11 décembre 2018

Brexit: Oui, May...

Ce qui s'est passé au Royaume-Uni pendant les dernières 48 heures prouve tout ce qui a été écrit dans ces colonnes.

Lors des dix-sept derniers mois, Mme May a négocié un monstrueux accord de Brexit avec Bruxelles. Le terme de "négociation" est sans doute galvaudé puisque le Premier Ministre britannique, qui s'opposa à la sortie de l'Union pendant la campagne référendaire, se contenta de s'aligner totalement sur toutes les exigences que Bruxelles pouvait formuler. Les Royaume-Uni deviendra simplement une province sujette de l'UE, contributrice et sans droit de vote. Les derniers outrages infligés au Royaume-Uni, comme une frontière physique entre l'Irlande et l'Irlande du Nord, ne sont même pas évités par l'accord.

Ce n'est pas un traité négocié entre partenaires égaux ou même respectueux l'un de l'autre ; c'est un traité colonial.

Mme May a eu l'outrecuidance de présenter ce désastre pour son pays comme "le meilleur deal possible". Emportée par son élan, elle exprimait sans doute encore le point de vue de M. Junker.

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Il restait un dernier obstacle à franchir: le vote du Parlement britannique. Les débats furent houleux ces derniers jours, et un dernier réflexe de survie atavique de plusieurs élus laissa soudainement présager que le texte serait rejeté. Alors, en début de semaine, au dernier moment, pour éviter l'humiliation d'une défaite, elle retira le vote de l'ordre du jour et se précipita à Bruxelles pour essayer d'arracher un accord "encore meilleur..."

Tout ceci est un théâtre d'ombres.

Theresa May sait depuis des mois que son Brexit négocié s'apparente à peu de choses près à de la haute trahison. Elle alla jusqu'à empêcher la diffusion auprès des parlementaires britanniques des conclusions d'une étude juridique du traité de Brexit qu'elle négocia avec Bruxelles, et mentit auprès des mêmes parlementaires sur les conclusions de ladite étude, présentant comme "merveilleuses" des clauses que l'étude jugeait au contraire "catastrophiques". Mais la vérité finit par éclater.

Depuis, elle ne cherche pas un "meilleur accord". Elle ne l'a jamais cherché en dix-sept mois, et ce n'est pas à la veille du vote qu'elle va en trouver un. Mme May ne cherche qu'à jouer la montre.

Son objectif? Empêcher toute alternative à son Brexit. Peu importe que celui-ci passe ou non la rampe au Parlement - il ne restera que le Hard Brexit, que toutes les élites présentent comme pire depuis des mois, afin d'effrayer l'opinion publique. Le Brexit concocté par Theresa May n'est qu'un moyen visant à forcer les Anglais à accepter l'idée que le mieux serait encore, au bout du compte, que le pays reste dans l'Union Européenne.

Depuis quelques semaines, quelques parlementaires conservateurs sont enfin sortis de l'intoxication intellectuelle prévalant à Londres et se sont penchés sur une véritable alternative, le plan de la super-Norvège. Ce plan, d'une simplissime élégance, consiste à demander à avoir avec l'UE les relations qu'elle entretient avec la Norvège - le genre même de relations qui conviendraient à un Brexit harmonieux.

Il n'est pas sûr que ce plan réussisse, car il faudra d'abord faire en sorte que Mme May débarrasse le plancher. La rébellion est donc ouverte au sein des Tories et l'incertitude règne, comme dans toute révolution de palais. Les prochains jours seront cruciaux.

Pour qui connaît l'idéologie prévalant dans l'Union Européenne, rien de tout cela ne suscite la moindre surprise. Le divorce entre le Royaume-Uni et l'Union Européenne ne pouvait pas bien se passer, parce qu'il devait mal se passer. Et il devait mal se passer parce qu'il était impensable, aux yeux de la mafia de la Commission Européenne, qu'un pays qui décide de quitter l'Union le fasse de façon paisible et ordonnée. Imaginez qu'il s'en sorte finalement mieux que les pays membres de ce club qui ressemble de plus en plus à une prison!

Quel message une sortie harmonieuse du Royaume-Uni de l'Union aurait envoyé aux pays tièdes qui en sont encore membres?

Pour cette raison, il fallait que le Brexit finisse en désastre, un désastre exemplaire, et tout est fait pour qu'il finisse ainsi. Pendant qu'elle est encore Premier Ministre, Mme May y travaille à plein temps. Certains élus conservateurs commencent enfin à comprendre dans quel piège ils sont tombés, mais il est bien tard.

Mise à jour (12 décembre): Theresa May vient de repousser une motion de défiance déposée par des Conservateurs rebelles. La dernière chance d'une sortie harmonieuse du Royaume-Uni de l'Union vient peut-être de disparaître.