21 janvier 2019

Défilé pour le conformisme

Depuis vendredi, les médias ne tarissent pas d'éloges sur la "Manifestation pour le climat", qui réunit des gymnasiens et des apprentis dans une quinzaine de villes du pays, dont Lausanne.

Des centaines de jeunes lobotomisés par la propagande climatique défilent dans les rues pour réclamer plus de taxes et d'interdictions, étant entendu que le porte-monnaie est le seul moyen pour "changer les choses". Ils brandissent des pancartes pour réclamer moins de liberté, pour obtenir plus de gouvernement mondial, pour affecter le mode de vie de ceux qui ne pensent pas comme eux.

En France, les gilets jaunes manifestent pour ne pas mourir ensevelis sous les taxes et les interdictions, victimes collatérales des gouvernements engagés dans la lutte contre les moulins à vent climatiques. En Suisse, la jeunesse manifeste pour recevoir plus de taxes et d'interdictions.

Les commissaires politiques peuvent avoir la larme à l’œil ; le succès est total.

Il est loin le temps où l'école enseignait la pensée critique, formait l'esprit à une réflexion indépendante, aménageait des débats sur des sujets de société sans porter de jugement. Aujourd'hui, on n'y confronte plus les opinions ; on assène. Les dissidents sont impitoyablement réduits au silence. Le film de propagande d'Al Gore "une vérité qui dérange" fait partie du cursus obligatoire. Peu importe que le politicien, avec l'hystérie qui le caractérise, se soit régulièrement couvert de ridicule avec ses prédictions alarmistes ; comme pour les cadeaux, c'est l'intention qui compte.

En sortant de l'école, en ouvrant les journaux (gratuits ou non), en allumant leurs écrans, les enfants verront renforcé le message entendu à l'école ; sur ce sujet comme sur d'autres, pour un Suisse francophone et peu curieux, la contradiction n'existe pas, et même cela n'éveillera plus aucun soupçon chez lui. Le mantra est répété chaque soir lors de la messe du 19:30. Les invités sont tous d'accord, les rapports perpétuellement effrayants, les prévisions toujours pires que prévu. Les signaux d'alarme se multiplient plus vite que les moustiques en été. On va tous dans le mur. On est fichus.

fin-du-monde.jpg

...Mais ensuite, on apprend (ouf!) que tout n'est pas complètement perdu, et qu'avec quelques taxes par-ci, quelques prélèvements par là, quelques menues interdictions, peu de choses en somme, on pourrait sauver la planète! Si les experts de l'ONU le disent, des gens dignes de confiance, c'est que ça doit être vrai, non?

Les gouvernements mondiaux ont réinventé le commerce des indulgences, mais qui étudie encore l'histoire?

Il reste néanmoins quelques lueurs d'espoir.

D'abord, nos élèves ont beau "faire grève" (quelque chose que j'avais toujours lié à une activité salariée, m'aurait-on menti?) pour le climat, ils ont la roublardise de la faire un vendredi ouvré. Courber les cours, ça n'a pas de prix. Nos manifestants seront un tout petit peu plus crédibles, et sans doute beaucoup moins nombreux, le jour où ils feront vraiment un effort personnel pour manifester - comme prendre sur leur temps libre.

Et puisque nous parlons de crédibilité, quelqu'un devrait dire à ces jeunes celle-ci commence en donnant l'exemple. Je ne parle pas de jeter leurs pancartes en carton dans des containers de recyclage prévus à cet effet à la fin de la manifestation, mais simplement d'adopter et d'assumer le mode de vie qu'ils préconisent. Fini les achats sur Internet et les vacances EasyJet! Qu'ils payent des billets de train avec la compensation CO2, qu'ils rechargent leurs smartphones à l'électricité verte! Je ne doute pas qu'ils trouveront toujours de nombreuses excuses pour ne pas le faire, mais enfin, demander à l'État de réglementer sa vie parce qu'on n'y arrive pas soi-même n'est guère une preuve de maturité.

Ensuite, il y aura peut-être quelqu'un d'un peu plus éveillé dans la foule pour comprendre que la Suisse est bonne élève en matière de protection de l'environnement par rapport à bien d'autres pays développés, et donc qu'en gros, si effort il y a il serait peut-être à faire ailleurs. Là où les gens ne manifestent rien d'autre que de l'apathie face à la préservation de l'environnement, par exemple. On pourrait mettre pratiquement tous les pays non-occidentaux dans cette catégorie, hélas.

Enfin, le principal problème de l'hystérie, c'est qu'elle est difficile à entretenir sur la durée. L'état de panique face à la fin du monde sera long d'ici que la planète prenne feu spontanément en 2100. Les élèves suisses ont bien raison de vouloir renoncer à voyager ; en sortant des frontières du pays, ils risquent de plus en plus de passer pour des imbéciles en confrontant leurs opinions avec celles des peuples alentours. En 2017, seulement 52% des Français et 50% des Allemands considéraient la prétendue "urgence climatique" comme la première priorité. Et en s'éloignant c'est encore pire: aux USA, ils n'étaient que 37% à s'inquiéter de ce thème - on parle du 2e pays le plus pollueur au monde - ou 18% en Chine - et là, on parle du premier. (Si vous vous posez la question, le sondage est présenté sur le site du WWF.)

Depuis que les Accords de Paris sont morts il y a un an et demi, le monde se désintéresse lentement de la théorie controversée du Réchauffement climatique. Sur le plan international, il n'y a plus d'argent à se faire. Mais comptons sur la Suisse, toujours en retard d'une guerre, pour rester le fer de lance d'un combat qui n'est plus une priorité que dans les discours des élites qui voyagent autour du monde en jet privé.

Commentaires

Pas obligatoirement en jet privé, puisque les tarifs aériens on tellement baissé au cours des 45 dernières années que ce mode de transport n'est plus réservé aux athlètes du portefeuille.
Les parents des jeunes manifestants d'aujourd'hui ont, à leur époque, manifesté pour le droit à passer Noël sur les plages de Thaïlande à un prix solidaire, dans un souci de justice sociale, etc., etc., etc.
Il faut donc revenir à une gestions plus saine des compagnies aériennes et à un désencombrement du trafic mondial. Mais surtout inciter les gens à rester chez eux dans un but altermondialiste, sous la tutelle du misérabilisme idéologique.
Et voyager en avion va à nouveau être un plaisir pour les autres.

Écrit par : rabbit | 22 janvier 2019

Ah, cela faisait longtemps que rabbit n'avait pas écrit un truc raisonnable...
Mais j'irais plus loin. Il faut non seulement interdire les compagnies low-cost, qui ne servent qu'à ces petits trous du c.l d'étudiants pour aller se bourrer la gueule à Barcelone, ce qui pollue aussi la vie des Barcelonais, on l'oublie trop vite ce me semble, mais il faut supprimer la classe éco dans les vols normaux. Business ou première. Et là, peut-être que je me déciderais à reprendre l'avion. Les bétaillères, c'est pour le bétail. Dans des wagons idoines, svp...

Écrit par : Géo | 22 janvier 2019

Le conformisme des jeunes imbéciles est déjà devenu un problème mineur. Que ces jeunes ne voient même pas que leurs excursions alcooliques à Barcelone est un pur scandale pour l'environnement en général mais surtout pour les Barcelonais en dit long sur leur état de conscience.

Je pense que personne n'ignore que l'instrument idéologique qui sert à éduquer les masses stupides et abruties, ce sont les séries télévisées.
Maintenant qu'il est devenu assez évident pour la majorité des citoyens que oui, les fake news, cela existe mais que ce sont les journalistes des médias traditionnels, presse écrite comme audio-visuels qui nous mentent à tours de bras, sur le danger que représenterait la Russie, sur la politique de Trump, sur la justesse des luttes des soi-disant Palestiniens, etc, etc..., l'intelligentsia a trouvé la parade.
Retour au Moyen-Age. Grand engouement du monde culturel pour "Il Miracolo", série italienne. Une statuette de la Vierge pleure des larmes de sang en abondance. C'est complétement bidon et stupide, mais voilà nos cultureux tout enthousiasmés. Ils savent que rien ne vaut une bonne dose d'irrationnel pour les sortir d'affaire. Écouter l'émission vertigo d'aujourd'hui, sur la Première...

Écrit par : Géo | 22 janvier 2019

N’oubliez pas la Chine dans la liste des motifs d’excommunication, Monsieur Géo. À seulement prononcer ce nom, le grand dadais de la RTS est saisi de convulsions, comme un séminariste de la Fraternité sacerdotale Saint-Pie-X devant « L’Origine du Monde », de Courbet.

Écrit par : rabbit | 22 janvier 2019

Cher Monsieur Montabert, comme vous le faites justement remarquer l'un des problèmes de fond en Suisse est l'absence de tout esprit critique (des jeunes comme des plus âgés, soulignons-le).
Les médias dans ce pays parlent tous d'une même voix (à de très rares exceptions), aucune dissonance (aucune information pourrait-on dire) sur des sujets tels que l'Europe, l'immigration, la santé (à quand une "réelle" investigation sur l'explosion des coûts de la Lamal ?). Non ici journalisme signifie matraquage ad nauseam du politiquement correct et relai docile des autorités (j'ai rarement vu presse si complaisante envers ses politiques).
"Le meilleur contrôle est celui qui donne l'illusion de la liberté", en celà la Suisse est incontestablement une réussite, sa démocratie directe n'étant qu'un leurre masquant le vide abyssal du débat public.
En tous les cas merci pour vos billets qui ont l'immense mérite d'être poussés par, et pousser à, la réflexion.
Très bonne journée à vous

Écrit par : Victor | 23 janvier 2019

à Victor :
"La Suisse est un robuste rosier, sans épines ni fleurs."
Ce qui explique pas mal de vos observations.

Écrit par : AP34 | 24 janvier 2019

"La Suisse est un robuste rosier, sans épines ni fleurs." Des voisins trop puissants et trop impérialistes, chose qui échappe à la majorité des citoyens suisses. Mais cela va devenir de plus en plus visible. Il n'y a plus une seule entreprise suisse d'une certaine importance dont le patron est suisse...
Les Français sont les patrons en Suisse romande, les Allemands en Suisse allemande, et les Américains dans les multinationales d'origine suisse. Nestlé, Novartis, avec l'exception de Thiam au CS, qui est franco-ivoirien.

Écrit par : Géo | 25 janvier 2019

Les commentaires sont fermés.