15 avril 2018

François Hollande, l'épilogue?

François Hollande, l'homme dont on raconte qu'il aurait été Président de la République Française entre 2012 et 2017, se confie sur son quinquennat dans un livre, Les leçons du pouvoir, un ouvrage de 288 pages écrit en urgence après la victoire d'Emmanuel Macron lors des dernières élections présidentielles françaises.

france,françois hollande,emmanuel macronFrançois Hollande est un homme de médias, connu pour son appétit immodéré de l'attention des journalistes politiques. Comme le résument plusieurs commentateurs, il aura inauguré un genre particulier d'exercice du pouvoir: agir en se racontant agir.

Cet appétit le conduisit à se confier un peu trop alors même qu'il embourbait son mandat dans ce mélange de confusion et de stérilité qui fut, en quelque sorte, sa marque de fabrique. Ces événements appartiennent au passé mais la façon d'être de François Hollande perdure ; il se sent donc obligé de revenir sur son quinquennat calamiteux pour en dessiner un portrait plus flatteur que celui qu'il aura laissé dans la conscience collective des Français.

L'exercice est bien entendu voué à l'échec. Ce que Hollande écrit - ou raconte depuis sur les plateaux de télévision pour justifier son action et promouvoir son livre - s'apparente indiscutablement à une réécriture de l'histoire comme la gauche les affectionne. Mais l'ouvrage arrive trop vite, trop tôt, et vient de celui-là même que les Français ont précipité dans les abîmes de la désaffection, avec une popularité tournant autour des 20% pendant l'essentiel de son mandat.

S'il avait voulu redorer son blason, François Hollande aurait dû laisser la poussière retomber, laisser son successeur s'empêtrer dans ses propres faux-pas, et profiter de l'immanquable nostalgie dont les individus parent les événements du passé au fur et à mesure qu'ils s'éloignent. Mais cette patience et le sacrifice de laisser à un autre la liberté de romancer son histoire auraient été trop lui demander.

Reste à découvrir dans le livre de nouveaux indices sur le mode de pensée de celui qui devint Président de la République par défaut, notamment les principaux écueils de son quinquennat.

La déchéance de nationalité, un projet inutile qui déchira la gauche:

"Tel est mon regret: avoir sous-estimé l'impact émotionnel de la déchéance de nationalité. (...) Aujourd'hui encore, je suis sûr que notre démarche ne menaçait en rien les libertés publiques, pas plus que les principes d'égalité entre les citoyens. Mais en démocratie, il ne suffit pas d'avoir raison, il faut aussi convaincre."


La loi travail:

"Je maintiens que la réforme était justifiée même si elle ne figurait pas dans mon programme (sic). (...) C'était un compromis social-démocrate fondé sur l'équilibre entre souplesses et garanties, différent dans sa philosophie et ses modalités des ordonnances mises en œuvre par le gouvernement d'Édouard Philippe que seul le Medef a approuvées. Je reconnais néanmoins une erreur de méthode et de calendrier. Préparé dans une période où les attentats mobilisaient notre attention, le texte n'a pas fait l'objet d'une concertation suffisante. Sa présentation a été précipitée. Les mesures les plus discutables n'ont pas été expliquées avec la pédagogie nécessaire. L'annonce maladroite d'un recours au 49-3 avant même l'ouverture du débat parlementaire, qui tenait du coup de menton, avait été perçue au mieux comme une maladresse, au pire comme une provocation."


Les errements de sa vie privée, où il trompa sa maîtresse officielle Valérie Trierweiler avec sa deuxième maîtresse Julie Gayet:

"Julie Gayet est entrée dans ma vie. Notre relation fut révélée dans les pires conditions, pour ma personne et pour la fonction. J'en porte la responsabilité même si je ne saurai jamais comment et par qui une presse sans scrupules a pu être orientée et guidée de cette sorte. (...) Le choc fut rude. Valérie en fut profondément meurtrie. Notre séparation et les conditions de son annonce à laquelle elle n'a pas voulu s'associer ajoutèrent à la cruauté de la situation. Plus tard, dans un livre dont le succès fut retentissant, elle mit au jour ses blessures et exprima avec ses mots ce qu'elle avait vécu. Ils m'ont fait mal. C'était sans doute son intention."


Mais la partie du livre la plus attendue a bien sûr trait à l'ascendance d'Emmanuel Macron, l'ambitieux ministre qui réussit jusqu'au bout à berner le président Hollande sur ses intentions. Le jeune ministre déborde de son rôle deux ans avant les élections, en s'exprimant directement dans la presse sur des sujets en rapport avec la fonction présidentielle.

"À l'été 2015, le jeune ministre a pris de l'assurance et s'aventure sur un terrain plus politique. Dans un hebdomadaire, il affirme que la France vit dans une nostalgie implicite de la monarchie, que la disparition du roi a laissé une place vide au sommet de l'État. Je n'y vois pas de malice. Je ne crois pas que la France ait besoin d'une nouvelle monarchie, serait-elle élective. Je mets cette idée sur le compte de son goût pour les débats d'idées. Pourtant, rétrospectivement, cette dissertation éclaire bien la pratique du pouvoir qu'il met en avant depuis son élection."


Hollande s'inquiète mais, crédule, croit fermement aux rassurants mensonges que lui sert Macron pour endormir sa méfiance. L'épisode le plus hallucinant de cette mascarade a lieu la veille du fameux meeting de la mutualité du 12 juillet 2016, où une foule en délire (et convenablement préparée par les chauffeurs de salle) scande "Macron Président". Mais pour Hollande, il n'y a là qu'une situation à clarifier:

"Je l'exhorte à démentir au plus vite la rumeur. Sa réponse est nette: il n'y aurait que “de la malveillance”. Et il ajoute dans son message: “Mes soutiens diront demain que le 12 (juillet 2016) ne sert ni à démissionner ni à annoncer ma candidature. Grotesque. Bises”. Mais à la Mutualité, en présence d'une foule qui scande des “Macron président!”, il s'écrie: “Plus rien n'arrêtera le mouvement de l'espoir. Nous le porterons ensemble jusqu'en 2017 et jusqu'à la victoire!” Le doute n'est plus permis, même s'il m'assure, imperturbable, qu'il n'a pas “personnalisé” la victoire, laquelle pourrait donc être la mienne. Toujours cette façon de nier l'évidence avec un sourire."


L'amertume du politicien est palpable, à la hauteur de son cocufiage. François Hollande s'imaginait le "candidat naturel" de la gauche pour sa réélection, sans comprendre que d'autres n'hésiteraient pas à renverser l'échiquier politique sur l'autel de leurs ambitions ; ainsi Emmanuel Macron échappa à ces restrictions en se lançant sur le créneau convenu du "ni droite ni gauche". François Hollande le reçoit une dernière fois la veille de la démission du ministre:

"[Emmanuel Macron m'annonce qu'il veut retrouver sa liberté. Je lui demande ce qu'il fera si je me déclare. Il entre dans un développement emberlificoté sur une “offre politique” qui exprime bien plus la gêne que l'ambiguïté. Sa non-réponse en est une. Qu'a-t-il à perdre? Je comprends ce jour-là qu'Emmanuel Macron ne s'inscrit pas dans l'histoire de la gauche, pas davantage dans celle de la social-démocratie, ni même dans une recomposition qui pourrait préfigurer une coalition progressiste. Il est à son compte. Il a créé une entreprise; il entend la mener le plus loin possible."


Hollande, miné et affaibli, comprend qu'il n'arrivera jamais à passer le premier tour, un échec qui représenterait l'humiliation ultime. Sa stratégie d'une victoire au second contre Marine Le Pen est scellée. Il annonce son renoncement le 1er décembre 2016.

En racontant son quinquennat, François Hollande pêche de la même façon qu'il l'exerça: les fautes viennent des autres, ses errements ne s'expriment que du bout des lèvres, et il se perçoit comme un guide profond et inspiré. Comme à son habitude il reste ambigu et énigmatique, notamment sur son avenir politique:

"Il est arrivé à d'anciens présidents de vouloir “revenir en politique”. Le mot est impropre. Même quand on ne brigue plus de fonction élective, quitter l'Élysée n'est pas renoncer. (...)  J'entends toujours faire de la politique. Je n'ai d'ailleurs jamais déclaré que j'y renonçais. Mais faire de la politique n'est pas forcément solliciter les suffrages, diriger un parti, ou préparer des échéances. (...) Ma vie nouvelle me laisse libre de défendre, au plus profond de moi-même, ce que je crois."


François Hollande aura donc livré avec Les leçons du pouvoir un ouvrage fidèle à son style. Sa principale réalisation sera finalement d'avoir mené le Parti Socialiste français à une ruine complète et définitive, donc largement de quoi lui laisser une place dans les livres d'histoire.

Commentaires

Probablement une faute de frappe, vous avez sans doute voulu écrire "Ne pas agir en se racontant agir".

Cordialement

Écrit par : Franck Boizard | 16 avril 2018

Si l'inaction fut la principale caractéristique de son mandat, commenter ce qu'il n'a pas fait, pu faire ou a été empêché de faire, devient une forme d'action : la réalité reste toutefois au niveau du discours, comme c'est dans la dialectique hégélienne ou marxiste.

Écrit par : rabbit | 16 avril 2018

La petite frappe française – quoi? qu'allez-vous penser là? loin de moi toute idée régicide ou anti-républicaine! –, la petite frappe française, disais-je, suite à la présumée attaque chimique perpétrée par Assad, est effectivement petite : 5 missiles sur 100-110.
Macron est un va-t-en-guerre et un mondialiste/immigrationniste contrôlé par la finance internationale, dans laquelle les États du Golfe tienne une bonne place.
D'où, par exemple, l'extension du regroupement familial, qui a été dès le départ avec Chirac/Giscard la calamité que l'on sait.
Et pourtant ce plan immigration est trop dur aux yeux de la gauche et même d'une partie de sa majorité. Je pense qu'il s'agit d'un jeu de rôles destiné à montrer que Macron est ferme et veille au bien des français.
Ses réformes tous azimuts sont des mesurettes qui n'amélioreront que très peu la situation de la France.
Pour moi, sans hésitation, je mets déjà Macron dans le même sac que Hollande.

Écrit par : AP34 | 16 avril 2018

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