26 septembre 2017

Séisme politique en Allemagne

Les élections générales allemandes ont eu lieu ce dimanche, et leur résultat pourrait changer la trajectoire de l'Europe entière.

Pendant des mois, les sondages placèrent le parti d'Angela Merkel à environ 40% des votes, voire davantage. Les socialistes du SPD bénéficièrent d'une poussée étonnante lors de la nomination de Martin Schulz - d'ailleurs peut-être totalement inventée par les médias pour donner une "dynamique" - et situèrent quelques temps les deux partis au coude-à-coude l'un de l'autre, mais la fièvre retomba tout aussi rapidement.

Derrière, le peloton des petits partis vivotait au gré de l'actualité, comme en témoignent les intentions de vote rassemblées par divers sondages sur la durée:

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Trois de ces partis étaient connus: Die Linke, l'extrême-gauche allemande ; Grüne, les Verts, qui n'ont rien à envier aux précédents en termes de collectivisme et de lutte contre la prospérité ; le FDP, des libéraux alliés de la CDU / CSU, un peu trop accommodants, et qui pour cette raison sortirent laminés lors des dernières élections.

Alternative pour l'Allemagne

Le dernier venu, l'AfD, jouait les trouble-fêtes. L'AfD, parti politique que même la RTS avait du mal dimanche soir à présenter sous le qualificatif bateau "d'extrême-droite" (ne vous inquiétez pas, elle se rattrape depuis), n'existe que depuis 2013. Il naquit dans le sillage de la crise de la dette publique européenne, et se fit connaître en s'indignant contre la politique de la Bundesbank et de la BCE, bafouant les traités européens chargés de préserver la stabilité et la bonne tenue de l'Euro en intervenant directement dans la gestion de la crise grecque. L'AfD commença donc son existence comme parti opposé à une Union Européenne envahissante.

Cette politique lui offrit un écho de bon aloi dans certains cercles intellectuels - les Allemands ont gardé une mémoire atavique de l'hyperinflation de la République de Weimar et n'ont pas envie d'y revenir - et lui octroya environ 5% d'intentions de vote, en plus d'une réputation d'empêcheur de tourner en rond au sein de la belle famille européenne. Déjà, l'AfD était un mouton noir.

Mais en 2015, la ligne politique du mouvement évolua aussi rapidement que les menaces du moment lorsque survint la crise des migrants. Des hordes d'immigrés clandestins venues du monde entier convergèrent vers l'Allemagne, dans l'objectif avoué de vivre confortablement aux dépens du contribuable allemand. Pendant un temps les médias tentèrent de les présenter comme des familles syriennes mais ne réussirent à convaincre que les naïfs. Les mensonges se succédèrent et s'effondrèrent les uns après les autres sans que le flot ne s'arrête jamais, les envahisseurs se sentant invités par Angela Merkel et son fameux appel "Wir schaffen das!".

Assistant à l'application concrète d'une politique de remplacement du peuple allemand historique par une population de substitution, l'AfD modifia ses priorités en fonction de ce nouveau danger. En phase avec les préoccupations de la population allemande, la popularité du mouvement monta au-delà de 15% avant que la machine médiatico-politique ne se mette en branle: l'Alternative pour l'Allemagne serait une bande de racistes, xénophobes, fascistes, islamophobes, antisémites, néo-nazis et ainsi de suite... La tactique habituelle des ceux qui n'ont aucun argument à opposer.

L'effet réussit en apparences, puisque l'AfD retomba en-dessous des 10% d'intentions de vote. Mais le parti continua malgré tout à progresser, région après région. Les résultats de dimanche soir montrent que les Allemands apprirent comme d'autres peuples d'Europe à garder leurs opinions pour eux et à ne les exprimer que dans le secret de l'isoloir. L'AfD se profile donc aujourd'hui comme la troisième force politique allemande. Et que veut-elle? Selon Pauline Mille:

"L'AfD a fait campagne contre l’islamisation grandissante de l’Allemagne, en accusant Angela Merkel de se faire traître à la patrie en favorisant l'afflux des migrants. Elle préconise aussi la sortie de l'Allemagne de l’euro et une politique familiale traditionnelle. Elle ne croit pas à l'origine humaine d'éventuelles variations du climat et demande l'annulation de l'accord de Paris."


Franchement, que du bon sens.

Victoire à la Pyrrhus pour Merkel

"Une victoire catastrophique", titra le Blick lundi. La formule résume parfaitement la situation. Sur le papier, la CDU / CSU est victorieuse comme à l'accoutumée et Angela Merkel pourra accomplir un quatrième mandat ; dans les faits, la position de la Chancelière est plus instable que jamais.

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Résultats électoraux définitifs

La CDU et la CSU arrivent en tête, mais à quel prix! La CDU de Merkel perd 65 sièges. Le SPD perd 40 sièges et décide de se placer résolument dans l'opposition, empêchant toute "grande coalition" entre la droite de Merkel et la gauche, dont les électeurs ne veulent pas.

La seule coalition possible est la "Jamaïcaine" selon les couleurs du drapeau du pays ; noir, jaune et vert - une alliance improbable et fragile entre la CDU/CSU, les libéraux du FDP et les crypto-communistes des Verts. Parvenir à les asseoir autour d'une même table pour établir un programme commun tient de la gageure. Il me paraît improbable qu'un gouvernement parvienne à se bâtir dans ces conditions, et encore plus qu'il tienne pendant les quatre années qui viennent. L'Allemagne pourrait vraisemblablement se diriger vers un blocage ne débouchant sur rien d'autres que de nouvelles élections.

Le couple CDU / CSU fait son plus mauvais score depuis trente ans. De son côté, l'AfD fait une première entrée au Parlement. Le parallèle s'explique facilement: l'électorat de l'AfD vient bien de la droite traditionnelle allemande, qui a complètement tourné casaque sous la direction d'Angela Merkel. Les électeurs ont fui. Pauline Mille explique encore:

"Avec 13% des voix, l’AfD, Alternative für Deutschland, l’alternative pour l’Allemagne, fait une percée sans précédent aux élections législatives outre-Rhin. En quatre ans, l'AfD a franchi tous les échelons locaux pour entrer au Bundestag, et en force avec près de cent sièges. C’est mieux que n'ont jamais réussi les Verts. Cela coïncide avec un recul historique de la CDU, le parti d’Angela Merkel."


Les médias n'ont toujours rien compris. Ils continueront à traîner l'AfD et son électorat dans la fange en espérant faire ployer l'opinion publique, sans comprendre qu'ils parviennent seulement à détruire le peu de crédibilité qu'il leur reste. Aujourd'hui l'AFP se fend d'un article de propagande que n'aurait pas renié la Pravda en expliquant "l'inquiétude" des Israéliens face au succès de l'Alternative pour l'Allemagne. Comme le résume Jean-Patrick Grumberg, "des nazis pro-israéliens, c'est un scoop." Un chercheur, Patrick Moreau, a beau expliquer qu'il est "absurde de comparer l'AfD aux nazis", comment porter son message au milieu de centaines d'articles qui proclament le contraire?

Les Allemands jugeront sur pièce. Au Bundestag, ils verront comment interviennent et votent les élus. Les représentants de l'AfD auront accès aux médias, participeront aux débats, ne serait-ce que par le fait que sur la plupart des sujets, de l'Union Européenne à la migration et à l'islam, ils représentent la seule opposition. N'en déplaise à Martin Schulz.

Commentaires

"l'Afd aura accès aux média"
Cela ne suffit pas.
Dans les forums du web, on a l'habitude de dire qu'il est impossible de décider si une phrase tient de l'expression réelle ou de l'humour froid ou ironique.
Hé bien, de même, dans le discours politique, cette interprétation fine est monopolisée par les média bienpensants qui reprennent et modulent les propos des politiciens soit en bien soit en mal.
Trump l'a bien compris avec son compte twitter.
La droite française n'a rien compris : elle n'a aucune chaîne TV militante, même pas sur la TNT !

Écrit par : amike | 27 septembre 2017

Un discours ou un programme politique, dont les effets sur le plan économique ne sont pas clairement exposés, doit être ramené à un simple calcul démagogique.

Écrit par : rabbit | 27 septembre 2017

La baisse de l'AfD dans les sondages durant l'année 2017 a été complètement démentie par les urnes. Une preuve de plus que les sondages sont manipulés et violent le processus démocratique. Il n'est pas impossible en effet qu'une partie des électeurs de l'AfD n'aient pas voté selon leur conscience par découragement à la lecture des sondages. Que ce soit en France, en Allemagne, en Grande-Bretagne, aux Etats-Unis, ces manipulations systématiques de l'opinion, toujours dans le même sens, devrait faire l'objet de sanctions juridiques sévères.

Écrit par : Avocat | 27 septembre 2017

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