18 février 2019

Interview d'un Gilet Jaune

Les médias parlent beaucoup des Gilets Jaunes mais leur laissent rarement la parole. Seuls quelques rares médias, comme Dreuz, tentent de le faire - car ailleurs la parole est un monopole de journaliste, bien entendu.

Damien - prénom d'emprunt - est un gilet jaune que j'ai eu l'occasion d'interviewer directement. Je ne saurais dire s'il est représentatif de l'ensemble du mouvement, mais peu importe: militant dans la quarantaine, il permet un point de vue direct sur la crise de légitimité que traversent les institutions françaises.

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Salut Damien, quel est ton parcours?

Jusqu'ici j'ai manifesté trois fois à Dijon. C'est bon enfant. Bon enfant, et très patriote. Beaucoup de drapeaux tricolores, de cocardes, sur les chapeaux, sur les blousons... Les jeunes filles se déguisent en Mariannes, avec le bonnet phrygien... Patriote et bon enfant.

La plupart des gens viennent des environs, de Bourgogne. On se connaît.

Tu n'étais pas sur les rond-points?

Non, seulement dans des manifestations. De vraies manifestations. Démarrage Place de la République, et on circule pendant 3 à 4 heures dans la ville. On était 3 à 4'000 à chaque fois. Aucune violence de la part des personnes qui manifestent. La violence, franchement, est du côté de la police. Violence et intimidation.

Il y a eu des violences pendant les manifestations à Dijon?

Oui. Par exemple la première fois, après avoir défilé pacifiquement dans les rues de Dijon, on revient à notre point de départ et on essaye de refaire un tour, et là... On a directement une tentative de dissolution de la manifestation par les forces de l'ordre. Elles tirent des grenades lacrymogènes sur les manifestants alors qu'il n'y avait aucune violence. On s'engageait sur une rue, pour faire un deuxième circuit, et les flics avaient clairement la volonté de dissoudre la manifestation, parce que la nuit tombait, ils en avaient marre, je pense, et ils avaient reçu des ordres... Moi je n'ai pas eu de problème, mais je savais qu'il ne fallait pas se mettre en tête de cortège, c'est plus risqué. Je suis parti lorsque les premières grenades ont été tirées.

Ces grenades, il faut le savoir, ne sont pas toujours tirées dans les règles de l'art.

Les policiers ne sont pas censés faire des tirs tendus...

Voilà. Il y a eu des tirs tendus à plusieurs occasions, dans d'autres villes. Un autre gilet jaune qui était à Dijon le 15 décembre m'a raconté que les forces de l'ordre ont mis un terme à la manifestation non seulement en balançant des grenades mais aussi en tirant avec les fameuses balles en caoutchouc  Lui s'en est pris une dans la jambe, perforation, hémorragie, il a été emmené à l'hôpital... C'est pas anodin. Normalement ils n'ont pas le droit de tirer dans la tête, mais les règles ne sont pas respectées.

Ce sont des choses que j'ai vu, et aussi des policiers qui bloquaient des rues pour canaliser la manifestation. Mais pas que pour la rediriger - pour la harceler aussi. Il n'y a ni mise en garde ni sommation.

Ils coupent la manifestation en morceaux?

Pas à Dijon, mais dans d'autres villes. Ils pratiquent aussi l'intimidation. À Dijon, entre la gare et la Place de la République, il y avait régulièrement postés des CRS avec des fusils d'assaut.

Mais cela c'était le plain Vigipirate, non?

En théorie oui, mais comme par hasard ces gens étaient postés le long de la grande rue que prenaient les Gilets Jaunes pour se rassembler. Ça c'était clairement de l'intimidation. Il y a aussi plusieurs types de force de l'ordre - les polices locales, les RG, les BAC, chacun avec ses techniques... Des gens avec des cagoules, qui traînent avec les CRS. À Rouen, une vielle ville avec plein de petites rues, c'est plus facile de couper le cortège. Lorsque des groupes de Gilets Jaunes se retrouvent isolés, les forces de l'ordre ont des techniques bien plus agressives. Ils balancent leurs grenades, dégainent leurs bâtons et vont molester les gens. Même quand il n'y a pas de violence. Des femmes, des vieux se font taper dessus...

Il y a une utilisation des forces de l'ordre en France qui est inhabituelle depuis très très longtemps.

Et du point de vue ethnique, à quoi ressemblent les Gilets Jaunes?

Nous sommes des Français d'origine. Il y a quelques noirs. Je pense que les noirs viennent des Antilles, des DOM-TOM, mais ils sont peu nombreux. Je n'ai pas vu de Nord-Africain. C'est un mouvement très blanc. Il y a tous les âges. Beaucoup de jeunes, déguisés, font des mises en scènes quand on s'arrête sur les places, comme lors de la mobilisation sur le thème "Halte au Massacre". Ils apportent aussi de la musique.

As-tu vu des racailles?

Je n'ai pas vu de racailles, mais j'ai vu des Antifas... À Dijon, il n'y a pas beaucoup de racailles, mais à Rouen, à Paris, ce sont surtout des racailles qui vont casser. J'ai vu des Antifas habillés comme tels, équipés pour en découdre, déplacer des poubelles vers un barrage de police, probablement avec l'intention de les enflammer et de les balancer ensuite sur le barrage... Ce n'était pas des Gilets Jaunes. Ils ne portaient même pas le gilet.

Mais la plupart du temps les forces de l'ordre sont celles qui portent les premiers coups, ensuite il y a des réactions, et les gens s'énervent. Certains ont mis des pétards sous les voitures mais ça suffit à déclencher des incendies et des voitures ont brûlé. Je ne sais pas qui a fait ça...

Venons-en aux revendications et au mal-être des Gilets Jaunes. L'avantage et l'inconvénient de ce mouvement, c'est qu'il n'y a pas les fameux corps intermédiaires qu'il est si facile de noyauter (voir le billet de Michel Onfray qui relate notamment l'épisode de mai 68 entre Henri Krasucki de la CGT, donc du PCF, et Jacques Chirac) mais du coup on est tributaire des médias pour faire le récit... On voit surgir des listes pour les Européennes... Quelle légitimité donnent les Gilets Jaunes à ces tentatives d'officialisation? Les revendications remontées dans les médias correspondent-elles à la réalité?

J'ai vu assez peu de tentative de récupération du mouvement par les partis nationaux... Le Rassemblement National a peu essayé, Mélenchon davantage. La CGT a essayé mais pas réussi. On voit parfois un type qui débarque d'on ne sait où avec un mégaphone et des slogans orientés, mais ça ne prend pas. Le mouvement reste global.

La décentralisation fait que mêmes les Gilets Jaunes ne sont pas d'accord sur ce qu'ils veulent. On sent que quelque chose ne va pas, qu'on nous floue à longueur de journée, mais on a beaucoup de mal à s'exprimer d'une seule voix et à formuler des objectifs réalistes. C'est très émotionnel. Mais on s'organise. Dans les régions, on élit des comités, on maintient des cahiers de doléances - différents ce ceux organisés dans les mairies par Macron dans le cadre du Grand Débat National - mais je ne sais pas ce qu'ils deviendront.

À part la détestation de Macron, quelles sont les revendications?

La détestation de Macron est centrale, c'est vrai, mais aussi, je dirai, le patriotisme. J'insiste. C'est un mouvement très patriote, on chante la Marseillaise. Même les Mélenchonnistes. C'est très impressionnant. Les revendications sont très hétéroclites: elles sont axées sur le domaine économique, financier. Nous voulons plus d'argent à la fin du mois, plus de boulot... Mais surtout nous voulons plus de dignité. Être respectés. Le dénominateur commun c'est tous les gens qui ont l'impression d'être méprisés.

Il y a des revendications plutôt de gauche, par contre je n'ai pas vu de revendications identitaires. Ça ça reste un tabou. Pourtant si on fait un sondage auprès des Gilets Jaunes, clairement il y a des revendications identitaires, beaucoup en ont marre de l'immigration, mais ça, tu vas le voir dans les cahiers de doléance, pas dans les slogans dans la rue, parce que c'est un facteur de division.

On n'entend pas les médias traiter les Gilets Jaunes de sales racistes, même si de temps en temps quelques manœuvres ont lieu pour les présenter comme antisémites ou autres infréquentables...

Parce que c'est un facteur de division et nous le savons. Alors nous choisissons de ne pas en parler. L'idée est de nous mobiliser sur ce que nous avons en commun. Je pense que les Gilets Jaunes s'autocensurent, on préfère se manifester sur d'autres thèmes comme les revendications économiques ou la détestation de la finance, ça c'est clair, la détestation du banquier, c'est quelque chose qui rassemble.

Les Gilets Jaunes veulent plus de respect, plus de pognon, être écoutés... En France nous avons vraiment un fossé terrible entre les gens qui sont éduqués et ceux qui ont eu moins de chance, entre Paris et la province, des mondes qui ne se croisent pas. Les Gilets Jaunes sont la rencontre sur le terrain, une rencontre impossible autrement, entre trois groupes: les gens qui votent pour le Rassemblement National, les gens qui votent pour Mélenchon, et les gens qui ne votent pas, ou qui votent blanc. C'est le rassemblement de ces trois groupes... Qui forme une majorité, en fait!

C'est un déficit démocratique, paradoxal parce que composé en grande partie de gens qui votent blanc ou ne votent pas.

Les gens dépolitisés ne se reconnaissent pas dans l'offre politique, dans les partis, dans le Parlement ; parce qu'ils ont perdu espoir... Et tout d'un coup cette révolte se réalise et l'espoir renaît, et les gens se manifestent à nouveau. Des gens qui ne voulaient plus se manifester dans le cadre traditionnel trouvent une occasion de le faire.

Les Gilets Jaunes sont de toutes les classes sociales, il n'y a pas que des "exclus", des gens au RSA... Il y en a aussi, bien entendu, mais ce sont des Français des classes moyennes et populaires. Il n'y a pas de Gilet Jaune des classes supérieures. On est pour beaucoup des "working poors", réduit à cette précarité par la politique fiscale de Macron. Pour nombre d'entre nous 50€ de différence par mois c'est énorme, et nous sommes des millions comme ça.

La combinaison des 80 km/h sur les nationales et des taxes sur le gazole ont été le déclencheur, donnant naissance à un mouvement beaucoup plus large ensuite, qui reflète un ras-le-bol des gens du peuple pour les élites. Ça c'est vraiment le thème commun.

Comment, et c'est aussi la question que se pose Macron, va évoluer le mouvement? Qu'est-ce qui pourrait vous amener à être satisfaits, à rentrer chez vous?

Ça va être difficile de nous satisfaire puisque déjà nous avons obtenu gain de cause sur notre revendication de départ, la hausse de la taxe sur le gazole, mais ça n'a pas diminué notre motivation. Il y a toujours du monde, et les chiffres de la police sont faux. À chaque fois je vois plus de monde. Je pense que ces chiffres sont manipulés.

Nous sommes des gens qui en ont marre de Macron et de tout ce qu'il représente. Et je pense que seules des élections à la proportionnelle pourraient nous calmer. Ça fait partie des doléances que j'ai entendu le plus souvent. Les médias ne le remontent pas. Le système d'élection avec sa majorité à deux tours est parfaitement inique. C'est un scandale. Beaucoup de gens ne sentent pas représentés et ils en retirent de la frustration. Tout est fait pour qu'une grande partie du peuple ne soit pas représenté, et donc pas écouté. Une frustration immense. La "démocratie représentative" ne représente qu'une partie des électeurs, ceux de Macron.

Mais de la même façon que Macron n'accepterait jamais de démissionner, il n'acceptera jamais de dissoudre une Assemblée Nationale qui lui est complètement inféodée...

Il reprendrait la place qu'il mérite, autour de 20% de l'électorat, mais c'est vrai qu'en tant qu'être assoiffé de pouvoir il ne pourra probablement pas avaler un truc pareil.

Ça va durer jusqu'à la fin de son mandat alors?

Je pense que ça va durer. On a déjà passé à la pause de Noël... Je pense que c'est installé pour longtemps. Il y aura des variations dans le nombre, mais il y aura toujours un nombre minimum pour maintenir la pression. J'en suis convaincu. Le mouvement spontané et décentralisé n'a pas de leader, on ne peut pas identifier des gens à corrompre et à retourner.

Macron a bien une tactique pourtant pour écarter les "têtes d'affiche", les Gilets Jaunes les plus actifs sur Facebook: la méthode soft ou la méthode hard. La méthode soft consiste à approcher la personne et lui demander de faire sa liste pour les Européennes, qui est une élection qui ne compte pas, on est d'accord, en s'appuyant sur des satellites du pouvoir comme Tapie pour faire diversion. La méthode hard c'est carrément de viser les leaders. On a eu le cas avec Jérôme Rodriguez il y a quelques jours [peu calmé par l'expérience, NdA], c'était un véritable guet-apens. On balance une grenade assourdissante pour les foutre par terre et ensuite on leur tire comme par hasard dans l’œil. Si ça ce n'est pas une exécution voulue par les forces de l'ordre, qu'est-ce que c'est?

Je pense qu'il y en aura d'autres. Même s'ils abattent des leaders, d'autres émergeront.

Le mouvement continue, Macron fera semblant de céder du terrain sans rien lâcher sur l'essentiel, et donc ça va continuer, ça va continuer. On ne lâche rien. Moi je continue. Ça m'a énormément plu - c'est la première fois que je me retrouve comme ça dans un mouvement authentiquement populaire, qui dépasse les clivages droite-gauche et qui vise à obtenir le respect d'une partie de la population sans arrêt humiliée.

16 février 2019

Le Venezuela, une expérience réussie de socialisme

Pour comprendre d'où vient le Venezuela et ce qu'il est devenu aujourd'hui, il faut arriver à dire la vérité, à donner son nom au mal qui le frappe, car ce mal a un nom. La division entre l'époque bénie de Hugo Chávez et l'époque horrible de Nicolás Maduro n'a aucun sens. La trajectoire fatale est restée inchangée tout du long. Si Chávez n'était pas mort emporté par un cancer en 2013, le pays serait exactement dans le même état en 2019.

L'erreur que font beaucoup de gens - aidés en cela par des médias désireux de ne pas ternir des complices idéologiques - est de croire que le désastre vénézuélien serait lié à une combinaison d'incompétence et de bêtise. Ils ont tort. Le régime socialiste du Venezuela a perpétré le plus grand cambriolage de l'histoire et l'a exécuté à travers un plan parfaitement conçu.

Ce plan était de récupérer la richesse d'un pays entier pour la mettre entre les mains d'une poignée de leaders politiques à travers le pillage économique systématique, la destruction de la monnaie et l'appropriation de la compagnie pétrolière nationale. "Ce qui est arrivé au Venezuela n'est ni un désastre ni un accident - c'est le socialisme" explique Daniel Lacalle.

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"Une réussite de la révolution bolivarienne", proclame un slogan socialiste devant
un grand magasin aux étals pratiquement vides (cliquez pour agrandir)

Il est important de démonter les mensonges de la propagande du régime.

Le blocus imaginaire. Maduro est prompt à dénoncer les États-Unis et leur "blocus" comme responsables de l'effondrement économique du pays, mais les États-Unis sont aujourd'hui encore un des plus grands partenaires commerciaux du Venezuela. Le commerce entre les deux pays crût encore de 9% en 2018. Le Venezuela dispose d'accords de commerce bilatéraux avec plus de 70 pays. Le Chavisme, comme le Castrisme à Cuba, manipule ses partisans en leur faisant croire que les sanctions organisées contre l'élite politique du régime et l'utilisation frauduleuse des réserves financières du pays est un "blocus". Mais le seul blocus dont souffre le Venezuela est celui instauré par le Chavisme contre ses citoyens.

La fausse excuse des prix du pétrole. De tous les pays de l'OPEC, le Venezuela est le seul à souffrir d'une dépression économique et d'hyperinflation. Tous les pays producteurs de pétrole ont adapté leurs économies aux fluctuations des prix sans tomber dans la destruction économique et la pauvreté généralisée créée par le Chavisme au Venezuela. Chávez avait coutume de prétendre que "si le prix du pétrole tombe à zéro, le Venezuela ne souffrira même pas d'une crise". Mais ce ne fut même pas nécessaire. Le Venezuela gaspilla les revenus pétroliers de la première décennie sous l'égide de Chávez, lorsqu'ils prirent l'ascenseur de façon exponentielle, et détruisit toute trace de richesse après.

Le véritable coup d'état. Le seul coup qui fut perpétré est celui de Maduro lorsqu'il manipula des résultats électoraux qui ne furent d'ailleurs pas reconnus par la majeure partie des pays occidentaux, avec un mécanisme électoral dictatorial dont les résultats ne furent même pas acceptés par Smartmatic, la société en charge du système de vote. Le Chavisme a perverti les mécanismes de la démocratie pour réduire au silence et détruire l'Assemblée Nationale, et perpétuer le pouvoir de Maduro à travers des élections frauduleuses.

L'explication habituelle du "faux socialisme". Beaucoup de gens affirment que le régime du Venezuela n'est pas le véritable socialisme. Pourtant, si on peut caractériser le régime vénézuélien d'une quelconque façon c'est bien par son application parfaitement orthodoxe des recommandations et des pratiques préconisées dans les textes du socialisme, attaques systématiques contre le droit de propriété et collectivisation des moyens de production. Elles furent établies noir sur blanc dans le Plan Socialiste National 2007-2013: expropriation des sociétés privées, utilisation de la puissance des compagnies nationales à des fins politiques, contrôle des prix et création massive de monnaie.

Le casse du siècle

L'effondrement économique du Venezuela est le plus grand cambriolage de l'histoire. Il s'est fait selon trois angles différents.

Premier vol: l'expropriation. Le Centre pour la Diffusion de la Connaissance Économique (Cedice - Center for the Dissemination of Economic Knowledge) estime que plus de 2'500 sociétés ont été nationalisées de force par le régime Chávez-Maduro. La vaste majorité de ces entreprises sont maintenant en banqueroute, dévastées par une gestion socialiste. L'ONG Transparencia Venezuela, dans son rapport sur les sociétés propriétés de l'État au Venezuela, décrit la gestion de ces compagnies comme "catastrophiques", celle-ci reposant sur des critères politiques et idéologiques. Le résultat est évident: "au lieu d'augmenter la production, elle a diminué."

Deuxième vol: le détournement de Petróleos de Venezuela SA (PdVSA). En 1998, PdVSA produisait 3 millions et demi de barils par jour. Maintenant elle ne parvient plus à atteindre 1,3 millions. Dans l'intervalle, le gouvernement a multiplié le nombre d'employés, licenciant de nombreux ingénieurs vénézuéliens compétents pour les remplacer par des complices politiques du régime. La compagnie nationale passa de 25'000 employés en 1998 à 140'000 en 2017.

Petróleos de Venezuela devint, d'une des plus efficaces et des plus importantes compagnies pétrolières du monde, un désastre à deux doigts de la faillite. L'examen de leurs documents financiers montre que le gouvernement draina jusqu'à 12 milliards de dollars certaines années pour financer des projets politiques, détruisant la trésorerie, le bilan et le futur de la société. Ces fonds disparurent dans un réseau de clientélisme et dans les comptes off-shore des leaders du régime. Mais l'augmentation brutale des coûts, la déchéance spectaculaire des capacités de production et le pillage des caisses par les politiciens amena la société à s'endetter à hauteur de plus de 34 milliards de dollars, alors qu'elle était financièrement une des plus saines et une des plus profitables du monde.

Troisième vol: les salaires et l'épargne. L'inflation est la taxe la plus ignoble qui soit sur la pauvreté, réduisant à la misère absolue les éléments les plus faibles d'une société. Les conseillers économiques du régime de Chávez répétèrent sans relâche que "d'imprimer de la monnaie pour le peuple ne créerait pas d'inflation". La quantité de monnaie en circulation a augmenté exponentiellement, de 3'000% rien qu'en 2018 par exemple, détruisant tout pouvoir d'achat associé à cette monnaie.

La stratégie est simple et s'inscrit totalement dans la doctrine socialiste: le gouvernement augmente massivement ses dépenses, les subventions et l'emploi public. Il finance le tout en imprimant de la monnaie et en empruntant, tout en clamant que tout est sous contrôle parce que les responsables du Parti le décrètent ainsi. Ensuite, l'État ravage l'économie en nationalisant les entreprises, détruisant l'initiative privée et imposant des prix intenables car inférieurs aux coûts de production, non seulement pour des motifs démagogiques mais aussi à cause de la perte de pouvoir d'achat de la monnaie.

Ainsi, l'économie entre dans un cercle vicieux d'autodestruction. Le gouvernement dépense toujours plus en montants absolus. Il finance son budget en imprimant de plus en plus de monnaie sans valeur pendant que ses réserves de devises étrangères s'évaporent. La monnaie se résume à des morceaux de papiers portant des montants astronomiques, mais qui ne suffisent même plus à acheter du pain.

Conséquences locales et régionales

Les Socialistes clament toujours la main sur le cœur qu'ils se préoccupent d'égalité, mais parviennent à des résultats exactement opposés. Le Venezuela est aujourd'hui le pays le plus inégalitaire de toute l'Amérique Latine (ENCOVI, 2017) en plus d'être l'un des plus pauvres. En 2014, la pauvreté extrême atteignait 23,6% de la population ; en 2017, cette proportion monta à 61,2%. La pauvreté "simple" affectait 87% de la population en 2017, selon une étude de l'Université Centrale du Venezuela et de l'Université Simon Bolivar. Avec un indice de liberté économique de 25.9 calculé par l'Heritage Foundation, l'économie du Venezuela se classe en 179e position du classement 2019 - une des économies les moins libres du monde. Selon cette étude:

"L'impression de monnaie pour combler les déficits publics, associés au mauvais management d'une industrie désormais dominée par l'État, a amené à l'hyperinflation et à des pénuries de devises étrangères, de biens de consommation de base, à une dévaluation massive, et à l'effondrement de la production industrielle. Un plan économique lancé en août 2018 a inclus notamment le retrait de cinq zéros des montants scripturaux, une dévaluation massive et encore une augmentation de grande ampleur du salaire minimum au sein d'un interventionnisme politique extrêmement présent, d'un lourd contrôle étatique de l'économie, et d'un mépris total de l'État de Droit."


Pendant la dictature de Maduro l'inflation a atteint un million de pourcents et le FMI estime qu'elle sera de dix millions de pourcents fin 2019. Ces taux sont difficiles à appréhender. Ricardo Hausmann, professeur à l'Université de Harvard, illustre cette destruction de valeur par l'impression de monnaie: "Lorsque Chávez vint au pouvoir, le dollar était à 0.547 bolivars. Lorsque Maduro arriva au pouvoir, il était à 26 bolivars, une multiplication par 48. Maintenant Maduro a dévalué le bolivar à 6'000'000 contre un dollar, 231'000 fois plus que lorsqu'il est arrivé au pouvoir, et onze millions de fois plus que lorsque Chávez est arrivé au pouvoir". Après plusieurs augmentations d'un "salaire minimum" libellés en Bolivars sans valeur, les joyeux (et rares) bénéficiaires d'un emploi au Venezuela peuvent donc vivre avec l'équivalent de 17 dollars par mois... Mais tout ceci a été fait "dans l'intérêt du peuple", cela va de soi.

La descente aux enfers du Venezuela a amené à la ruine de millions de personnes. Les enfants vénézuéliens meurent littéralement de faim, on mange les animaux des zoos, la violence règne désormais partout, et plus de 7% de la population a fui le pays. Mais l'argent perdu ne l'a pas été pour tout le monde. Selon l'Assemblée Nationale, plus de 300 milliards de dollars américains ont été détournés par les caciques du régime et leur corruption, alors que le pays sombrait dans la pauvreté de masse et voyait son économie dévastée. Le socialisme mis en pratique, comme toujours.

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Le Venezuela est un tel paradis socialiste qu'il est nécessaire de bloquer les voies d'accès avec des containers pour empêcher l'aide internationale contre-révolutionnaire de pénétrer dans le pays (photo d'écran reportage ABC)

Le parcours "sans faute" du Venezuela le long de la trajectoire du socialisme permet de comprendre l'élan conservateur qui prend aujourd'hui toute l'Amérique du Sud. Sans même parler de la crise des réfugiés, le destin tragique des Vénézuéliens laminés, abêtis et affamés par le socialisme est un épouvantail qui éloignera les électeurs des autres pays de la région pendant au moins une génération - et peut-être plus, selon le temps qu'il faudra pour que le régime de Chávez et Maduro appartienne au passé et que le Venezuela se remette sur les rails. Il n'y a pas à chercher beaucoup plus loin la victoire d'un Jair Bolsonaro au Brésil, d'un Iván Duque Márquez en Colombie, d'un Mario Abdo Benítez au Paraguay...

Le prix à payer aura été exorbitant pour 32 millions de Vénézuélien, mais leur triste destin garde au moins une valeur d'exemple. On comprend d'autant mieux, en Occident, la propension des journalistes de gauche à éviter d'aborder objectivement le sujet du Venezuela, allant jusqu'à éviter de nommer le mal qui le frappe.

05 février 2019

Les sujets du 10 février

Le temps passe, et nous sommes déjà dans la dernière ligne droite d'une votation hivernale qui verra rejetée l'initiative des Jeunes Verts "Stopper le mitage".

"Stop-Mitage" un peu mité

C'est le seul objet au vote à l'échelle fédérale ; il attire donc à lui toute l'attention médiatique. Cela ne suffira pas à envoyer les citoyens en masse aux urnes. Les derniers sondages donnent l'initiative assez sèchement rejetée d'après la SSR, les citoyens de droite étant finalement "plutôt contre". La proposition des Jeunes Verts n'est soutenue franchement que par les mouvements les plus à gauche.

Il est intéressant de constater que les sympathisants de l'UDC sont les électeurs de droite les moins défavorables à l'initiative avec 30% de soutien (contre seulement 20% chez les Verts libéraux par exemple), contredisant l'étiquette tenace de Neinsager qu'on leur colle systématiquement. La préservation des espaces agricoles fait toujours mouche auprès d'une partie de cet électorat, même si l'initiative trouve son origine chez des bobos urbains qui dissertent sur la vie d'agriculteur bien plus qu'ils ne la pratiquent.

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Tout de suite les grands mots...

Mais ce n'est pas tout de rejeter un mauvais texte ; encore faut-il le refuser pour les bonnes raisons. C'est là que le bât blesse.

La campagne des adversaires repose sur une charge de mots-clés à connotation négative, allant qualifier l'initiative d'extrême jusque dans le nom de leur site web. On voit le métier des campagnes anti-UDC où l'important est plus de stigmatiser l'adversaire que d'apporter des arguments. Parce que niveau arguments c'est un peu le calme plat ; tout au plus reproche-t-on à l'initiative des Verts de ne pas respecter le fédéralisme (ok...) et surtout, d'être inutile parce que les effets de la dernière révision de la Loi sur l'Aménagement du Territoire (la "LAT 1") ne sont pas encore connus.

Si on suit le raisonnement, l'initiative est superflue parce qu'une loi fédérale a déjà les mêmes effets "extrêmes" et donc tout va bien?

Comme d'habitude, le débat politique en Suisse est un miroir aux alouettes, et l'opposition massive des partis du centre-gauche à l'initiative est liée à des raisons qui n'ont rien à voir avec les surfaces agricoles. Il s'agit de préserver la construction de logements et à travers elle l'accueil des populations étrangères introduites par la sacro-sainte libre-circulation - la croissance à tout prix par l'importation d'habitants allogènes.

Après, il ne s'agit pratiquement plus que d'un choix esthétique: choisirons-nous de nous entasser dans des alvéoles de béton avec vue sur des champs de patate, ou un étalement urbain laid et continu? Quelle stratégie pour le SimCity du zonage?

Les disputes sur la préservation des surfaces agricoles helvétiques n'auraient pas de sens si celles-ci n'étaient pas menacées. Elles le sont par la croissance démesurée du nombre d'habitants dans le pays, et sur cet aspect des choses, le peuple s'est déjà exprimé. En 2014, il a choisi de refuser l'immigration de masse. Mais cela dérangeait trop d'intérêts particuliers pour être fait ; alors, on laisse rugir l'incendie en discutant des différentes façons de se répartir la fumée: les clapiers vertigineux pour les Jeunes Verts et les Socialistes, les banlieues moches pour le trio PBD-PDC-PLR. Merveilleux choix.

Genève a mal aux dents

Un premier objet intéressant vient à Genève: une assurance dentaire obligatoire. Alors que les primes d'assurance-maladie sont la deuxième raison qui font basculer les Suisses dans la spirale de l'endettement - merci la gauche ! - les Genevois, toujours à la pointe, se proposent d'en rajouter une couche avec une assurance-dentaire obligatoire.

Mutualisation des soins, mieux-vaut-prévenir-que-guérir, quelques cafés par mois, ne vous inquiétez pas c'est les patrons et les méchantes caisses maladies qui payent, tout le baratin habituel nous est sorti par les protagonistes pour justifier que la population mette un nouveau doigt dans l'engrenage fatal. Les Vaudois ne seront pas surpris, eux qui ont eu droit aux mêmes salades avant de refuser la proposition à 57% il y a quelques années.

Mais voilà, Vaud n'est pas Genève, et le progressiste Canton du bout du Lac pourrait bien choisir une voie... intéressante, dirons-nous, le soir du 10 février. Le vote est d'autant plus ouvert que le capital-sympathie du PLR est en chute libre avec l'affaire Maudet, diminuant d'autant l'impact de son message. Je ne souhaite évidemment pas que les Genevois se retrouvent avec une nouvelle taxe dans les dents (pour reprendre un excellent slogan de campagne anti-assurance dentaire) mais si le Canton du bout du lac franchit le pas, il aura définitivement valeur d'exemple pour ce qui se passera ensuite.

Genève tente la laïcité

Ce dimanche, Genève va également tenter de se doter d'une loi sur la "laïcité", ce mot creux qu'on emploie désormais pour tenter de limiter la propension du prosélytisme musulman à envahir l'espace public. Le résultat est un compromis très genevois tentant de coucher sur le papier quelques règles élémentaires de vivre-ensemble, comme de proscrire les signes religieux pour les employés de l'Administration. Mais uniquement ceux qui sont en contact avec le public, attention. Le prosélytisme doit pouvoir se poursuivre à l'interne, pourvu qu'il soit à l'abri des regards.

Ce "compromis", porté à titre politiquement posthume par le très souple Pierre Maudet, est combattu par la gauche officielle, la perspective alléchante de s'attirer le vote musulman intégriste l'emportant sur le risque de victimes collatérales (homosexuels, juifs et autres minorités stratégiquement secondaires).

On contemplera par exemple une des affiches des opposants à cette loi:

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Où est Charlie (-Hebdo)? Cliquez pour agrandir et compter les voiles...

Comme d'habitude, les gauchistes tombent dans le piège habituel des islamistes pour lesquels seules les femmes portant le voile sauraient être de bonnes musulmanes. Pour les Camarades, il fait bon défendre le patriarcat de temps à autres. D'ailleurs, M. Ramadan est contre cette loi et s'en épanche... dans les colonnes du Temps, vous l'aviez deviné. Non, pas Tariq le violeur en série ; son doux frère (-musulman) Hani, celui qui aimait et aime toujours la lapidation des femmes adultères.

Avec des parrains comme ça, qui peut hésiter, je vous le demande?!

Ce dimanche, une fois acté le rejet de l'initiative stop-mitage, il sera temps de s'attarder sur les résultats des votations de Genève.

Mise à jour (10 février): les votations ont donc eu lieu. L'initiative stop-mitage a été rejetée comme prévu. On notera que les Cantons ruraux l'ont sèchement repoussée tandis que le Oui a été le plus fort dans les Cantons les plus urbains, comme Genève - témoignant que l'idée de la campagne a plus séduit que la connaissance de la campagne par ceux qui la vivent au quotidien.

Parlant de Genève, le Canton du bout du lac aura rejeté l'initiative dentaire et accepté la loi sur la laïcité. Ces mesdames voilée vont devoir ranger leur accessoire au placard lorsqu'elles travaillent dans l'administration ou siègent en tant qu'élues. On attend de voir si elles tenteront de braver l'interdit, et quelle sera alors la réaction des autorités.