30 septembre 2018

Brett Kavanaugh en route pour la confirmation à la Cour Suprême

Vendredi la candidature de Brett Kavanaugh à la Cour Suprême, présentée par le Président Trump, a été validée par la Commission du Sénat chargée de l'examiner, à onze voix contre dix - les Républicains contre les Démocrates.

Cette journée succédait à celle qui vit Christine Blasey Ford présenter ses accusations d'attouchements sexuels prétendument commises en 1982 par Brett Kavanaugh, et celui-ci de se défendre contre ce qu'il considérait comme d'ignobles attaques calomnieuses.

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Le contexte de ces manœuvres est détaillé dans d'autres billets (voir ici pour les relations troubles de la gauche avec la Constitution et ici pour sa stratégie contre M. Kavanaugh). Comme le résuma un Internaute, "lorsque des Républicains ne souhaitent pas que soit élu un candidat démocrate à la Cour Suprême, ils votent contre lui ; lorsque des Démocrates ne souhaitent pas que soit élu un candidat républicain à la Cour Suprême, ils le détruisent en le faisant passer pour un violeur en série."

Pendant six heures, Christine Blasey Ford présenta des accusations remontant à trente ans avec force incohérences. Elle fut incapable d'amener le moindre élément de preuve matériel, pas même un témoignage attestant qu'elle aurait abordé le sujet de cette agression sexuelle avec quiconque avant la nomination de Kavanaugh. Elle avait certes évoqué une "thérapie de couple" à ce sujet en 2012, mais refusa d'amener les notes de son thérapeute devant la Commission pour le prouver (l'absence du nom de Kavanaugh dans ces documents l'auraient rendu coupable de parjure).

À l'inverse de Stéphane Bussard mentant à ce sujet dans les colonnes du Temps, elle fut incapable d'expliquer qui avait payé pour une séance de détecteur de mensonge pour appuyer sa sincérité - et ce n'est pas le FBI. On sait depuis longtemps que la fiabilité du détecteur de mensonge est bien trop faible pour qu'il soit admis comme preuve dans un procès. Elle affirma que le traumatisme l'avait rendue claustrophobe au point d'être incapable de prendre l'avion, tout en admettant qu'elle avait voyagé en avion à plusieurs reprises - y compris jusqu'à Washington pour témoigner devant la Commission du Sénat.

Sur ce qui eut lieu ou non en 1982, elle fut toujours incapable de dire quand se déroula cette fête, quels étaient les autres invités, comment elle s'y rendit, comment elle en repartit, où elle eut lieu. L'alcool qu'elle dit avoir consommé ce jour-là explique sans doute ces errements, mais pas que comme par hasard la seule chose dont elle soit sûre "à 100%" soit l'identité de celui qui la pelota.

Elle ne donna tout simplement aucun élément nouveau.

Certains observateurs louèrent sa tenue lors de l'audition, d'autres lui reprochèrent des passages visiblement appris par cœur et un langage corporel trahissant sa sincérité. Pour éviter l'effet désastreux d'une foule d'hommes s'en prenant avec agressivité à une femme se présentant comme victime - la redite des auditions de l'accusatrice Anita Hill cherchant à couler la nomination du juge Clarence Thomas en 1991 - les Républicains déléguèrent leur interrogatoire à Rachel Mitchell, une juriste spécialiste dans les questions d'agressions sexuelles.

Le déploiement d'empathie et la douceur des questions de Mme Mitchell troublèrent nombre de Républicains et contribuèrent sans doute à renforcer l'image de victime recherchée par Christine Blasey Ford. Il n'empêche qu'à l'issue du long interrogatoire, Mme Mitchell conclut en disant que face à des propos aussi fragmentaires il n'y aurait pas de quoi ouvrir une enquête dans la vie courante - même pas assez pour obtenir un mandat de perquisition.

Après toute l'attention concentrée sur Christine Blasey Ford, ce fut au tour de Brett Kavanaugh de présenter sa défense. Il commença par une présentation marquante de 45 minutes oscillant entre la colère et les larmes, et se retrouva ensuite sur le grill dans une séance questions-réponses avec les 21 membres de la Commission du Sénat.

"Le passé de ce type a été mis sous enquête six fois par le FBI et aujourd'hui on découvrirait qu'il était carrément un violeur en série lorsqu'il était au lycée? Ce n'est pas sérieux." -- un sénateur républicain


Mais le point d'orgue de ce "contre-interrogatoire" fut la saillie de Lindsay Graham, le sénateur de Caroline du Sud. Longtemps considéré comme modéré, l'élu se lança dans une diatribe pulvérisant les Démocrates en dénonçant la bassesse de leurs manœuvres. Ces quatre minutes furent sans doute les plus marquantes de l'interrogatoire.

Voici une transcription de ce dialogue:

LINDSAY GRAHAM - À 9h23 la nuit du 9 juillet, le jour où vous avez été désigné pour la Cour Suprême par le Président Trump, 23 minutes après l'annonce de votre nomination, le Sénateur Schumer affirma:
"Je vais m'opposer à la nomination du Juge Kavanaugh avec tout ce que j'ai. J'espère qu'une majorité bipartisane fera de même. Les enjeux sont tout simplement trop élevés pour moins que ça."
Eh bien, si vous n'étiez pas au courant de ça vous l'êtes maintenant. Avez-vous rencontré le Sénateur Diane Feinstein le 20 août?

BRETT KAVANAUGH - J'ai rencontré le Sénateur Diane Feinstein...

LINDSAY GRAHAM - (le coupant) Saviez-vous que son équipe avait déjà recommandé un juriste au Dr. Ford?

BRETT KAVANAUGH - Je ne le savais pas.

LINDSAY GRAHAM - Saviez-vous qu'elle et son équipe disposaient de ces allégations depuis plus de 20 jours?

BRETT KAVANAUGH - Je ne le savais pas à l'époque.

LINDSAY GRAHAM - (Se tournant vers les Démocrates) Si vous vouliez une enquête du FBI, vous auriez pu venir nous voir. Ce que vous voulez c'est détruire la vie de cet homme, garder le siège vide, et espérer gagner en 2020. Vous l'avez dit! Pas moi!
(Au Juge Kavanaugh) Vous n'avez à vous excuser de rien. Quand vous verrez Sotomayor et Kagan [Deux juges de la Cour Suprême nommés par Obama, NdT] dites-leur que Lindsay leur passe le bonjour. Parce que j'ai voté pour eux.
(Pointant les Démocrates) Je ne leur aurai jamais fait ce que vous êtes en train de faire à cet homme. Voilà la mascarade la plus dénuée d'éthique que je vois depuis que je suis en politique. Et si vous aviez vraiment voulu savoir la vérité, vous n'auriez jamais fait ce que vous avez fait à cet homme.
(Au Juge Kavanaugh, formellement.) Êtes-vous un violeur en réunion?

BRETT KAVANAUGH - Non.

LINDSAY GRAHAM - (Après un silence, écœuré). Je ne peux pas imaginer à travers quoi vous êtes passés, votre famille et vous.
(Aux Démocrates) Vous voulez tous le pouvoir, j'espère devant Dieu que vous ne l'aurez jamais. J'espère que le Peuple Américain pourra voir à travers cette mascarade que vous saviez [au sujet des allégations du Dr. Ford] et que vous les avez mises de côté. Vous n'avez jamais eu la moindre intention de "protéger le Dr. Ford". Aucune.
(Au Juge Kavanaugh) Elle est autant une victime que vous. Dieu qu'il m'est pénible de dire cela, parce que ces gens ont été mes amis. Mais laissez-moi vous dire que quand on en vient à ceci... Vous étiez en quête d'une investiture honnête... Vous êtes venu dans la mauvaise ville, à la mauvaise époque, mon ami. Considérez-vous ceci comme un entretien d'embauche?

BRETT KAVANAUGH - Le rôle de consentement et d'avis de...

LINDSAY GRAHAM - Considérez-vous ceci comme un entretien d'embauche?

BRETT KAVANAUGH - J'ai été à travers un processus d'avis et de consentement selon la Constitution...

LINDSAY GRAHAM - Diriez-vous que vous avez traversé l'enfer?

BRETT KAVANAUGH - J'ai été à travers l'enfer et au-delà.

LINDSAY GRAHAM - Ce n'est pas un entretien d'embauche.

BRETT KAVANAUGH - Correct.

LINDSAY GRAHAM - C'est l'enfer.

BRETT KAVANAUGH - Oui...

LINDSAY GRAHAM - Cela va détruire toute envie auprès des honnêtes gens de se porter volontaires, à cause de cette merde. Votre livre de fin d'année de lycée! Vous avez interagi avec des femmes sur le plan professionnel tout au long de votre vie, pas une seule accusation. Vous êtes sensé être "Bill Cosby" quand vous êtes étudiant et lycéen et soudainement tout cela cesse. Selon ma compréhension, si quelqu'un drogue des femmes et les viole pendant deux années au lycée, il ne s'arrête probablement pas. Selon ma compréhension, si vous avez mené une vie saine les gens vous en sont reconnaissants, comme l'Association Américaine du Barreau, l'étalon-or:
"Son intégrité est absolument incontestable, il est très attentif quant à sa conduite personnelle, ne prête le flanc à aucun biais ni préjugé, il est entièrement fidèle à l'éthique, il est une personne vraiment respectable, il est accueillant, amical, modeste, il est la personne la plus aimable."
Si je peux vous dire une chose, c'est que vous devriez être fier d'Ashley. Vous devriez être fier d'elle, de ce que vous avez éduqué une fille qui a le bon caractère de prier pour le Dr. Ford.
À mes collègues républicains: si vous votez Non, vous donnez légitimité à la plus détestable chose que j'aie vue pendant mon temps passé en politique.
(Aux Démocrates) Vous voulez ce siège? J'espère que vous ne l'aurez jamais.
(Au Juge Kavanaugh) J'espère que vous serez à la Cour Suprême. C'est exactement là où vous devriez être. Et j'espère que le Peuple Américain verra à travers cette mascarade. Et je vous souhaite tout de bon, et j'ai l'intention de voter pour vous, et j'espère que tous ceux avec un esprit juste feront de même.

27 septembre 2018

Brett Kavanaugh, prédateur sexuel: plus c'est gros plus ça passe

Pour écarter un candidat gênant, les accusations d'agression sexuelles sont terriblement efficaces - parce qu'il n'y a même pas besoin de prouver quoi que ce soit.

Roy Moore

Fin 2017, le candidat républicain Roy Moore put s'en rendre compte lors de sa campagne en Alabama: dans la dernière ligne droite, un mois avant l'élection, jusqu'à neuf femmes lancèrent des accusations sur sa conduite supposée des décennies plus tôt - de 1970 à 1991. Lisons ce qu'en dit la RTS:

La femme, alors âgée de 28 ans, était venue le voir pour une affaire de garde d'enfant. En la raccompagnant à la porte, il lui a mis une main aux fesses. "Il ne les a pas pincées. Il les a attrapées", a-t-elle raconté.

Son témoignage s'ajoute à ceux de plusieurs femmes ayant côtoyé Roy Moore à partir de la fin des années 1970 dans l'Alabama, et qui ont rapporté des faits allant de baisers à des agressions sexuelles et attouchements, pour deux d'entre elles, la plus jeune étant alors âgée de 14 ans.


Roy Moore, s'estimant victime d'une cabale, refusa de se retirer de l'élection. Mais le doute s'empara d'une partie des électeurs, un nombre suffisant pour faire pencher la balance. Le candidat fut battu, sur le fil, par son adversaire démocrate. Après cet épisode, ces affaires disparurent de la vie publique, mais ne donnèrent lieu à aucune condamnation.

Roy Moore pourrait avoir été trente ans plus tôt un prédateur sexuel. Il pourrait aussi avoir été injustement traîné dans la boue à travers une machination montée par des adversaires politiques ne reculant devant aucune ignominie. Et dans ce dernier cas, le modus operandi serait tout trouvé: des "révélations spontanées" lâchées avec un timing impeccable, un mois avant l'échéance.

Christine Blasey Ford

Que Roy Moore soit républicain, que les faits qui lui soient reprochés remontent au minimum à plusieurs décennies, que les accusatrices aient des liens avec les Démocrates et n'aient amené avec elles aucune preuve n'est certainement qu'une coïncidence avec le cas qui nous préoccupe.

Toujours est-il qu'en septembre 2018, un mois avant l'élection pour sa nomination à la Cour Suprême, Brett Kavanaugh fut lui aussi la cible de "révélations" quant à son passé. Le calendrier étant serré, la dénonciation anonyme fut rapidement dévoilée comme celle de Christine Blasey Ford, accusant le juriste de 53 ans de l'avoir pelotée lorsque les deux étaient encore lycéens et mineurs.

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Christine Blasey Ford et Brett Kavanaugh, image illustrant les articles de nombreux médias francophones. La juxtaposition du portrait posé d'une jeune femme souriante d'une vingtaine d'années et de la photo peu flatteuse d'un homme dans la cinquantaine et les yeux dans le vague est délibérée. Elle renforce l'identification du public avec la supposée victime et sous-entend une perversion liée à l'âge - alors que les protagonistes étaient tous deux mineurs au moment des faits allégués.

Les médias se jetèrent avec appétit sur l'affaire, susceptible de faire dérailler la nomination du juge juste avant les élections de mi-mandat prévues pour début octobre. Sans doute trop empressé d'informer le grand public, ils omirent ou passèrent comme chat sur braise sur un certain nombre de faits:

  • Trente-cinq ans plus tard, Christine Blasey Ford ne se rappelle pas le lieu de la "fête" où les attouchements eurent lieu. Elle ne se rappelle pas la date des événements. L'individu qu'elle cita comme témoin de la scène démentit catégoriquement ses propos, ainsi que la présence de M. Kavanaugh. Elle affirma qu'elle était alcoolisée au moment des faits. La seule chose dont elle semble se rappeler absolument est l'identité de son agresseur.
  • Christine Blasey Ford est une donatrice du Parti Démocrate et engagée à gauche.
  • Christine Blasey Ford enseigne la psychologie des Affaires sociales à l'université de Palo Alto. Mal notée par ses élèves, elle dispose néanmoins de toutes les compétences professionnelles pour s'adonner à une stratégie de manipulation.
  • Et elle s’est entourée de trois avocats travaillant depuis des mois à empêcher la nomination de Kavanaugh par tous les moyens, et selon toute apparence payés par George Soros.
  • Christine Blasey Ford prétend avoir entamé une "thérapie de couple" en 2012 pour se remettre de cette agression. Malheureusement, aucune preuve remontant à cette période ne permet d'étayer cette affirmation.
  • Christine Blasey Ford écrivit une lettre en juillet parlant d'une agression subie par elle trente-six ans plus tôt. Cette lettre fut envoyée à deux élues démocrates, dont la sénatrice de Californie Dianne Feinstein. Pendant un mois, Dianne Feinstein ne dit rien de cette accusation pendant l'examen de la candidature de Brett Kavanaugh. Elle n'en dit pas davantage lors d'un entretien d'une heure seule à seul avec Brett Kavanaugh. L'idée qu'elle ait gardé cette accusation dans la manche pour des questions de calendrier est évidemment pure spéculation.
  • Christine Blasey Ford prétend que depuis que son nom a été révélé elle "vit un enfer" et que des menaces de mort ont été proférées contre elles. Cependant, il n'existe aucune trace de ces menaces, et personne ne semble avoir été inquiété pour les avoir proférées.
  • Christine Blasey Ford ne porta pas plainte, ne se fit pas examiner par un médecin, ne relata pas cet événement dans un journal intime, ne le raconta ni à ses parents ni à aucun proche ou ami capable de corroborer cet épisode aujourd'hui.

On pourrait encore continuer longtemps sur l'histoire de Mme Blasey Ford et son exploitation par les Démocrates dans la nomination de M. Kavanaugh. Pour "témoigner" devant une commission du Sénat, la femme fit état d'une liste de demandes relatées par Guy Millière:

Christine Blasey Ford a demandé à ne pas aller à Washington : les gens du Sénat ont proposé de venir chez elle en Californie, ou dans un bâtiment officiel californien proche. Elle a dit ensuite que, finalement, elle viendrait à Washington. Mais trois fois de suite, la date ne lui a pas convenu. Puis après avoir accepté une date, elle a dit qu’elle ne pouvait venir en avion ou en train car elle ne supportait plus les espaces fermés depuis “l’agression” il y a trente-six ans. Elle s’est rendue à Hawaii récemment, et ne semble s’y être rendue ni en bateau ni en planche à voile. Elle a décidé de venir en voiture, mais a demandé à disposer d’une voiture plus confortable que la sienne, et a dû prendre le temps de la choisir. Elle a dû ensuite choisir la robe adéquate pour aller à Washington, et cela a pris du temps supplémentaire.


Elle formula également l'exigence de ne jamais se retrouver dans la même pièce que son prétendu agresseur, de parler en dernier, de connaître à l'avance les questions qui lui seraient posées, de ne témoigner qu'à l'issue d'une "enquête approfondie du FBI" - requête qui lui fut refusée...

Depuis, les "révélations" se succèdent - avec notamment deux nouvelles accusatrices et même une troisième pour l'instant, chacune venant avec des descriptions plus glauques les unes que les autres, laissant planer le doute sur l'absence de témoins, de plaintes, de preuves matérielles, évoquant à chaque fois des fêtes très alcoolisées mais pointant le candidat avec une certitude absolue. Les dénégations de M. Kavanaugh affirmant qu'il ne perdit sa virginité que vers vingt-cinq ans ne semblent guère entrer en ligne de compte, pas plus que le témoignage de 35 femmes avec qui il avait travaillé ou eu une relation, qui affirmèrent qu'il s'était toujours comporté en parfait gentleman.

Brett Kavanaugh, 53 ans, a été au service d'une carrière impeccable dans la magistrature. Il a été conseiller juridique de l'ancien président républicain George W. Bush. À chacune de ses six promotions, sa carrière d'adulte a été passée au peigne fin par le FBI, sans que rien ne soit découvert. Quant à Roy Moore, il avait lui aussi gravi les échelons jusqu'à être juge constitutionnel dans la Cour Suprême de l'Alabama, et soumis à pareilles vérifications.

L'avocat du diable?

Ne soyons pas aveuglés par les manœuvres dilatoires des Démocrates américains pour retarder l'élection d'un juge à la Cour Suprême. Il existe une possibilité non nulle que M. Kavanaugh soit effectivement un prédateur sexuel, ou l'ait été à la fin de son adolescence trente-cinq ans plus tôt, déclenchant une vague de dénonciations tardives.

Nous savons que cette possibilité existe parce que de nombreux exemples montrent les liens entre les positions d'influence et la perversité sexuelle - de Yannick Buttet à Harvey Weinstein ou Tariq Ramadan en passant par le plus ambitieux d'entre tous, Dominique Strauss-Kahn. Le destin tient à peu de choses: il s'en fallut de quelques minutes pour que l'avion de ce dernier ne décolle de New-York et le préserve du scandale de sa relation sexuelle imposée à une femme de chambre d'un hôtel de la Grande Pomme. Selon toute vraisemblance, il serait devenu Président de la République Française à la place de M. Hollande.

Dans ces conditions, pourquoi ne pas prendre pour argent comptant les femmes accusant Roy Moore ou Brett Kavanaugh? Il n'y a pas de fumée sans feu, n'est-ce pas? Mais le feu de qui, en l'occurrence?

Il y a des différences fondamentales entre les uns et les autres. Dans un cas, les accusatrices ont systématiquement des liens avec les adversaires politiques, dans l'autre elles viennent de tous horizons - y compris du propre camp idéologique du suspect. Mais la différence la plus nette vient de la chronologie des faits reprochés. Tant Roy Moore que Brett Kavanaugh furent mis sur la sellette pour des histoires remontant à trente ans ou plus. C'est comme si les deux pervers sexuels en puissance s'étaient soudainement calmés et assagis dans leur prime jeunesse, avant même que leurs carrières respectives ne décollent.

Il n'est pas invraisemblable que de jeunes hommes trop entreprenants se "rangent" et adoptent après des années d'excès étudiants une vie plus tranquille, mais ce schéma diverge fortement de celui du pervers sexuel qui associe le pouvoir à l'érotisme et profite de sa position pour exercer une pression de plus en plus forte sur ses collègues féminins. Dans ce cas de figure, les excès avancent avec le narcissisme et le degré atteint dans la pyramide sociale. Les exemples cités plus haut - Yannick Buttet, Harvey Weinstein, Tariq Ramadan ou Dominique Strauss-Kahn - continuèrent à imposer leurs pratiques sexuelles à des femmes non consentantes parfois quelques heures avant que le scandale n'éclate.

Corollaire de cette différence, lorsque l'affaire perce enfin les "langues se délient" et les témoignages se multiplient - de toutes époques et de tous horizons idéologiques, comme nous l'avons souligné. Aucun pervers sexuel ne se rajoute des difficultés en choisissant de ne s'en prendre qu'à des adversaires politiques. Et c'est à ce moment-là que le grand public découvre alors qu'en réalité "tout le monde savait". La perversité de certains était un secret de Polichinelle dans les milieux concernés, en particulier celui des journalistes. Rien de tel ici.

Un inquiétant virage

Nommé en 1991, le juge Clarence Thomas fut le premier à être accusé d'agression sexuelle juste au moment de sa nomination. Encore un Républicain, encore une accusatrice démocrate, encore un timing parfait. Sa réponse reste dans les mémoires. Les Démocrates comprirent alors l'intérêt d'amener plusieurs accusatrices.

Nous ne savons pas encore si Brett Kavanaugh sera élu juge de la Cour Suprême ou non, mais cette affaire laissera des traces. Dans la famille du candidat à la Cour Suprême, pour commencer. Dire que Brett Kavanaugh a été traîné dans la boue serait bien en-deçà de la réalité. L'affaire remet aussi en question la présomption d'innocence et l'exercice du droit: il n'y a plus de procès, plus de confrontation contradictoire, plus d'éléments à charge ou à décharge. Il suffit d'une volée d'accusations portant sur des faits invérifiables remontant à plus de trente ans et un individu parfaitement qualifié peut être jeté au rebut sans autre forme de procès.

Les Démocrates se sont lancés dans un pari extrêmement risqué. Quoi qu'affirment les sondages, il n'est pas certain que le citoyen américain se reconnaisse beaucoup dans les élucubrations de Mme Blasey Ford. La manœuvre pourrait ne pas réussir non plus: le vote se déroule au Congrès, entre des politiciens expérimentés, qui ne sont normalement pas aussi influençables que le quidam moyen. La volonté des Démocrates de jouer la montre est par trop évidente.

Que les Démocrates réussissent ou non, la carrière de Brett Kavanaugh sera définitivement entachée, et à travers lui la réputation de la Cour Suprême et la confiance du peuple américain dans ses institutions. Gageons que toutes les prochaines nominations républicaines verront surgir leur lot de "scandales de la onzième heure".

Et si Brett Kavanaugh l'emporte et rejoint finalement la Cour Suprême, espérons pour les Démocrates qu'il soit aussi bon juge qu'il doive l'être, parce qu'il est peu probable qu'il oublie la façon dont il aura été traité lors de sa nomination.

23 septembre 2018

Pourquoi la gauche déteste la Constitution

Quel point commun entre le processus de nomination d'un nouveau juge à la Cour Suprême américaine, l'adoption par la Suisse d'un "accord-cadre" avec l'Union Européenne, ou les inquiétudes des "élites" du même pays face à l'initiative sur les juges étrangers prévue le 25 novembre?

Il tient en un seul mot: la Constitution.

Dessine-moi une Constitution

D'après Wikipédia, une Constitution est "une loi fondamentale ou un ensemble de principes qui fixe l'organisation et le fonctionnement d'un organisme, généralement d'un État". Voilà qui n'éclaire pas beaucoup. Plus loin, l'article rentre dans des considérations plus techniques en tentant une définition formelle:

La Constitution est un acte juridique, le plus souvent concrétisé par un ou plusieurs documents écrits nouveaux. Cet acte se situe au sommet de son ordre juridique : tout autre acte juridique doit être conforme à ses prescriptions. Ainsi, selon la théorie de la hiérarchie des normes, la Constitution se trouve être la loi fondamentale qui légitime toutes les normes inférieures.

Cette théorie est complétée par le principe de constitutionnalité, qui indique que la Constitution est le principe suprême du droit d'un État et que son respect, obligatoire et nécessaire, est assuré par une cour constitutionnelle, que ce soit un Conseil constitutionnel (comme en France) ou une Cour suprême (comme aux États-Unis).

Cette place au sommet de la hiérarchie des normes résulte du fait que la Constitution est créée par le pouvoir constituant originaire, et révisée par le pouvoir constituant dérivé ou institué. C'est donc un acte juridique imposé par le pouvoir constituant à tous les organes de l'État et à la société. Elle relève donc d'une logique verticale du pouvoir, comme les lois ou les règlements.


De par sa nature et sa légitimité, la Constitution est le sommet de la hiérarchie des lois d'un pays. Rien ne saurait lui être supérieur - dans un État de droit tout du moins.

Efface-moi une Constitution

constitution,socialismeComprendre cette notion permet de comprendre l'absurdité dans laquelle la Suisse s'est fourvoyée depuis 2012 et la décision stupéfiante du Tribunal fédéral décrétant que le droit international primait sur la Constitution! Lisons ce qu'en dit Roger Koppel:

Il y a six ans, le Tribunal fédéral à Lausanne enterrait la Suisse ou, pour être précis, la démocratie directe. Les juges ont en effet décidé que le prétendu droit international primait sur la Constitution fédérale, sur les décisions du peuple, sur le souverain de droit. Le peuple et les États dépouillés de leur pouvoir d’un seul trait.

Y a-t-il eu une levée de boucliers à Berne? Les soi-disant représentants du peuple, qui ont prêté allégeance à la Constitution et aux droits populaires, sont-ils montés aux barricades? Ils ont au contraire approuvé la position venant de Lausanne et ont commencé eux-mêmes à piétiner la démocratie directe. (...)

Ce ne sont pas là des théories délirantes. Ce ne sont nullement des exagérations. Hélas ! J’ai pu le constater par moi-même au Palais fédéral lors de la non-application de l’initiative sur l’immigration de masse qui avait été acceptée par le peuple et les cantons: les politiciens dénaturent froidement les décisions du peuple.


L'UDC se retrouva donc dans la situation ubuesque de devoir lancer une initiative pour remettre la Constitution au sommet de la hiérarchie des normes en Suisse... Autrement dit, depuis 2012, la Suisse n'est plus un État de droit. Cela ne pose de problème à personne et surtout pas à ceux qui sont aux commandes!

La situation helvétique est sans équivalent sur le plan international. Il n'existe aucun pays dans le monde où les traités signés aient une valeur supérieure à sa Constitution. Les discussions, quand il y en a, tournent autour de la hiérarchie entre les traités et les lois, qui découlent de la Constitution, et non la Constitution elle-même. La façon de résoudre ces conflits revient soit à réécrire les lois, soit à dénoncer ou à renégocier les traités posant problème.

Dans ces circonstances, on comprend mieux l'empressement du Conseil Fédéral à vouloir signer avec l'Union Européenne un "accord-cadre", validé par le peuple, qui soumettrait pour de bon et de façon officielle la Constitution helvétique à l'ensemble toujours croissant des traités européens - et à leur jurisprudence tentaculaire. Cette approche permettrait d'écarter définitivement toute influence de la démocratie directe sur la conduite des affaires. Les référendums et les initiatives ne pourraient plus affecter que le peu de sujets que ne couvre pas encore la législation européenne.

Le plus amusant, si l'on ose dire, c'est que l'accord-cadre avec l'UE mettra la Suisse dans une situation de subordination pire que celle de n'importe quel pays membre de l'Union. Ne comptez pas trop sur les médias helvétiques pour vous révéler ce petit détail!

"We the people" vs. "Us the government"

Le long article de Wikipédia sur la Constitution n'explique pas à quoi sert une Constitution. Ce rôle était pourtant bien compris des Pères Fondateurs des États-Unis d'Amérique et tient en une phrase:

La Constitution définit explicitement les tâches, et donc les limites, de l'État.


En d'autres termes, la Constitution écrit noir sur blanc quels sont les tâches de l'État et surtout, donc, quelles tâches ne le concernent pas.

Ses auteurs souhaitant éviter la dérive vers la dictature, la Constitution américaine a été rédigée en termes simples et compréhensibles par le commun des mortels. Elle définit de la façon la plus claire possible les choses dont l'État fédéral américain ne peut pas s'occuper, notamment en décrivant une liste de droits "inaliénables" des citoyens américains à travers le fameux Bill of Rights.

La Constitution américaine est parfaitement amendable. Même le Bill of Rights pourrait être remis en question à travers des majorités politiques suffisantes. Ceux qui souhaitent abolir certaines de ses dispositions "problématiques" à leurs yeux, comme le droit de porter des armes ou la liberté d'expression, n'ont jamais obtenu de telles majorités.

Faute d'avoir le succès politique suffisant, la gauche américaine, puisqu'il faut l'appeler par son nom, a progressivement noyauté l'institution chargée d'interpréter le respect des lois votées vis-à-vis de la Constitution, c'est-à-dire la Cour Suprême. Un nombre grandissant de juges de la Cour Suprême, nommés par des Présidents démocrates et des Chambres complices, ont donc milité pour une interprétation de plus en plus souple de la Constitution.

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Prenez l'Obamacare par exemple. La Constitution écrit noir sur blanc que le gouvernement américain ne doit pas faire de la vente forcée (de contrats d'assurance-maladie par exemple) et ne mentionne nulle part qu'il doive s'occuper de l'assurance-santé des gens. Peu importe! On présentera l'Obamacare comme une sorte de "taxe sélective" qui frappe ceux qui refusent de courber l'échine, et le tour est joué.

Là encore, on comprend mieux l'hystérie de la gauche américaine qui fait feu de tout bois pour empêcher la nomination du juge Brett Kavanaugh à la Cour Suprême. La division n'est pas entre "gauche" et "droite" ou entre "conservateurs" et "progressistes" comme le prétendent les médias, mais entre "constitutionnalistes" et "non-constitutionnalistes" tout court - ceux qui veulent que la Constitution garde un sens et ceux qui ne voient en elle qu'un vieux bout de papier sans valeur.

Avec une majorité de gauche confortablement installée à la Cour Suprême, celle-ci pourrait tout aussi bien être dissoute: jamais les juges de la Cour ne contrarieraient les plans d'ingénierie sociale d'un Président démocrate en lui opposant la Constitution.

Contenir le pouvoir politique

Une fois appréhendée l'essence du rôle d'une Constitution - définir les buts et les limites de l'État - l'opposition de la gauche devient tout à fait évidente.

L'objectif des socialistes, communistes, écologistes, radicaux et autres étatistes est l'omnipotence de l'État, et par extension de la caste qui le dirige. L'État doit pouvoir se mêler de tout, s'immiscer dans les moindres rouages de la société - les familles, la sexualité, la religion, la santé, l'alimentation, le bonheur subjectif de tout un chacun - et ensuite légiférer, intervenir, réglementer, surveiller et punir. La croissance infinie de l'État est à ce prix.

Selon les pays et les Constitutions, les stratégies opérées par la gauche sont différentes. Aux États-Unis d'Amérique, la réforme de la Constitution est hors d'atteinte ; la gauche se contentera alors de l'ignorer en prenant progressivement le contrôle des institutions chargées de la faire respecter.

En Suisse, la Constitution fédérale est battue en brèche par le gouvernement et les juges - aucun des deux n'ayant à rendre de compte au peuple souverain. La voie privilégiée est celle du prétendu "droit international", un droit hors-sol, diffus, changeant et expansif, dont l'interprétation à géométrie variable permet les lectures les plus abusives.

Outre un souverain pusillanime et aisément manipulé, la Suisse accuse également son âge. Nombre de ses Constitutions ont été écrites à une époque où certains droits semblaient si naturels que leur rédaction a été omise. De plus, les articles constitutionnels sont souvent rédigés (ou réécrits à la faveur d'un "toilettage") avec des termes aussi généraux que possible, ce qui permet ensuite les interprétations les plus flexibles.

Partout où elles ont encore un sens, les Constitutions sont minées, perverties et ignorées par ceux pour lesquels le pouvoir politique ne saurait souffrir d'aucune limite.

D'autres pays ont des Constitutions si piètrement rédigées, ou des castes politiques si puissantes et des contre-pouvoirs si faibles que le problème ne se pose même pas : à partir du moment où ils sont au pouvoir, les dirigeants font tout simplement ce qu'ils veulent. Il est difficile d'imaginer de tels endroits comme des paradis pour le reste de la population.

"Le meilleur gouvernement est celui qui gouverne le moins." -- Henry David Thoreau

16 septembre 2018

Bonne santé de l'économie américaine: merci Obama?

Le dernier débat économico-politique du moment: la bonne santé de l'économie américaine serait à mettre au crédit du Président sortant, Barack Obama, et non à celle de son Président actuel, Donald Trump. La polémique surgit avec un timing tout à fait judicieux alors que se profilent les élections de mi-mandat.

barack-obama-11530968525cgpqnawypv.pngPour découvrir ce dernier narrative venu d'outre-atlantique, il suffit de lire la presse francophone, laquelle reprend sans retenue les médias américains pourvu qu'ils fussent marqués à gauche. Ainsi, dans Le Devoir, on lit en toute objectivité que Barack Obama, "relativement discret depuis son départ de la Maison-Blanche", est "sorti de sa réserve (...) pour mettre les points sur les i."

Il faut avoir le cœur bien accroché pour lire pareil panégyrique sans s'étrangler. Notez comme le journaliste présente Barack Obama, quelqu'un qui se sent "obligé de réagir" face aux mensonges de Trump. Au nom de la Vérité, le vieux guerrier pétri de sagesse sort bien malgré lui de sa paisible retraite... Retraite dans laquelle, il faut bien le dire, l'ex-président n'est jamais rentré. Et qu'annonce le 44e président des États-Unis depuis l'Illinois?

Barack Obama a d’abord rappelé le contexte : lorsqu’il avait pris ses fonctions en 2009, l’économie américaine perdait 800 000 emplois chaque mois. C’était la crise mondiale, avec des effets inédits depuis la Seconde Guerre mondiale. Donald Trump est, lui, arrivé dans une économie assainie. « Quand j’ai quitté mes fonctions, le revenu des ménages était proche d’un record […] et les salaires augmentaient », a fait valoir Obama. « Quand j’entends combien l’économie se porte bien, je dis : rappelons-nous quand la reprise a commencé. Je suis heureux que cela se poursuive, mais quand on entend parler de miracle économique […], je dois leur rappeler que les chiffres relatifs à l’emploi sont assez proches de ce qu’ils étaient en 2015 et 2016. »


On enchaîne avec les prétendus "experts" qui tentent de donner vie à cette version des faits:

« Il n’y a aucun doute que le crédit est à mettre au compte d’un mélange » des deux présidences, estime Douglas Holtz-Eakin, ancien directeur du Bureau du budget du Congrès. (...)

« Les chiffres montrent clairement que l’expansion a démarré sous le président Obama […] et Trump surfe sur les tendances dont il a hérité », a, de son côté, avancé Jared Bernstein, l’ancien conseiller économique du vice-président d’Obama, Joseph Biden.


Je suis le premier à admettre que Barack Obama accéda à la présidence dans une économie en crise, et dont il ne portait personnellement aucune responsabilité. Son idéologie, en revanche, était largement partie prenante dans le désastre, notamment à cause de l'octroi forcé de crédits immobiliers, pour des raisons raciales ou politiques, à des personnes manifestement insolvables. Et tout cela remonte à dix ans aujourd'hui.

Comme d'habitude, le New York Times est le fer de lance de la réécriture historique du moment, écrivant que "la reprise économique commencée sous Obama est maintenant présentée comme celle de Trump". L'article commence par admettre que sur pratiquement chaque critère mesurable l'économie américaine se porte bien, et passe les 1'400 mots suivants à expliquer que cette embellie n'a rien à voir avec l'agenda économique de Trump.

Que le New York Times présente une opinion politiquement marquée comme une vérité est son droit le plus strict, mais cela n'a rien à voir avec de l'information. Les propres archives du journal sont disponibles et abondantes pour se rappeler, il n'y a pas si longtemps, quelles étaient les perspectives économiques alors que Barack Obama s'apprêtait à transmettre le flambeau de la présidence à son successeur démocrate Hillary Clinton - un travail de vérification dont l'Investor's Business Daily se donne la peine.

La crise des subprimes survint au début du premier des deux mandats de Barack Obama. Il disposa de huit ans pour essayer de redresser la barre. Or en 2016 l'économie était encore en stagnation. La reprise après la crise était la plus faible depuis la Grande Dépression de 1929.

En fait, le New York Times lui-même décrivit l'économie sous Obama de cette façon en 2016:

"Pendant trois trimestres de suite, le taux de croissance de l'économie a oscillé autour d'un maigre 1%. Lors du dernier trimestre 2015 et du premier trimestre 2016, l'économie a cru à un faible taux de 0,9% et 0,8% respectivement, en rythme annuel. Les premières estimations pour le deuxième trimestre de cette année, annoncées vendredi, présagent d'un décevant 1,2%."


Le taux de croissance ne fit guère mieux pendant les trois derniers trimestres de 2016. Et le 27 janvier 2017, après que le gouvernement annonce que la croissance pour l'ensemble de 2016 atteignait un piètre 1,6% - le taux le plus faible depuis 5 ans - le New York Times rendit compte que "le Président Trump visait un taux de croissance juste un peu plus élevé." Le bureau bipartisan du Congrès sur le budget prévoyait une croissance de 1,9%.

La croissance fut d'une faiblesse si persistante pendant les deux mandats d'Obama que les journalistes commencèrent à préparer le grand public en évoquant une "stagnation permanente". Ils disaient que l'Amérique entrait dans une longue période de croissance faible et stable, résultante d'une lente hausse de la population et de la productivité. En août 2016, le New York Times déclara que "la réalité sous-jacente de la croissance faible hantera quiconque remporte la Maison Blanche."

Le mois suivant, CBS News annonça "qu'avec la croissance américaine en berne pendant plusieurs années, de nombreux économistes en viennent à penser que le pays est entré dans une période prolongée où toute croissance sera plus faible qu'elle ne fut par le passé."

En d'autres termes, il n'y avait aucune prédiction d'envolée de l'économie sur le radar de quiconque lorsque Trump prit place dans le Bureau Ovale. Maintenant que l'économie dépasse les attentes de tout le monde, les critiques de Trump prétendent que les ingrédients étaient déjà dans le gâteau, et le gâteau déjà dans le four.

donald_trump_PNG29.pngC'est vrai, l'activité économique dépend de paramètres mondiaux sur lesquels même le Président des États-Unis n'a pas prise. Mais l'Amérique va plutôt mieux que le reste du monde aujourd'hui.

Un mauvais Président peut ralentir, voire définitivement oblitérer l'activité économique de son pays en empilant des lois destructrices les unes après les autres - voyez le Venezuela pour la feuille de route. Un bon Président ne peut pas créer la croissance par sa seule volonté, mais peut faire en sorte que le cadre légal, fiscal et juridique devienne favorable à la création d'entreprises et aux profits. L'activité économique croît alors, et avec elle l'emploi et les salaires ; et à terme, même les rentrées fiscales augmentent.

C'est l'éternelle division entre les socialistes qui veulent changer la façon dont on distribue les parts de gâteau, et les libéraux qui font augmenter la taille du gâteau - pour tout le monde.

Quoi qu'en disent les acrimonieux médias occidentaux, les Américains se reconnaissent bien davantage dans la seconde catégorie que la première. Ainsi, l'optimisme grandit à travers la société américaine lorsque Trump remporta l'élection face à son adversaire Hillary Clinton et ses "enthousiasmantes" perspectives de stagnation. Maintenant que Trump a mis en place de nombreuses dérégulations et que la baisse de la fiscalité est sous toit, nous devrions continuer à voir une croissance américaine solide.

Les médias travaillent sans cesse à faire rentrer leur narrative dans les esprits, mais pour l'instant ils échouent. Les sondages montrent clairement que le grand public donne crédit à Trump pour l'embellie économique que traversent les États-Unis. Ils ont raison, et les médias ont tort.

12 septembre 2018

L'Union Européenne tombe le masque

Les rédactions travaillent d'arrache-pied ce soir pour présenter dans la presse et les médias du lendemain les explications mesurées, raisonnables et parfaitement digestes pour le grand public justifiant la mise au ban de la Hongrie cet après-midi.

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La plupart des journalistes ne cherchent nullement à creuser le sujet. S'ils se donnent la peine d'interviewer des Hongrois, ce dont je doute, ils se limiteront à des membres de l'opposition au gouvernement Orbán ou à des "hommes de la rue" soigneusement sélectionnés. La bouche en cul-de-poule, ils ne cherchent qu'à justifier les exactions de ceux qui exercent sur eux une si étrange fascination depuis Bruxelles, et il est probable qu'ils aient commencé à rédiger leurs articles avant même le vote sanction du Parlement Européen contre la Hongrie.

Ceux qui veulent avoir le point de vue de l'UE n'ont qu'à ouvrir n'importe quel journal, zapper sur n'importe quelle chaîne de télévision, lire n'importe quel éditorial. Ils liront ceci:

Le Parlement européen a dénoncé mercredi la menace "systémique" pesant sur les valeurs de l'UE en Hongrie, et activé une rare procédure qui pourrait à terme conduire à des sanctions contre Budapest.

C'est la première fois que le Parlement européen use de son droit d'initiative pour demander au Conseil (les Etats membres) de se prononcer sur la situation de l’État de droit d'un pays membre.


ue,hongrie,viktor orban,fascisme,manoeuvres politiquesIls liront que tout ceci repose sur le "rapport Judith Sargentini", une écologiste néerlandaise qui établit une longue liste de "préoccupations" portant sur le bafouement des libertés et valeurs prônées par l'UE dans la presse, au sein des universités, contre les minorités, contre les migrants, mais aussi en matière de corruption et d'indépendance de la justice. Ils ne verront nulle part que M. Orbán a déjà répondu à ce rapport à charge, rédigée par une adversaire politique d'extrême-gauche et ses alliés, "des gens qui ne sont pas au clair avec un certain nombre de faits élémentaires" et qui "ont annulé l’envoi d’une délégation en Hongrie." Le Parlement votera donc en fonction d'une enquête partielle et partiale, mais peu importe, car il est très improbable que les eurodéputés se soient donné la peine de lire le rapport. Ils n'auront pas davantage lu le document hongrois de 108 pages détaillant les 37 erreurs factuelles les plus sérieuses dudit rapport.

Ils verront sans doute aussi la belle infographie de l'AFP, qui explique à quel point le processus est progressif, balisé, raisonnable.

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Nous sommes dans un théâtre d'ombres. En coulisses, les dés ont été jetés depuis longtemps. Tout le monde le sait - les eurodéputés, la Commission européenne, les journalistes qui couvrent l'événement, et même Viktor Orbán et son gouvernement. La seule animosité réelle est à l'encontre du chef d'État hongrois qui a l'outrecuidance de dire ouvertement au public, depuis son siège d'accusé, que le procès n'est qu'un simulacre. Les comédiens n'aiment pas qu'on gâche le spectacle au beau milieu de la représentation.

Penser que l'Union Européenne défend un quelconque État de droit est du dernier comique. Le seul État de droit que soutient l'Union Européenne est celui de la soumission totale envers elle et ceux qui la dirigent, comme le trio Merkel-Macron-Junker et la caste de technocrates non-élus qui parle à travers eux.

Comme à son habitude, Nigel Farage résume de façon limpide ce qui vient de se passer et quels sont les enjeux:

Monsieur Orbán il y a, Dieu merci, au moins un dirigeant européen qui est prêt à se tenir debout pour défendre ses principes, sa Nation, sa culture et son peuple. Face à des intimidations aussi extrêmes, Dieu merci, vous êtes là! C'est le moins que je puisse dire. Je suis certain que cela rappellera de mauvais souvenirs aux Hongrois d'un certain âge. Nous sommes face à un simulacre de procès dans lequel une poignée de prétendues entités politiques se lèvent, pointent du doigt et hurlent, prenant plaisir à exprimer leur haine tout l'après-midi. Et le procureur en chef, le Commissaire qui ne provient pas d'un gouvernement élu, a l'impudence de vous donner des leçons de démocratie - "Vous ne savez pas de quoi vous parlez". Le fait que vous ayez au moins 50% des voix dans votre pays et que personne n'ait jamais voté pour Timmermans ou ne puisse le révoquer semble lui avoir échappé. Il vous dit aussi que vous ne sélectionnez pas vos juges de manière correcte et que vous devez changer les choses. Voici un homme qui est l'un des patrons de la Commission européenne et qui nomme Martin Selmays, son poulain, à l'encontre de toutes les lois qui existent ici.

Ce qui se passe en réalité, Monsieur Orbán, c'est la mise à jour de la doctrine Brejnev de la "souveraineté limitée". Il ne sert à rien de prétendre au sein de cette Union que vous êtes indépendant, que vous dirigez vous-même votre pays. L'Article 7 constitue la nouvelle méthode pour adopter ceci. Ils veulent vous retirer le droit de vote. Ils veulent vous supprimer l'accès aux fonds européens. Tout cela parce que vous avez eu l'audace de résister à George Soros, l'homme qui a investi 15 milliards de dollars à travers le monde pour tenter de détruire les États-nations et de se débarrasser des formes traditionnelles de notre démocratie. Et en Hongrie bien sûr, il a dépensé de l'argent pour promouvoir l'immigration illégale dans votre pays. Et vous vous êtes opposé à lui, de manière assez juste, en lui fermant la porte. J'aurais aimé que nous fassions pareil.

Monsieur Orbán, vous persistez à dire que vous souhaitez rester membre de cette Union  européenne. Mais ce n'est pas simplement votre pays qui a été insulté aujourd'hui, vous l'avez été aussi. Il est temps de faire preuve de logique. Rejoignez le club du Brexit, vous allez adorer!


Bien sûr, de nombreuses étapes restent à franchir le long du chemin de "l'article 7" et peut-être ne seront-elles pas toutes franchies au bout du compte ; mais c'est peu probable. Tout le monde y travaille à Bruxelles.

Prenons la mesure de ce qui vient de changer.

L'Union Européenne dévoile ouvertement son mépris des démocraties nationales. Le rapport Judith Sargentini n'est qu'un prétexte qui n'abuse personne. Aujourd'hui, l'Union Européenne vient de condamner un de ses membres pour l'outrecuidance principale de ne pas vouloir être un pays d’immigration - et d'avoir refusé de se soumettre aux diktats des commissaires de Bruxelles. Peu importe que ce refus ait été soutenu par la population hongroise. Elle ne compte pas. S'il y avait une Armée européenne, Jean-Claude Junker mourrait d'envie d'envoyer quelques chars à Budapest.

Le Parti populaire européen (PPE), principale formation politique du Parlement Européen avec 218 eurodéputés, vient de voler en éclats. Il accueillait en son sein le Fidesz de Viktor Orbán. Ce qui tenait lieu de "centre-droit" dans l'hémicycle vient de s'écrouler avec fracas. Divisé, le PPE n'est même pas parvenu à donner des consignes de vote à l'interne, alors que l'accusé était issu de ses propres rangs. Selon la liste des votes, 115 eurodéputés PPE ont voté pour la résolution, 28 se sont abstenus et 57 ont voté contre. Car le PPE est aussi celui de la CDU de la chancelière allemande Angela Merkel, des Républicains en France et du parti chrétien-social de Jean-Claude Juncker. Autant dire que son existence en tant qu'entité politique vient de se terminer, ce qui fera très plaisir à toute la gauche européenne... Jusqu'aux prochaines élections, naturellement.

L'Union Européenne vient de faire un grand pas vers sa dislocation. Malgré leurs racines européennes et leur communauté de valeurs avec les nations occidentales, les Hongrois sont décriés et moqués comme des mercenaires, des profiteurs et des passagers clandestins de l'Union Européenne - des gens qui prennent l'argent des fonds européens et ne "jouent pas le jeu" (entendez, le jeu de la soumission) lorsqu'on exige d'eux, par exemple, d'accepter des quotas de migrants. En Hongrie, ce mépris laissera durablement des traces, d'autant plus que les Hongrois estiment avoir joué leur rôle en défendant les frontières extérieures de l'Union de l'invasion migratoire.

Les autres pays du Groupe de Visegrád bloqueront peut-être le processus - ils ne savent que trop bien qu'ils sont les suivants sur la liste - mais si la démarche arrive à son terme, les Hongrois pourraient prendre l'UE à son propre jeu. À quoi bon rester dans une Union qui n'a à proposer qu'insultes, mépris et asservissement? La question d'une sortie de l'UE pourrait se poser.

L'Union Européenne n'est pas belle aujourd'hui. Elle a montré son vrai visage - vindicatif, haineux, intolérant, déformé par un rictus de mépris. L'UE prétend chasser la corruption chez ses membres alors qu'elle est un havre de corruption. Elle prétend préserver la diversité alors qu'elle écrase la dissidence. Elle prétend corriger la démocratie alors qu'elle n'a rien de démocratique. Il faut être fou pour être séduit par cette organisation.

Comment les élites de la Suisse ont-elles souhaité vouloir entrer là-dedans, et le souhaitent encore?

11 septembre 2018

Accident de personne

Les pendulaires ont dû prendre leur mal en patience à plusieurs reprises depuis la rentrée.

Ces semaines ont été des semaines comme les autres sur le réseau ferroviaire romand: retards plus ou moins justifiés, trains annulés sans aucune raison, composition réduite (lutte sans merci pour les places assises à la clef), dérangement à la ligne de contact, et parfois le fameux Accident de personne.

train,suicide

La formule n'est pas nouvelle, elle remonte à 2006.

Il faut appeler un chat un chat, explique Jacques Zulauff, [à l'époque] porte-parole des CFF pour la Suisse romande. En faisant passer les suicides pour des incidents d’exploitation, nous passions pour des incompétents. Nous devions endosser la responsabilité de pannes qui n’en étaient pas. Et puis, dans la société, on parle aussi plus facilement de ce sujet, d’où notre nouvelle formule. Parler d’«accident» tout court aurait pu trop inquiéter, en faisant craindre un déraillement. «Accident de personne» convient mieux.


À part qu'il ne s'agit nullement d'un accident.

La ligne Genève-Lausanne est particulièrement sujette à perturbations, la faute à une infrastructure saturée à cause de la hausse de population de l'arc lémanique, elle-même conséquente à la libre-circulation des personnes - une vérité simple que nul n'ose énoncer. La surcharge concerne d'ailleurs toutes les infrastructures de transport et pas seulement les voies de chemin de fer. Mais celles-ci souffrent d'une vulnérabilité particulière.

Sans possibilité de contournement, chaque incident d'exploitation débouche sur des retards et des annulations de trains, piégeant à chaque fois des milliers de personnes en transit. Outre la perte collective de dizaines de milliers d'heures, certains passagers souffrent de conséquences beaucoup plus graves, comme de rater un vol à l'aéroport de Genève. Même une marge confortable ne suffit pas ; il n'est pas rare que la moindre panne entraîne des perturbations durant plusieurs heures. Un "record" de 12 heures fut atteint lors du "jour noir" du 22 août à cause d'un dérangement à la ligne de contact sur La Côte, doublé d'un "accident de personne" à la hauteur de Rolle. Les CFF ne sont pas responsables des suicides sur les voies, mais les "interventions de tiers" ne sont à l'origine que de 12% des retards.

Toutefois, depuis cette pénible rentrée les CFF semblent prêts à réagir:

Onze points noirs ont été localisés, des «black spots» à «forte densité d’événements». Quatre entre Villeneuve et Lausanne. (...) Les sept autres lieux se situent entre Lausanne et Genève. Ce sont tous des endroits où des accidents de personne sont enregistrés. Les CFF veulent tous les protéger. (...)

L’idée des CFF, validée par des mécaniciens qui connaissent le terrain, est de dresser du treillis le long des onze sites délicats. Les barrières feront 1,20 mètre de haut dans la région de Lavaux, 2 mètres entre Lausanne et Genève. En tout, ce ne sont pas moins de 5 kilomètres de voies qui seront sécurisés. Coût des travaux qui pourraient avoir lieu entre mars et mai 2019: un peu plus de 1 million de francs. En attendant, des mesures urgentes sur deux tiers de ces sites seront prises, et cela avant la fin de l’année.


Des voix se sont élevées pour questionner sur le risque de report des accidents de personne en pleine gare, sous les yeux des autres usagers. D'après un responsable, "Une étude conclut que ce risque n’est pas avéré."

Reste que certains sites semblent particulièrement accidentogènes, et les voyageurs bloqués se livrent à leur petite enquête:

Un [pendulaire valdo-genevois] relate qu’il a entendu dans le train lundi soir: «C’est la faute de La Métairie à Nyon, qui se trouve tout près des voies», voix accusant la clinique de psychiatrie et de psychothérapie bien connue. Il est vrai que les usagers de la ligne Lausanne-Genève ont l’impression que «ces suicides se produisent souvent entre Coppet et Morges». Le constat est «partagé», dit-il, que «ça devient gentiment insupportable». Personnellement, rien qu’en 2018, il dit avoir «eu droit à un suicide à Cornavin, un à Neuchâtel, un à Morges, et deux ou trois vers Nyon-Gland».


Si l'hypothèse est correcte, quelques grillages devraient alors améliorer la situation. Mais quels que soient les obstacles posés, et contrairement à ce qu'affirment tant les CFF que les médias, le nombre de suicides est en constante augmentation. Les discours se veulent rassurants mais, si on les prend sur une période suffisamment longue, les chiffres montrent une progression limpide:

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Depuis 2012, pas une année avec moins de 140 morts sur les voies. Ils n'étaient que 90 en 2005 à choisir de mettre fin à leurs jours de cette façon. Il est difficile de trouver des chiffres fiables avant cette date, la régie fédérale ne distinguant alors pas les suicides d'autres décès comme des accidents de chantier.

Indépendamment des retards et de la gêne occasionnée, choisir de mourir sur les rails est la marque d'un profond désespoir, jeté à la face du conducteur de train et des milliers de personnes qui en seront affectées.

Combattre les retards est une chose, mais la hausse du nombre de suicides indique clairement que la Suisse ne va pas bien.

23:06 Publié dans Suisse | Lien permanent | Commentaires (5) | Tags : train, suicide |  Facebook