12 octobre 2018

Paraphraser Hitler

La dernière polémique du moment: le président de l'AfD Alexander Gauland aurait paraphrasé Hitler:

Deux historiens spécialistes du nazisme et de l'antisémitisme, Wolfgang Benz et Michael Wolffsohn, affirment que le responsable politique de 77 ans, habitué aux propos controversés sur le nazisme, s'est inspiré d'un discours du Führer tenu fin 1933 à Berlin.


Des "historiens de renom", précise le journaliste afin que chacun se carapate devant tant d'expertise.

Qui veut tuer son chien l'accuse de paraphraser Hitler

Vient ensuite l'acte d'accusation:

Dans une tribune sur le populisme publiée le 6 octobre par le quotidien «Frankfurter Allgemeine Zeitung» («FAZ»), Alexander Gauland dénonce une «clique mondialisée qui siège dans les entreprises internationales, les organisations comme l'ONU, dans les médias, les start-up, les universités, les ONG, les fondations, dans les partis et ses appareils et qui parce qu'elle contrôle les informations, donne le la culturellement et politiquement».

«Ses membres vivent presque exclusivement dans les grandes villes (...) et quand ils déménagent de Berlin à Londres ou à Singapour pour changer de travail, ils trouvent partout les mêmes appartements, maisons, restaurants, magasins, écoles privées», poursuit-il, en référence aux élites que l'AfD affirme combattre.

Or le 10 novembre 1933, Hitler s'en prenait devant des ouvriers à Berlin à une «petite clique internationale déracinée qui attise la haine entre les peuples». «Ce sont des gens (...) qui vivent aujourd'hui à Berlin, peuvent se retrouver demain à Bruxelles et après-demain à Paris et ensuite à Prague, ou Vienne ou Londres et qui se sentent partout chez eux», disait-il, visant les Juifs sans les nommer.

La tribune de M. Gauland «colle de près, de manière ostensible (au discours) de Hitler», a jugé l'historien Wolfgang Benz. On a l'impression que «le chef de l'AfD avait posé sur son bureau le texte du discours du Führer de 1933 quand il a rédigé sa tribune pour la «FAZ». «Il modernise la critique à l'égard de la petite clique internationale déracinée qui devient la clique mondialisée pour l'adapter à la langue d'aujourd'hui», a-t-il poursuivi.


Précisons pour situer la posture scientifique de l'accusateur que M. Wolfgang Benz, en fer de lance dans la lutte contre l'islamophobie, proclama en 2010 au sujet du vote contre les minarets en Suisse que les méthodes des "islamophobes du XXIe siècle" et des "antisémites du XIXe siècle" étaient similaires.

Notons ensuite la légèreté de l'acte d'accusation: apparemment, critiquer une "élite mondialisée" est un acte antisémite - alors que même Hitler ne mentionna pas les juifs dans son discours.

Notons enfin que Alexander Gauland a protesté avec vigueur contre ces accusations, ce qui est un peu curieux pour quelqu'un qui aurait voulu rendre hommage à Hitler.

Pour parfaire le dossier d'accusation, un autre historien très politisé s'associa à la démarche, Michael Wolffsohn:

«il est grave que Gauland signale à ses partisans cultivés qu'il connaît les discours et la plume de Hitler et qu'il transpose aujourd'hui sur les adversaires de l'AfD les reproches adressés par Hitler aux Juifs.»


Alors que le parti qu'il préside n'existe que depuis quelques années et rassemble des citoyens de toutes origines - même des juifs - M. Gauland utiliserait des signaux codés que seul lui et les électeurs de l'AfD connaissent... Mais heureusement que des historiens veillent au grain!

Précisons les opinions politiques de M. Wolffsohn, telles que rapportées dans Wikipédia. M. Wolffsohn qualifia dans un article du Hanselblatt la politique d'accueil massif des "réfugiés" initiée par Angela Merkel de "don du ciel" en août 2015. Dans le même article, il s'en prit à la population résidente allemande, qualifiant "d'hystérique et idiote" "la peur des immigrés paisibles à la recherche d'un sanctuaire ou d'une vie meilleure", et leur expulsion "immorale".

Aucun pigiste d'agence de presse ne se sera jamais donné la peine de citer ces éléments de contexte, ni même, probablement, de les chercher.

Hitler est partout!

La reductio ad Hitlerum est un phénomène connu et documenté. Hitler a de nombreuses qualités: il incarne le mal absolu, il est mort donc n'a plus rien à répondre, et le grand public connaît finalement bien peu de détails de son idéologie. Alors ses discours!

Comparer quelqu'un à Hitler dans une discussion est d'autant plus facile que cela permet de mettre l'adversaire sur la défensive - personne ne pouvant décemment prendre l'argument et rester de marbre. Si tout le reste échoue, cela permet au moins de reprendre l'initiative.

Comme l'absence d'argument et l'attaque ad hominem sont deux caractéristiques typiques de la gauche, force est de constater que son emploi est quasiment exclusif à un seul bord de l'échiquier politique.

Bien sûr, c'est une tactique éculée, enfantine même, au point d'être tournée en ridicule par des parodies. Il y a même une chanson sur le sujet.

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Hitler étant dans notre conscience collective l'incarnation du mal absolu, comparer quelqu'un à lui offre un autre avantage, celui de pouvoir tout se permettre. Face à Hitler, aucune hésitation, aucun remord, aucune limite et aucune clémence. On peut frapper Hitler, pour le faire taire par exemple, l'interdire de s'exprimer en public, s'en prendre à sa famille et à ses amis, le faire licencier de son travail pour des motifs politiques, l'éliminer des réseaux sociaux. Peut-être peut-on, devrait-on même, l'abattre comme un chien? Il s'agit de la réincarnation d'Hitler, après tout. Face à ce que le premier Hitler a fait dans le passé, on ne va tout de même pas prendre de risques!

Comparer quelqu'un à Hitler est donc une sentence de déshumanisation absolue, sans présomption d'innocence ni pourvoi en appel. Dans le jargon de la gauche, comparer quelqu'un à Hitler est le langage codé pour dire "détruisez-le" - et certains ne se feront pas prier pour comprendre "tuez-le".

Comparaison à géométrie variable

Supposons donc que le président de l'AfD Alexander Gauland ait paraphrasé Hitler. À moins de lire dans les pensées ou d'attendre d'hypothétiques aveux, rien ne permet de savoir avec certitude si cet acte était volontaire. Disons que dans un cas aussi extrême, la présomption d'innocence ne joue plus: paraphraser Hitler, même involontairement, fait de quelqu'un un monstre, instantanément et définitivement.

Pour les besoins de l'exercice, supposons donc que le président de l'AfD Alexander Gauland soit un monstre.

Mais est-il le seul?

Il suffit de s'intéresser davantage à l'époque nazie et au programme politique d'Hitler - connaître le mal pour mieux le combattre par exemple - pour comprendre que M. Adolf Hitler était un homme de gauche, de façon absolument incontestable. Son parti national-socialiste était bien plus à gauche par son socialisme qu'il était prétendument à droite par le nationalisme.

Et nous pouvons aussi rappeler quelques autres citations de l'individu.

"Je conçois que l'on puisse s'enthousiasmer pour le paradis de Mahomet, mais le fade paradis des chrétiens !"

"Quand notre parti ne comptait encore que 7 membres, il exprimait déjà deux principes : premièrement, il voulait être un véritable parti idéologique; deuxièmement, il ne tolérait aucun compromis dans l'exercice du seul et unique pouvoir en Allemagne."

"J’ai beaucoup appris du marxisme […] et je n’ai pas de difficultés à l’admettre."

"[Ma tâche est de] convertir le volk (peuple) allemand au socialisme sans simplement tuer les vieux individualistes."

"Si nous sommes socialistes, alors nous devons forcément être antisémite – et l’opposé, dans ce cas, c’est le Matérialisme et le Mammonisme, auxquels nous cherchons à nous opposer. (...) Comment, en tant que socialiste, ne pouvez-vous pas être antisémite ?"

"[Nous devons] trouver et suivre la route menant de l’individualisme au socialisme sans passer par la révolution."

"Pourquoi avons nous besoins de socialiser les banques et les usines ? Nous devons socialiser les êtres humains."

"Nous sommes socialistes, nous sommes les ennemis du système capitaliste actuel, exploiteur de la faiblesse économique, avec ses salaires injustes, avec son évaluation injuste de la personne humaine en fonction de sa richesse et de son capital plutôt que par sa responsabilité et sa performance, et nous sommes déterminés à détruire ce système par tout les moyens."

"Nous devons être en position d’accomplir ce que le marxisme, le léninisme et le stalinisme n’ont pas réussi à faire."


Pour une analyse plus détaillée de ces citations, voire ici.

Maintenant, quelques questions se posent:

  • Quels hommes politiques modernes paraphrasent le plus Hitler?
  • À quels partis appartiennent-ils?
  • Pourquoi cela ne provoque-t-il aucune indignation?