07 novembre 2018

Les élections de mi-mandat, défaite pour Trump?

L'élection de Trump en 2016 était un accident. Les élections de mi-mandat du 6 novembre 2018 seraient la première échéance permettant au peuple américain (c'est-à-dire aux Américains de gauche) de corriger l'erreur et de revenir à la normalité.

Ces tournures de discours, ces éléments de langage sont ceux délivrés en boucle par tous les médias américains depuis deux ans. Ils sont donc naturellement repris à l'identique par leurs homologues européens.

Les élections de mi-mandat seraient donc l'occasion d'une "Vague Bleue", le bleu étant la couleur du Parti Démocrate. Tous les sondages donnaient une victoire écrasante aux Démocrates dans les deux chambres jusqu'à il y a quelques jours. S'il y avait de la méthode Coué dans le processus, l'idée n'était pas complètement absurde: les Démocrates avaient un fort désir de revanche contre Trump, et les élections de mi-mandat sont traditionnellement mauvaises pour le Président en exercice.

Cependant, le vent commença à tourner quelques heures avant l'élection, les médias souhaitant éviter de reproduire le désastre de la soirée électorale 2016 où ils se ridiculisèrent en s'évertuant à broder sur une victoire d'Hillary Clinton qui ne vint jamais. La Vague Bleue passa de certitude à "forte probabilité" ; puis on parla d'un éventuel "Mur Rouge" qui lui ferait face et lui résisterait, et enfin, après des mois à gloser sur l'évidente victoire démocrate du 6 novembre, on conclut qu'on ne pouvait rien conclure.

Aujourd'hui, les résultats sont enfin tombés. Trump fait mieux que résister ; la Vague Bleue n'a emporté que la Chambre des Représentants, tandis que les Républicains renforcent le contrôle du Sénat. Chaque camp a donc ses raisons de crier victoire. Qu'en est-il vraiment?

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D'abord, Trump fait mieux que tous les Présidents américains depuis Kennedy en renforçant son contrôle sur le Sénat. Le maintien d'une double majorité après des élections de mi-mandat ne s'est pas produit depuis 105 ans - c'eut été beaucoup demander, même pour Trump. Trump résiste beaucoup mieux en 2018 contre les Démocrates dans les élections de mi-mandat qu'Obama en 2010 dans les mêmes circonstances contre les Républicains, lui qui perdit alors les deux Chambres du Congrès.

usa,donald trump,élections,républicains,démocratesLa participation fut très élevée, 10% plus haute que les précédentes, mais encore en-deçà des élections présidentielles. Malgré son importance, le scrutin de mi-mandat ne présage de rien quant aux élections présidentielles qui suivront dans deux ans ; là encore, en prenant le précédent d'Obama (et d'autres encore) celui-ci fut réélu facilement après avoir perdu les midterms.

Les Démocrates emportent la Chambre des Représentants. Ils disposent désormais d'un pouvoir de blocage contre les réformes législatives de Trump, et pourront essayer de mener la vie dure aux proches de Trump (ministres et famille) en les convoquant pour des audiences agressives. En revanche, ils n'empêcheront pas Trump de gouverner, pas plus que les Républicains n'empêchèrent Obama de gouverner (par décrets notamment) pendant qu'il était en minorité sur le plan législatif.

usa,donald trump,élections,républicains,démocratesLes Républicains gardent le contrôle du Sénat, c'est-à-dire la nomination des juges, tous les juges, et celle des membres du cabinet de l'administration Trump. Celui-ci aura donc les coudées franches pour probablement se débarrasser de Jeff Sessions et Rod Rosenstein, des gens apathiques ou passés à l'ennemi lorsqu'il s'agit d'enquêter sur les affaires du Parti démocrate sous l'influence Clinton, ou les manipulations orchestrées par les propres services secrets de l'Oncle Sam. On peut donc espérer que l'immobilisme cesse de ce côté. Évidemment, la maîtrise du Sénat voue à l'échec toute tentative d'impeachment lancée par des Démocrates vindicatifs sur la base de faux dossiers montés par des barbouzes du FBI et de la CIA maqués avec la gauche américaine.

En réalité, Trump vient de remporter de beaux succès.

Le premier d'entre eux, c'est d'avoir repris le contrôle du Parti républicain. Les "Never Trumpers" sont éliminés ou réduits à leur plus simple expression (Mitt Romney étant le dernier de ces dinosaures). Les nouveaux élus républicains sont tous des gens qui ont publiquement soutenu Trump et sa politique et veulent l'aider à réussir, et non saboter le reste de son mandat.

Le détail est d'importance, parce que, outre leur majorité au Sénat, les Républicains disposaient de 238 sièges dans la Chambre des Représentants sortante - une majorité confortable, qui ne permit pourtant à Trump de remporter que peu de batailles législatives. Il réussit à passer sa baisse d'impôts mais échoua par exemple à mettre un terme à l'Obamacare - nombre de Républicains de l'une ou l'autre assemblée, dont l'inénarrable John McCain, choisissant de faire échouer leur camp.

Quel est l'intérêt d'avoir une majorité républicaine au Congrès si celui-ci refuse de soutenir les réformes voulues par le Président républicain en exercice? Avec des alliés pareils, pas besoin d'ennemis!

Les Démocrates, eux, font face à d'autres problèmes - notamment un manque de crédibilité sur le plan national. Leurs leaders sont ridiculisés et détestés, principalement depuis leur cirque autour de la nomination du Juge Kavanaugh à la Cour Suprême. Les quatre candidats au Sénat personnellement soutenus par Obama furent tous éliminés. Localement, de nombreux candidats démocrates firent campagne en mettant en avant leur "indépendance d'esprit", leur "insoumission" et leur "liberté de ton" face à l'appareil du Parti Démocrate. Ce sentiment était présent dès les primaires du parti où de nombreux politiciens expérimentés furent gentiment mais fermement mis à la retraite par une jeune garde souvent radicale certes, mais hors des cercles d'influence traditionnels de l'establishment.

Cela pose un vrai problème pour faire émerger un challenger décent dans le but de présenter une alternative à Trump pour les prochaines élections présidentielles, dans seulement deux ans.

De plus, les Démocrates ont clairement affiché et lutté sur des valeurs anti-occidentales et anti-blanches. L'élection de musulmanes dont une voilée (les nouvelles "stars" des médias), les discours de haine contre Trump et les Républicains et la part faite aux minorités revendicatives montrent que le Parti Démocrate de 2018 est celui du socialisme, de la fiscalité, de la division et du racisme. Les discours et les positions extrémistes des nouveaux élus laisseront certainement des traces - jusqu'à l'intérieur du parti, qui devra paradoxalement mettre de l'eau dans son vin puisqu'il détient désormais la majorité à la Chambre des Représentants.

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Les nouvelles gloires de la gauche: Rashida Tlaib, Jared Polis et Ilhan Omar - deux élues musulmanes et un gay.

Les Démocrates sont donc face à l'insoluble défi de devoir composer avec de nouveaux élus indisciplinés et radicaux, tout en faisant des propositions qui devront être acceptées au-delà des frontières partisanes par leurs adversaires républicains.

Ni la propagande des médias ni les prétextes des caciques de gauche ne sauraient faire illusion, et comptons que Trump ne laissera aucun doute là-dessus: les futures obstructions à la bonne marche de l'État fédéral, par exemple sur le budget, seront portées au compte des Démocrates.

La Vague Bleue s'est transformée en vaguelette et elle risque de faire plus de dégâts à gauche qu'à droite. Trump ne s'en sort pas si mal.