27 novembre 2018

Rento du Conseil d'État: toujours gagnant!

Pour se remettre des émotions de ce weekend (je fais évidemment référence à l'échec de l'initiative sur les vaches à cornes) rien de tel qu'un petit tour par Genève où, grâce à l'affaire Maudet, on apprend chaque jour quelque chose.

Le scandale arrive cette fois-ci par un article sans prétention du 20 Minutes du 23 novembre, qui rappelle factuellement les opportunités d'indemnités - vous avez bien lu - dont dispose le futur-ex-Conseiller d'État genevois.

Alors que les appels à Pierre Maudet pour qu'il quitte ses fonctions se multiplient depuis sa mise en prévention pour acceptation d'un avantage, à la suite de son voyage controversé à Abu Dhabi, le timing d'une éventuelle démission ne serait pas sans conséquence financière pour le magistrat PLR. Si ce dernier quitte son poste avant le 29 juin prochain, il touchera une indemnité unique de 437'802 francs. S'il s'en allait après le 29 juin, il aurait alors droit à une retraite annuelle de 89'161 francs, soit 7430 francs par mois, a indiqué ce vendredi la RTS. Des chiffres confirmés par le Département genevois des finances.

Le fait que Pierre Maudet ait été conseiller administratif de la Ville de Genève entre 2007 et 2012 jouera également dans le décompte final. En effet, la loi concernant le traitement et la retraite des conseillers d’Etat et du chancelier d’Etat précise à l'article 6, alinéa 6, que «lorsque le bénéficiaire reçoit également une pension d’une corporation de droit public autre que l’Etat de Genève (ndlr: la Ville, donc) et que le montant cumulé des pensions dépasse 75% du traitement le plus élevé, la pension allouée en application du présent article est diminuée de l’excédent».


M. Maudet aura donc le difficile choix entre la rente à vie ou le pactole immédiat, comme au Rento de la Loterie Romande, pour peu qu'il tienne jusqu'au 29 juin 2019. Mais quoi qu'il advienne, l'élu PLR sait déjà qu'il dispose d'un ticket gagnant.

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Tenir jusqu'en juin 2019....

Grillé en politique, il pourra, après avoir écrit ses mémoires, passer quelques décennies aux frais des contribuables à voyager confortablement (jusqu'à Abu Dhabi si cela lui chante) et à se dorer la pilule à la plage.

L'acharnement de l'élu à rester à son poste se comprend mieux en regard de ces petits détails financiers.

"Je ne connaissais pas à Pierre Maudet un tel côté grippe-sou", tombe des nues un membre du PLR genevois dans la Julie. L'intéressé nie, évidemment. "Je n’ai jamais pensé à calculer le jour où j'aurai droit à une pension de retraite", clame-t-il. Le problème est que sa parole devient de plus en plus difficile à croire: au scandale de ses voyages, de possible trafic d'influence à l'aéroport, de son passe-droit dans l'attribution d'une licence pour un bar (lui-même lié au financement d'une campagne électorale), des liens à creuser avec des affaires immobilières, et récemment, d'une association fantoche qui réglait à la place de l'élu sa cotisation annuelle au PLR s'ajoute cette polémique autour d'un pactole de départ. Mais quand, là, il dit que l'argent ne l'intéresse pas, vous pouvez le croire sur parole, promis!

On se demande à quelles profondeur M. Maudet, dans sa chute vertigineuse, réussira à entraîner le PLR genevois.

Pour l’UDC locale, Pierre Maudet ne devrait pas avoir droit à cette pension puisqu’il partirait à cause d’une affaire judiciaire. Seulement voilà, la législation ne dit pas cela. Elle ne dit rien du tout. Témoignage désuet d'une époque où la politique attirait les individus les plus honorables, la loi ne prévoit aucun cas particulier dans le cas d'un élu débarqué suite à une condamnation.

Si le parti des Démocrates du Centre ou un autre cherche à se faire une santé pour une prochaine initiative, un boulevard s'ouvre devant lui: demander à ce que nul élu ne puisse disposer d'une rente à vie ou autre indemnité de départ à l'issue de son mandat. Il n'y a même pas besoin de condamnation pour le justifier! Ces primes sont choquantes pour tout individu normalement constitué, et inadmissibles depuis l'initiative Minder dans le privé. Même la gauche avait soutenu cette initiative! Pourquoi ne pas appliquer une version équivalente dans le public?

On verra les arguments que sortiront les adversaires d'un tel texte. Quant à détourner les gens de la carrière politique dans un exécutif, comme je dis toujours, il sera temps d'y penser lorsque l'on manquera de candidats.

Croyez-vous vraiment que des gens qui refuseraient de se lancer dans l'aventure parce qu'il n'y aurait pas de rente à vie à la clef sont les meilleurs que l'on puisse élire?

Mise à jour (1er décembre): La Tribune de Genève nous informe que M. Maudet aurait bien déduit de ses revenus les cotisations au PLR, payées à sa place par une association fantoche. Il serait donc potentiellement coupable (pour l'instant) de soustraction fiscale, et peut-être d'usage de faux. En attendant la prochaine révélation, l'administration va donc se pencher sur dix années de déclarations fiscales du magistrat genevois, qui a procédé ainsi depuis bien longtemps semble-t-il.

Commentaires

Ce scandale doit cesser!
Une pétition circule qui demande la démission de Pierre Maudet:
https://www.change.org/p/pierre-maudet-pierre-maudet-démission

Écrit par : Catherine | 27 novembre 2018

Haro sur le Maudet, en quelque sorte. Mais il ne l'a pas volé, ce coup-ci...

Écrit par : Géo | 27 novembre 2018

Comme vous y allez !
D'abord, que je sache, Pierre Maudet n'a pas été condamné. Du moins pas par la justice à ce stade.
Ensuite, la question des indemnités est principalement justifiée par le besoin de réorganiser sa vie à la suite de minimum deux mandats, soit 8, voire maintenant dix ans, au service du public.
Je suis fâché avec Pierre Maudet, mais pas pour ce qu'on lui reproche qui pourrait s'appliquer à presque n'importe quel élu depuis des lustres. Je serais même tenté de lui chercher des excuses dans son rôle à la tête du département de l'économie qui implique de draguer les bonnes affaires.
Je suis fâché avec ses façons autoritaires et la violence de sa Lex Uber qui a mis toutes les entreprises de taxis de la place sur le tapis.
Mais je suis un peu écoeuré par cette débauche de coups bas sur un homme à terre, même s'il le mérite.

Écrit par : Pierre Jenni | 27 novembre 2018

Adulé un jour, conspué le suivant. Il parait qu'il faut avoir la peau dure pour faire de la politique. Mais de là à devenir cynique et profiter d'un système discutable de rente à vie, il y a un pas que mon innocence m'empêche de franchir pour envisager que ces bêtes politiques ne soient pas animées par autre chose que l'opportunisme et le profit.

Écrit par : Pierre Jenni | 27 novembre 2018

@Pierre Jenni: Pierre Maudet n'a pas été condamné par la justice, mais il l'est par l'opinion publique et il serait malavisé de l'ignorer. Plaider la "présomption d'innocence" ne sert à rien dans un contexte électoral.

"la question des indemnités est principalement justifiée par le besoin de réorganiser sa vie à la suite de minimum deux mandats, soit 8, voire maintenant dix ans, au service du public."

Le "besoin"? Parce que vous croyez que dans le privé les innombrables chômeurs et autres accidentés de la vie qui sont obligés de se reconvertir après dix, vingt ou trente ans de carrière et d'apprendre un nouveau métier, n'importe lequel, simplement pour survivre, ont accès à un pactole de plusieurs centaines de milliers de francs pour s'atteler à la tâche?

Et la rente à vie, dites-moi, de quel processus de reconversion relève-t-elle?

Ne défendez pas l'indéfendable, si Maudet est à terre c'est qu'il est tombé, et sa chute est entièrement de son fait. Les innombrables affaires qui émergent peu à peu montrent que le voyage à Abu Dhabi n'a été que la goutte d'eau qui a fait déborder le vase.

J'espère que nous aurons le fin mot de l'histoire quant au "public" au service duquel officiait Maudet ; je crois qu'il n'a pas grand-chose à voir avec le peuple genevois.

... Pour conclure: la formule "au service du public" m'a toujours fait sourire. Rien de plus efficace que ce genre de prêt-à-penser pour faire avaler les couleuvres aux naïfs qui payent pour le spectacle. Chaque mois qu'un élu passe "au service du public" est payé, et grassement.

PS: ayant toujours vu clair dans son jeu (je viens de France où de tels politiciens sont monnaie courante) vous comprendrez que jamais je n'ai "adulé" M. Maudet.

Écrit par : Stéphane Montabert | 27 novembre 2018

Il est exact de dire que sans condamnation judiciaire Pierre Maudet est réputé innocent.

L'un de ses premiers faits d'arme en politique avait été de se rendre à une émission TV sur une chaîne française - émission de Laurent Ruquier - pour parler fiscalité.

Hier soir, il a joué fin face à Darius Rochebin en esquivant les questions gênantes, les techniques de communication/manipulation ne lui font pas peur.

Perso, en tant que genevoise habitant sur Vaud, je n'aurais jamais voté pour lui.

Écrit par : M.A. | 28 novembre 2018

Comme l'argument de la « cause du peuple » ne trompe plus personne, c'est intéressant de connaître ces détails comptables pour comprendre les motivations des gens qui se lancent dans l'arène politique, surtout en un temps où l'économie n'est plus favorable à l'emploi à vie. Un choix cornélien entre l'ORP et le Conseil d'état (même pour ceux qui ignorent ce que fait le second).

Écrit par : rabbit | 28 novembre 2018

Dans le même esprit que Stephan Hessel dans son petit livre « Indignez-vous », je m’indigne. Je m'indigne contre le matraquage acharné, répété, arrogant, du Peuple dont je fais partie contre certaines de ses élites sous prétexte de moralisation. Je ne veux plus être le stupide passager d'un beau navire, passager excité comme un roquet à mordre sans relâche les mollets aux mille saveurs de son capitaine jusqu’à mise à mort plutôt qu'à réfléchir à l’excellence de son pilotage menant à bon port. Je m’indigne contre l’acharnement des moralisateurs qui détraquent l’opinion publique à leur profit. Les moralisateurs sont sources des pires catastrophes humanitaires depuis des millénaires, faut-il le rappeler ? Que fait Daech, mon frère ? De la morale, d’abord. Même club.

Écrit par : Hervé de Rham | 30 novembre 2018

@Hervé de Rham: M. Hessel (antisémite notoire) n'était peut-être pas le meilleur exemple à suivre. Vous nous parlez de "réfléchir à l’excellence du pilotage du capitaine menant à bon port"... Êtes-vous sérieux?

Quant à "l’acharnement des moralisateurs qui détraquent l’opinion publique à leur profit", j'espère que vous comptez dedans la hiérarchie des PLR genevois et suisse qui ont tous deux désavoués M. Maudet et lui ont demandé de démissionner dans l'intérêt des valeurs qu'il est censé défendre? Sont-ils aussi de vilains moralisateurs?

Et à la fin vous faites un parallèle avec Daech... C'est bien, vous n'avez pas peur de passer pour un imbécile.

Avec des gens comme vous pour le défendre, c'est sûr, Pierre Maudet va bien s'en sortir.

Écrit par : Stéphane Montabert | 30 novembre 2018

Le “peuple” n’existe pas, c’est un fantasme collectiviste pour imposer une supériorité supposée de la communauté sur les individus qui la composent, ainsi que la primauté des devoirs envers la collectivité sur les droits individuels. Toutes les tentatives faites dans ce sens au cours des deux derniers siècles ont dérivé vers le totalitarisme.

Écrit par : rabbit | 30 novembre 2018

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