18 octobre 2017

Le peuple, cet éternel naïf

Un an après la mise en œuvre de la loi d'application sur le Renvoi des Criminels étrangers, les premières statistiques sont sous toit. Elles confirment qu'absolument aucun serrage de vis n'a lieu vis-à-vis des criminels étrangers, et n'aura jamais lieu.

La thématique du Renvoi des Criminels étrangers est un combat important du peuple suisse pour préserver sa sécurité. Elle a été abondamment abordée dans ce blog. On pourrait ouvrir les feux avec la première initiative sur le sujet en 2010 et les éteindre avec la conclusion du refus par le peuple de la deuxième initiative, dite "de mise en œuvre", en février 2016. Aujourd'hui, nous en voyons l'épilogue.

udc-pour-plus-de-secu.jpgDe nombreuses pages ont été écrites sur le sujet. Dès le début de ce long processus législatif, les élites du pays firent feu de tout bois pour enterrer ce thème par tous les moyens. Au-delà du réflexe basique cherchant à empêcher une victoire dans les urnes d'un texte porté par l'UDC, le renvoi des criminels étrangers cristallisa sur lui pratiquement tous ce que la classe dirigeante abhorrait.

Le renvoi des criminels étrangers impliquait une justice forte et suivie d'effets, et contrevenait donc à la doctrine de bienveillance mâtinée de rousseauisme et de permissivité post-soixante-huitarde de la justice actuelle. Il impliquait une automaticité du renvoi, et empiétait donc sur le rôle jupitérien tant apprécié des magistrats. Il impliquait des procédures de reconduction à la frontière, donc des frontières et des renvois. Il impliquait une politique souveraine, donc faisait un pied-de-nez à Bruxelles et son bras armé judiciaire de la CEDH. Il impliquait une période d'interdiction du territoire, donc un corps de police capable d'appliquer cette interdiction, et les centres de détention afférents.

Par quelque bout qu'on le prenne, le Renvoi des Criminels étrangers sapait les fondations même de la Suisse diluée dans l'UE que les élites bâtissaient sans relâche depuis 1992. Il était une sorte d'antimatière législative. Il fallait qu'il échoue, et il échouerait.

Aujourd'hui, il a échoué. Les chiffres le confirment.

Depuis le 1er octobre 2016, environ 450 décisions de renvoi ont été prononcées dans le cadre de la loi, aboutissant à environ 400 expulsions effectives. Étendu aux cantons manquants, le journal estime ce chiffre entre 500 et 800 pour toute la Suisse, comparable donc aux années précédentes.


Bien entendu, les journalistes cherchent des "explications". On nous parle d'une diminution des cambriolages par exemple - comme si quelques pourcents de différence allaient changer quelque chose dans des chiffres qui pêchent par un facteur de 5. On admet à demi-mot que les exceptions sont plus ou moins la norme, pour des raisons de proportionnalité - un terme que les futures victimes de récidivistes auront pleinement le loisir d'apprécier. Mais surtout même des journalistes de la Sonntags Zeitung l'admettent, "le chiffre de 4'000 [renvois annuels] émis par l’Office fédéral de la statistique pendant la campagne était largement exagéré."

24Heures explique quant à lui que "la forte hausse des renvois" n'a pas eu lieu. Bref, chacun feint l'étonnement avec un art consommé de l'hypocrisie, alors que cette dilution totale de l'initiative était l'objectif de départ.

Rappelons-nous: à l'initiative du renvoi des criminels étrangers succéda un "groupe de travail" élaboré par Simonetta Sommaruga, et noyauté par des adversaires de l'initiative - groupe de travail qui n'accoucha de rien d'autre qu'une variante du contre-projet refusé par le peuple en 2010. À la suite de quoi l'UDC se retrouva contrainte de repartir devant le peuple avec une nouvelle initiative, mal ficelée (le texte n'ayant pas été écrit pour être déposé comme tel) et contre laquelle l'ensemble de la classe politique, les médias et de pseudos-mouvements de la société civile montés de toute pièce se mobilisèrent. Les perdants de 2010 avaient l'occasion de rejouer le match. Ils tenaient leur revanche, et gagnèrent. Mais leur victoire est aussi la défaite de la sécurité.

Le projet de loi du "groupe de travail" - l'opposition parlementaire à l'UDC, sous l'égide bienveillante de Mme Sommaruga - constitue donc l'application de fait de l'initiative pour le Renvoi des Criminels étrangers. Cette loi n'a, à dessein, aucun effet. Il faut être fou, hypocrite ou d'une naïveté sans limite pour s'en étonner.

Rappelons-nous de la campagne de 2016: l'UDC clamait que seule l'initiative de mise en œuvre - impliquant une liste de délits clairement définis et l'automaticité du renvoi - pourrait juguler la masse de criminalité envahissant le pays depuis la libre-circulation. À cette interprétation s'opposait celle de l'establishment affirmant que le contre-projet-bis du Parlement entraînerait 4'000 renvois par an, ce qui serait bien suffisant. Lors de cette campagne, Jean-Luc Addor, conseiller national UDC, eut ces paroles prophétiques:

En été 2015, le Parlement fédéral a voté une loi qui réintroduit en substance une clause de soi-disant « rigueur » (en réalité, une clause de protection des étrangers criminels) qui, à côté d’autres éléments, au lieu de permettre l’expulsion d’un peu plus de 10’000 étrangers condamnés par les tribunaux suisses (comme le demande l’UDC), réduira ce nombre à moins de 4'000 ; et encore, ce dernier chiffre pourrait être encore plus bas si, comme on a tout lieu de le craindre, les tribunaux transforment ce qu’on présente au bon peuple comme un régime d’exception en règle protégeant les criminels au détriment des victimes et de la sécurité publique.


Et c'est exactement ce qui s'est passé. Sauf qu'au lieu de 4'000, il n'y a en fait rien de discernable.

Mais, s'il était possible de sentir le moindre frémissement dans la gestion des renvois, l'étincelle de chaleur serait encore rapidement étouffée par un nouvel extincteur. Citant 24Heures:

[Il semblerait que] les juges usent volontiers de la clause d’exception: celle-ci consiste à suspendre une expulsion automatique si le délit est jugé trop mineur pour une telle sentence, ou en fonction de la situation du condamné – par exemple s’il est né en Suisse. (...) La Cour suprême de Zurich a quant à elle décidé la semaine passée de ne pas expulser un Allemand coupable d’un passage à tabac pour un autre motif, plus surprenant: les juges ont estimé que son expulsion contreviendrait à l’accord sur la libre circulation des personnes.

 
La libre-circulation des criminels. Nous y sommes. Officiellement.

Il paraît qu'à une époque la Suisse était un pays libre et indépendant ; il semble qu'aujourd'hui, il ne le soit plus que dans les bornes que les dirigeants accordent à un peuple trop crédule pour se réveiller. Alors, chacun se calfeutre chez lui le soir, les femmes hésitent à se promener en ville la nuit et les affaires des sociétés de surveillance sont florissantes.

Les Suisses adaptent leur mode de vie, mais, politiquement, n'apprennent pas de leurs erreurs.

Commentaires

En France, le Renvoi des Criminels étrangers s'appelle : la double peine.
Macron va-t-il la rétablir ? Il a très récemment parlé de “grande fermeté” vis-à-vis de ces gens-là.
Reste à voir si ces paroles aurait un effet quelconque, ce dont je doute fortement.
Un autre aspect de la chose :
Si j'ai bien compris, vous avez une loi qui stipule que les Criminels étrangers ayant purgé leur peine doivent être reconduits dans leur pays d'origine. Mais votre justice laxiste (pléonasme quand il s'agit des extra-européens, comme en France !) trouve systématiquement un biais pour ne pas appliquer cette loi.
Supposons maintenant un Criminel étranger qui fait de la prison en Suisse, est libéré, mais reste sur le territoire. Il récidive, faisant de nouvelles victimes.
Alors je pose la question :
Pourquoi ces victimes n'intentent-elles pas un procès à l'État suisse ?
En France, nous avons maintenant la possibilité de regrouper les plaintes, ce qu'on appelle aux US les “class actions”.
Si c'est aussi possible en Suisse, alors ces victimes groupées auraient des chances d'obtenir réparation et de faire plier le gouvernement.

Écrit par : AP34 | 19 octobre 2017

@AP34: En France, des journalistes et des idéologues gauchistes ont inventé le concept de "double peine" pour faire pleurer dans les chaumières en laissant croire que les crimes des étrangers seraient puni plus durement avec un renvoi.

C'est évidemment un mensonge, car la présence continue d'un étranger sur un territoire donné ne relève pas de la justice mais d'une simple décision administrative. Il n'y a pas besoin de passer devant un tribunal pour avoir - ou non - un visa. Aller dans un pays donné n'est pas un droit. Plus de 7'000'000'000 de personnes vivent hors de France (ou de Suisse) et ne s'en portent pas plus mal.

"Pourquoi ces victimes n'intentent-elles pas un procès à l'État suisse ? (...) Ces victimes groupées auraient des chances d'obtenir réparation et de faire plier le gouvernement."

Ma foi, cela ne coûte rien d'essayer hormis quelques frais d'avocat partagés, mais je doute que cela fonctionne. En France comme en Suisse, comment des juges - qui sont employés de l'État - pourraient avoir la moindre objectivité si leur propre employeur se trouve sur la sellette? Le conflit d'intérêt est évident, rares sont ceux qui accepteront de mordre la main qui les nourrit.

En outre, les dommages et intérêts seront payés par les contribuables, certainement pas par les fonctionnaires aux commandes. Donc un coup d'épée dans l'eau. Ce genre de comportement a plus de chances de faire déboucher sur une nouvelle loi limitant les indemnités de dommages et intérêts payés par l'État que par un renvoi effectif des étrangers criminels.

Et puis, puisque la responsabilité des uns et des autres est évoquée, rappelez-moi, combien de juges ont été inquiétés dans leur carrière pour avoir remis en liberté des récidivistes?

Écrit par : Stéphane Montabert | 19 octobre 2017

Il est fort regrettable que les juges, nos lois et nos politiques bafouent de plus en plus le peuple, ne faisant pas partie de l'UE
Pourquoi nos lois ne sont elles pas appliquées? Le but final et de ne plus se soumettre au peuple, c'est une véritable honte d'autant que c'est lui qui paie les impôts de tous ces magistrats.

Écrit par : Chalut | 20 octobre 2017

à S. Montabert :
"Donc un coup d'épée dans l'eau."
Peut-être pas tout à fait.
Une telle action groupée en justice contre l'État aurait le mérite d’attirer l'attention publique sur le fait que les lois votées ne sont pas appliquées.
À moins qu'une telle action puisse au départ être déclarée irrecevable. Ce que j'ignore.
Un premier procès n’aboutirait probablement pas.
Mais un second, et un troisième… ?

"…rares sont ceux qui accepteront de mordre la main qui les nourrit."
Certes, mais ça aurait à nouveau le mérite d'attirer l'attention publique sur le fait que les juges sont à la solde de ceux qui les ont nommés, et ceci au détriment de la justice.

"rappelez-moi, combien de juges ont été inquiétés dans leur carrière pour avoir remis en liberté des récidivistes ?"
Bien sûr, aucun, du moins à ma connaissance.
Sauf le juge Lambert, en France, qui, après avoir lamentablement échoué dans l'affaire du petit Grégory, s'est lui-même administré, il est vrai avec retard, la peine capitale (suicide).
Un remède à cette impunité des juges pourrait être de les faire élire par le peuple, comme pratiqué dans certains États américains (alors que les procureurs, eux, à la fois au niveau local et au niveau fédéral, sont toujours élus).
La sanction d'un échec avéré : un criminel étranger expulsable mais non expulsé commet un nouveau crime, serait alors pour le juge de ne pas être réélu.
Ce serait déjà mieux que l'impunité totale en vigueur.

Écrit par : AP34 | 21 octobre 2017

Les commentaires sont fermés.