16 février 2019

Le Venezuela, une expérience réussie de socialisme

Pour comprendre d'où vient le Venezuela et ce qu'il est devenu aujourd'hui, il faut arriver à dire la vérité, à donner son nom au mal qui le frappe, car ce mal a un nom. La division entre l'époque bénie de Hugo Chávez et l'époque horrible de Nicolás Maduro n'a aucun sens. La trajectoire fatale est restée inchangée tout du long. Si Chávez n'était pas mort emporté par un cancer en 2013, le pays serait exactement dans le même état en 2019.

L'erreur que font beaucoup de gens - aidés en cela par des médias désireux de ne pas ternir des complices idéologiques - est de croire que le désastre vénézuélien serait lié à une combinaison d'incompétence et de bêtise. Ils ont tort. Le régime socialiste du Venezuela a perpétré le plus grand cambriolage de l'histoire et l'a exécuté à travers un plan parfaitement conçu.

Ce plan était de récupérer la richesse d'un pays entier pour la mettre entre les mains d'une poignée de leaders politiques à travers le pillage économique systématique, la destruction de la monnaie et l'appropriation de la compagnie pétrolière nationale. "Ce qui est arrivé au Venezuela n'est ni un désastre ni un accident - c'est le socialisme" explique Daniel Lacalle.

venezuela,socialisme,faillite
"Une réussite de la révolution bolivarienne", proclame un slogan socialiste devant
un grand magasin aux étals pratiquement vides (cliquez pour agrandir)

Il est important de démonter les mensonges de la propagande du régime.

Le blocus imaginaire. Maduro est prompt à dénoncer les États-Unis et leur "blocus" comme responsables de l'effondrement économique du pays, mais les États-Unis sont aujourd'hui encore un des plus grands partenaires commerciaux du Venezuela. Le commerce entre les deux pays crût encore de 9% en 2018. Le Venezuela dispose d'accords de commerce bilatéraux avec plus de 70 pays. Le Chavisme, comme le Castrisme à Cuba, manipule ses partisans en leur faisant croire que les sanctions organisées contre l'élite politique du régime et l'utilisation frauduleuse des réserves financières du pays est un "blocus". Mais le seul blocus dont souffre le Venezuela est celui instauré par le Chavisme contre ses citoyens.

La fausse excuse des prix du pétrole. De tous les pays de l'OPEC, le Venezuela est le seul à souffrir d'une dépression économique et d'hyperinflation. Tous les pays producteurs de pétrole ont adapté leurs économies aux fluctuations des prix sans tomber dans la destruction économique et la pauvreté généralisée créée par le Chavisme au Venezuela. Chávez avait coutume de prétendre que "si le prix du pétrole tombe à zéro, le Venezuela ne souffrira même pas d'une crise". Mais ce ne fut même pas nécessaire. Le Venezuela gaspilla les revenus pétroliers de la première décennie sous l'égide de Chávez, lorsqu'ils prirent l'ascenseur de façon exponentielle, et détruisit toute trace de richesse après.

Le véritable coup d'état. Le seul coup qui fut perpétré est celui de Maduro lorsqu'il manipula des résultats électoraux qui ne furent d'ailleurs pas reconnus par la majeure partie des pays occidentaux, avec un mécanisme électoral dictatorial dont les résultats ne furent même pas acceptés par Smartmatic, la société en charge du système de vote. Le Chavisme a perverti les mécanismes de la démocratie pour réduire au silence et détruire l'Assemblée Nationale, et perpétuer le pouvoir de Maduro à travers des élections frauduleuses.

L'explication habituelle du "faux socialisme". Beaucoup de gens affirment que le régime du Venezuela n'est pas le véritable socialisme. Pourtant, si on peut caractériser le régime vénézuélien d'une quelconque façon c'est bien par son application parfaitement orthodoxe des recommandations et des pratiques préconisées dans les textes du socialisme, attaques systématiques contre le droit de propriété et collectivisation des moyens de production. Elles furent établies noir sur blanc dans le Plan Socialiste National 2007-2013: expropriation des sociétés privées, utilisation de la puissance des compagnies nationales à des fins politiques, contrôle des prix et création massive de monnaie.

Le casse du siècle

L'effondrement économique du Venezuela est le plus grand cambriolage de l'histoire. Il s'est fait selon trois angles différents.

Premier vol: l'expropriation. Le Centre pour la Diffusion de la Connaissance Économique (Cedice - Center for the Dissemination of Economic Knowledge) estime que plus de 2'500 sociétés ont été nationalisées de force par le régime Chávez-Maduro. La vaste majorité de ces entreprises sont maintenant en banqueroute, dévastées par une gestion socialiste. L'ONG Transparencia Venezuela, dans son rapport sur les sociétés propriétés de l'État au Venezuela, décrit la gestion de ces compagnies comme "catastrophiques", celle-ci reposant sur des critères politiques et idéologiques. Le résultat est évident: "au lieu d'augmenter la production, elle a diminué."

Deuxième vol: le détournement de Petróleos de Venezuela SA (PdVSA). En 1998, PdVSA produisait 3 millions et demi de barils par jour. Maintenant elle ne parvient plus à atteindre 1,3 millions. Dans l'intervalle, le gouvernement a multiplié le nombre d'employés, licenciant de nombreux ingénieurs vénézuéliens compétents pour les remplacer par des complices politiques du régime. La compagnie nationale passa de 25'000 employés en 1998 à 140'000 en 2017.

Petróleos de Venezuela devint, d'une des plus efficaces et des plus importantes compagnies pétrolières du monde, un désastre à deux doigts de la faillite. L'examen de leurs documents financiers montre que le gouvernement draina jusqu'à 12 milliards de dollars certaines années pour financer des projets politiques, détruisant la trésorerie, le bilan et le futur de la société. Ces fonds disparurent dans un réseau de clientélisme et dans les comptes off-shore des leaders du régime. Mais l'augmentation brutale des coûts, la déchéance spectaculaire des capacités de production et le pillage des caisses par les politiciens amena la société à s'endetter à hauteur de plus de 34 milliards de dollars, alors qu'elle était financièrement une des plus saines et une des plus profitables du monde.

Troisième vol: les salaires et l'épargne. L'inflation est la taxe la plus ignoble qui soit sur la pauvreté, réduisant à la misère absolue les éléments les plus faibles d'une société. Les conseillers économiques du régime de Chávez répétèrent sans relâche que "d'imprimer de la monnaie pour le peuple ne créerait pas d'inflation". La quantité de monnaie en circulation a augmenté exponentiellement, de 3'000% rien qu'en 2018 par exemple, détruisant tout pouvoir d'achat associé à cette monnaie.

La stratégie est simple et s'inscrit totalement dans la doctrine socialiste: le gouvernement augmente massivement ses dépenses, les subventions et l'emploi public. Il finance le tout en imprimant de la monnaie et en empruntant, tout en clamant que tout est sous contrôle parce que les responsables du Parti le décrètent ainsi. Ensuite, l'État ravage l'économie en nationalisant les entreprises, détruisant l'initiative privée et imposant des prix intenables car inférieurs aux coûts de production, non seulement pour des motifs démagogiques mais aussi à cause de la perte de pouvoir d'achat de la monnaie.

Ainsi, l'économie entre dans un cercle vicieux d'autodestruction. Le gouvernement dépense toujours plus en montants absolus. Il finance son budget en imprimant de plus en plus de monnaie sans valeur pendant que ses réserves de devises étrangères s'évaporent. La monnaie se résume à des morceaux de papiers portant des montants astronomiques, mais qui ne suffisent même plus à acheter du pain.

Conséquences locales et régionales

Les Socialistes clament toujours la main sur le cœur qu'ils se préoccupent d'égalité, mais parviennent à des résultats exactement opposés. Le Venezuela est aujourd'hui le pays le plus inégalitaire de toute l'Amérique Latine (ENCOVI, 2017) en plus d'être l'un des plus pauvres. En 2014, la pauvreté extrême atteignait 23,6% de la population ; en 2017, cette proportion monta à 61,2%. La pauvreté "simple" affectait 87% de la population en 2017, selon une étude de l'Université Centrale du Venezuela et de l'Université Simon Bolivar. Avec un indice de liberté économique de 25.9 calculé par l'Heritage Foundation, l'économie du Venezuela se classe en 179e position du classement 2019 - une des économies les moins libres du monde. Selon cette étude:

"L'impression de monnaie pour combler les déficits publics, associés au mauvais management d'une industrie désormais dominée par l'État, a amené à l'hyperinflation et à des pénuries de devises étrangères, de biens de consommation de base, à une dévaluation massive, et à l'effondrement de la production industrielle. Un plan économique lancé en août 2018 a inclus notamment le retrait de cinq zéros des montants scripturaux, une dévaluation massive et encore une augmentation de grande ampleur du salaire minimum au sein d'un interventionnisme politique extrêmement présent, d'un lourd contrôle étatique de l'économie, et d'un mépris total de l'État de Droit."


Pendant la dictature de Maduro l'inflation a atteint un million de pourcents et le FMI estime qu'elle sera de dix millions de pourcents fin 2019. Ces taux sont difficiles à appréhender. Ricardo Hausmann, professeur à l'Université de Harvard, illustre cette destruction de valeur par l'impression de monnaie: "Lorsque Chávez vint au pouvoir, le dollar était à 0.547 bolivars. Lorsque Maduro arriva au pouvoir, il était à 26 bolivars, une multiplication par 48. Maintenant Maduro a dévalué le bolivar à 6'000'000 contre un dollar, 231'000 fois plus que lorsqu'il est arrivé au pouvoir, et onze millions de fois plus que lorsque Chávez est arrivé au pouvoir". Après plusieurs augmentations d'un "salaire minimum" libellés en Bolivars sans valeur, les joyeux (et rares) bénéficiaires d'un emploi au Venezuela peuvent donc vivre avec l'équivalent de 17 dollars par mois... Mais tout ceci a été fait "dans l'intérêt du peuple", cela va de soi.

La descente aux enfers du Venezuela a amené à la ruine de millions de personnes. Les enfants vénézuéliens meurent littéralement de faim, on mange les animaux des zoos, la violence règne désormais partout, et plus de 7% de la population a fui le pays. Mais l'argent perdu ne l'a pas été pour tout le monde. Selon l'Assemblée Nationale, plus de 300 milliards de dollars américains ont été détournés par les caciques du régime et leur corruption, alors que le pays sombrait dans la pauvreté de masse et voyait son économie dévastée. Le socialisme mis en pratique, comme toujours.

venezuela,socialisme,faillite
Le Venezuela est un tel paradis socialiste qu'il est nécessaire de bloquer les voies d'accès avec des containers pour empêcher l'aide internationale contre-révolutionnaire de pénétrer dans le pays (photo d'écran reportage ABC)

Le parcours "sans faute" du Venezuela le long de la trajectoire du socialisme permet de comprendre l'élan conservateur qui prend aujourd'hui toute l'Amérique du Sud. Sans même parler de la crise des réfugiés, le destin tragique des Vénézuéliens laminés, abêtis et affamés par le socialisme est un épouvantail qui éloignera les électeurs des autres pays de la région pendant au moins une génération - et peut-être plus, selon le temps qu'il faudra pour que le régime de Chávez et Maduro appartienne au passé et que le Venezuela se remette sur les rails. Il n'y a pas à chercher beaucoup plus loin la victoire d'un Jair Bolsonaro au Brésil, d'un Iván Duque Márquez en Colombie, d'un Mario Abdo Benítez au Paraguay...

Le prix à payer aura été exorbitant pour 32 millions de Vénézuélien, mais leur triste destin garde au moins une valeur d'exemple. On comprend d'autant mieux, en Occident, la propension des journalistes de gauche à éviter d'aborder objectivement le sujet du Venezuela, allant jusqu'à éviter de nommer le mal qui le frappe.