25 novembre 2018

Démocratie Directe, 1848 - 2018

C'est avec une immense tristesse que les héritiers naturels et adoptés de la Démocratie Directe vous font part du décès de celle-ci ce dimanche 25 novembre, à l'âge vénérable de 170 ans.

La patiente est morte des suites d'une longue maladie, rongée de l'intérieur depuis des années par les élites politico-médiatiques, les ONG et l'apathie du peuple souverain. Son état se détériora rapidement en 2012 à la suite d'arrêté félon du Tribunal Fédéral, décrétant le Droit international (et à travers lui la libre-circulation) supérieure à la Constitution, afin de ne pas avoir à faire appliquer la modification constitutionnelle du Renvoi des Criminels Étrangers.

Différents traitements de la dernière chance furent tentés par ses partisans dans l'espoir de lui rendre sa vigueur passée, mais même le massage cardiaque administré ce jour fut insufflé avec trop peu d'enthousiasme pour la ramener à la conscience.

Les obsèques auront lieu chaque dimanche de votation, jusqu'à ce que celles-ci, virant peu à peu à la mascarade, soient à leur tour complètement abolies faute de participants.

votation du 25 novembre 2018,démocratie

 


 

Toute plaisanterie mise à part, je suis évidemment attristé par les résultats des votations de ce dimanche. À l'heure où ce texte est rédigé, on compte 67% de Non, tous les cantons qui rejettent le texte (les Romands se sont encore une fois distingués par leur suprême soumission au diktat de la bien-pensance), et surtout une participation désolante de quelque 45%.

Si je suis évidemment déçu, je n'ai pas de raison de m'en vouloir. À l'inverse de beaucoup de gens qui se mordront bientôt les doigts de ce qui vient de se jouer aujourd'hui, j'estime avoir accompli ma part. Je n'ai cessé de plaider, de motiver, de convaincre et de dénoncer les manœuvres en cours, y consacrant de nombreux billets ces dernières semaines, tant sur ce blog que sur LesObservateurs.ch. Mes interventions propulsèrent d'ailleurs ce site en tête de liste des blogs les plus lus de la plateforme de 24Heures.

Le vin est tiré, il faut le boire. La même chose vaut pour les votations. Le score de rejet de l'initiative de l'autodétermination est conséquent, il s'agit d'un échec cinglant. Quels enseignements peut-on en tirer?

La campagne "sage" n'a pas marché. Le comité de campagne avait tenté une approche neutre pour un débat dépassionné, non-partisan, concernant la Suisse et son destin démocratique ; ce faisant, il a laissé le champ libre aux adversaires qui ont redoublé d'hystérie au lieu de saisir la main tendue. Le débat serein n'a jamais eu lieu. Le revirement de l'UDC alémanique dans la dernière ligne droite de la campagne n'a pas suffi.

Les gens n'ont pas compris l'initiative. Pour commencer, ce n'était même pas une initiative! L'autodétermination était un référendum contre une décision de 2012 du Tribunal Fédéral qui choisit - outrepassant son rôle - de subordonner la Constitution suisse au droit international. Mais les mécanismes de la démocratie directe étant ce qu'ils sont, il fallut passer par une initiative pour s'opposer à ce légalisme par voie juridique. Largement de quoi semer en chemin le citoyen lambda. C'est aussi la raison pour laquelle la participation fut si faible pour un sujet d'une telle importance.

La peur fonctionne. Il suffit en général de clamer comme un mantra que "cela risque de nuire à l'économie" ou que "la Suisse va se faire mal voir" pour que toute discussion rationnelle déserte le débat. Personne ne demandera de démonstration sur ces slogans. La peur est un sentiment fort qui éteint les capacités intellectuelles de l'individu ; celui-ci ne décide plus que par instinct, et se fait piéger par lui comme les chasseurs piègent les animaux.

Berne a carte blanche. Les 70% du Parlement opposés bec et ongles à l'UDC se sentent probablement pousser des ailes aujourd'hui - la raclée infligée est telle qu'il n'y a même plus besoin de prendre des précautions, comme les aurait inspirées un score plus serré. On peut s'attendre à ce que les pires lubies politiques du moment - de la signature du Pacte pour les Migrations de l'ONU à un pavillon suisse pour l'Aquarius en passant par le fameux accord-cadre avec l'UE - soient relancées dans les plus brefs délais.

La Dernière Initiative a vécu. La Démocratie directe vient de s'éteindre aujourd'hui, et la plupart des gens ne l'ont même pas compris. Elle cède la place à quelque chose d'autre - appelons-la la Démocratie restreinte, par exemple - qui ne permettra plus à aucun texte ayant trait au droit international d'être menacé par une initiative. Vu l'aspect tentaculaire de celui-ci, les droits populaires seront vite ramenés à la portion congrue, mais c'est une nouvelle réalité que les militants de tout bord réaliseront bien assez tôt.

Le rejet du vote sur l'autodétermination est aussi celui d'une certaine idée de démocratie que je faisais mienne. J'avoue que je suis très modérément inspiré par une Constitution helvétique subordonnée au droit international, comme le peuple vient aujourd'hui de l'approuver. Je ne me vois pas convaincre qui que ce soit de l'intérêt de ce régime, ni le défendre. Je ne me reconnais pas dans un peuple qui préfère sacrifier des droits démocratiques acquis de haute lutte plutôt que désobéir à ses élites.

"...Le véritable exil n’est pas d’être arraché de son pays ; c’est d’y vivre et de n’y plus rien trouver de ce qui le faisait aimer." -- Edgar Quinet.


Les médias de premier plan, dont l'unique talent est de savoir cornaquer le peuple souverain, ont dirigé celui-ci de main de maître - en faveur du multilatéralisme, des organisations supranationales, des accords bilatéraux, de la libre-circulation. L'intégration avec l'Union Européenne est un choix assumé. Je ne sais pas s'il valait le sacrifice de la Démocratie directe. Je doute que l'UE soit le meilleur cheval sur lequel miser en 2018 ; les signes de son écroulement se font chaque jour plus visibles.

Cela dit, je continuerai à tenir la plume, ne serait-ce que pour rendre compte de ce que deviennent ce pays et ce continent!

Commentaires

"Mes interventions propulsèrent d'ailleurs ce site en tête de liste des blogs les plus lus de la plateforme de 24Heures."

Bien que j'aie renoncé à écrire sur les blogs, je me suis senti le devoir d'y revenir sur ce coup. Et j'ai eu l'agréable surprise de reprendre à mon tour la tête de liste pour un temps. J'aurais évidemment apprécié vous y lire, histoire de montrer que Genève et Vaud c'est pas si loin que ça...
http://posttenebraslux.blog.tdg.ch/archive/2018/11/10/l-amour-toujours-295441.html

Maintenant, je pense que vous seriez bien inspiré de tirer les conclusions de ce vote qui suggère tout de même des questions sur votre formation. Car, que vous le vouliez ou non, vous avez ratissé beaucoup plus large que votre base sans toutefois convaincre les fidèles.

Je me réjouis de vous entendre à ce sujet.

Écrit par : Pierre Jenni | 25 novembre 2018

Il y a des politiciens qui sondent la psyché des électeurs pour savoir où ils veulent aller, et ils les conduisent à bon port ; et d'autres qui réfléchissent à ce qui serait le mieux pour le peuple, et ils se ramassent des vestes. C'est la différence entre les cyniques et les défenseurs de la vraie foi en politique. Maintenant que nous allons être entièrement pris en charge par des robots, ce combat entre le bien et le mal paraît déjà archaïque.

Écrit par : rabbit | 25 novembre 2018

Une consolation : la tendance actuelle va plutôt dans notre sens (Trump, Salvini, Orban, ...).

Mais c'est juste une consolation.

La situation reste angoissante : les techniques de manipulation ont atteint une telle qualité que la démocratie est devenue impossible.

Écrit par : Franck Boizard | 25 novembre 2018

@Franck Boizard: je suis bien d'accord avec vous. Pendant un moment la Suisse était encore gouvernable par le peuple à cause de l'amateurisme relatif de sa classe politique mais les communicants sont passés par là: sondages profondément étudiés (strates sociales, groupes cibles etc.), manoeuvres lancées de loin avec la prétendue "société civile" (et une foule d'associations-prétextes montées du même coup), matraquage permanent et insidieux des médias (y compris des débats entre deux personnes CONTRE l'initiative! On a dépassé des records sur celle-ci) et bien sûr des mensonges martelés en permanence, tous les contradicteurs étant interdits d'antenne... La mutation de la société civile vers la réinformation sur Internet n'a pas eu lieu, et depuis que les réseaux sociaux s'efforcent de faire le ménage, elle pourrait bien ne jamais avoir lieu.

L'élection de Trump et ce qui se passe depuis, ainsi que ces dernières votations en Suisse ont montré qu'il n'y avait ni presse objective, ni presse subjective: la presse est carrément un acteur de pouvoir et a parfaitement conscience d'elle-même. Son seul objectif est de manipuler l'opinion, point barre. Quel que soit le média, 80 à 85% du contenu délivré ne sert qu'à cela.

Il faut qu'un pays soit profondément, irrémédiablement dans la m... pour que même la propagande ne fonctionne plus face au réel. C'est le cas en Italie, et je ne suis pas sûr qu'elle parvienne à se sauver, il est probablement trop tard. Dans d'autres pays (France, Suède, Allemagne) les forces "non-progressistes" sont "jugulées".

Donc en résumé, un pays ne parvient à se réveiller que lorsqu'il est fichu. Le seul contre-exemple vient des pays de l'Est.

J'aurais espéré que la Suisse ait l'intelligence de prendre du recul et de réaliser qu'elle était le proverbial homard dans la casserole sur le feu, mais les gens croient encore pouvoir se permettre le luxe de l'angélisme. J'en déduis que la Suisse ne se réveillera sans doute jamais, car elle renonce à exister.

Notez bien que tout cela n'empêchera pas l'Europe de s'effondrer, car elle s'effondre, les lois de la physique restent supérieures à la force du Parti Unique...

Écrit par : Stéphane Montabert | 25 novembre 2018

Tout cela est bien déprimant.
Les briques se mettent en place une à une doucement mais sûrement.
On désarme le peuple (sous prétexte de sa sécurité, Schengen), on rend insignifiant son vote(votation d’hier), on le surveille (votation sur la loi sur le renseignement), on crée des fiches (surveillance des assurées), on le ruine avec la LAMal, on le divise avec une fiscalité punitive et sélective.
Comment croyez vous que cela va finir ?
Nous avons l’exemple de l’histoire, l’exemple de la France d’à côté qui nous montre le prix à payer pour le socialisme et le collectivisme mais les Suisses foncent tête baissée.
Cela va mal finir...

Écrit par : Rastapopoulos | 26 novembre 2018

Je crois qu'il est temps de démasquer le vrai visage de cette “démocratie“ qui vous tourmente à ce point et dont Thucydide nous avait déjà prévenus des imperfections, il y a plus de 2'400 ans.
Selon les données publiées par la Chancellerie fédérale (25.11.2018, 16:16), le nombre de citoyens aptes à voter dans ce pays se montait à 5'420'948 unités ce jour-là. On laisse tomber les 752'000 Suisses de l'étranger, Monsieur Schwaab n'en veut pas.
Le gros chiffre représente donc le "Peuple", objet de tous les fantasmes. Or seules 2'585'802 personnes ont usé de leur droit sur le sujet qui vous intéresse : par conséquent, les 2'835'166 autres s'en tapent ou n'ont rien compris. Si je sais encore calculer, le rejet du texte a été imposé par près d'un tiers du corps électoral (1'712'999) aux deux autres tiers, qui devront faire avec. On est loin du “rejet massif par le peuple“ clamé par les médias mainstream.
« Une dictature éclairée vaut mieux qu'une mauvaise démocratie », c'est ce que chantent les thuriféraires du supra-nationalisme ou d'un gouvernement mondial. C'est en route...

Écrit par : rabbit | 26 novembre 2018

J'avais cru comprendre que, lorsqu'on étudie l'Histoire sur le temps long, on observe des cycles qui se répètent inlassablement. Lorsqu'un système s'épuise, comme la démocratie en ce moment, on passe au suivant.
A croire qu'on tourne en rond et que ceux qui envisagent le point oméga sont des allumés.

Écrit par : Pierre Jenni | 26 novembre 2018

Le monde ne cessera jamais de répéter les mêmes schémas pour l'éternité, avec ou sans les êtres humains qui n'ont qu'une seule vie : ça les perturbe et ils doivent surmonter le sentiment d'un destin implacable. C'est du moins l'opinion de Nietzsche. Mircea Iliade analyse la chose à travers l'invention du mythe et du sacré, censés combler le vide.

Écrit par : rabbit | 26 novembre 2018

Plus sure sera la chute, quand les Suisses se rendront compte de ce que signifie "juges étrangers".
Il y a une certaine similitude entre ce vote et la présidentielle française. Les Suisses font la fête pour avoir voté pour l'ultra-libéralisme contre les valeurs nationales. On voit le résultat de ce genre de décision aujourd'hui en France...

Écrit par : Géo | 26 novembre 2018

Sauf que la France est la fille aînée du marxisme, hégémonique sur tous les secteurs dans les années '50 et dont l'ascendance sur les mentalités entrave toujours le progrès économique.

Écrit par : rabbit | 26 novembre 2018

Je vous rappelle juste, Rabbit, que ni les élections, ni les votations n'exigent un minimum de participation. Donc, oui, 1/3 du corps électoral impose sa loi. Ceux qui n'ont pas voté et qui ne sont pas content n'ont qu'à s'en prendre à eux-mêmes.

Écrit par : G. Vuilliomenet | 26 novembre 2018

Bonjour Monsieur Montabert si le texte avait été plus explicite de nombreux Citoyens auraient voté Oui
Voilà les réponses obtenues après avoir questionné de nombreux grands parents
Après avoir réalisé qu'ils avaient voté tout faux
Bonne journée

Écrit par : lovejoie | 27 novembre 2018

@Lovejoie: Évidemment, un article constitutionnel ne peut pas faire référence à un contexte d'actualité ou à des événements qui le rendent nécessaire.

Le texte de l'initiative était parfaitement explicite. Il est encore consultable ici:
http://archive.is/C701n

L'exercice des droits populaire implique un minimum de capacité de discernement.

Écrit par : Stéphane Montabert | 27 novembre 2018

"L'exercice des droits populaire implique un minimum de capacité de discernement."

Encore faut-il l'exercer, ce droit.

Et si le peuple suisse manque de discernement, malgré son niveau relativement élevé d'éducation, alors cela suggère simplement que Couchepin, Mazzone ou Schick disent la même chose que vous. Formulé différemment.

Écrit par : Pierre Jenni | 28 novembre 2018

Par conséquent, ceux qui manquent de discernement dans ce pays sont au nombre de 2'835'166 (n'ont pas voté) + 1'712'999 (ont voté contre) = 4'548'165, soit près de 84% du corps électoral.
Le sort de ce pays de sous-développés est définitivement compromis.

Écrit par : rabbit | 28 novembre 2018

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