16 décembre 2017

Fin de la neutralité du Net: Catastrophe ou libération?

Depuis jeudi et sous l'impulsion de Donald Trump, la FCC, l'autorité de régulation américaine des communications, a validé par un vote (3 voix contre 2) le démantèlement des lois passées sous l'administration Obama et connues du grand public sous le nom de "Neutralité du Net". Est-ce une catastrophe ou une libération? Se pourrait-il que le Président américain soit allé trop loin dans sa volonté de détricoter l'héritage Obama? Ou est-ce une bonne chose pour Internet en général et les États-Unis en particulier?

Chacun sera seul juge ; mais pour avoir la moindre chance de comprendre, il faut rester éloigné de la presse francophone dont la superficialité et le biais anti-Trump pèsent lourdement sur la moindre analyse.

Neutralité du Net et Neutralité du Net

La neutralité du Net est un concept quelque peu confus parce qu'il signifie en pratique des choses différentes. À la base, la "Neutralité du Net" est l'idée selon laquelle chaque parcelle d'information venue d'Internet est un ensemble de 0 et de 1, peu importe qu'ils viennent d'une série sous Netflix, de la lecture de ce blog, ou d'un email ; et qu'au bout du compte, tous ces 0 et ces 1 doivent être traités de la même manière.

En d'autres termes, aucun fournisseur d'accès Internet (FAI) ne devrait être capable de vous interdire d'accéder à un quelconque site, ou au contraire d'accélérer votre accès à d'autres sites, puisque ce sont toujours des paquets d'information de même nature.

Notons que l'idée de rejeter des vitesses d'accès différentes est discutable, car tous les flux informatiques n'ont pas la même importance. Le flux vidéo d'un chirurgien en train d'opérer un patient à distance est sans doute plus important que le flux d'interactions de votre partie de Call of Duty, qui sont eux-mêmes plus importants que l'arrivée sur votre ordinateur du énième patch de Windows, ou la synchronisation dans le Cloud des photos du remariage de Tante Huguette.

En réalité, à cause du concept de Neutralité du Net, la non-différentiation du trafic internet est une cause de congestion du réseau.

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La séparation entre paquets lents et paquets prioritaires permet de renforcer l'efficacité d'une infrastructure sans augmenter sa capacité globale. Les organismes chargés de gérer le trafic routier le savent bien.

La différentiation du trafic est un débat ouvert, avec ses partisans et ses adversaires. Mais on trouvera bien moins de gens pour défendre l'idée que les FAI puissent ralentir ou barrer l'accès de certains sites. Et cela tombe bien puisque la Neutralité du Net qui vient d'être démantelée n'a pas exactement la signification que le grand public lui prête, comme nous le verrons.

La Neutralité du Net, dans la décision qui vient d'être prise par la FCC, concerne la catégorisation des Services Internet comme des services de "Titre II" selon la législation américaine, c'est-à-dire leur définition comme services publics au même titre que l'accès à l'eau ou l'électricité.

Confusion et Politisation

Avant d'entrer plus en détail sur ce qui vient de se passer jeudi, mentionnons encore deux aspects singuliers du débat, mais qui ont leur importance:

  • La "Neutralité du Net" dont il est question est une réglementation passée en 2015 à l'instigation de l'administration Obama. Autant dire hier. Internet, Google, Amazon, Wikipédia et bien d'autres ont existé et gagné leurs galons bien avant la législation sur la Neutralité du Net, et même avant la première élection d'Obama.
     
  • La plupart des acteurs en faveur de la "Neutralité du Net" sont des sites comme Twitter, Google, Facebook, Reddit, qui ont tous montré à de nombreuses reprise leur orientation politique de gauche, leur opposition résolue à l'administration Trump, et qui n'ont pas hésité et n'hésitent toujours pas à censurer le contenu de leurs propres utilisateurs dès lors qu'il ne convient pas à l'orientation politique de leur plateforme.

Comme le résume un créateur de contenu:

"Si vous avez le malheur d'exprimer un point de vue de droite, Google repousse votre apparition à la dixième page des résultats de recherche, YouTube vous coupe vos revenus publicitaires ou supprime vos vidéos, Twitter ferme votre compte, et Facebook censure vos publications de sorte qu'elles n'apparaissent jamais dans le flux d'actualités."


usa,donald trump,internet,réformeIl y a donc anguille sous roche.

L'explication remonte à 2010. Avant cette date, la FCC classait les FAI sous le Titre I du Telecommunication Act du Président Clinton, signifiant qu'elle agissait comme entités privées avec un minimum de régulation de la part du gouvernement. Séparément et sans rapport avec cette classification, la FCC considérait les FAI comme responsables du respect des règles de l'Internet Ouvert (pas de débit variable selon le type de données, pas de blocage de site, pas de navigation prioritaire contre paiement).

Le procès Verizon contre la FCC changea cela, précisant que si la FCC souhaitait faire respecter les règles de l'Internet Ouvert, elle devrait désormais classer les FAI sous le Titre II, soit des fournisseurs de services publics, opérant effectivement sous le contrôle d'un monopole d'État. Le changement le plus radical concernant de fait l'apparition d'une licence de diffusion, donnant pouvoir au gouvernement sur eux. La lutte fut épique sur le dossier entre les fournisseurs d'accès, les lobbies et les politiciens ; mais quoi qu'il se passe en coulisse, les globalistes marquèrent un point essentiel puisqu'ils obligèrent désormais les FAI à s'inscrire pour bénéficier d'une licence de diffusion, et à la renouveler régulièrement. Sans licence de diffusion, un FAI était instantanément condamné à la banqueroute.

Obama fut un acteur essentiel de cette transformation, faisant pression sur les trois juges - deux démocrates et un républicain - pour classer les FAI sous le Titre II et donner ainsi le contrôle d'Internet au gouvernement. Cette prise de contrôle aurait pu être mal prise par l'opinion, elle fut donc rebaptisée "Neutralité du Net" et vendue ainsi emballée aux médias. La nouvelle formule passa comme une lettre à la poste!

Big Brother se réveille

Le gouvernement avait donc un pied dans la porte pour le contrôle des FAI grâce au renouvellement de leur licence, mais l'administration Obama n'avait pas encore les moyens légaux de justifier un non-renouvellement de ladite licence.

Cette base légale se concrétisa à travers le Countering Information Warfare Act de 2016. L'Acte donnait lieu à la création d'un "centre inter-agences", basé à la Maison Blanche, dont le chef était directement nommé par le Président, et dont l'intitulé de mission était de "Maintenir, collecter, utiliser et disséminer des enregistrements pour la collecte et l'analyse de donnée liées à des efforts de désinformation étatique et non-étatique et de propagande étrangère". Non-étatique signifie ici: à l'échelle des entreprises, des sites web, et même des individus.

Avec le Countering Information Warfare Act de 2016, n'importe qui pouvait être désormais coupable de "propagande" ou de "désinformation", une accusation d'autant plus facile à formuler que la signification de ces termes étaient laissés à l'appréciation de l'Administration.

Le Countering Information Warfare Act ne donna pas lieu à un débat par le Congrès. À la place, il fut subrepticement glissé dans les 3'000 et quelques pages du National Defense Authorization Act for Fiscal Year 2017, un texte voté la veille de Noël 2016 par des élus dont aucun ne se donna la peine de le lire. La création du Global Engagement Center est pourtant bien là-dedans, avec des détails opérationnels comme:

"Identifier les tendances actuelles et émergentes de propagande et de désinformation étrangère (...) et permettre l'utilisation d'agents infiltrés ou d'opérations clandestines spéciales pour influencer et cibler des populations et des gouvernements, pour coordonner et élaborer des tactiques, techniques et procédures pour exposer et réfuter la désinformation et l'information mensongère étrangère (...)"

"La législation établit un fonds pour aider à la formation des journalistes locaux (...)"

"Le Centre développera, intégrera et synchronisera des initiatives gouvernementales globales pour exposer et contrer les opérations de désinformation étrangères (...)"

 
Et ainsi de suite sur des pages et des pages.

L'Administration Obama visait également à mettre en place des "groupes d'experts" extérieurs au gouvernement, comme des ONG, des organisations de la société civile, des laboratoires d'idées, des compagnies du secteur privé et ainsi de suite, pour détecter et classifier l'information comme "trompeuse".

Vous rappelez-vous du fameux Décodex du Monde? Des associations diverses et variées lançant des procédures pour une remarque jugée litigieuse sur Facebook? Les personnes condamnées en Suisse pour un like? Voilà, en pratique, vers quoi menait l'arbitrage par ces "tierces parties indépendantes".

La boucle est bouclée

En quelques étapes et quelques années, l'Administration Obama mit en branle une mainmise totale d'Internet par le gouvernement américain, sur le territoire des États-Unis.

Bombardé par le flot de fausses nouvelles débordant sur le Net, le grand public aurait progressivement adopté le terme de "fake news" et l'idée de "tiers de confiance" chargés de vérifier la véracité de l'information. Ces tiers de confiance, sans lien apparent avec le gouvernement, auraient formulé des jugements de valeur sur de prétendues "fake news" soigneusement sélectionnées, permettant ensuite à l'administration de faire pression sur les Fournisseurs d'Accès Internet qui transmettaient ces informations par leur réseau, et qui seraient devenus complices simplement en les faisant transiter par leurs infrastructures.

Les FAI auraient eu ensuite deux choix: soit couper le sifflet aux sites "déplaisants" pour les élites en place - Drudge Report, Breitbart, 4chan, Wikileaks, etc. dans le monde anglophone - soit perdre leur licence, auquel cas ils auraient instantanément été conduits à la faillite alors que leur infrastructure aurait été rachetées à vil prix par le gouvernement ou leurs concurrents. Les FAI auraient évidemment obtempéré et une partie de la toile aurait tout simplement disparu.

Et tout cela au nom de la Neutralité du Net!

Tous les scandales visant Hillary Clinton et révélés par Internet auraient-ils pu voir le jour sous ce régime?

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Les partisans de la loi Obama sur la Neutralité du Net s'inquiètent d'un monde où les FAI pourraient arbitrairement supprimer l'accès à des sites web, alors qu'en réalité cette loi permet exactement ce résultat... Sur décision de l'Administration.

Conclusion

Toute cette histoire est 100% authentique - il suffit de suivre les liens vers les divers textes légaux et projets de loi qui émaillent ce billet. Mais comme dans bien d'autres dossiers, l'élection surprise de Donald Trump bouleversa les plans établis par la bureaucratie démocrate. 

Notons que Trump n'aurait eu aucun mal à préserver les directives mises en place par son prédécesseur et les employer à son propre avantage, éliminant progressivement CNN et d'autres canaux du paysage d'Internet suite à leurs mensonges répétés, souvent pris la main dans le sac. Mais, et c'est tout à son honneur, il choisit plutôt de désamorcer la bombe et de l'envoyer à la poubelle.

Il n'y aura pas de Global Engagement Center chargé de faire la guerre de l'information au nom du gouvernement américain sur Internet. Il n'y aura plus de menaces de retrait de licence des opérateurs pour qu'ils éliminent de leur offre les sites présentant une opinion dissidente du pouvoir. Et il n'y aura plus ces taxes que l'Administration prélevait sur le moindre abonnement Internet, les services publics étant plus taxés que les entreprises privées.

Internet ne sera pas "neutre", quoi que ce terme puisse signifier pour chacun, mais il restera peut-être libre un peu plus longtemps.

06 décembre 2017

La fièvre du Bitcoin

La récente flambée du Bitcoin fascine le grand public. Est-ce une bulle, ou l'amorce de quelque chose d'autre?

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Le Bitcoin en cinq minutes

Précisons d'emblée: cinq minutes ne suffiront pas à expliquer le Bitcoin - mais tentons tout de même.

Le Bitcoin est une information pure, suivant une approche inventée en 2008 par le mythique Satoshi Nakamoto - un individu dont l'identité réelle est inconnue - et publiée en 2009. Pour simplifier, chaque Bitcoin est unique et représente une sorte de solution à un problème mathématique. Trouver de nouveaux Bitcoins est de plus en plus difficile et implique une puissance de calcul croissante. De par la définition de son modèle, le nombre de Bitcoins total est limité à 21 millions d'unités. Les transactions en Bitcoin suivent la technologie Blockchain, qui garantit l'intégrité des échanges entre utilisateurs, ainsi que leur anonymat.

Pendant les premières années le Bitcoin fut considéré comme une étrange curiosité engendrée par Internet. Pour être dans le vent, certains sites acceptèrent d'autant plus facilement le Bitcoin comme moyen de paiement qu'il était ultra-confidentiel. D'autres utilisateurs, pas toujours bien intentionnés, comprirent vite son utilité en tant qu'anonymiseur de transaction. Le Bitcoin devint le mode opératoire de tous les malfrats ayant décidé pour de multiples raisons de vivre en marge du système - les Anonymous, les hackers, les réseaux mafieux et de nombreux rebelles. Le Bitcoin n'avait pas bonne réputation en ce temps-là, mais la plupart de ceux qui s'intéressaient à ce nouvel écosystème économique restaient capables de faire la distinction entre le concept et son utilisation.

Au fil du temps, le Bitcoin se répandit et prit progressivement de la valeur. Des gens se mirent à utiliser le Bitcoin non plus comme intermédiaire de paiement dans une transaction, mais pour le thésauriser, soit dans une perspective de spéculation, soit pour protéger leurs économies.

Tous les plafonds ont été crevés, 1, 10, 100, 1'000 et 10'000 dollars, les uns après les autres, et de plus en plus vite. En Octobre, le Bitcoin valait 3'000 dollars. Il en vaut désormais le triple. La progression est fulgurante. La valeur totale du Bitcoin dépasse 200 milliards de dollars - un petit poisson dans l'univers des monnaies, mais une belle bête tout de même. L'agitation s'empare des places financières, des régulateurs et des politiciens, qui n'hésitent pas à livrer leur prêt-à-penser au grand public. Assistons-nous à une bulle spéculative? Le Bitcoin est-il promis à l'effondrement?

Panique à bord

La flambée du Bitcoin a provoqué de nombreuses réactions de l'establishment politico-économique. Tous hurlent à la bulle d'une seule voix:

Trop "volatile", sans "fondement" et "dangereuse": plusieurs économistes de renom sont montés au créneau ces derniers jours contre la flambée du Bitcoin, décrite comme une "bulle spéculative" susceptible d'"imploser". Sans enrayer - pour l'instant - le phénomène. (...)

Pour certains prix Nobel d'économie, la réponse est toute vue: cette crypto-monnaie va "s'effondrer", et ses adeptes vont s'en mordre les doigts.

"C'est une bulle qui va donner à beaucoup de monde beaucoup de moments très excitants tant qu'elle montera, puis qui va redescendre", a mis en garde mercredi Joseph Stiglitz, prix Nobel 2001, sur le plateau de Bloomberg TV.

Le Bitcoin "ne sert aucune fonction socialement utile" et ne réussit "qu'en raison de son potentiel de contournement, du déficit de surveillance": "il me semble que le Bitcoin devrait être interdit", a ajouté l'économiste américain. (...)

D'autres économistes de renom ont mis en garde contre les dangers et les dérives liés aux monnaies virtuelles, à l'image du prix Nobel 2008 Paul Krugman, qui avait comparé dès 2013 le Bitcoin au "mal", ou de Robert Shiller, spécialiste des bulles financières.

"L'enthousiasme pour le Bitcoin est disproportionné par rapport à son application immédiate", a estimé ce professeur à l'université de Yale, lui aussi titulaire d'un Nobel (2013). "C'est l'exemple même d'une bulle spéculative", a-t-il ajouté.


Les avis sont visiblement extrêmes et dénués d'humilité. L'aversion pour le Bitcoin est palpable, et se traduit d'ailleurs par des postures incohérentes. Par exemple, quel besoin d'appeler à l'interdiction si le Bitcoin est l'objet d'une bulle spéculative? Il suffit d'attendre que la bulle éclate et les vilains spéculateurs resteront sur le carreau, puni par là où ils ont péché, ce qui aura le deuxième avantage de sceller la réputation des crypto-monnaies pour longtemps. Si tous ces gens ont raison, laisser faire l'offre et la demande est probablement le meilleur moyen de donner la leçon. Mais s'ils ont tort?

Le Bitcoin suit en ce moment une courbe exponentielle. Deux explications sont possibles: soit c'est une bulle, soit ce n'en est pas une. Et les deux hypothèses donnent le vertige.

Comprendre la révolution du Bitcoin

Pour des raisons de définition autant que de taxation, de nombreux individus ont cherché à classifier le Bitcoin. Est-ce une monnaie, comme le dollar? Une ressource, comme un arpent de terre? Un droit de propriété sur l'ensemble de la crypto-monnaie, comme une sorte d'action? On peut discuter à l'infini des mérites de chaque approche. Pour ma part, je me contenterai de le qualifier d'or numérique. Car à travers de nombreux aspects le Bitcoin est similaire à l'or, jusque dans le rôle de valeur-refuge qu'il acquiert aujourd'hui - et qui fait exploser ses cours.

La monnaie est un moyen d'échange. Elle n'a de valeur que par convention sociale, éventuellement appuyée de l'autorité de l'État local. À travers les époques et les régions du monde, des peuples ont utilisé comme monnaie des coquillages, des lingots de métal, des pièces d'or ou du papier imprimé. Aujourd'hui, bien que nous ayons encore quelques billets avec nous, la monnaie est essentiellement électronique. Et sans le moindre sous-jacent. Depuis la fin du système monétaire de Bretton Woods, les monnaies se sont progressivement muées en simples papiers, échangeables contre d'autres papiers. Aucune banque centrale n'est plus capable de garantir une parité d'échange fixe entre sa monnaie et la moindre ressource physique dotée de valeur.

Ainsi, les déclarations de gens dénigrant le Bitcoin au prétexte "qu'il ne repose sur rien" sont piquantes d'ironie. Les mêmes personnes utilisent chaque jour des paiements dématérialisés avec des monnaies qui ne sont elles-mêmes adossées à rien. Les monnaies que nous avons sur nos comptes en banque, dans nos plans d'épargne et nos portefeuilles sont tout aussi virtuelles que le Bitcoin, si ce n'est le joli motif imprimé des billets.

Les différences fondamentales entre le Bitcoin et n'importe quelle monnaie habituelle sont que le Bitcoin est disponible en quantité finie, décentralisé et, à ce jour, non manipulable. Il ne peut pas y avoir de plan de relance en Bitcoin. De Quantitative Easing en Bitcoin. De planche à billet en Bitcoin. Il n'y a pas de Banquier Central du Bitcoin. Le nombre de Bitcoins possibles est fini - 21 millions d'unité, pas plus. Le Bitcoin ne repose sur aucun actif tangible comme le pétrole, l'or ou l'activité économique, mais en retour il est à l'abri de toute manipulation de la valeur de ces actifs.

Les keynésiens, les étatistes, les interventionnistes souhaitent tous jouer avec la monnaie pour servir leurs objectifs idéologiques du moment: éponger la dette avec de l'argent frais, occuper le terrain médiatique en finançant de grands travaux inutiles, ou simplement arroser leur clientèle électorale. Pour eux le Bitcoin représente un cauchemar: une monnaie cryptée, anonyme et hors de contrôle, attirant désormais l'intérêt du grand public. Ce n'est pas pour rien que les pics de transactions en Bitcoins ont été enregistrés dans les pays où les gouvernements trichent le plus avec la monnaie, comme le Zimbabwe ou le Venezuela.

Le Bitcoin est intimement lié à Internet, ce qui en fait une ressource internationale, transfrontalière, décentralisée et extraordinairement robuste. Par certains aspects il est même un meilleur refuge que l'or, qui a le défaut d'être une ressource physique facilement contrôlée, taxée et confisquée.

Bulle ou pas bulle?

Il y a plusieurs attitudes face à la montée du Bitcoin. Ceux qui hurlent avec les loups et crient à la bulle - bien qu'aucune annonce apocalyptique n'ait fait baisser les cours plus de quelques heures, et qu'aucun scandale particulier ne frappe la crypto-monnaie. Et ceux qui pensent que nous n'en sommes qu'au début.

Bien sûr, malgré ses quasiment dix ans d'âge, on peut toujours s'effrayer qu'un jour un mathématicien finisse par trouver une faille dans le Bitcoin et que le système s'effondre. De par sa nature informatique, le Bitcoin est plus facile à dérober qu'un lingot de métal enfermé dans un coffre ; des cambriolages numériques et des escroqueries ont eu lieu et d'autres surviendront. Même sans cela, il y aura encore des crises, des pics et des effondrements. Et pour finir, même dans le monde de la crypto-monnaie, le Bitcoin n'est pas seul. Il est en concurrence avec des challengers qui apportent chacun leur variation vis-à-vis du modèle initial. Bien malin qui peut dire qui l'emportera sur le long terme.

Mais que ce soit Bitcoin ou une autre, l'avenir s'ouvre pour les crypto-monnaies - un refuge de valeur à l'abri de la voracité des gouvernements, des dérives du système bancaire et de la monnaie papier, et qui leur survivra.