29 janvier 2019

"Salafistes", la vérité qui dérange

Salafistes, un film documentaire de François Margolin et Lemin Ould Salem sur les milieux du même nom, est une œuvre qui sort de l'ordinaire. Vous pourrez la voir à New York, mais pas à Paris: le gouvernement a décidé de la censurer. Le film-documentaire tourné il y a deux ans et demi en Mauritanie, au Mali et en Tunisie est en revanche sur les écrans américains cette semaine, depuis le 25 janvier à New York, la semaine suivante à Los Angeles, puis dans une trentaine de villes américaines. Le film a aussi été diffusé en Irak et en Tunisie, en prime-time, à la télévision.

Mais en France vous ne le verrez pas, ni au cinéma, ni ailleurs. Vous n'en entendrez sans doute quasiment pas parler. Dans le Pays des Lumières, le gouvernement interdit de diffuser des films qui dérangent... Fussent-ils coproduits par France 3 et Canal+, deux chaînes de télévision françaises.

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La raison est évidente: le contenu pose problème. François Margolin n'a pourtant pas fait de son documentaire une apologie des salafistes, pas plus qu'un procès à charge que les journalistes auraient descendu en flammes avec tant de plaisir en narrant ses "relents d'extrême-droite". Non, le cinéaste est simplement allé à la rencontre des salafistes. Il les a interrogés. Il les a laissé parler.

Pourquoi laisser simplement s'exprimer des salafistes devient si terrifiant que les pouvoirs publics français frappent le résultat d'anathème?

Pour le comprendre, il faut lire une longue interview du réalisateur parue sur le site du Figaro, dont voici de larges extraits. Sur le documentaire lui-même, pour commencer, François Margolin explique sa technique à un journaliste qui reprend le reproche de "faire l'apologie du terrorisme":

[Mon choix en tant que réalisateur] était d'écouter leurs propos. C'est ma façon de faire des films depuis toujours, tout comme c'est celle d'un Raymond Depardon ou d'un Claude Lanzmann. On est plus impressionné par les propos quand on les entend directement, sans avoir un professeur de sciences politiques qui vous dit quoi penser, en vous répétant que «ce n'est pas ça l'Islam» ou que «si le terroriste a agi comme cela, c'est parce qu'il ne cherche qu'à se révolter contre l'oppression sociale qu'il subit, ou contre le colonialisme qu'ont enduré ses parents»…

Il faut entendre les propos de ces dignitaires religieux, même s'ils sont désagréables et, souvent, condamnables. Ce ne sont pas des propos bruts, comme on l'a dit ici ou là ; nous avons passé des mois sur le montage pour qu'on comprenne ce qu'il y a dans la tête de ces gens, qui disent eux-mêmes qu'ils ont déclaré la guerre à l'Occident. On nous a reproché d'avoir voulu donner une image calme et posée de ces gens que nous avions filmés, mais ils sont comme cela. Ils sont sûrs d'eux et de la justesse de leur propos. Ils ne croient d'ailleurs pas tellement au monde ici-bas mais plutôt au paradis! Nous voulions dépasser les idées reçues, en finir avec la culture de l'excuse. Et, contrairement à ce que disait un Premier ministre à l'époque, comprendre ce n'est pas justifier.


François Margolin ne fait pas dans l'angélisme et ne se place certainement pas dans la neutralité.

Je pense depuis toujours qu'il faut écouter nos ennemis, surtout si on veut les combattre. Et surtout, en finir avec les œillères, voir que la guerre a commencé, au moins depuis le 11 septembre 2001. Je pense que si on avait écouté ce que disent les gens dans le film, on n'aurait pas pu empêcher les attentats, bien sûr, mais on aurait pu mieux comprendre le pourquoi des cibles des attentats.

Les chefs djihadistes y affirment qu'ils activeront leurs réseaux dans le monde dès que cela sera possible, en particulier si l'État islamique est attaqué. Ce qu'il s'est effectivement passé. Et qu'ils auront pour cibles les lieux où l'on boit de l'alcool, ceux où l'on écoute de la musique, ceux où les filles sont court vêtues etc. Ils assument pleinement leur idéologie.


La censure du film est en fin de compte le symptôme d'un déni bien français, et le réalisateur s'offre même le luxe d'en faire l'inventaire.

On nie totalement ce qu'il se passe en banlieue, on nie que certaines cités sont interdites aux policiers, on nie que les jeunes filles musulmanes, qui travaillent à Paris ou vont y faire du shopping, sont obligées d'avoir d'autres vêtements quand elles rentrent le soir en banlieue à cause des «grands frères», on nie que les enfants juifs du 9-3 doivent aller à l'école tous les matins dans d'autres départements, on nie que la défense du frère de Mohamed Merah a été payée par des gens qui se sont cotisés dans les cités de la banlieue toulousaine… Tout cela concourt à une forme d'acceptation globale de l'islamisme en général par les autorités. On accepte des choses inacceptables. C'est une honte par rapport à ce que sont les valeurs de la France. (...)

J'ai été très surpris de l'accueil du film par la presse. Au départ, nous avons été reçus partout, dans les médias télés ou radio, et, à partir du jour où il y a eu cette prise de position de la ministre de la Culture [Fleur Pellerin, à l'époque], la plupart des médias ont suivi la «ligne officielle du parti», certains en retournant leur veste, beaucoup d'autres, en ne défendant même plus la liberté d'expression.

Cela a été la même chose pour beaucoup de sociétés d'auteurs, pour la plupart des associations de producteurs ou de réalisateurs. Des organismes toujours très prompts à réagir quand un réalisateur russe se fait emprisonner ou quand un réalisateur iranien est empêché de tourner… Cela dérange visiblement moins quand c'est en France, étrangement… J'ai en revanche été très fier de la défense de personnalités importantes comme Claude Lanzmann ou les frères Dardenne.


Notez que la première interdiction du film a été prononcée par le Ministre de la Culture (!) sous la Présidence Hollande et qu'elle a été reconduite par son successeur de la Présidence Macron. La volonté de balayer les problèmes sous le tapis transcende la couleur politique affichée... Mais le réalisateur n'est pas dupe de la manœuvre. Il ne s'agit pas d'une méprise mais d'un calcul politique parfaitement assumé dans les hautes sphères. Les élites veillent à endormir la population sous des doses toujours plus massives de Padamalgam, tandis que les politiciens sont simplement dans des calculs électoralistes, car en France, le poids démographique des musulmans pèse déjà. Et il est important de maintenir tout ce petit monde sous contrôle.

[En] y réfléchissant, je trouve qu'il se passe avec les Gilets jaunes quelque chose du même ordre [que le traitement du terrorisme islamiste] sur la question de ce qu'on appelle les fake news. On accuse beaucoup les Gilets jaunes de diffuser des fausses informations mais on ne dit rien quand des ministres -de l'Intérieur, en général- disent en permanence quand il y a un attentat, que le «cas est plus complexe qu'on ne le croit», qu'il «ne faut pas parler trop vite de terroriste» -même si l'attentat est revendiqué par l'État Islamique - ou qu'il s'agit d'un «déséquilibré», ou d'un «type qui a des problèmes sexuels», comme à Nice, ou encore «d'un repris de justice», comme récemment à Strasbourg.

Or, on se rend compte en général, par la suite, que c'était le fait d'une personne bien entraînée, qui avait préparé son action depuis des mois, et avait fait allégeance à l'État islamique. Mais, cela est dit quelques semaines plus tard et cela fait un entrefilet en bas de page dans les quotidiens. Les fake news sont souvent utilisées par ceux qui prétendent les combattre.


Mais au-delà de toutes ces polémiques, il reste le propos du film, les entretiens avec les salafistes, leur relation avec l'Occident, le traitement de la lutte contre le terrorisme par les gouvernements occidentaux. Et faute d'accepter d'identifier correctement l'ennemi, de le nommer, de le désigner, il n'y a aucun progrès.

Mon propos n'est évidemment pas de dire que tous les Musulmans sont des terroristes, mais il va à l'encontre de la doxa qui voudrait qu'il ne s'agisse que de fous, qu'on pourrait guérir avec des pilules rouges ou bleues, ou par des électrochocs, comme on faisait dans le temps, avec les dissidents, en Union Soviétique. En France nous sommes en plein déni. On est dans la psychiatrisation du terrorisme. Et c'est [la démolition de cette approche] qu'a voulu interdire le gouvernement. Or, comme on le voit dans «Salafistes», très clairement, on a affaire à des gens dotés de raisonnements, qui obéissent à une logique. C'est un terrible désaveu que de constater que tout est beaucoup plus compliqué que de simples problèmes psychiatriques. (...)

[Il] y a une vraie volonté [politique en France] de vouloir nier que le salafisme est une tendance profonde et ancienne, très répandue dans l'histoire de l'Islam, de manière récurrente à travers les siècles, et qui perdure dans certains États, que certains adorent au plus haut niveau de L’État, comme l'Arabie Saoudite de Mohammed Ben Salman.


Dont acte. Et face à tous ceux, musulmans ou non, qui clament que l'islam-ce-n'est-pas-ça ou qui expliquent que les terroristes ne sont pas de véritables musulmans, le réalisateur répond par une simple question:

"Au nom de quoi a-t-on le droit de dire à des djihadistes: Vous n'avez aucun rapport avec les textes dont vous vous réclamez, avec la foi que vous proclamez?" -- François Margolin


On attendra, longtemps hélas, la réponse des "musulmans modérés".

Salafistes, 2016, 1h 15 minutes, à voir dans tous les bons cinémas les pays qui ne pratiquent pas la censure politique. En attendant qu'il finisse par fuiter sur Internet, vous pouvez vous contenter de la bande-annonce.

Commentaires

"il faut lire une longue interview du réalisateur parue sur le site du Figaro, dont voici de larges extraits"

Parue et disparue.

Le Fig devient un torchon islamogochiste.

La fusion de Libé-Le Monde-Le Fig, "Les inconnus" l'avaient prédite.

Écrit par : simple-touriste | 30 janvier 2019

Le film n'a pas été censuré en France. Il est interdit aux mineurs mais disponible dans son intégralité. Si le documentaire n'est plus projeté en salles, il est disponible partout en France en DVD depuis plusieurs mois, à la FNAC par exemple.

Écrit par : Darkness Fanzine | 30 janvier 2019

Lamentable! Et ce film, on pourra le voir en Suisse? Parce que, dès qu'il y a une mauvaise idée quelque part, on peut être certain que nos autorités et leurs affidés s'en empareront!
Cordialement, Jacques Louis Davier

Écrit par : Jacques Louis Davier | 30 janvier 2019

Très juste, simple-touriste. Chaque fois que je vais en France, j'achète le Figaro et je reste sidéré par la soumission de ce canard au mainstream gauchisant actuel. La honte !
Sur les ondes suisses romandes, on vient d'entendre un auteur sérieux expliquer en pleines heures d'écoute maximale que l'islam, c'est bel et bien la haine des juifs et des chrétiens. Malgré tous les efforts du journaliste pour essayer de le padamalgamer. Quelqu'un peut-il m'aider à retrouver le nom de l'auteur, pour partager ce moment ?
Les Français continuent de magouiller en Afrique, en particulier dans l'Azawad. En soutenant leurs vieux alliés touaregs aujourd'hui, ils cherchent probablement à mettre la main sur les réserves de pétrole de la région. Mais les tenants de la libération de l'Azawad contre les captifs-nègres - excédentaires, choisissez votre version, qui dirigent le Mali actuellement sont des islamistes. A ménager, donc, du point de vue français. Cela peut se voir même dans 24 heures, le responsable "monde" étant français et même, très français...

Écrit par : Géo | 30 janvier 2019

Juste pour info, l'article du Figaro est toujours en ligne.

Écrit par : G. Vuilliomenet | 30 janvier 2019

@Darkness Fanzine: le film n'est pas sorti en salle comme il devait l'être, pas plus qu'il ne le sera à la télévision, alors qu'il est coproduit par deux chaînes de télévision française.

Certes, il n'est pas complètement hors d'atteinte du public (une prouesse de plus en plus difficile à réaliser à l'heure actuelle) mais sa diffusion aura été rendue confidentielle par rapport à l'impact qu'il aurait mérité. Il eut droit en Tunisie à une soirée spéciale avec diffusion du film puis un débat ouvert - dans lequel participa le réalisateur, qui nota d'ailleurs à cette occasion que "personne n'a eu l'idée saugrenue de dire que le salafisme n'était pas l'islam".

On peut discuter longtemps du mot "censure" mais c'est celui qu'emploie le réalisateur pour parler de son film, et aucun journaliste n'est venu le contredire sur ce point.

Écrit par : Stéphane Montabert | 30 janvier 2019

Géo, ne serait-ce pas une interview de Shafique Keshavjee auteur de "L'islam conquérant"?

https://www.rts.ch/play/radio/forum/audio/shafique-keshavjee-sen-prend-a-lislam-conquerant?id=10157655

Écrit par : G. Vuilliomenet | 30 janvier 2019

Bien sûr, il faut compléter la lecture du livre de Shafique Keshafjee avec celle de l'essai de Jean-Frédéric Poisson.

https://lesobservateurs.ch/2019/01/03/lislam-a-la-conquete-de-loccident-la-strategie-devoilee-le-livre-explosif-de-jean-frederic-poisson/

Écrit par : G. Vuilliomenet | 30 janvier 2019

Le lien fourni est sur un site miroir

https://web.archive.org/web/20190126215836/http://www.lefigaro.fr/vox/societe/2019/01/25/31003-20190125ARTFIG00283-censure-en-france-pourquoi-salafistes-sort-aux-etats-unis.php

Je fais remarquer qu'au moment où j'écris ce message le lien sur le site source

http://www.lefigaro.fr/vox/societe/2019/01/25/31003-20190125ARTFIG00283-censure-en-france-pourquoi-salafistes-sort-aux-etats-unis.php

est valide. (Il ne l'était pas avant hier.)

Le restera-t-il? C'est à vous de vérifier dans quelques temps.

Écrit par : simple-touriste | 31 janvier 2019

G. Vuilliomenet@ C'est bien ça, merci...
J'avais déjà lu un billet intéressant de ce pasteur il y a quelques années. On a un peu l'impression que les Européens se réveillent. Il devient manifestement toujours plus difficile de parler de religion d'amour et de paix...

Écrit par : Géo | 31 janvier 2019

Accessible en streaming pour contourner la censure de l'Etat français:
Le documentaire "Salafistes" de François Margolin
https://lafrancelibre.tv/les-grands-docs/-salafistes-de-francois-margolin?autoplay=true

Il faut juste payer 5€ pour visionner le documentaire complet.
Cependant, les quelques Minutes visibles en guise de mise en bouche donnent déjà un bon aperçu de la suite.....

Écrit par : Arnica | 31 janvier 2019

Et l’on vient encore faire des minauderies sur la chaîne publique helvétique à propos du sort réservé aux islamistes du Xinjiang. Ce n’est plus de la sensiblerie, mais bien une forme de complicité.

Écrit par : rabbit | 31 janvier 2019

L’étourdissement des hommes, face aux pouvoirs d’attraction des religions, demeure une énigme dans un temps où il est devenu possible d’en mesurer les effets.
Leurs bilans, avec la plus généreuse approximation, est terrifiant, et se range du côté objectif de l’abomination.
Programme commun issu de ivres sacrés pour enrôler des « fidèles » éradiquer les rages impies et les démences athées !
Les fous d’Allah et les fous de Dieu ont perpétué leurs atrocités et leurs « fidèles » auront prié, leur vie durant, pour que leur éblouissement soit le nôtre.
Nous ne sommes pas éblouis, et face aux pouvoirs ivres civils religieux ou militaires, il nous vient un seul rêve paradoxal : celui d’une humanité sans foi, ni loi...

Écrit par : Yes-comment | 03 février 2019

Ça va être dur de les empêcher de rêver. Vivre, de façon permanente, la réalité dans son évolution à la fois créatrice et destructrice, n’est pas donné à tout le monde. Le taux de suicides va grimper...

Écrit par : rabbit | 03 février 2019

Castaner, sur le retour des sales gamins de la nation : "[...] ce sont d'abord des Français, ensuite des djihadistes...[...]"

Bruno Studer (député LREM) : Chérif Chekatt, "un Strasbourgeois né à Strasbourg, un Alsacien né en Alsace, un Français né en France"

Une vache née dans une écurie n'est pas un cheval... c'est tout !

Écrit par : petard | 05 février 2019

"Une vache née dans une écurie n'est pas un cheval... c'est tout !"
Les gilets jaunes auront gagné leur combat quand cette vérité-là primera. Je suis très pessimiste...

Écrit par : Géo | 06 février 2019

Oui, Chérif Chekatt était un bon Alsacien du terroir, qui appréciait la choucroute avec un bon p'tit verre de Riesling bien frais.

On en arriverait presque à dire que l'alcool et la viande de porc contribuent à rendre nos villes et nos pays tranquilles et sûrs......

Écrit par : Arnica | 06 février 2019

« Les gilets jaunes auront gagné leur combat quand cette vérité-là primera »

Hum !... Plus près de nous...

Les Vaudois auront retrouvé leur souveraineté lorsque cette vérité primera au... Conseil d'Etat. Je suis très très très pessimiste !!!

Écrit par : petard | 06 février 2019

Sauf qu'à ma connaissance les Vaudois ne bougent pas et s'apprêtent même à élire une TROISIEME femme socialiste dans leur gouvernement, à côté d'une ex-CGT-iste verte pastèque. Les Vaudois sont à ma connaissance majoritairement non-Vaudois mais bien Italiens, Espagnols, Portugais, Français, Kosovars et je ne sais trop quoi encore. Les vaches ne votent pas pour les chevaux...

Écrit par : Géo | 06 février 2019

« Les vaches ne votent pas pour les chevaux... »

Effectivement. Et quand trop de vaches naissent à l'écurie et en chassent les chevaux, ça ne devient pas une étable, mais quelque chose, peut-être, entre la porcherie et le poulailler...

Faudrait demander à nos UDC "agricoles", ce qu'ils en pensent...

Écrit par : petard | 06 février 2019

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