombres.

Que vous acceptiez de l'admettre ou non, le système actuel repose sur la pensée magique que l'argent serait démultiplié par sa mise en commun et la baguette enchantée de l'État. Ce n'est évidemment pas le cas, et entre la mauvaise gestion des caisses ou les générations d'immigrés ou de migrants qui pomperont allègrement les réserves sans avoir cotisé en rapport auront tôt fait de les assécher.

Écrit par : Stéphane Montabert | 24 septembre 2017

Écrire un commentaire

NB : Les commentaires de ce blog sont modérés.