05 mars 2018

Piètre 4 mars

Les sourires étaient encore plus larges que d'habitude sur les plateaux de télévision ce 4 mars, avec le rejet très net de l'initiative "No Billag". Mais ce qui était le point d'orgue du week-end ne doit pas cacher les autres sujets soumis au vote populaire.

No Billag (abordée ici): l'initiative terrorisait l'establishment médiatico-politique, et fut donc l'objet d'une campagne tellement unilatérale qu'elle en fut presque parodique. Malgré les efforts de nombreux acteurs - essentiellement sur Internet, comme LesObservateurs.ch, les canaux traditionnels d'information étant entièrement dominés par le camp pro-Billag - les dés furent rapidement jetés, comme le prédisaient les sondages depuis plusieurs semaines. Et sans que les pro-Billag ne relâchent jamais leur garde, signe de leur fébrilité.

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Comme je l'avais écrit, quitte à perdre, le résultat serait une bonne mesure du degré d'indépendance d'esprit subsistant au sein de citoyens écrasés par une campagne unilatérale menée par des médias juges et parties dans l'affaire. Le résultat en attristera plus d'un, car avec 71,6% de Non, preuve est faite que le matraquage fonctionne parfaitement.

Bien entendu, officiellement on fait preuve de modestie ; on promet qu'on réfléchira aux revenus publicitaires, qu'on repensera certains modèles, voire qu'on réduira la voilure de la régie. Promesses d'ivrogne: avec les résultats de ce dimanche, la SSR a carte blanche pour dépenser de plus belle.

Ironiquement, le vote de ce dimanche démontre de façon limpide la validité de No Billag. Profondément libérale, l'initiative ne demandait rien d'autre que l'abandon du caractère obligatoire du prélèvement de la redevance. 71,6% des citoyens rejetèrent l'idée, manifestant par leur vote leur ravissement à la payer. Or, cette proportion de foyers aurait largement suffi à financer les médias publics.

Autrement dit, si tous ceux qui ont rejeté No Billag payaient seuls la redevance - comme ils le font visiblement avec enthousiasme - il n'y aurait nul besoin de forcer quiconque à payer, et aucun problème de financement pour la SSR!

Nouveau régime financier 2021: sous-marin médiatique de la votation, l'objet visait à reconduire l'Impôt Fédéral Direct et la TVA pour les quinze prochaines années.

N'importe quel libéral authentique aurait voté Non, comme je le fis, mais l'absence de campagne et le soutien unanime de tous les partis envers le texte - ce qui en dit long sur le degré réel de libéralisme au sein de la classe politique - garantissait une approbation massive. Et massive elle fut. 83% des voix approuvèrent la reconduite de ces impôts.  Même Zoug, seul canton à avoir refusé la prolongation en 2004, l'approuva cette fois-ci à plus de 86%. Quel revirement!

L'enthousiasme en matière d'impôts est évidemment une mauvaise surprise, car la légitimité acquise va inciter la classe politique à aller encore plus loin dans cette direction, ce que beaucoup de politiciens n'auraient pas osé avec un résultat plus serré.

Comme l'analyse un des rares partisans du Non dans 24Heures, Fabio Battiato, co-fondateur du Parti Libertarien de Genève,

En acceptant massivement la prolongation de la TVA et de l'IFD, les Suisses adhèrent à un principe «assez peu helvétique», à savoir le fait que «l'Etat grossit et se centralise».


Et pour le reste du camp du Non, on apprend qu'il comprenait "le petit parti libertarien alémanique up!", "des membres de l'UDC, du Parti pirate et des Jeunes libéraux-radicaux." Pas grand-monde au bout du compte. 17% de citoyens libéraux en Suisse, c'est peu, mais une mesure réaliste d'une espèce en voie de disparition.

Trahis par leurs aînés sur No Billag et lâchés sur le Nouveau Régime financier, les jeunes libéraux-radicaux ont passé un bien mauvais week-end. Peut-être commenceront-ils à comprendre que les caciques de leur propre formation politique font partie du problème?



Ce dimanche fut aussi l'occasion de nombreux scrutins cantonaux. Voici une sélection personnelle des résultats.

Vaud, assurance dentaire (abordée ici): l'extrême-gauche vaudoise souriait de toute ses dents pour faire avaler l'idée d'une assurance dentaire pour le Canton - socialisme oblige, une idée tellement géniale qu'elle se devait d'être obligatoire. Comprenant à l'issue d'une campagne efficace qu'ils seraient à nouveau les dindons de la farce d'une LAMal II version dentaire, les Vaudois refusèrent le texte à 57,6% des votants - bien trop peu pour empêcher la gauche de repartir à l'offensive dans quelques années. N'oublions pas qu'elle tient le gouvernement vaudois.

Valais, révision de la constitution: cédant aux sirènes du prétendu "dépoussiérage", les Valaisans lancent une révision totale de leur Constitution. Pour soutenir le Oui, les journalistes se gaussèrent: inimaginable à notre époque, le texte de 1907 mentionnait des indemnités pour le bétail et pas l'égalité homme-femme - ce qui n'avait aucun sens, puisque celle-ci était couverte par un texte de portée supérieure, la Constitution fédérale. Bref, la grande remise à plat s'imposait... Et tant pis pour la charte fondatrice aux racines paysannes et montagnardes d'un canton à l'authenticité marquée.

Ayant assisté au même exercice dans le Canton de Vaud, amené avec les mêmes arguments, je me méfie de ces réécritures à l'emporte-pièce. Ce "toilettage" eut lieu il y a quinze ans en terres vaudoises, introduisant par la bande des innovations comme le droit de vote des étrangers au niveau communal, qui n'auraient sans doute eu aucune chance proposées en votation séparée.

Espérons pour eux que les Valaisans seront un peu plus circonspects sur les travaux de la future Constituante.

Bâle-Campagne, Pas de vote à 16 ans ni pour les étrangers: illustration de la thèse présentée au paragraphe précédent, le demi-canton bâlois rejeta avec des majorités très nettes le droit de vote dès 16 ans (84,5%) et celui des étrangers (81,1%). La gauche à la manœuvre n'aura pas réussi à octroyer le droit de vote à des catégories dont elle espérait qu'elles voteraient massivement pour elle. Mais qui sait, peut-être qu'à la faveur d'une réécriture de la Constitution...

Commentaires

« [...] avec 71,6% de Non, preuve est faite que le matraquage fonctionne parfaitement. »

Alors reprenons LEUR image, quand ça se passe chez ceux dont ILS critiquent le déficit démocratique : «c'est un vote soviétique !!!»

En effet...

« [...] les canaux traditionnels d'information étant entièrement dominés par le camp pro-Billag - les dés furent rapidement jetés [...] »

Écrit par : petard | 06 mars 2018

Sauf que vous oubliez un léger détail : vous êtes, en tant que citoyen français de pleins droits, probablement très heureux d'écouter France-Inter*. Et donc vous ne pouvez comprendre les Suisses qui veulent pouvoir avoir une radio suisse...
Et dire que l'UDC prétend être un parti défendant les valeurs nationales. Mort de rire...

Écrit par : Géo | 06 mars 2018

En fait de victoire éclatante de l'audiovisuel public, il conviendrait de tempérer en observant que le nombre de votants n'ayant pas fait usage de leur bulletin (pour des raisons sur lesquelles on ne peut honnêtement pas spéculer) se monte à 2'457'512 : il est donc supérieur aux partisans du "NON" qui totalisent 2'098'139 voix. Au chiffre de l'abstention, il conviendrait d'ajouter celui des personnes astreintes à la redevance et qui n'ont pas le droit de vote, puisqu'ils sont passivement concernés par la décision. On en revient à la démocratie athénienne de l'époque de Thucydide, où les femmes, les jeunes, les esclaves, les étrangers et les pauvres n'avaient pas droit au vote : par contre, on se sert encore de ce concept aux contours flous pour généraliser des critères de vérité particuliers.
Source : http://www.bk.admin.ch/ch/f/pore/va/20180304/det617.html (résultats provisoires)

Écrit par : rabbit | 06 mars 2018

Je ne réside pas en Suisse, pour autant, cette votation en dit long sur nos sociétés. En effet, les gens ont préféré donner quitus à un média national goinfré d'argent public, et dans le même temps, sur une autre votation, ils ont dit non à l'assurance dentaire.
Les deux notions sont ineptes mais, à choisir d'être ponctionné, autant que ce soit pour des soins médicaux, non ?
Dieu que le chemin est long...

Écrit par : Joseph | 06 mars 2018

@Géo: difficile de répondre à votre commentaire, tant la bêtise le dispute au racisme.

@rabbit: on pourrait aussi citer tous les gens - Suisses ou non - qui regardent depuis l'étranger les chaînes suisses, écoutent la radio ou consultent des sites webs de la SSR sans bourse délier. Les obligations taxatoires dont les Suisses sont si friands se marient mal avec les frontières et la citoyenneté.

@Joseph: je n'avais pas pensé à mettre en parallèle les deux objets sous cet angle mais c'est une perspective intéressante, en effet.

Écrit par : Stéphane Montabert | 06 mars 2018

Oui, mais la corolaire est d'avoir à supporter les pubs suisses, peu variées et rarement renouvelées, sur la plupart des chaîne de la TNT. On a beau chercher à s'en éloigner, la RTS tisse sa toile dans toutes les directions.

Écrit par : rabbit | 06 mars 2018

Il n'y a guère que l'UDC et l'équipe de lesobservateurs.ch pour penser sérieusement que le peuple est manipulé si une initiative qui va à l'encontre de leurs idées passe avec un score si élevé. Et de marteler que c'est ce même peuple qui a décidé sagement en son âme et conscience lorsqu'une votation UDC passe de justesse.

Mais bon, on n'est pas à une ineptie près venant de leur part.

Écrit par : Hyperion | 06 mars 2018

@Hyperion: vous devez être la seule personne de Suisse à penser que les débats autour de l'initiative No-Billag ont été équilibrés - ceci incluant les adversaires de l'initiative.

Toutes mes félicitations.

Écrit par : Stéphane Montabert | 06 mars 2018

Le peuple est une entité virtuelle. Dans le cas présent, ce sont en fait 2'098'139 personnes (soit ± 25% de la population résidente totale) qui ont décidé pour les autres.

Écrit par : rabbit | 06 mars 2018

Ce qu'il y a d'incroyable, c'est que vous prenez tous ceux qui ont voté NON à No Billag pour des partisans de la RTS actuelle. Une erreur politique de plus...
Cela dit, le principal reproche que l'on peut faire à la RTS, c'est d'être totalement aux ordres de la gauche. Il ne sert à rien de pleurnicher devant le fait que les gauchistes se sont montré aussi habiles, il faudrait se montrer aussi habiles qu'eux. Et ça, c'est une autre histoire...

Écrit par : Géo | 07 mars 2018

@Géo: "il faudrait se montrer aussi habiles qu'eux."

Habile, dans quel sens? Déborder de mauvaise foi? Mentir délibérément? En appeler aux plus vils instincts du public, comme la convoitise ou la haine de la liberté d'autrui? Se livrer à des attaques ad hominem contre ses adversaires? Pratiquer l'ostracisme professionnel? Se bombarder de faux titres et de présidence d'association fantoches pour épater les naïfs? Se draper du manteau de la respectabilité et vivre en permanence dans la contradiction de ses discours? Dénigrer, insulter et diffamer? Pratiquer le deux-poids-deux-mesures, et calculer chaque geste, chaque parole en fonction de possibles gains politiques?

Très peu pour moi.

Il y a des gens qui pensent que la victoire pardonne tout, je n'en fais pas partie. Je n'ai pas l'intention de devenir un socialiste de droite, ne vous en déplaise.

Si vous aviez en tête des formes plus respectables "d'habileté", n'hésitez pas à nous en faire part.

Écrit par : Stéphane Montabert | 07 mars 2018

Je ne sais pas comment les socialistes ont fait pour investir pareillement ce service public, mais en fait la réponse est déjà un peu dans l'affirmation...
Et d'ailleurs, c'est ce qui a motivé votre soutien à No billag...
Il est donc de la responsabilité des partis de droite (soyons réaliste : de centre droit...) de ne pas se laisser si facilement écarter de ces lieux de pouvoir que sont les médias, l'école (la culture en général) et la justice. Sur ce dernier point, c'est simplement incroyable. Les juges il y a 50 ans étaient tous très à droite et aujourd'hui, ils ne rêvent que de supprimer la prison, rééduquer et réhabiliter les grands criminels et toutes ces conneries...
Pendant ce temps, les partis de droite ne s'intéressent qu'à l'économie, id est à faire des sous. Sans lever le nez du guidon. Et quand ils veulent répondre à un appel d'offres, ils s'aperçoivent que toutes les villes sont en mains de leurs pires ennemis, les rose-verts. Et donc ils ferment leur gueule, parce qu'ils veulent obtenir le marché, qui leur échappera s'ils déplaisent aux nouveaux maîtres...
Il faut se ré-intéresser au socio-culturel, pour ne pas laisser le champ libre aux rose-verts. Cela ne veut pas dire : "Mentir? En appeler aux plus vils instincts du public, comme la haine des gens normaux et celle de la liberté d'autrui?" etc, etc...

Très franchement, existe-t-il une droite en Suisse romande aujourd'hui ?

Écrit par : Géo | 07 mars 2018

Une solution possible est dans le «laissez-faire » des physiocrates du 18e siècle. Tout comme les communistes d'autrefois on mené leurs pays à la ruine pour avoir conçu une économie sans les outils financiers pour la faire tourner, nos gauchistes sont en train d'étouffer les ressources de la Suisse. Lentement, mais sûrement. Donc, laissez-les faire et une fois que le budget fédéral aura la niaque de celui du Kosovo, on pourra enfin remettre « Das Kapital » au rayon des antiquités.

Écrit par : rabbit | 07 mars 2018

Donc selon vous, seuls le 28 % de la population qui aurait voté oui à NO BILLAG posséderait (les chanceux) une « indépendance d’esprit ». Les autres dont je suis très fier de faire partie, nous serions donc tous des moutons aussi dociles qu’incapable du minimum de réflexion nécessaire pour comprendre que…. l’UDC a toujours raison.

Vous avez le droit d’être mauvais perdant mais de là à insulter plus de 70 % de la population, il faut oser.

Quant à « Déborder de mauvaise foi. Mentir délibérément. En appeler aux plus vils instincts du public….» c’est vrai que ce n’est pas du tout le genre de votre parti, ni d’aucun autre mouvement populiste d'ailleurs, ça se saurait….

Écrit par : Vincent | 09 mars 2018

@Vincent: bien essayé. Je n'ai insulté personne, vous érigez un bel homme de paille en "traduisant" des propos que je n'ai pas tenus.

Je maintiens qu'avoir soutenu No Billag est la marque d'un esprit indépendant, en particulier au vu de la campagne dont j'ai été témoin, et quelque part je ne suis guère étonné que vous fassiez semblant de ne pas le comprendre.

Je ne me hasarderai pas à définir la masse des adversaires de l'initiative - je sais juste qu'elle contient des gens comme vous, gauchistes très content de forcer l'ensemble de la population à payer pour subir une propagande permanente. Ce n'est évidemment qu'une partie de tous ceux qui ont voté contre, et gfs.bern livrera certainement une étude qui décrira cela plus en détails.

Je suis désolé d'avoir heurté votre sensibilité à fleur de peau, mais l'essence de la démocratie est que la majorité décide, pas qu'elle ait raison.

Et si vous ne me rejoignez pas sur ce point, je me réjouis de relire votre joli paragraphe indigné la prochaine fois que le peuple ne votera pas dans votre sens gauchiste, comme pour renvoyer les criminels étrangers, mettre fin à l'immigration de masse, enfermer à vie les criminels dangereux et non amendables, ou, prochainement, interdire le port du voile.

@Rabbit: vous avez raison, mais atteindre le fond pour rebondir n'est pas très agréable pour tous ceux qui subissent le voyage.

Écrit par : Stéphane Montabert | 09 mars 2018

« Vous avez le droit d’être mauvais perdant mais de là à insulter plus de 70 % de la population, il faut oser. »

Hé ho ! Lorsque l'initiative UDC contre l'immigration de masse a passé... qui est-ce qui a traité le peuple de benêt ou d'immature ?

Qui est-ce qui a tout tenté pour détourner le résultat du vote, voire pour faire annuler le vote ?

Un peu de décence svp !!!

Écrit par : petard | 10 mars 2018

Pas 70%, mais 25% de la population résidente de la Suisse. Le taux d’abstention existe pour tout le monde et le droit de vote n’est pas distribué aussi largement que les aides sociales.

Écrit par : rabbit | 10 mars 2018

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