18 janvier 2018

Radicalisations

C'est sous l'intitulé mystérieux de "Radicalisations" que la Municipalité de Renens organisa une soirée pour que des habitants puissent échanger avec des professionnels. Ayant été indirectement à l'origine de cette manifestation à travers une interpellation au Conseil Communal ("Pour que Renens agisse contre le radicalisme islamiste" en 2015) il était de mon devoir de m'y rendre.

Dessine-moi un radicalisé

observatoire2017rad.jpgLa soirée vit affluer un public nombreux. Après différentes présentations du contexte par les autorités mettant bien cette assemblée sous le signe du Padamalgam!, la première présentation commença, donnée par Mallory Schneuwly-Purdie, "Sociologue et formatrice - Pluralités".

L'exposé commença par un long et tortueux cheminement visant à définir ce qu'était le radicalisme, à l'aide de citations comme:

"[Le] processus par lequel un individu ou un groupe adopte une forme violente d'action, directement liée à une idéologie extrémiste à contenu politique, social ou religieux qui conteste l'ordre établi sur le plan politique, social ou culturel." -- Khosrokhavar (2014, p. 7-8)


Fuyez, manants, vous n'êtes pas de taille à rivaliser avec ces puissants intellectuels!

Ceux qui passèrent outre la pédanterie pour s'interroger sur la généralité de cette approche furent rapidement confortés dans leurs doutes par les slides suivants, qui montrèrent quelques exemples "d'idéologies extrêmes" selon la présentatrice, dans cet ordre:

  • Nationalisme
  • Communisme
  • Populisme
  • Islamisme

Le nationalisme faisait sans doute référence au nazisme, alors que ce dernier est avant tout un avatar du socialisme, comme en témoigne la bonne entente entre les communistes et les nazis avant que les seconds ne s'en prennent à l'Union Soviétique lors de la Seconde Guerre Mondiale. Mais le populisme? Même Wikipédia n'en parle pas ainsi, c'est dire. Je fus presque surpris de ne pas découvrir le libéralisme parmi cette collection "d'idéologies extrêmes".

Le malaise empira lorsqu'on aborda - enfin - la question de l'islam. Parmi plusieurs contre-vérités sur cette religion, Mme Schneuwly-Purdie eut l'audace d'affirmer que les mosquées étaient un élément central de la lutte contre la radicalisation, ce qui suscita quelques remous dans la salle. Pour la sociologue, la lutte contre la radicalisation passait par quatre thèmes:

  • Les mosquées comme "espaces de socialisation" ;
  • Les imams comme "acteurs de contextualisation" ;
  • Internet comme "outil de transmission" ;
  • Les jeunes comme "passeurs de savoir" (comprendre: un pied dans la culture musulmane et un autre dans la culture occidentale).

Comme d'autres spectateurs je pense, je me fis la remarque qu'elle venait de brosser le portrait des quatre principaux vecteurs de radicalisation. Et elle eut l'audace de les présenter comme les meilleurs moyens de lutter contre! C'est sûr, un jeune déraciné, livré à lui-même sur Internet et se rendant assidûment à la mosquée pour y écouter les prêches des imams est certainement dans une posture idéale pour échapper à toute radicalisation...

À la fin de ce premier exposé, je me demandais: un passionné des loups est-il finalement la meilleure personne à interroger pour chasser le loup?

Les 99%

La seconde présentation fut donnée par Brigitte Knobel, Directrice du Centre intercantonal d'Information sur les Croyances (CIC). Cette structure para-étatique fondée dans le sillage du Massacre du Temple Solaire avait pour premier but de lutter contre les dérives sectaires. D'islam il ne fut question que tardivement, le CIC n'étant réorienté vers cet aspect que depuis quelques années.

Se signant elle aussi du Padamalgam, Mme Knobel s'efforça de montrer que l'islam n'était finalement qu'un radicalisme parmi "de nombreux autres". Le public eut donc droit à un panel représentatif "de groupes religieux hindous, ésotériques, chrétiens et bouddhistes ayant commis des actes de violence dirigés vers l'extérieur ou vers l'intérieur" (sic). Un attentat à la bombe en Suisse par un illuminé hindou en 1975, soit vieux de quarante-trois ans ; la secte du Temple Solaire ; des illuminés chrétiens d'Afrique du Sud qui se suicidèrent en groupe en avalant du cyanure en 1978 ; ou encore l'attentat au gaz sarin de la secte Aum au Japon en mars 1995. Démonstration très concluante en effet.

Cette présentation fut suivie d'un dernier slide statistique montrant l'activité du CIC sur l'année 2017. Émoi dans la salle: 99% des interventions étaient liées à l'islam, "sauf une, liée à un jeune évangéliste", précisa la conférencière. Patatras! En une seule page d'honnêteté intellectuelle, elle démolit le château de cartes du Padamalgam. Les organisateurs échangèrent quelques regards consternés.

Les questions-réponses dérapent

Légèrement déprimé par ce rouleau-compresseur de bons sentiments (malgré une chute du peloton dans la dernière ligne droite) je me demandais si j'allais assister à une deuxième couche de ripoline lors des questions-réponses sur le modèle de ce que j'avais déjà dû subir lors de la visite des mosquées de Renens. Mais ce soir, le public n'était pas le même. Pas de député pro-islam du Grand Conseil vaudois, pas de Claude Béglé venu lécher des babouches depuis Genève, seulement des gens normaux, et inquiets, et pas forcément aussi incultes que nos hôtes l'auraient pensé - ou espéré, peut-être - sur l'islam et la situation actuelle.

Le ton des questions était franchement hostile vis-à-vis des conférenciers, principalement à cause de leur naïveté confondante sur l'islam. "Comment dans un pays où les Droits de l'Homme sont tellement importants, peut-on accepter une communauté qui ne respecte pas les Droits de l'Homme?" demanda par exemple une vieille dame, sous l'approbation générale.

Mais le moment que j'espérais finit par arriver: un Algérien prit la parole - et évoqua son passé pendant la guerre civile algérienne des années 90, pendant le jihad des moudjahidines. Mme Schneuwly-Purdie ayant évoqué en bonne dhimmie le jihad comme "un combat intérieur pour devenir meilleur", il la remit aimablement à sa place:

"La guerre sainte est une prescription de l'islam. Ce n'est pas un choix, c'est une prescription, sur laquelle il y a unanimité, consensus. On ne peut pas me citer un seul courant religieux de l'islam qui réfute que le jihad soit une prescription. Maintenant vous avez beaucoup entendu parler que dans le coran, c'était dans le cadre d'une émission Infrarouge, que le coran enseignait beaucoup plus le jihad spirituel... J'ai mémorisé le coran pendant des décennies... Il n'y a aucun verset du coran qui parle de jihad spirituel, ni aucun hadith. Si vous connaissez un verset, est-ce que vous pouvez me le citer?"


Ouille.

Après ces interventions, la session de questions-réponses fut rapidement close, écourtée de moitié.

La Verrée

La soirée se conclut par une verrée donnant l'occasion au public de discuter avec les intervenants. Ce fut pour moi l'occasion de quelques échanges surréalistes - l'un d'eux avec Éric Golaz, Délégué cantonal aux affaires religieuses et chargé du dossier de la reconnaissance de l'islam. Pour lui, il fallait reconnaître l'islam sauce UVAM comme communauté d'intérêt public pour mieux la contrôler:

- Excusez-moi, mais en quoi cette reconnaissance aidera en quoi que ce soit à contrôler l'islam de Suisse?

- Eh bien, ils seront obligés de se plier à nos lois, de respecter l'ordre public, l'égalité...

- Vous savez qu'ils ne feront rien de tout cela. Et quand même vous ne pourrez plus le nier, que ferez-vous?

- Il y a des sanctions prévues, euh...

- Comme quoi?

- Eh bien, au pire, cela pourrait aller jusqu'au retrait de la reconnaissance d'utilité publique de la communauté.

- Vous plaisantez? Vous savez parfaitement que lorsque cette reconnaissance sera accordée les autorités n'auront jamais le cran de faire machine arrière, quoi qu'il advienne.


Ayant vu clair dans sa tentative d'enfumer le chaland, il riposta en me demandant ce qu'il fallait faire.

- Mais c'est tout simple Monsieur. Il me semble que le peuple suisse a voté depuis quelques années déjà le Renvoi des Criminels Étrangers.

- Et alors?

- Alors? Chaque islamiste dont on nous raconte les exploits dans les médias a souvent commencé par la délinquance et a un casier judiciaire long comme le bras. Il me semble que si on expulsait manu militari les étrangers criminels au premier, deuxième ou même au dixième délit, on éviterait pas mal des problèmes de radicalisation et de terrorisme musulman simplement parce que ces gens ne seraient plus dans notre pays quand leur viendrait l'idée de commettre un attentat.

- Ah mais Monsieur, c'est compliqué, la Suisse n'a pas d'accords de réadmission...


...Et surtout aucune volonté d'en avoir, pensais-je en concluant la discussion. Mais c'est au cours d'une autre conversation, où je critiquais l'angélisme des sociologues et des autorités et rappelais la dangerosité des islamistes, qu'un haut responsable dont je tairai le nom me livra un conseil, et finalement la clé de l'histoire:

"Tu sais, Stéphane, on est à Renens... Il faut faire attention à ce qu'on dit."


Renens, plus d'une centaine de nationalités, plus de 50% d'étrangers. Un chaudron. Les pièces du puzzle s'emboitèrent: partout en Suisse et en Europe, la veulerie des majorités politiques face à l'islam, le Padamalgam à pleins tubes, l'aveuglement volontaire, la langue de bois, la négation de la menace ne traduisent pas l'incompétence mais la terreur dans laquelle vivent les élites. Le génie malfaisant de l'islam est sorti de la bouteille et, aussi dénuées de force de caractère que d'imagination, elles n'ont que l'apaisement à l'esprit pour essayer de maintenir le statu-quo un peu plus longtemps.

N'excusons pas par l'incompétence ce qui s'explique amplement par la lâcheté.

Ce fut finalement une soirée très instructive.

Commentaires

On peut maintenant facilement imaginer l'émoi que connurent les citoyens romains, lors du déferlement des Wisigoths, des Ostrogoths, des Vandales, des Francs, des Burgondes et j'en passe, depuis les frontières de l'empire.

Écrit par : rabbit | 19 janvier 2018

"On peut maintenant facilement imaginer l'émoi que connurent les citoyens romains, lors du déferlement des Wisigoths, des Ostrogoths, des Vandales, des Francs, des Burgondes et j'en passe, depuis les frontières de l'empire."
Surtout lorsqu'ils s'aperçurent que les légions "romaines" censées les défendre étaient précisément constituées d'une majorité de soldats issus de ces peuples envahisseurs...
Exactement ce qui est en train de se passer dans les armées européennes aujourd'hui. Les jeunes Suisses ne sont pas du tout intéressé à défendre leur patrie. Par contre, les secondos ne manqueraient pour rien au monde l'occasion de faire l'armée. On se demande pourquoi...

Écrit par : Géo | 19 janvier 2018

Il me vient une idée ! En 2012, j’ai eu des contacts avec des gens issus de l’armée chinoise (APL), qui trouvaient la version suisse à la fois crédible et intéressante. On pourrait carrément leur en confier la sous-traitance, ce qui abaisserait les coûts et règlerait le conflit des minorités ethniques au sein de la troupe. Génial, non ?

Écrit par : rabbit | 19 janvier 2018

"Eh bien, au pire, cela pourrait aller jusqu'au retrait de la reconnaissance d'utilité publique de la communauté."

Donner une "reconnaissance d'utilité publique" pour avoir la possibilité de retirer plus tard quand on s'aperçoit qu'elle n'est pas justifiable?

De la grande stratégie!

Écrit par : simple-touriste | 19 janvier 2018

Ben non. C'est déjà fait. On a confié la défense du territoire suisse aux Kosovars, sur ordre de Micheline Calmy-Rey. Quant à savoir si c'est une bonne idée, j'ai quelques doutes...

Écrit par : Géo | 19 janvier 2018

Cette conférence a-t-elle été filmée?

Est-ce que Mallory Schneuwly-Purdie et Brigitte Knobel ont été fréquemment mises dans l'embarras par les questions des spectateurs et comment s'en sont-elles tirées?

Écrit par : G. Vuilliomenet | 20 janvier 2018

@G. Vuilliomenet: A ma connaissance il n'existe pas de vidéo de cette conférence. Juste des notes et quelques photos prises par des spectateurs (dont moi), ainsi qu'un enregistrement audio du Monsieur algérien que j'ai lancé en cours de route pour faire une transcription fidèle.

Pour répondre à votre question, toutes les interventions des spectateurs ont été hostiles. Mme Mallory Schneuwly-Purdie a été la plus attaquée par le public ; elle s'est défendue de sa méconnaissance de l'islam en expliquant qu'elle n'était ni politologue, ni théologienne (une ligne de défense bien pratique) et qu'à partir du moment où quelqu'un donnait un sens à un texte c'était nécessairement une "interprétation", donc voilà, tout est interprétation, les musulmans interprètent, les islamistes interprètent et il n'y a aucun lien entre les deux...

Pour finir, les autorités ont défaussé les réactions contre l'islam en estimant que la reconnaissance d'utilité publique visait des communautés religieuses et non la religion elle-même ; et qu'il y avait des milliers de musulmans bien intégrés dans le Canton.

Ces musulmans bien intégrés sont-ils ceux qui réclament bruyamment la reconnaissance auprès du Canton? C'est une autre histoire.

Écrit par : Stéphane Montabert | 20 janvier 2018

"…partout en Suisse et en Europe, la veulerie des majorités politiques face à l'islam, le Padamalgam à pleins tubes, l'aveuglement volontaire, la langue de bois, la négation de la menace ne traduisent pas l'incompétence mais la terreur dans laquelle vivent les élites."
Vous avez tout dit.
Les sorciers ont une peur bleue que leur créature ne leur échappe.
La Suisse achète le calme de ces populations (qui travaillent peu ou pas) en leur distribuant de généreuses allocations.
Comme la France, l'Allemagne, la Grande Bretagne, la Suède…
Or la Suisse, depuis la perte du secret bancaire, s'appauvrit.
Quand elle devra diminuer les allocations à ses immigrés, et même peut-être un jour les supprimer, alors le diable sortira de la bouteille et les choses intéressantes commenceront.
Je suis prêt à parier que le niveau de vie des Suisses devra diminuer énormément avant que les autorités prennent ces mesures drastiques (de diminuer, voire de supprimer les allocations).

C’est normal que les Suisses payent leurs envahisseurs pour qu’ils les envahissent, il n’y a en effet aucune raison valable pour que ceux-ci soient mieux lotis que les citoyens des autres pays d’Europe que j’ai cités.

Écrit par : AP34 | 20 janvier 2018

Sans commentaire:
http://theduran.com/sweden-braces-for-a-civil-war-in-no-go-zones/

Écrit par : Daniel | 22 janvier 2018

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