30 octobre 2018

Juges étrangers: comprendre les enjeux, troisième partie

Plus que quelques semaines avant un vote décisif pour l'avenir de la Suisse. Le premier volet expliquait le contexte de l'initiative "Le droit suisse au lieu des juges étrangers (initiative d'autodétermination)" ; le deuxième volet les motivations réelles des adversaires du texte ; et celui-ci décrit les conséquences qui surviendront le 25 novembre.

Il y a trois ans, lors du lancement de la collecte de signature pour l'initiative d'autodétermination, je qualifiais celle-ci de "dernière initiative" - une ultime tentative de restaurer la charpente vermoulue de la Constitution de 1848, trahie de plus en plus ouvertement par les représentants du peuple qui, dit-on, prêteraient serment sur elle au début de leur mandat.

La bataille est aussi désespérée que mal engagée. Le peuple helvétique, hébété et abruti par la propagande (et encore, je n'évoque même pas les innombrables Suisses qui ne se donnent même pas la peine de voter) subit en permanence les adversaires de l'initiative qui prétendent que ce texte "nuirait aux droits humains" ou "obligerait à rompre des centaines de traités internationaux" - des absurdités enfilées comme des perles mais qui deviennent vérités à force d'être martelées sans la moindre contradiction.

Le nœud du problème est pourtant d'une simplicité extrême: cette initiative, ce vote, toute cette lourde mécanique démocratique ne sert en fin de compte qu'à renverser un jugement du Tribunal Fédéral de 2012, qui utilisa l'argument du "droit international" pour refuser de mettre en œuvre la réforme constitutionnelle du renvoi des criminels étrangers.

Dominant tous les canaux médiatiques du matin au soir, les adversaires du texte rivalisent d'hyperbole pour expliquer tout le mal qu'ils pensent de l'initiative d'autodétermination. Ils cachent peu le mépris qu'ils éprouvent face au peuple souverain et à ses choix. Ils peignent le diable sur la muraille en décrivant l'apocalypse si le texte venait à passer, à peu près comme à chaque fois que l'UDC propose quelque chose.

Mais que se passera-t-il si l'initiative est rejetée?

Pensez-vous qu'il ne se passera rien? Vraiment?

Donnez-vous la peine d'y penser quelques minutes.

Nous entrons, à petites touches, dans une Suisse régie par le "droit international". Au cas où vous en doutiez, les exigences de Bruxelles ou les demandes établies par différents traités internationaux mettent une pression toujours plus forte sur les institutions helvétiques, qu'il s'agisse du Parlement ou du gouvernement.

Nous avons vu ce qu'il en était avec le Renvoi des Criminels Étrangers, nous avons un aperçu de ce qu'il en est avec les initiatives contre le voile intégral et d'autres combats à venir.

Une chose est certaine, ni les Conseillers nationaux, ni les Conseillers aux États, ni les Conseillers fédéraux n'apprécient d'être dans le mauvais rôle de ceux qui refusent d'appliquer la volonté du peuple. Ils le font, certes, d'une part parce qu'ils n'ont rien à craindre de lui et d'autre part parce que cela correspond à leur idéologie, mais ils ne le font pas avec plaisir. Ils le ressentent comme une nécessité.

Lorsqu'un être humain se retrouve dans une situation déplaisante, il fait en général son possible pour qu'elle ne se reproduise pas.

Appliquée à la classe politique helvétique, cela correspond simplement à ne plus se retrouver, jamais, dans la peau de quelqu'un qui doit refuser d'appliquer une décision prise par le peuple.

Il faudra donc éviter que le peuple ne puisse prendre une décision qui mette la classe politique dans l'embarras. Comme de voter sur un texte "contraire au droit international", c'est-à-dire à la myriade de traités votés en catimini par la Suisse ou "réinterprétés" à l'envi par des cours de justice chargés de les préciser (a-t-on seulement une vague idée de ce que signifient les Accords de Paris?)

Comme il serait embarrassant de laisser le peuple voter en lui disant qu'il n'a pas vraiment le droit de décider comme il le souhaite - pareille attitude pourrait faire le jeu de l'UDC - le plus simple sera encore de faire en sorte que le vote n'ait pas lieu. Les initiatives jugées "contraires au droit international" seront donc invalidées avant d'être soumise à votation.

Mais pourquoi laisser des initiatives "contraires au droit international" être déposées avec des milliers de signatures pour ensuite les invalider? C'est idiot, et cela risque de provoquer quelques remous auprès de tous les citoyens qui se sont donnés la peine de parapher les textes controversés. Ils pourraient se sentir frustrés, et pareille attitude pourrait faire le jeu de l'UDC. Le plus simple serait sans doute d'invalider les initiatives dès leur dépôt à la Chancellerie fédérale, avant même que la collecte ne commence.

Qui se chargera de cette censure? Un comité d'expert, évidemment. Son organisation est encore à déterminer mais vous pouvez parier qu'il sera convenablement noyauté pour faire en sorte qu'il produise les résultats attendus, tout en respectant scrupuleusement les règles de représentativité des partis au Parlement afin qu'il soit "démocratique".

Ainsi donc, le droit d'initiative sera soigneusement restreint pour que seules les questions "acceptables" puissent être posées. Cela ne devrait pas gêner les mouvements de gauche, toujours avides d'imposer des restrictions ou des obligations à l'ensemble de la population ; mais cela gênera au plus haut point les mouvements politiques souhaitant renforcer les libertés individuelles, qui devront au minimum se livrer à une lourde autocensure pour faire rentrer leurs initiatives dans les critères d'acceptabilité.

votation du 25 novembre 2018,prise de position,initiative,démocratie

Le degré de rejet de l'initiative d'autodétermination le 25 novembre déterminera la vitesse de ce processus. S'il est assez élevé, on pourra peut-être assister à des "suggestions" des décideurs politiques visant à restreindre aussi le droit au référendum. Après tout, il ne serait pas correct d'empêcher des traités internationaux d'être traduits en lois, n'est-ce pas?

Si l'initiative "Le droit suisse au lieu des juges étrangers" passe, la parenthèse ouverte en 2012 par un Tribunal Fédéral vicieux et partisan sera refermée - espérons-le - et le peuple suisse sera de nouveau souverain, jusqu'à la prochaine attaque des élites visant à mettre la Démocratie directe en coupe réglée. La guerre ne sera certainement pas terminée mais ce sera tout de même une jolie victoire.

Si l'initiative est rejetée, ce ne sera pas qu'une occasion manquée, mais la fin de la Démocratie directe telle qu'elle est conçue en Suisse depuis 1848, rien de moins. Ce sera donc, officiellement et validé dans les urnes, un changement de régime.

La Démocratie directe aura tenu 170 ans, ce qui est remarquable, mais elle sera désormais remplacée par autre chose - le contrôle officiel et sans recours des autorités décidant sur quoi le peuple a le droit de voter. La violence et la rapidité du changement en surprendront plus d'un, j'en fais le pari.

Dans tous les cas, le 25 novembre 2018 sera pour la petite Suisse un jour historique.

Commentaires

Voilà que l'Autriche nous donne un signal positif pour qu'un grand OUI sorte de nos urnes le 25 novembre. Ce gouvernement vient de dire non aux lois ou -pactes- étrangers qui interfèrent dans les souverainetés nationales et droit aux pays de primauté de leurs lois sur celles imposées par des institutions non-élues.

Le danger est grand que toutes ces institutions se permettent de se faire valoir et imposent leurs décisions aux démocraties qui de fait seront totalement anéanties à petit feu!

Écrit par : Corélande | 31 octobre 2018

Apparemment, en Allemagne, il est possible de renvoyer des criminels étrangers (Oh! la violation des droits de l'homme que voilà !)

https://www.zeit.de/gesellschaft/zeitgeschehen/2017-04/tugce-albayrak-taeter-abschiebung-serbien

Écrit par : Bernie | 31 octobre 2018

Je ne voudrais pas me montrer exagérément pessimiste, mais ça sent la fin d’une époque. En fait, l’évolution n’est rien d’autre que la destruction de ce qu’il y avait avant. Le résultat est ni bon, ni mauvais et on s’y fait, ou pas.

Écrit par : rabbit | 02 novembre 2018

C'est une façon de voir. Sauf qu'à analyser de plus près, l'avenir est très fascistoïde, rabbit. Une gouvernance mondiale pour gérer la mondialisation et un Empereur, vraisemblablement asiatique. Des citoyens mondiaux qui se déplaceront exclusivement au pas de l'oie, sinon goulag.
On peut donc légitimement se poser des questions sur ce type de société que nous propose l'alliance franco-germanique pour mettre l'Europe à leurs bottes, première étape de cette gouvernance mondiale...
D'autant plus que de nombreux peuples refusent le jeu. Face à l'étonnante soumission (quoique : 700 ans de soumission aux Arabes, cela marque. Comme les Vaudois qui sont plus bernois que les Bernois...) du peuple espagnol à toutes les exigences de remplacement des peuples, il y a tous les peuples de l'Est qui s'y refusent absolument. Cela s'appelle groupe de Wisograd et c'est l'espoir de liberté de tous les peuples européens face à la dictature de Bruxelles.
Et donc, ce serait le comble que nous Suisses, habitués à vivre dans ub système démocratique, nous nous couchions devant les tyrans franco-allemands quand la plupart des autres peuples européens se révoltent contre eux.
Ce matin, Carlo Sommaruga a confirmé complétement que la CEDH joue le rôle de cour constitutionnelle pour nous sur les ondes de la Première, nos Izvestia.
Les Suisses ont toujours refusé une Cour Constitutionnelle, dès la 1ère constitution de 1848. Et s'ils n'acceptent pas l'initiative de l'UDC, ils l'auront. Et ce sera tout simplement la fin de l'aventure "Suisse", qui était assez géniale. L'arrivée de millions d'étrangers et leur naturalisation aura signifié sa fin, ces gens votant en fonction des intérêts de leur VRAIE nationalité. Regardez Ada Marra...

Écrit par : Géo | 02 novembre 2018

"L'arrivée de millions d'étrangers et leur naturalisation aura signifié sa fin, ces gens votant en fonction des intérêts de leur VRAIE nationalité. Regardez Ada Marra..."

Vous faites un mauvais procès Géo. Pensez à notre hôte. Par contre, il ne faut pas oublier qu'elle s'est encartée au parti des socialauds tout comme celle dont le prénom est un acronyme.

C'est l'initiative de la dernière chance. Si elle venait à passer, ce que je souhaite ardemment, peut-être permettra-t-elle de mettre à jour tout un ensemble d'accords odieux violant notre Constitution. C'est probablement la raison de la violence des attaques contre cette initiative.

Écrit par : G. Vuilliomenet | 02 novembre 2018

"Vous faites un mauvais procès Géo." Je persiste et signe, même si je sais bien qu'il y a d'heureuses exceptions, et notre hôte en premier lieu. Mais le 99% des naturalisés le sont par pure convenance et restent de coeur et d'esprit liés à leur VRAIE nationalité. Et ils sont le quart de notre population (je parle des citoyens, pas des habitants) aujourd'hui. Le 99% d'entre eux voteront contre l'initiative UDC parce que cela nuit à leurs intérêts europhiles...

Écrit par : Géo | 02 novembre 2018

Honnêtement, je ne prétends pas être représentatif de quoi que ce soit ; mais il me semble que chez Ada et Cesla et de nombreuses autres personne, le principal problème est la socialisme, pas la double-nationalité.

Chacun est libre de ses opinions politiques et l'idée que les étrangers votent à gauche est profondément ancrée, mais elle n'est pas toujours vraie, en particulier pour ceux qui ne vivent pas de l'assistanat. Ceux-là n'ont pas envie que leur nouveau pays devienne la copie de ce qu'ils ont fui.

Un exemple pour illustrer le sujet:

https://lesobservateurs.ch/2018/10/29/hesse-les-personnes-issues-de-limmigration-ont-plus-vote-pour-les-patriotes-de-lafd-que-celles-dorigine-allemande/

Écrit par : Stéphane Montabert | 03 novembre 2018

Bon, cela n'est pas le premier problème. Le vrai, c'est que les socialos veulent nous imposer une cour constitutionnelle par le biais de la CEDH et que c'est contraire à l'essence même de la Suisse. Qui est fédéraliste en premier lieu, ce qui rend malades les socialos, qui n'ont qu'une devise : ein Volk, ein Führer !

Écrit par : Géo | 03 novembre 2018

Vous oubliez : ein Reich ! (comme Wilhelm).
Et si le fédéralisme était une notion obsolète ? En particulier pour un pays qui compte la même population que la ville de Nanjing et dont chaque micro-état possède sa constitution illiputienne.
Une nano-politique qui va finir par employer des robots pour évoluer dans l'infiniment petit.

Écrit par : rabbit | 03 novembre 2018

Effectivement, du point de vue d'un trans-national par vocation, le fédéralisme peut paraître obsolète. Mais c'est sans comprendre l'utilité pratique de la démocratie : plus les citoyens se sentent responsables, mieux le système fonctionne. On a l'exemple de ce qui se passe dans un système presque parfaitement inverse et donc dépourvu de démocratie, en France. Les citoyens élisent un monarque et quelques oligarques qui font absolument ce qu'ils veulent de leur pays. Le seul moyen de s'exprimer, c'est de descendre dans la rue. Ce qui est tout autant anti-démocratique, les antifas étant là précisément pour empêcher toute manifestation conservatrice. Et on le voit à l'échelle européenne avec l'immigration. Wir schaffen das, a dit Angela. On voit ce qui lui arrive...
Cela étant dit, votre question est un peu oiseuse : le fédéralisme est obligatoire en Suisse. A moins de parler tous suisse-allemand ? Mais lequel ?

Écrit par : Géo | 04 novembre 2018

J’ai une vue légèrement décalée de la France, fille aînée du marxisme où l’on compte pas moins de soixante millions de présidents virtuels. La chienlit depuis 1789... Comme disait fort à propos Pierre Laval au Maréchal Pétain : « La politique est un sale métier. La guerre, à côté, c’est propre ! ».

Écrit par : rabbit | 04 novembre 2018

Cocasse et tragique...

Chez les gens de droite on a cru et on croit encore, que c'est avec des avions de combat, voire des tanks, que notre petit pays sauvegarde sa liberté et son indépendance...

... à gauche on a parfaitement compris qu'il suffisait d'infiltrer savamment les institutions judiciaires et administratives pour faire basculer le régime.

Écrit par : petard | 04 novembre 2018

"Chez les gens de droite on a cru et on croit encore, que c'est avec des avions de combat, voire des tanks, que notre petit pays sauvegarde sa liberté et son indépendance..."
Et donc on devrait supprimer l'armée, comme le veut le programme du PS suisse ? Et demander à nos chers voisins de nous défendre ? En voilà une idée qu'elle est bonne.
Et à part ça, si la droite laisse la gauche occuper l'espace de la justice, de l'administration et surtout de l'école, c'est la faute de la droite. Traditionnellement le PLR, qui ne s'intéresse qu'à une chose : l'économie privée. Le reste ne le regarde pas, semble-t-il. Ils font confiance au PS pour régler tout ce chenit...

Écrit par : Géo | 05 novembre 2018

Mais, c’est parce que l’argent est le nerf de la guerre : le reste n’est que folklore et incontinence verbale. Sans le PLR défenseur de l’économie privée, nous serions déjà en régime néo-soviétique ou ultra-socialiste (pour se conformer à leur novlangue).

Écrit par : rabbit | 05 novembre 2018

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