22 mai 2018

Loteries: Rien ne va plus

Le peuple suisse aura bientôt à se prononcer sur la nouvelle Loi sur les Jeux d'Argent. Si le Oui l'emporte, l'État tentera maladroitement de faire perdurer le système actuel dans les eaux troubles du XXIe siècle. Les sites étrangers de jeu de hasard en ligne seront interdit d'accès à l'internaute helvétique. Les organismes semi-publics de loterie actuels continueront d'arroser de subventions diverses activités culturelles pour justifier les grasses marges opérées dans les mises des joueurs, et l'argent encaissé au passage par les gardiens du temple.

Et si le Non l'emporte? Bizarrement, cela reviendra à peu près au même. Les monopoles d'État disparaîtront, grignotés par le choix et les modalités que proposent des acteurs alternatifs. Le rythme sera juste plus rapide.

La Loi sur les Jeux d'Argent semble donc un de ces compromis perdant-perdant dont la Suisse a le secret. Franchement, espérer que des mastodontes comme la Loterie Romande perdurent sans rien changer à travers les prochaines décennies tient de l'absurde, nouvelle loi ou pas. N'enterrons personne trop vite, mais soyons réalistes: son avenir tient bien plus à ses futures stratégies commerciales et à son efficience, qu'à une loi taillée sur mesure pour étrangler la concurrence.

La question qui se pose est finalement celle-ci: Le marché du jeu évoluera-t-il dans la liberté de choix du consommateur, ou dans la contrainte des interdits?

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Bobo urbaine, brandis ton smartphone: tu es une rebelle du nouveau millénaire.

La future Loi sur les Jeux d'Argent penche clairement pour la seconde option. Concoctée par les élites politiques de Berne, elle est comme à son habitude enrobée de sucre et de douceurs: on luttera davantage contre la dépendance au jeu, on préservera les rentrées de l'État tout en défiscalisant les gains de moins d'un million de francs. Une merveille, vous dis-je, et tant pis si au chapitre des moins bien on doit se livrer à quelques petits coups de canif dans les libertés des uns et des autres, comme la censure des sites internet de pari en ligne à l'étranger.

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100% des perdants ont tenté leur chance.

Dans le camp du Non, on avance en ordre dispersé. Les Jeunes Verts, le Parti pirate et d'autres formations mettent principalement la censure d'Internet en avant contre la loi ; bien que cette approche soit déjà technologiquement dépassée (il suffit d'un smartphone pour contourner les limites...) elle crée malgré tout un dangereux précédent puisque la porte serait ensuite ouverte pour interdire tout un tas d'autres sites, pour tout un tas d'excellentes raisons. Il est assez étonnant de retrouver sur le créneau de la liberté d'expression des Verts d'habitude adeptes de la censure la plus violente et de la mise au pilori de toute opinion contraire, mais pour une fois que cela arrive, ne boudons pas notre plaisir.

Du côté du PLR - et malheureusement de l'UDC - on est plus ambigus, plus gênés. Les lignes de fracture passent au milieu des délégués de chaque parti. Il suffit de lire l'échange hallucinant entre Philippe Nantermod, Conseiller national PLR et opposant à la nouvelle loi, et Philippe Bauer, Conseiller national PLR lui aussi mais partisan de la nouvelle loi, pour s'en convaincre: le PLR est tellement schizophrénique qu'il peut jouer à la fois dans la majorité et l'opposition.

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Non au daltonisme.

Quand on entend un PLR expliquer que la nouvelle loi entraîne un "manque à gagner" pour la collectivité, on se demande si on a bien compris la couleur politique de l'olibrius. Mais celui-ci récidive immédiatement en lâchant de beaux morceaux de bravoure:

"Si vous gagnez de l'argent en travaillant, vous payez l'impôt. C'est assez invraisemblable que lorsque vous gagnez de l'argent en jouant à la loterie, vous n'en payiez pas." -- Philippe Nantermod, théoriquement vice-président du PLR


On ne paye pas d'impôts non plus en donnant de l'argent de poche à son fils, M. Nantermod, ni en faisant des plus-values en capital, ni en travaillant soi-même dans son jardin au lieu d'un jardinier (peut-être un modèle de taxe sur le jardinage à mettre en place sur le modèle de celle sur la valeur locative?) Bref, il y a beaucoup à faire fiscalement quand on est un PLR avec un tel état d'esprit. Au moins cette campagne aura permis de révéler quelques vraies couleurs.

Clairement, on peut aussi être contre la loi pour de mauvaises raisons. Espérons que le reste du comité - comprenant essentiellement des jeunes de divers partis, PLR, UDC, PBD et Verts-Libéraux - relève un peu le niveau.

Pour ma part, vous l'aurez compris, je suis contre cette loi ; elle infantilise le public, instaure le protectionnisme économique et la censure, et fait tout pour perpétuer les vieux monopoles historiques épuisés, en foulant au pied quelques libertés fondamentales. Il me semble que c'est bien suffisant pour glisser un Non dans l'urne.

16 mai 2018

Iran: la phrase qui change tout

Depuis le retrait américain de "l'accord nucléaire", les Européens se battent comme des lions aux côtés des Iraniens pour tenter de sauver le traité. Aucun voyage diplomatique n'est de trop, aucune promesse n'est excessive si elle peut permettre de faire perdurer le texte.

Une diplomatie qui tourne dans le vide, mais à plein régime

Quel sens le JCPOA (selon l'acronyme du traité qui prétend mollement empêcher l'Iran de fabriquer sa bombe) garde-t-il sans les États-Unis? Ce n'est pas une question rhétorique, mais la simple constatation d'un problème pratique, politique et surtout, économique.

Derrière un titre fort et volontariste en forme de plaidoyer ("Les Européens et l'Iran s'engagent à sauver l'accord nucléaire") un journaliste du Temps fait de son mieux pour faire vivre l'espoir.

«Nous cherchons des solutions pratiques pour permettre à l’Iran de continuer ses ventes de pétrole et de gaz, poursuivre ses transactions bancaires, maintenir les liaisons aériennes et maritimes, lui assurer des crédits à l’exportation et faciliter les investissements», a détaillé la représentante de la diplomatie européenne, Federica Mogherini.


Ensuite, figure de style obligatoire, on donne corps à des fantasmes en s'en prenant aux méchants, méchants États-Unis de Donald Trump. Ils essaieraient, en bons impérialistes yankees, d'imposer leur loi au monde. Le nouveau mot-clef introduit pour l'occasion est l'extraterritorialité, 76 points au Scrabble, placé par Boris Johnson, soutenu par le chef de la diplomatie française Jean-Yves Le Drian et leur homologue allemand Heiko Maas.

L'idée derrière "l'extraterritorialité" est que les États-Unis imposeraient des sanctions au-delà de leur territoire, donc de leur juridiction. Une accusation aussi gratuite que pétrie de mauvaise foi (aucun représentant américain ne sera interviewé pour apporter le moindre contrepoint) et qui vient à point nommé pour préparer l'inévitable échec de toutes ces démarches.

Il s'agit moins d'un problème juridique d'extraterritorialité inventé de toute pièce que de la simple interdépendance des économies occidentales, ce que les politiciens admettent eux-mêmes à demi-mot:

Le cas Airbus est emblématique de la complexité du dossier iranien. L’avionneur est en effet pris en otage (sic) à double titre par la décision de Donald Trump, prise le 12 mai, de se retirer de l’accord conclu avec Téhéran. Premier problème: ses financements, qui impliquent des banques américaines. Deuxième problème: la vulnérabilité technique de ses appareils. Des milliers de composants fabriqués aux Etats-Unis sont utilisés sur chaque Airbus commercialisé. Impossible, dès lors, de poursuivre la production d’avions à destination de l’Iran.


Les Américains n'imposent rien à personne, ils sont seulement cohérents. Si l'Iran fabrique sa bombe, c'est un ennemi, et on ne commerce pas avec l'ennemi, ni avec ceux qui le font. Les Européens (et les Suisses d'ailleurs) sont parfaitement libres de commercer avec l'Iran, autant qu'ils veulent. Mais alors ils devront renoncer à faire commerce avec les États-Unis. Si tout le monde se plaint ces derniers jours, c'est qu'ils veulent le beurre et l'argent du beurre: l'accès au marché iranien (si possible débarrassé de leurs concurrents américains, ne boudons pas notre plaisir) et l'accès au marché américain.

Du nucléaire, nulle question. Des mensonges iraniens dévoilés par Israël, aucune mention. La bombe atomique n'existe plus. Et on s'interroge: pourquoi les Européens se démènent tant pour préserver l'accord? L'amour de la paix, on repassera. Les raisons économiques valent un moment, mais deviennent absurdes dès lors que la poursuite du traité risquerait de faire perdre aux entreprises, aux États-Unis, plus que ce qu'elles ont à gagner en Iran.

Il y a anguille sous roche.

Une phrase sibylline qui remet les choses en perspective

Le dossier iranien est rempli de mystères, dont la récente agitation des Chancelleries européennes n'est que le dernier avatar. Il y a des histoires d'espionnage et des révélations, comme celles faites par Israël récemment. Il y la démission surprise du Chef des inspections nucléaires de l'ONU sans explication, quelques heures après l'annonce de Trump de retirer les États-Unis du traité. Il y a John Kerry, négociateur en chef pour l'Administration Obama, qui multiplie les voyages en Iran et monte une véritable diplomatie parallèle pour expliquer qu'il faut courber l'échine pendant l'orage Trump et que les affaires reprendront bientôt. Il y a Obama qui fit livrer 400 millions de dollars par avion militaire - en cash s'il vous plaît, chargés sur des palettes! - en août 2016, simultanément à la libération de quatre otages américains.

"Rançon!" avaient alors hurlés les adversaires du Président démocrate. Mais si la libération des otages elle-même avait été une couverture pour quelque chose d'autre? Alors qu'ils détestent les États-Unis et ne font quasiment pas d'affaires en dollars, pourquoi le régime iranien aurait-il eu besoin de centaines de millions en coupures livrées par avion?

Et si cet argent n'avait pas été envoyé en Iran pour y rester, mais se retrouver dans les poches de quelqu'un d'autre?

Une phrase vient donner poids à cette hypothèse - une simple phrase prononcée par Hossein Jaberi Ansari et rapportée par plusieurs sites (mais aucun média mainstream en Occident, pour d'évidentes raisons). Hossein Jaberi Ansari est le porte-parole du Ministère des affaires étrangères iranienne. Il avertit simplement ses homologues européens:

"Si les Européens cessent le commerce avec l'Iran et ne mettent pas la pression sur les États-Unis, alors nous révélerons quels politiciens occidentaux ont reçu de l'argent, et combien, durant les négociations visant à établir l'Accord Iranien sur le nucléaire."

[“If Europeans stop trading with Iran and don’t put pressure on US then we will reveal which western politicians and how much money they had received during nuclear negotiations to make Iran Deal happen.”]


Voilà une petite phrase très intéressante, ne trouvez-vous pas?

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Hossein Jaberi Ansari, porte-parole du Ministère des Affaires Étrangères iranien, à la télévision

On comprend l'amertume des Iraniens si l'accord finit par capoter: tout l'argent versé l'aurait été en vain. Jusqu'ici, on peut dire que la phrase a été suivie d'effets. Les Européens font de leur mieux, de façon démonstrative même, pour montrer qu'ils ont à cœur de sauver les Accords de Vienne - et ce, même s'ils n'ont aucune chance. "Essayé, pas pu", voilà la stratégie qu'il leur reste.

Il serait amusant de voir les Iraniens mettre leur menace à exécution, permettant de révéler le degré de corruption de nos élites dirigeantes. Un bénéfice supplémentaire de l'intransigeance de M. Trump...

Finalement, il se pourrait bien que ce dessinateur de presse ait vu tout juste depuis le début:

iran_corruption.jpg

11 mai 2018

Quand les journalistes appellent à la pénalisation du discours

Dans son éditorial de la Tribune de Genève, Sophie Simon, journaliste Rubrique Genève, rebondit sur la polémique liée aux propos homophobes tenus par l'ancien député PLR René Desbaillets à l'encontre de Thierry Apothéloz sur Facebook.

Facebook_smartphone_application_market_medium.jpgPour ceux qui ignoreraient encore cette histoire gonflée aux amphétamines, elle fut évoquée dans plusieurs quotidiens et même dans un sujet du 19:30 de mardi, au sein d'une actualité pourtant autrement plus chargée. Elle se résume en trois messages postés sur Facebook:

Acte I: "De tout cœur avec toi Luc! Genève préfère les beaux parleurs et les homos. Lamentable!"

Acte II: "Homos est un terme général, mais on y trouve malheureusement un grand nombre de pédophiles."

Acte III: "Hier en commentant les résultats des élections [au Conseil d'État genevois] j'ai eu sur FB des propos inacceptables à l'égard du Conseiller d'État élu hier. Je regrette ceux-ci et lui présente mes excuses ainsi qu'à toutes les personnes que j'ai pu choquer."

Et c'est tout.

D'aucuns dissèquent ces messages en pensant établir le degré de sincérité (ou de sobriété) de M. Desbaillets en rédigeant chacun, ou supputent que le vigneron aurait été sensibles à des appels lancés au boycott de sa production et aurait alors cherché à calmer le jeu.

Thierry-apotheloz-2015.jpgOn pourrait contempler cette "affaire" comme un témoignage de la vacuité des discussions sur Facebook ou de la capacité de nos contemporains de s'indigner de tout et n'importe quoi, mais prenons le parti de nos médias et supposons que nous assistons réellement à quelque chose d'important. L'agresseur est un ancien député et la victime un Conseiller d'État fraîchement élu ; cela suffit apparemment pour en faire un symbole.

Mme Simon s'estime "rassurée" par la condamnation quasi unanime des propos de l'ancien député PLR - on ne se sent bien qu'au milieu du troupeau - et évoque ensuite l'homosexualité de M. Apothéloz en illustrant l'ambiguïté de l'élu qui, "s’il ne cache pas son orientation sexuelle, n’est pas dans l’affichage". Quelle formule alambiquée!

En réalité, et c'est aussi d'ailleurs ainsi que l'affaire est dépeinte par la RTS, M. Apothéloz a bel et bien fait campagne en mettant l'accent sur son homosexualité, comme le font d'ailleurs régulièrement d'autres politiciens, surtout en Suisse alémanique. On pourrait se plaindre que ce genre de détail n'a rien à faire en politique, mais les candidats choisissent librement les aspects de leur personnalité qu'ils décident de présenter. La faute consiste à invoquer ensuite la vie privée:

Nombre de magistrats cantonaux en Suisse ont tu leur préférence sexuelle jusqu’à maintenant. (...) . La sexualité d’un élu ne concerne personne, sauf si elle contredit son discours ou si elle viole la loi.


La sexualité d'un élu ne concerne personne, sauf s'il en fait un étendard. De nombreux aspects d'une personnalité publique peuvent être connus du grand public, et le sont si elle les met en avant. Mais alors, se plaindre d'éventuelles critiques en retour est parfaitement puéril. Si on décide de monter sur un ring armé de certaines valeurs, il faut accepter de prendre des coups au nom de celles-ci.

Plus inquiétant ensuite, la journaliste Rubrique Genève s'immisce sur le terrain politique:

L’appel au boycott des vins Desbaillets est lancé par un Vert. Ce parti ferait bien de balayer devant sa porte. Il a présenté deux candidates au Grand Conseil opposées à l’initiative pour l’égalité entre les partenariats de même sexe et les couples mariés.

L’enjeu est maintenant fédéral. Les normes pénales contre la discrimination basée sur l’orientation sexuelle se font attendre. Après leur approbation en commission du National, il faut espérer qu’elles soient adoptées avant le prochain dérapage.


L'appel à la cohérence chez les Verts est étonnant: apparemment, la journaliste ne distingue pas une prise de position face à des insultes contre un élu d'une prise de position politique sur l’égalité entre les partenariats de même sexe et les couples mariés. Pour elle, les deux se valent. Autrement dit, si on n'apprécie pas qu'un élu homosexuel se fasse malmener sur Facebook, on doit militer pour l’égalité entre les partenariats de même sexe et les couples mariés!

Mais le plus grave est évidemment dans la conclusion, un appel du pied sans nuance à légiférer sur la liberté d'expression, une marotte sortie avec beaucoup trop de régularité pour ne pas soulever quelques soupçons. De puissantes forces sont à la manœuvre. On se moque du politiquement correct mais on en réclame encore quelques louches.

Le texte de Sophie Simon est assez court ; il aurait manqué quelques paragraphes sur la nécessaire définition de l'homophobie - sauf à prétendre qu'un homosexuel n'est pas critiquable en quoi que ce soit, ce qui en ferait un Übermensch légal - et la pesée d'intérêt entre cette nouvelle entorse à la liberté d'expression et l'information du public, un concept dont on aurait pu penser qu'il avait quelque importance pour des journalistes.

Mais ça, c'était il y a bien longtemps.

09 mai 2018

Le traité iranien passe à la trappe

Trump rejette le pseudo traité de non-prolifération négocié avec l'Iran sous l'ère Obama, et l'Histoire s'écrit.

À quoi joue Trump ?, Le bulldozer Trump biffe l'accord iranien, Iran : une décision absurde aux effets déstabilisateurs, Donald Trump n'a pas de plan B, Et pourtant les généraux soutenaient l'accord sur le nucléaire iranien... Voilà quelques-uns des titres des articles de presse du lendemain du 8 mai, tous sortis du même tonneau. La même antienne servie par toutes les chancelleries, tous les ministres des affaires étrangères, tous les Premiers Ministres, tous les Présidents.

À les entendre, et il est difficile d'entendre autre chose tant leur voix écrase les autres, Trump est irrationnel, fou, imprévisible, et sa décision l'est tout autant. Mais il y a d'autres explications possibles, par exemple qu'ils mentent ou se trompent. Je penche pour cette approche, pour des raisons expliquées récemment.

Ils omettent par exemple de dire que le Traité de non-prolifération signé avec l'Iran en 2015 est tout sauf un traité de non-prolifération. En "échange" de la levée des sanctions internationales, l'Iran a obtenu:

  • Le droit de faire progresser la technologie de ses missiles balistiques, vecteurs indispensables pour projeter l'arme atomique à distance et menacer ainsi toutes les contrées à portée de tir, d'Israël aux États-Unis en passant par l'Arabie Saoudite et l'Europe ;
     
  • Le droit d'enrichir le minerai d'uranium sur son sol, ce qui est strictement interdit par le Traité international de Non-Prolifération nucléaire dont l'Iran était signataire avant que sa violation manifeste ne soit prouvée au grand jour ; [rappelons que les pays souhaitant disposer de nucléaire civil peuvent faire enrichir gratuitement du minerai d'uranium auprès des puissances nucléaires existantes]
     
  • Le droit de moderniser son parc de centrifugeuse, le traité limitant leur nombre mais pas leur puissance, permettant de décupler les capacités de production de matière fissile du pays tout en respectant le texte à la lettre ;
     
  • Le droit d'obtenir l'arme atomique officiellement en 2025, à l'épuisement du traité.

Difficile de parler de non-prolifération sans éclater de rire, si le sujet n'était si grave. Mais tous ces cadeaux obtenus sans contrepartie ne suffisaient pas encore aux mollahs. Il fallut l'intervention commando du Mossad en plein territoire iranien pour ramener les preuves que l'Iran continuait encore et malgré tout à enrichir de la matière fissile en vue d'un usage militaire, pendant les négociations et après la signature du traité. L'Iran n'a jamais, à aucun moment, considéré le texte diplomatique comme autre chose qu'une diversion.

L'Iran pourrait reprendre l'enrichissement, s'inquiètent aujourd'hui des éditorialistes. Leur inquiétude devrait plutôt venir de ce que l'Iran ne l'a jamais cessé.

Trump n'appartient pas à la sphère des politiciens professionnels de Washington. Il résista à l'incitation internationale lancée par les héritiers de Chamberlain, M. Macron et Mme Merkel. Il résista à la pression de ses rivaux politiques, des médias, des doctes analystes. Il resta sourd aux "bons conseils" de membres de sa propre équipe comme Rex Tillerson ou le général Flynn. Pourtant, les Républicains faisaient parfois preuve de plus de courage, en paroles en tout cas.

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Trump annonce qu'il sort les États-Unis du traité avec l'Iran (image: capture d'écran vidéo)

Armé de son bon sens et d'une transparence qui l'amena à aborder le sujet dès la campagne électorale, Trump annonça qu'il retirerait les États-Unis du traité signé avec l'Iran. Les seuls qui voient quelque chose d'imprévisible dans cette affaire sont nos médias, aveuglés par leur haine anti-Trump.

Les Européens gesticulent en affirmant qu'ils veulent "sauver" le traité. Ils n'ont rien compris. Les États-Unis ont tué le traité. Trump réinstalle unilatéralement les sanctions économiques américaines avec l'Iran. Trump ne peut pas empêcher quiconque de commercer avec l'Iran ; mais il peut empêcher ceux qui commercent avec l'Iran de commercer avec les États-Unis. Les vendeurs d'Airbus, de voitures, de téléphones portables et de matériel à usage potentiellement militaire vont devoir faire des choix. Commercer avec Téhéran, ou avec les États-Unis? Les deux seront exclusifs. Plus possible, comme aiment tant à le faire les Européens, de manger à tous les râteliers.

De la même façon, Trump n'est pas tombé dans le piège d'une "réforme" du traité. Celle-ci aurait volontairement traîné en longueur sur des années, largement plus qu'il n'en faut pour que l'Iran ne termine sa bombe. L'annonce surprise de sa décision le 8 mai - alors qu'il avait laissé entendre à plusieurs reprises qu'il se déciderai vraisemblablement le 12 - participe de cette stratégie de déstabilisation de l'adversaire. Selon certains analystes et les sous-entendus de responsables iraniens eux-mêmes, l'Iran pourrait n'être qu'à quelques semaines de l'assemblage d'une bombe nucléaire. À ce stade, chaque minute gagnée compte. Gageons que les satellites espion et les agents infiltrés sont sur la brèche, scrutant la réaction iranienne dans ses moindres détails.

L'avenir est toujours incertain face aux islamistes iraniens et à leurs rêves apocalyptiques. Une guerre reste possible. Mais en agissant comme il vient de le faire, Trump diminue le risque que cette guerre soit nucléaire.

03 mai 2018

Les mensonges de l'Iran dévoilés

Le régime iranien lança avant l'an 2000 un programme nucléaire militaire secret. C'est un fait avéré et documenté. En 2003, alors que les soldats de la coalition menée par les États-Unis envahissaient l'Irak pour mettre à bas le régime de Saddam Hussein, les mollahs iraniens prirent peur et gelèrent immédiatement le programme - l'Amérique était trop proche. C'est un fait avéré et documenté. En 2008, alors que le Messie Obama entra à la Maison Blanche, les mêmes mollahs purent soupirer de soulagement et relancer le programme: la menace que faisaient peser George W. Bush et les faucons républicains s'était éloignée. L'Amérique était désormais conduite par un ami des musulmans - un individu né d'un père musulman, qui effectua une partie de sa scolarité dans une classe coranique, et qui prit de nombreuses positions pro-musulmanes au cours de sa carrière. Ce sont des faits avérés, documentés.

Ils furent tant et plus avérés et documentés que, devant le vague danger de quelques millions de personnes directement consumées par le feu nucléaire lancé par le régime fou et millénariste comme celui des mollahs d'Iran, les puissances de ce monde lancèrent les "négociations" pour donner l'illusion de faire quelque chose. Comme le négociateur en chef du Monde Libre s'appelait alors Barack Obama, il y avait peu de chances que cela débouche sur quelque chose de concret. Et c'est ainsi qu'après d'interminables palabres et autant de dîner de galas et de petits fours, la montagne diplomatique accoucha du fameux traité en 2015 - un traité qui repoussait juste de... dix ans l'obtention légale de la bombe atomique par l'Iran.

En Occident, il faut être un grand naïf pour gober ne serait-ce qu'une minute la fable du nucléaire civil iranien, de l'efficacité des sanctions, de la solution que représente le fameux traité entre l'Iran et les 5+1 (USA, Chine, Royaume-Uni, France, Russie et Allemagne) pour empêcher l'Iran de construire la bombe. Au sein des sociétés occidentales biberonnées à la propagande officielle, mélange de minimisation et de mensonges apaisants pour éviter toute panique improductive, de tels individus existent. Toute population contient une proportion irréductible de crédules, en particulier si leur seule source d'information sont ces médias officiels qui leur veulent du bien. Ces zombies se retrouvent dans toutes les strates du pouvoir, mais plus on prend de la hauteur plus ils se font rares.

D'autres sont des adeptes de la realpolitik la plus extrême: qu'importe que l'Iran soit nucléaire si on peut lui vendre des Airbus, des téléphones portables ou des autoroutes. La France est à l'avant-garde de ce courant de pensée, l'Europe la suit, l'Asie trottine derrière. Dans cette catégorie on peut aussi placer la Suisse qui, se pensant abritée par sa neutralité, ne voit dans le dossier que l'occasion de se faire de la pub en faisant venir des gens importants à Genève. Variante russe: "ils sont totalement fous mais ils sont nos alliés, et c'est ce qui compte". Ces gens savent parfaitement que le chemin qu'ils prennent amènera à courte ou moyenne échéance l'arrivée d'un champignon atomique quelque part mais ils s'en lavent les mains - entre-temps, ils se seront fait un maximum d'argent. Les affaires sont les affaires, et lorsque ce qui doit arriver arrivera, eh bien, il sera temps de voir.

Une troisième catégorie, enfin, est la plus cynique de toutes: ce sont des gens qui imaginent avec un appétit non dissimulé quelle sera la cible - vraisemblablement Tel-Aviv. Bien fait pour la gueule de ces sales Israéliens, de ces sales juifs. Les Iraniens, pensent-ils, finiront le travail commencé par le petit moustachu au XXe siècle, et ce sera très bien pour tout le monde. Évidemment, ce n'est pas le genre de chose que l'on dit en bonne société - si on n'est pas complètement sûr de son auditoire - mais on n'en pense pas moins. En petit comité, on lâche parfois une allusion.

Je passe rapidement sur les nombreux éléments allogènes de nos sociétés qui attendent "l'incident nucléaire" avec impatience pour pouvoir faire la fête avec force klaxons et youyous dans les rues, façon but en finale de Coupe du Monde de football.

Au milieu de cet océan de mensonges, une démocratie, Israël, petit morceau d'Occident perdu au milieu d'une marée d'ennemis vivant dans l'obscurantisme, la violence et la haine, tente de survivre.

Netanyahou fait son spectacle...

Les politiciens sont attirés par les projecteurs et les caméras comme les papillons de nuit par la lumière, et Benyamin Netanyahou ne fait pas exception.

Israël doit sa survie à la qualité de ses services de renseignement - les mêmes qui accumulèrent suffisamment de preuves pour que plus personne, pas même Téhéran, ne puisse remettre en question la réalité du programme d'enrichissement militaire du régime. Le Mossad identifia en 2016 un entrepôt lié au programme nucléaire iranien et lança une opération commando en territoire ennemi, visant à rapatrier ce qui pouvait s'y trouver. Citant un quotidien israélien évoquant des informations publiées dans le New York Times:

Un haut responsable israélien, qui a parlé sous couvert de l’anonymat pour évoquer la mission secrète, a déclaré au Times que le Mossad avait découvert l’entrepôt en février 2016 et que le bâtiment était sous surveillance depuis lors.

Les agents sont entrés par effraction dans le bâtiment une nuit de janvier dernier, ont retiré les documents originaux et les ont ramenés clandestinement en Israël la même nuit, selon le journal.

Le président américain Donald Trump a été informé de l’opération par le chef du Mossad, Yossi Cohen, lors d’une visite à Washington en janvier dernier.

Le haut responsable a déclaré que le retard dans la publication des documents était dû au temps qu’il a fallu pour les analyser, la grande majorité d’entre eux étant en persan.


Que trouvèrent-ils? Juste un ensemble hallucinant d'archives sur le programme nucléaire militaire des mollahs, que le régime iranien avait placé là en pensant que la discrétion suffirait à les protéger, et que le Premier Ministre israélien Benyamin Netanyahou présenta en début de semaine avec une mise en scène étudiée.

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Benyamin Netanyahou se donne en spectacle devant la capture de renseignements par le Mossad.
(Crédit : Bureau du Premier ministre)

Cherchant à maximiser l'impact médiatique de la découverte, le Premier Ministre présenta l'archive de documents iraniens révélant que Téhéran a œuvré à développer un arsenal d’armes nucléaires, menti à la communauté internationale à ce sujet, et pris les mesures nécessaires pour que le pays puisse travailler à l'élaboration de sa bombe dans le cadre du pacte de 2015.

Lors d’une présentation brève mais dévastatrice depuis le siège du ministère de la Défense de Tel-Aviv, Netanyahu a dévoilé ce qu’il a qualifié de l’une des plus grandes réussites des services du renseignement israéliens : mettre la main sur des documents rédigés par l’Iran et consacrés à son propre programme sur les armes nucléaires, à savoir 55'000 pages auxquelles sont venus s’ajouter encore 55'000 documents sur CD, a-t-il expliqué. Ces archives retracent fidèlement les progrès réalisés par le programme global de construction d’armes nucléaires de la république islamique, qui porte le nom de projet Amad, a-t-il noté – s’exprimant en anglais, pour un retentissement maximal à l’international. Et en obtenant ces fichiers, a-t-il déclaré, Israël est dorénavant en mesure de prouver de manière irréfutable que les leaders iraniens ont menti « éhontément » au monde et que l’accord de 2015 est fondé sur une « duperie ».

 
Les faits sont précis, documentés, disponibles, indiscutables. L'Iran n'a que sa mauvaise foi pour répliquer.

...Et personne n'applaudit.

Rien ne se passe, rien ne se passera, et rien ne pouvait se passer ; avant même la présentation de Netanyahou, chacun devait s'en douter, à commencer par le principal intéressé. Le grand public - divisé en naïfs, affairistes cyniques et antisémites, comme expliqué plus haut - est généralement insensible à de nouvelles informations ; l'indignation est réservée aux causes que les médias officiels ont décrétées importantes. La vie de quelques millions d'innocents menacés par le feu nucléaire n'en fait pas partie. Rien que de plus normal: ce ne sont que des juifs. Au pire se laisse-t-on surprendre par quelque sympathie pour les millions d'Iraniens qui seraient vitrifiés à leur tour lors d'une riposte.

D'autres tenteront faiblement de se faire l'écho de la propagande iranienne et de clamer que tout cela n'est qu'un tissu de mensonge, tentant éventuellement un parallèle hasardeux avec la déclaration de Colin Powell aux Nations-Unies avant la seconde guerre d'Irak en 2003. Nous appellerons cette sous-catégorie les "fidèles de Meyssan", selon un affairiste dont le nom se perd dans les brumes du temps. "Meyssianistes", peut-être?

Le manque de sincérité des dénégations face aux preuves apportées par les Israéliens n'a pas d'importance, parce que la vérité n'en a pas dans ce dossier. Il est probable, sinon certain, que les 5+1 négociant avec l'Iran pour soi-disant l'empêcher de construire la bombe savaient parfaitement qu'ils avaient en face d'eux un interlocuteur plein de duplicité et indigne de confiance. Mais ils étaient prêts à s'en accommoder. Alors, comme tout bon politicien, ils firent ce qu'ils font à chaque fois en pareil cas: ils baissèrent drastiquement leurs exigences jusqu'à ce qu'il n'en reste quasiment plus rien, mais encore assez pour proclamer un "succès" et le fêter, tout sourire, face aux objectifs des journalistes.

Aujourd'hui, les chancelleries s'agitent mais toutes les déclarations vont dans le même sens: "On ne va pas en faire un fromage". Même Netanyahou, relèvent les observateurs, s'est abstenu d'exiger quoi que ce soit. Des analystes estiment que c'est un aveu de la faiblesse de ses nouvelles preuves. D'autres, dont je fais partie, pensent que c'est pour s'éviter l'humiliation d'une fin de non-recevoir par ses "alliés" occidentaux, pour lesquels la perspective d'un Iran nucléaire a bien moins d'importance que la tranquillité de leurs prochaines excursions diplomatiques.

La seule inconnue - et le seul espoir pour Israël de ne pas avoir à agir seul - vient des États-Unis, où Trump occupe la Maison Blanche, et se montre depuis très longtemps le premier Président américain sincèrement intéressé par le destin d'Israël (autrement que lorsqu'il faut récupérer les voix des juifs américains). Trump met en doute la ratification du pseudo-traité de non-prolifération et entend y donner une réponse le 12 mai.

Malgré son nom, le traité actuel garantit à l'Iran l'accès légal à la production d'armes nucléaires à terme - une filière totale, allant du yellow cake à l'ogive nucléaire soigneusement placés sur un missile longue-portée. La non-ratification du traité ouvre une période d'incertitude qui pourrait elle aussi déboucher sur un Iran nucléaire, ou sur une guerre. Mais elle ouvre aussi la mince perspective d'un nouvel accord, réellement contraignant cette fois-ci, empêchant pour de bon les mollahs de concrétiser leurs délires de fin du monde.

Le chemin est étroit mais il existe.