30 septembre 2018

Brett Kavanaugh en route pour la confirmation à la Cour Suprême

Vendredi la candidature de Brett Kavanaugh à la Cour Suprême, présentée par le Président Trump, a été validée par la Commission du Sénat chargée de l'examiner, à onze voix contre dix - les Républicains contre les Démocrates.

Cette journée succédait à celle qui vit Christine Blasey Ford présenter ses accusations d'attouchements sexuels prétendument commises en 1982 par Brett Kavanaugh, et celui-ci de se défendre contre ce qu'il considérait comme d'ignobles attaques calomnieuses.

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Le contexte de ces manœuvres est détaillé dans d'autres billets (voir ici pour les relations troubles de la gauche avec la Constitution et ici pour sa stratégie contre M. Kavanaugh). Comme le résuma un Internaute, "lorsque des Républicains ne souhaitent pas que soit élu un candidat démocrate à la Cour Suprême, ils votent contre lui ; lorsque des Démocrates ne souhaitent pas que soit élu un candidat républicain à la Cour Suprême, ils le détruisent en le faisant passer pour un violeur en série."

Pendant six heures, Christine Blasey Ford présenta des accusations remontant à trente ans avec force incohérences. Elle fut incapable d'amener le moindre élément de preuve matériel, pas même un témoignage attestant qu'elle aurait abordé le sujet de cette agression sexuelle avec quiconque avant la nomination de Kavanaugh. Elle avait certes évoqué une "thérapie de couple" à ce sujet en 2012, mais refusa d'amener les notes de son thérapeute devant la Commission pour le prouver (l'absence du nom de Kavanaugh dans ces documents l'auraient rendu coupable de parjure).

À l'inverse de Stéphane Bussard mentant à ce sujet dans les colonnes du Temps, elle fut incapable d'expliquer qui avait payé pour une séance de détecteur de mensonge pour appuyer sa sincérité - et ce n'est pas le FBI. On sait depuis longtemps que la fiabilité du détecteur de mensonge est bien trop faible pour qu'il soit admis comme preuve dans un procès. Elle affirma que le traumatisme l'avait rendue claustrophobe au point d'être incapable de prendre l'avion, tout en admettant qu'elle avait voyagé en avion à plusieurs reprises - y compris jusqu'à Washington pour témoigner devant la Commission du Sénat.

Sur ce qui eut lieu ou non en 1982, elle fut toujours incapable de dire quand se déroula cette fête, quels étaient les autres invités, comment elle s'y rendit, comment elle en repartit, où elle eut lieu. L'alcool qu'elle dit avoir consommé ce jour-là explique sans doute ces errements, mais pas que comme par hasard la seule chose dont elle soit sûre "à 100%" soit l'identité de celui qui la pelota.

Elle ne donna tout simplement aucun élément nouveau.

Certains observateurs louèrent sa tenue lors de l'audition, d'autres lui reprochèrent des passages visiblement appris par cœur et un langage corporel trahissant sa sincérité. Pour éviter l'effet désastreux d'une foule d'hommes s'en prenant avec agressivité à une femme se présentant comme victime - la redite des auditions de l'accusatrice Anita Hill cherchant à couler la nomination du juge Clarence Thomas en 1991 - les Républicains déléguèrent leur interrogatoire à Rachel Mitchell, une juriste spécialiste dans les questions d'agressions sexuelles.

Le déploiement d'empathie et la douceur des questions de Mme Mitchell troublèrent nombre de Républicains et contribuèrent sans doute à renforcer l'image de victime recherchée par Christine Blasey Ford. Il n'empêche qu'à l'issue du long interrogatoire, Mme Mitchell conclut en disant que face à des propos aussi fragmentaires il n'y aurait pas de quoi ouvrir une enquête dans la vie courante - même pas assez pour obtenir un mandat de perquisition.

Après toute l'attention concentrée sur Christine Blasey Ford, ce fut au tour de Brett Kavanaugh de présenter sa défense. Il commença par une présentation marquante de 45 minutes oscillant entre la colère et les larmes, et se retrouva ensuite sur le grill dans une séance questions-réponses avec les 21 membres de la Commission du Sénat.

"Le passé de ce type a été mis sous enquête six fois par le FBI et aujourd'hui on découvrirait qu'il était carrément un violeur en série lorsqu'il était au lycée? Ce n'est pas sérieux." -- un sénateur républicain


Mais le point d'orgue de ce "contre-interrogatoire" fut la saillie de Lindsay Graham, le sénateur de Caroline du Sud. Longtemps considéré comme modéré, l'élu se lança dans une diatribe pulvérisant les Démocrates en dénonçant la bassesse de leurs manœuvres. Ces quatre minutes furent sans doute les plus marquantes de l'interrogatoire.

Voici une transcription de ce dialogue:

LINDSAY GRAHAM - À 9h23 la nuit du 9 juillet, le jour où vous avez été désigné pour la Cour Suprême par le Président Trump, 23 minutes après l'annonce de votre nomination, le Sénateur Schumer affirma:
"Je vais m'opposer à la nomination du Juge Kavanaugh avec tout ce que j'ai. J'espère qu'une majorité bipartisane fera de même. Les enjeux sont tout simplement trop élevés pour moins que ça."
Eh bien, si vous n'étiez pas au courant de ça vous l'êtes maintenant. Avez-vous rencontré le Sénateur Diane Feinstein le 20 août?

BRETT KAVANAUGH - J'ai rencontré le Sénateur Diane Feinstein...

LINDSAY GRAHAM - (le coupant) Saviez-vous que son équipe avait déjà recommandé un juriste au Dr. Ford?

BRETT KAVANAUGH - Je ne le savais pas.

LINDSAY GRAHAM - Saviez-vous qu'elle et son équipe disposaient de ces allégations depuis plus de 20 jours?

BRETT KAVANAUGH - Je ne le savais pas à l'époque.

LINDSAY GRAHAM - (Se tournant vers les Démocrates) Si vous vouliez une enquête du FBI, vous auriez pu venir nous voir. Ce que vous voulez c'est détruire la vie de cet homme, garder le siège vide, et espérer gagner en 2020. Vous l'avez dit! Pas moi!
(Au Juge Kavanaugh) Vous n'avez à vous excuser de rien. Quand vous verrez Sotomayor et Kagan [Deux juges de la Cour Suprême nommés par Obama, NdT] dites-leur que Lindsay leur passe le bonjour. Parce que j'ai voté pour eux.
(Pointant les Démocrates) Je ne leur aurai jamais fait ce que vous êtes en train de faire à cet homme. Voilà la mascarade la plus dénuée d'éthique que je vois depuis que je suis en politique. Et si vous aviez vraiment voulu savoir la vérité, vous n'auriez jamais fait ce que vous avez fait à cet homme.
(Au Juge Kavanaugh, formellement.) Êtes-vous un violeur en réunion?

BRETT KAVANAUGH - Non.

LINDSAY GRAHAM - (Après un silence, écœuré). Je ne peux pas imaginer à travers quoi vous êtes passés, votre famille et vous.
(Aux Démocrates) Vous voulez tous le pouvoir, j'espère devant Dieu que vous ne l'aurez jamais. J'espère que le Peuple Américain pourra voir à travers cette mascarade que vous saviez [au sujet des allégations du Dr. Ford] et que vous les avez mises de côté. Vous n'avez jamais eu la moindre intention de "protéger le Dr. Ford". Aucune.
(Au Juge Kavanaugh) Elle est autant une victime que vous. Dieu qu'il m'est pénible de dire cela, parce que ces gens ont été mes amis. Mais laissez-moi vous dire que quand on en vient à ceci... Vous étiez en quête d'une investiture honnête... Vous êtes venu dans la mauvaise ville, à la mauvaise époque, mon ami. Considérez-vous ceci comme un entretien d'embauche?

BRETT KAVANAUGH - Le rôle de consentement et d'avis de...

LINDSAY GRAHAM - Considérez-vous ceci comme un entretien d'embauche?

BRETT KAVANAUGH - J'ai été à travers un processus d'avis et de consentement selon la Constitution...

LINDSAY GRAHAM - Diriez-vous que vous avez traversé l'enfer?

BRETT KAVANAUGH - J'ai été à travers l'enfer et au-delà.

LINDSAY GRAHAM - Ce n'est pas un entretien d'embauche.

BRETT KAVANAUGH - Correct.

LINDSAY GRAHAM - C'est l'enfer.

BRETT KAVANAUGH - Oui...

LINDSAY GRAHAM - Cela va détruire toute envie auprès des honnêtes gens de se porter volontaires, à cause de cette merde. Votre livre de fin d'année de lycée! Vous avez interagi avec des femmes sur le plan professionnel tout au long de votre vie, pas une seule accusation. Vous êtes sensé être "Bill Cosby" quand vous êtes étudiant et lycéen et soudainement tout cela cesse. Selon ma compréhension, si quelqu'un drogue des femmes et les viole pendant deux années au lycée, il ne s'arrête probablement pas. Selon ma compréhension, si vous avez mené une vie saine les gens vous en sont reconnaissants, comme l'Association Américaine du Barreau, l'étalon-or:
"Son intégrité est absolument incontestable, il est très attentif quant à sa conduite personnelle, ne prête le flanc à aucun biais ni préjugé, il est entièrement fidèle à l'éthique, il est une personne vraiment respectable, il est accueillant, amical, modeste, il est la personne la plus aimable."
Si je peux vous dire une chose, c'est que vous devriez être fier d'Ashley. Vous devriez être fier d'elle, de ce que vous avez éduqué une fille qui a le bon caractère de prier pour le Dr. Ford.
À mes collègues républicains: si vous votez Non, vous donnez légitimité à la plus détestable chose que j'aie vue pendant mon temps passé en politique.
(Aux Démocrates) Vous voulez ce siège? J'espère que vous ne l'aurez jamais.
(Au Juge Kavanaugh) J'espère que vous serez à la Cour Suprême. C'est exactement là où vous devriez être. Et j'espère que le Peuple Américain verra à travers cette mascarade. Et je vous souhaite tout de bon, et j'ai l'intention de voter pour vous, et j'espère que tous ceux avec un esprit juste feront de même.

Commentaires

Les gauchistes en général ont un rapport lointain avec la vérité.
Et leur conscience ne les tourmente pas.
C'est le cocktail pour les pires abominations de l'Histoire : nazisme, communisme etc.
Cela a été vrai et reste vrai, dans tous les pays, à toutes les époques.
Devenir gauchiste – car, à ma connaissance, on ne l'est pas à la naissance –, c'est attraper un virus, et un virus extrêmement contagieux.
Et comme pour les autres maladies virales, il n'y a pas d'antibiotiques connus pour soigner celle-là.

Écrit par : AP34 | 30 septembre 2018

@AP34: le virus dont vous parlez est celui d'une soif de pouvoir dévorante. Il s'abrite derrière des notions indéfinissables "d'intérêt général" qui se retrouvent toujours dans l'intérêt particulier de celui qui les formule.

Ensuite, il ne reste plus qu'à enrober le tout avec un bon petit "La fin justifie les moyens" - la fin étant l'accès au pouvoir, les moyens étant à peu près tout le reste - et la boucle est bouclée.

Pris la main dans le sac, ils s'abritent avec des formules comme "de toutes façon vous faites pareil" pour tenter d'arracher un match nul à coup de mauvaise foi.

Le plus infect dans les accusations mensongères de ces derniers jours ne sont pas dans les accusations elles-mêmes mais dans ce qu'elles impliquent de la part de ceux qui montent ce genre de plan, en allant au bout de leur logique. Empêcher la nomination à la Cour Suprême du Juge Kavanaugh est une chose, mais s'ils arrivaient au bout de leur procès de Moscou, PAS UNE SEULE DE CES ORDURES N'HÉSITERAIT UNE SECONDE À ENVOYER EN PRISON CE TYPE POUR UN CRIME QU'ILS SAVENT N'AVOIR PAS COMMIS.

Voilà la vraie mesure de leur absence totale de scrupules.

Seuls une minorité de ceux qui sont affectés par le "virus" du gauchisme s'en réveillent un jour, s'il reste une once d'éthique dans un coin de leur âme. Mais il leur sera alors douloureux de réaliser tout le mal qu'il ont fait.

Saviez-vous qu'Andrew Breitbart, le fondateur du site Breitbart.com qui donne de l'urticaire à tous les gauchistes, était lui-même à la base un Démocrate engagé? Ce sont les accusations dégueulasses et mensongères d'Anita Hill contre le juge Clarence Thomas nommé par George Bush père en 1991 qui lui ouvrirent les yeux. Quel étonnant parallèle!

On peut espérer que cette offensive contre Kavanaugh en 2018 réveillera des Démocrates avec une conscience... Et parmi eux de futurs Andrew Breitbart.

Écrit par : Stéphane Montabert | 30 septembre 2018

Pour ceux qui veulent comprendre la situation politique actuelle aux US :
un article de Charles Gave qui résume de manière simple et claire la tentative de coup d'État dirigé contre Trump, cad le complot fomenté par le DOJ, le FBI et la CIA combinés, d'abord pour l'empêcher d'être élu, et ensuite pour le destituer :
http://institutdeslibertes.org/affaires-judiciaires-aux-usa/
C'est la première tentative de coup d'État de toute l'Histoire des US.
C'est une nouvelle illustration du fait que la Gauche est capable de tout et qu'elle ne recule devant rien.
En France, ç'a été l'affaire Fillon, qui devrait, elle aussi, rester dans les manuels d'Histoire.
Quoiqu'elle soit très loin d'avoir l'ampleur de ce qu'il se passe actuellement aux US.

Écrit par : AP34 | 01 octobre 2018

La récente découverte de votre blog est une bien belle trouvaille, tant il distille des articles contrastant avec les billets d’opinion bâclés des « pros de l’info ».
Merci de nous livrer le fruit de vos réflexions, qui élèvent les nôtres, et de votre souci de documenter vos observations. En ce sens l’invitation à interpréter le choix des images proposés par la presse avec ce diptyque de la jeune accusatrice souriante, aux côtés du juge d’âge mur, au regard incertain, est une invitation salutaire.
De la même façon votre soin de nous livrer le verbatim du sénateur Lindsey Graham est précieux’ en regard de la vidéo qui ne trace pas la destination de ses propos par le jeu habituel des multiples caméras.
Il sera un jour ou l’autre obligatoire de faire un procès... aux procès d’intention...

Écrit par : Yes-comment | 01 octobre 2018

@Yes-comment: merci pour votre commentaire. J'ai depuis trouvé un autre magnifique exemple de dyptique avec la photo d'illustration d'un article du Matin d'aujourd'hui:

https://files.newsnetz.ch/story/1/8/0/18028541/1/linke_spalte.jpg

Je vous laisse juge de la neutralité de point de vue de la rédaction qui a fait ce choix.

Écrit par : Stéphane Montabert | 01 octobre 2018

Une image valant mille mots, celle que vous présentez avec ce lien... devrait laisser sans voix ceux qui contestent vos argumentaires précis et documentés, rédigés avec une précision.. toute suisse.

Écrit par : Yes-comment | 02 octobre 2018

http://www.telegraph.co.uk/news/my-battle-brett-kavanaugh-over-truth-ambrose-evans-pritchard/

Même si je ne suis pas toujours d'accord avec lui, Evans-Pritchard me paraît plutôt honnête (autant qu'un journaliste peut l'être, évidemment).

Écrit par : Franck Boizard | 03 octobre 2018

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