15 janvier 2019

Les Démocrates au pied du mur

Alors que Trump engage - comme il l'avait prévu, encore ! - le shutdown le plus long de l'histoire, les Démocrates et le Président s'opposent de façon frontale sur le Mur de séparation entre le Mexique et les États-Unis sans évidemment parvenir à s'entendre.

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Donald Trump veut accomplir sa principale promesse de campagne lors de la course à la présidentielle en lançant la construction du mur. Il demande un montant de 5,7 milliards de dollars pour le financement du chantier dans le budget 2019.

Les Démocrates, rassurés par leur victoire dans la Chambre basse lors des élections de mi-mandat, refusent mordicus d'accorder quoi que ce soit à Trump, et surtout pas cela.

Le reste n'est que propagande, assez lourdement délivrée il faut bien le dire. Et si nous tentions d'apporter un point de vue différent?

Question d'argent

Les médias s'acharnent à présenter Trump comme le vilain irascible arc-bouté comme un enfant capricieux et frustré. Ils ne relèvent jamais l'opposition aveugle des Démocrates à tout ce qui vient de la Maison Blanche depuis cette journée fatidique de l'élection de 2016. Et pour ce qui est des milliards demandés, un Internaute relativise les chiffres face au budget global:

Le Président Trump demande 5,7 milliards dans un budget annuel de 4'407 milliards de dollars... En d'autres termes, c'est comme si le Président Trump demandait 57 dollars d'un budget de 44'070 dollars... Pensez-y. Imaginez votre partenaire dire en réponse à cela "nous ne retournerons pas travailler, les enfants ne recevront pas leur argent de poche, et nous ne paierons aucune facture tant que tu n'auras pas abandonné l'idée de dépenser 57 dollars pour mettre une barrière autour du jardin"... Voilà ce pourquoi Pelosi et Schumer ont provoqué la fermeture des services de l'État.


Ce n'est pas la seule façon de percevoir le problème. Selon l'association FAIR pour la réforme de l'immigration, le coût de l'immigration illégale dépasse les 134 milliards de dollars annuels. Encore ne s'agit-il là que des coûts directs - "l’essentiel de la somme étant constituée par les soins médicaux gratuits, la scolarisation gratuite et le surcoût lié à la police et à la justice en raison des problèmes de diverses natures (sic) liées à la clandestinité elle-même et à la délinquance des clandestins" - explique le rapport. Ces coûts sont en progression, et ne sont que modestement compensés par les 19 milliards de dollars récoltés à travers les impôts et taxes payés par les immigrés illégaux. La facture nette pour le grand public se monte à 116 milliards.

On peut rétorquer, avec raison, que le mur ne coûtera pas 5,7 milliards non plus. Il ne s'agit que d'une première tranche de travaux. Le statisticien Liberty Vittert estime que le mur complet, principalement en béton, reviendrait à 25 milliards (en prenant en compte les matériaux, la main d’œuvre, et même le coût de la compensation des propriétaires expropriés). L'entretient reviendrait entre 150 et 750 millions de dollars par an. Le Cato Institute, intégrant l'inévitable inflation frappant les grands travaux publics, arrive à un chiffre bien plus prudent de 60 milliards. Reuters estima en 2017 que l'ouvrage reviendrait à 21,6 milliards. Une étude du MIT, rapportée par un Huffington Post notoirement engagé à gauche, fait état d'une facture de 40 milliards. Les estimations du coût de construction complet du mur oscillent donc entre 20 et 60 milliards.

Il va de soi qu'un mur correctement réalisé à la frontière Américano-Mexicaine ne résoudra pas tous les problèmes de l'immigration illégale - ne serait-ce qu'à cause des millions d'immigrés illégaux qui ont déjà réussi à pénétrer sur le territoire des États-Unis. Mais, pour reprendre les chiffres précédents, il suffirait que la présence du mur diminue le problème de l'immigration illégale de quelques pourcents pour que l'ouvrage soit remboursé en quelques années.

Bien que l'obstruction des Démocrates se fasse par le truchement du vote sur le budget 2019 et que le mur soit parfaitement défendable sur le plan économique, ils diront que c'est avant tout une question de principe, mais pas toujours. Le porte-parole de la Chambre Nancy Pelosi affirma qu'elle "refusait de gaspiller des milliards de dollars pour un mur cher et inefficace", choisissant une approche économique alors que celle-ci ne résiste pas à l'analyse.

Question de principes

"Les murs ne fonctionnent pas", expliquent les Démocrates, "alors pourquoi suis-je obligée [par la loi] d'en mettre un autour de ma piscine?" demande une Internaute faussement naïve. Diverses galeries de photo sur Internet présentent les hauts murs ceignant les propriétés des ténors de la gauche américaine, les mêmes qui expliquent doctement que ces obstacles ne servent à rien.

Admettons que le mur autour d'une propriété privée ne soit pas de la même nature que celui qui protège une frontière, bien que l'obstacle soit identique pour un individu malintentionné. Si selon les Démocrates les murs aux frontières ne fonctionnent pas, pourquoi votent-ils pour des murs, aux États-Unis ou ailleurs?

Le premier mur de la frontière sud des États-Unis, entre San Diego et Tijuana, fut érigé sous la présidence de Bill Clinton.

En 2006, les Démocrates - parmi eux les sénateurs Barack Obama, Chuck Schumer et Hillary Clinton - votèrent en faveur d'un mur. Plus précisément, ils votèrent pour le Secure Fence Act, une barrière physique de 1'100 kilomètres le long de la frontière sud. Lors d'une séance de septembre 2006, le sénateur Obama déclara au micro:

"Ce projet nous fera certainement du bien. Il libèrera des fonds terriblement nécessaires pour de meilleures barrières et une meilleure sécurité le long de la frontière, et cela devrait aider à détourner une partie de la vague d'immigration illégale dans ce pays."


Évidemment, Obama ajouta ensuite que la barrière seule ne résoudra pas tous les problèmes - une affirmation avec laquelle même Trump serait d'accord. Les Démocrates avaient peut-être d'autres idées en tête à l'époque, comme choisir le moindre de deux maux ou élaborer un compromis, mais aujourd'hui l'heure n'est plus à la stratégie ; ils avouèrent eux-mêmes lors d'une récente discussion avec Trump qu'ils continueraient à s'opposer au mur même si le Président acceptait temporairement la fin du shutdown. En 2019, les Démocrates ne veulent plus discuter, ni élaborer de compromis.

Malheureusement pour eux, ils ne sont plus crédibles du tout. Le coup de grâce délivré par Breitbart.com et repris par plusieurs médias, comme le Washington Times, montre que les leaders démocrates du moment ont voté pour un mur pas plus tard que l'an dernier.

En approuvant les dépenses de 2018, les Démocrates ont accepté de payer pour 53 kilomètres de grillage au Texas, mais aussi 500 millions de dollars pour financer un mur de 460 kilomètres en Jordanie. Un mur destiné à faire obstacle aux terroristes islamistes venus d'Irak et de Syrie et tentant de franchir les... 460 kilomètres de frontière jordano-syrienne.

Apparemment, en Jordanie, les murs fonctionnent. Ils parviennent bien à séparer les gentils et les méchants en forçant ces derniers à rester de l'autre côté. "Les Démocrates n'ont pas eu de scrupules à financer un mur en Jordanie. Il n'avait rien 'd'immoral'. Et c'était il y a dix mois de cela", assène l'éditorialiste Jim Hoft de Gateway Pundit.

Question de shutdown

Les Démocrates pensaient sans doute qu'en visant le shutdown, ils forceraient le Président à faire machine arrière et susciteraient son impopularité dans l'opinion. Ils seraient "ceux qui ont fait reculer Trump", déployant leur force en prévision de la reconquête de 2020.

Il se pourrait bien que l'approche traditionnelle du bras de fer se retourne contre eux.

L'indice le plus évident de cette situation est donné par Trump lui-même: il dispose déjà des moyens de commencer la construction du mur. Grâce aux pouvoirs d'urgence octroyés par le Congrès au Président et régulièrement renforcés, il pourrait décréter que la situation au sud des États-Unis est une "situation de crise" (merci aux activistes pro-immigration qui organisèrent la Caravane des Migrants en prévision des élections de mi-mandat l'an dernier!) et décider de la résoudre sans l'aval du Congrès, par exemple en faisant effectuer les travaux avec le budget de l'armée.

Les éditorialistes s'inquiètent de cette option et tentent de se rassurer en disant qu'elle sera "combattue par les tribunaux" mais Trump peut être confiant ; la notion d'urgence nationale est assez souple d'emploi puisqu'elle a été employée à 42 reprises entre 1976 et 2007, y compris par son éminence Barack Obama.

Mais pourquoi outrepasser le cheminement normal des institutions lorsque le bras de fer entre la Chambre des Représentants et la Maison Blanche lui est si favorable? Le shutdown est en train de laminer toute une population engagée à gauche aux États-Unis, les innombrables fonctionnaires bureaucrates qui végètent dans les services "non essentiels" de l'État.

Ne brossons pas le portrait de la misère à la Zola que les médias essayent de nous vendre depuis quelques jours. Lorsque le shutdown s'achèvera, et il s'achèvera forcément, les fonctionnaires lésés récupèreront l'intégralité de leur salaire non versé pendant le shutdown, Donald Trump ayant signé un décret en ce sens comme tous les autres Présidents en pareilles circonstances. La plupart des "victimes du shutdown" sont en congés payés depuis un mois.

On aura donc du mal à pleurer à chaudes larmes. Malgré tout, l'inconfort est réel. Aux États-Unis, beaucoup de gens vivent à crédit et n'ont que peu ou pas d'argent de côté pour faire face aux échéances. De nombreux fonctionnaires se contentent de rester chez eux ou conduisent comme chauffeurs pour Uber mais d'autres avec plus de conscience professionnelle travaillent sans solde. Il existe des effets économiques concrets, comme toutes les commandes qui ne seront pas faites aux fournisseurs habituels de l'État.

"Aux États-Unis, le shutdown va devenir plus cher que le mur", s'inquiète Le Temps. Les pertes s'accumulent, la paralysie d'une partie de l'administration fédérale coûterait un milliard de dollars par semaine. Voilà qui affaiblit encore davantage l'approche économique prônée par les Démocrates, notamment auprès de leur base de fonctionnaires.

Une grande partie de l'opinion américaine a été dressée à haïr Trump à vue mais les récents événements montrent que face aux défauts qu'on lui impute, l'opposition démocrate n'a pas grand-chose à lui envier. D'ici peu, la pression des fonctionnaires en carence sur les élus démocrates sera tellement énorme qu'ils devront céder. Si par miracle ils ne cèdent pas Trump pourra toujours se servir de l'état d'urgence, et en fin de compte tous ces sacrifices n'auront servi qu'à une victoire symbolique chèrement payée. Pour les Démocrates, tous les chemins mènent au désastre, mais ils ne semblent pas encore s'en rendre compte.

Pendant le nouvel-an, comme chaque jour du shutdown, Donald Trump est resté à la Maison Blanche à travailler plus de quinze heures par jour. Les Démocrates, eux, étaient réunis en convention à Porto-Rico pour faire une "shutdown beach party". Que peut-on ajouter de plus?

Commentaires

Des billets lucides et toujours précis forment des réquisitoires sans appels possibles.
Le monde de la politique est en train de s’effondrer sous les coups de bulldozers d’un chef de chantier, qui a ses plans bien en tête.
Pendant que les démocrates lui refusent des travaux de construction, il en profite pour accélérer ceux de démolition permettant de mettre le Congrès à ciel ouvert : en pleine lumière, on découvre qu’il n’y a guère d’outils, et que les casques sont remisés.
On entend ainsi désormais clairement qu’une partie voudrait un mur à la frontière, quand l’autre s’accroche à son « mur du con », qu’elle a placardé depuis l’élection...
Gageons qu’elle ne résiste longtemps aux courants d’air...

Écrit par : Yes-comment | 16 janvier 2019

Il serait plus rationnel de mandater les Chinois pour construire ce mur. À la fois élégante et massive, la Grande Muraille est inscrite depuis 1987 au patrimoine mondial de l'Unesco. La partie la plus récente, construite au 14e siècle, fait plus de 6'000 km et son coût de construction défie encore toute concurrence en utilisant les techniques les plus modernes. Le mortier, où 3 % de riz gluant a été incorporé, reste un modèle de résistance aux tremblements de terre au fil des siècles. J'ai vu la Trump Tower en 1984, puis la Grande Muraille en 2009 : l'affinité sur le plan symbolique de ces deux monuments, pourtant distants de 10'000 km, est proprement stupéfiante. En sa qualité de Promoteur immobilier-Président, Donald Trump a très bien compris ce que je ne fais qu'esquisser ici, et son attitude actuelle vis-à-vis de la Chine ne peut être comprise que comme une tactique pour faire baisser le prix du gros oeuvre. Attendez-vous à ce que l'on en reparle prochainement dans ces colonnes.

Écrit par : rabbit | 17 janvier 2019

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