16 janvier 2019

Face à l'Affaire Maudet, le PLR genevois choisit le suicide

La grande explication a finalement eu lieu mardi soir. Au grand auditoire d'Uni Dufour, plus de 700 membres du PLR genevois se réunirent pour discuter de l'affaire Maudet. La couverture live de l'événement fut assurée par plusieurs médias, dont 20 Minutes.

Presse, radios, télévisions et sites web firent leurs choux gras de ce grand déballage quasi public, chacun choisissant ses répliques préférées et alimentant de nombreux articles ce mercredi.

Je me suis déjà exprimé sur l'affaire Maudet en septembre dernier. Depuis, celle-ci n'a cessé de prendre de l'ampleur, si bien que l'on pourrait parler de la tentaculaire affaire Maudet. Soupçons d'octroi d'avantage, de passe-droit, de fraude fiscale, mais le politicien n'a toujours pas été condamné. La justice est plus lente que les tempêtes médiatiques que ses enquêtes suscitent. Dans les arcanes du droit, il n'est même pas certain qu'il soit reconnu coupable de quoi que ce soit.

Pourtant, les appels à la présomption d'innocence sonnent creux. Le terme ne fut d'ailleurs rapporté qu'une seule fois pendant les plus de trois heures de débat d'hier soir, lors d'une présentation par Christian Lüscher du contexte de cette assemblée générale extraordinaire. C'est fort logique: la présomption d'innocence concerne avant tout la justice, pas la politique. L'opinion publique fait ses choix et rend des jugements différents. Le non-respect de la parole donnée, les manipulations et les mensonges ne sont peut-être pas pénalement répréhensibles, mais pour une population qui avait confiance dans ses élus c'est une sentence sans appel.

genève,pierre maudet,corruption,plrLes belles déclarations sur les principes de bénéfice du doute et de présomption d'innocence ne pèsent pas lourd dans le secret de l'isoloir.

Pierre Maudet est politiquement fichu, même s'il est blanchi par la justice. Qu'il soit coupable ou non importe moins qu'il a menti, effrontément et à d'innombrables reprises. Il a menti aux médias, à ses confrères de l'administration publique, à ses collègues de parti, au fisc, au peuple genevois. S'il a au moins la moitié de l'intelligence qu'on lui prête, il sait parfaitement quelle est sa situation. La stratégie du politicien semble plus n'être que de payer de belles paroles et, à la tête d'un dicastère fantôme, de tenir jusqu'à toucher une rente à vie. Je ne croirai le contraire que lorsqu'il se sera engagé par écrit à y renoncer.

Il poursuit cette stratégie coûte que coûte, dusse-t-elle détruire tout ce qui reste du PLR genevois.

La seule question qui restait pour le PLR aurait donc dû être le choix de la meilleure stratégie pour se débarrasser d'un Pierre Maudet devenu boulet, étant donné qu'il paraît impensable qu'il poursuive une carrière politique à l'issue de son mandat. Et poser une telle question, c'est y répondre.

À la place, le PLR choisit la voie d'un cafouillage monumental, qui confine au suicide politique.

Le pire est sorti de cette assemblée. Le pire.

Sur les 709 délégués votant, 341 ont soutenu le Conseiller d'Etat, 312 l'ont désavoué et 56 ont choisi de s'abstenir. Pierre Maudet a donc "sauvé sa peau" en emportant une majorité relative de 48%, même pas la majorité absolue. Les guillemets sont de rigueur parce que le politicien laissa comme d'habitude planer l'ambiguïté sur ce qu'il ferait si le PLR ne lui avait pas renouvelé sa confiance, déclarant qu'il "tiendrait compte" du vote, "prendrait la mesure du message" et "en tirerait les conclusions..." Des phrases qui ne veulent rien dire, toujours...

Ce soir-là, quelques Genevois firent preuve d'honneur, à commencer par Alexandre de Senarclens, président du PLR genevois, qui invitait à refuser la confiance à Maudet. Il avait annoncé en termes limpides qu'il quitterait son poste s'il était désavoué par les délégués - un joli contraste avec la langue de bois permanente de Pierre Maudet. La direction du parti vient donc de donner sa démission, et on peut être sûr que ceux qui les remplaceront seront des partisans de celui par qui le scandale arrive, ce qui contribuera certainement à rendre le PLR encore plus sympathique aux yeux de la population genevoise. Quasiment la moitié des délégués PLR ne veulent plus de Maudet, imagine-t-on ce que cela signifie au niveau des sympathisants, des électeurs?

Le PLR Genevois se retrouve en porte-à-faux vis-à-vis du PLR suisse, dont la Présidente Petra Gössi rappela peu après le vote plusieurs évidences, à savoir que Maudet "avait bafoué les valeurs du parti" et "nui au PLR genevois". Heureusement pour ce dernier, l'exclusion de la section cantonale du parti national ne semble pas à l'ordre du jour. Pourtant, le PLR suisse est immanquablement maculé par le dégât d'image. Pierre Maudet avait été le candidats-alibi romand lors de la succession de Didier Burkhalter ; à cette occasion, il se fit largement connaître en Suisse alémanique, une notoriété bien embarrassante aujourd'hui.

Ce mardi, le PLR genevois ne s'est pas simplement tiré une balle dans le pied, il vient de se jeter dans le lac avec une pierre au cou. D'une courte majorité, il choisit de rester solidaire d'un politicien que les Genevois méprisent désormais au plus haut point (il suffit de lire les commentaires des lecteurs lorsqu'ils ne sont pas désactivés) et subiront donc probablement une cuisante descente aux enfers politique. La droite genevoise peut dire adieu à sa majorité au Conseil d'État aux prochaines élections, et à un bon score lors des fédérales de la fin de l'année.

Je ne jette pas la pierre aux délégués PLR qui mirent le mauvais bulletin dans l'urne à l'Uni Dufour le 15 janvier, saisis par l'émotion du moment et la persistance irrationnelle d'une confiance dans un politicien félon dans lequel ils avaient tant crus. J'ai été dans de tels assemblées, l'ambiance s'échauffe, les répliques fusent, les sacs se vident et collectivement, la foule prend de mauvaises décisions. Ce ne sont que des êtres humains après tout.

Mais il est aussi important qu'ils apprennent de leurs erreurs, et comptons sur les Genevois pour le leur faire comprendre.

Commentaires

"comptons sur les Genevois pour le leur faire comprendre."
Complétement d'accord. Ils vont prendre une claque et cela leur fera le plus grand bien. Mais si c'est pour renforcer les socialos...
Cela dit, "de tenir jusqu'à toucher une rente à vie " ? Ce serait assez naïf de sa part. Le droit, cela s'étudie pendant quelques années et ce n'est pas par hasard. Puis cela se pratique encore plus longtemps et là, on commence à toucher le puck. La gent politique genevoise va lui tomber dessus à cette occasion, jusqu'à lui faire renoncer à cette rente. Trop visiblement une insulte pour le peuple genevois...
Et juridiquement, les spécialistes trouveront des méga-tonnes de raisons pour la refuser. Quand vous assassinez votre père, vous ne pouvez pas toucher l'héritage. Cela porte sûrement un nom savant en droit...

Écrit par : Géo | 17 janvier 2019

Ce qui m'a le plus frappée dans cette affaire, c'est la tricherie fiscale présumée (n'oublions surtout pas le "présumée" !). Inimaginable que quelqu'un qui gagne un beau et solide salaire, qui n'a a priori pas de souci à se faire pour son avenir (retraite de conseiller d'Etat) s'abaisse à ça. M. Maudet, vous avez vraiment fait ça ?

Écrit par : Nina | 17 janvier 2019

Le plus beau, c'est de se faire payer ses cotisations de parti par son fan club...

Écrit par : Géo | 17 janvier 2019

Personnellement, je trouve ça génial. C’est la personne qu’on attendait pour dynamiter les moeurs politiques suisses. L’effet Macron n’est rien à côté de ce qu’on peut déjà conclure des récentes expériences genevoises. Une telle excitation médiatique est à la hauteur du potentiel de Monsieur Maudet dans cette république horlogère. En ce qui concerne les détails de l’affairette : « savoir tolérer les abus est une des formes de la liberté », comme disait Elvire de Brissac. Je vous laisse.

Écrit par : rabbit | 18 janvier 2019

« En ce qui concerne les détails de l’affairette »

Toute la classe politico-médiatique du pays sens dessus dessous à cause d'une invitation à un GP de F1... faut le faire !

Durant des années, Maudet est encensé pour son génie et son talent... et après parce que la gauche, la magistrature et la flicaille veut la peau du bonhomme... à cause de décisions qui touchent aux privilèges d'une caste... on lui renvoie le monte-charge à travers la figure. Lamentable !

Et quand ces journalistes et politiques de tous bords sont invités par des lobbys X-Y, pour bouffer et picoler à l'oeil... rien à redire !!!

N'importe quoi !!!

Écrit par : petard | 18 janvier 2019

« savoir tolérer les abus est une des formes de la liberté », comme disait Elvire de Brissac. Ah, ah. Vous utiliseriez cet argument pour défendre Carlos Ghosn ? Je crois que je ne vous prendrais pas pour avocat, rabbit...

Écrit par : Géo | 18 janvier 2019

Je me refuse à répéter ici tout le mal que les Chinois pensent des Japonais, mais il faut dire que Carlos est vraiment mal barré. Si Géo a une idée pour le sortir de là, je fais volontiers suivre.

Écrit par : rabbit | 18 janvier 2019

Le sortir de là ? Mais il y est très bien, me semble-t-il. Plus longtemps il restera en prison, plus cela aura d'effet sur les autres dans son genre. Merci les Japs...
Je rêve de leur envoyer Marcel Ospel en paquet cadeau...On est sûr que UBS n'a pas sévi par là-bas ?

Écrit par : Géo | 18 janvier 2019

Au contraire, l'UBS est une référence dans le domaine de la gestion de fortune en Asie. Mais, depuis Ospel, ils préfèrent désormais engager des professionnels d'envergure internationale.

Écrit par : rabbit | 22 janvier 2019

Ah, si de Roulet pouvait se dévouer pour aller mettre feu au chalet de Ospel, à un jet de pierre de celui de Axel Springer...
Cela ferait d'une pierre deux coups. Cela signifierait à Ospel qu'il n'a pas impunément mis la Suisse dans le plus grand pétrin de son histoire et de Roulet serait immédiatement repéré et finirait en prison pour payer un peu ses crimes d'incendiaire, ce qui ne serait que justice...

Écrit par : Géo | 22 janvier 2019

Il y a vraiment des gens bizarres dans cette partie du pays. Vous pensez qu’il puisse s’agir d’un problème de consanguinité, comme autrefois dans les vallées des Alpes? Ceci expliquerait au moins cela...

Écrit par : rabbit | 22 janvier 2019

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