09 juin 2019

Célébrations

Le mois de juin est celui des célébrations - particulièrement cette année. Faisons le tour de quelques-unes des nombreuses festivités de 2019.

Les 30 ans de Tiananmen

Voilà la commémoration la moins célébrée du mois - le trentième anniversaire du massacre de la place Tiananmen à Pékin face à des étudiants qui voulaient, comme les peuples d'Europe de l'Est face à l'URSS, que leur pays desserre l'étau du totalitarisme communiste. Il n'en reste guère qu'une photo, devenue célèbre, celle d'un étudiant chinois faisant face à une colonne de chars d'assaut (et écrasé par ces derniers peu après). Mais il fut loin d'être le seul. Le 4 juin, quelques 200'000 soldats de l’Armée de libération du peuple furent déployés pour participer au massacre.

Les estimations des victimes varient, entre 286 (selon les officiels chinois) et 10'000 ; et entre ‎7'000 et 10'000 blessés - comme cet ancien étudiant de l'époque qui eut les deux jambes broyées par un char et qui cherche encore à connaître le nom du conducteur qui lui infligea cela, et le responsable qui avait donné cet ordre. Le nombre d'arrestations d'opposants politiques et le volume des purges qui s'ensuivirent n'est évidemment pas connu.

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Le mouvement Tiananmen reste un sujet tabou en Chine, banni des mondes académiques et de la culture populaire. Même le nombre réel de morts et de blessés reste inconnu.

Immédiatement après les arrestations massives et les purges dans tout le pays, le Parti Communiste Chinois (PCC) mit au point un récit décrivant le mouvement Tiananmen comme un complot occidental visant à affaiblir et diviser la Chine. Rapportant à l'Assemblée populaire nationale le 30 juin 1989, le maire de Beijing, Chen Xitong, affirma que le mouvement était "planifié, organisé et prémédité" par ceux qui "s'unissent à toutes les forces hostiles à l'étranger et dans des pays étrangers pour lancer une bataille contre nous jusqu'au dernier."

La justification officielle de la répression était que les étudiants auraient été des "contre-révolutionnaires" menaçant la stabilité et la prospérité du pays. Pourtant, en 1989, ils espéraient que le régime se transformerait. Ils ne cherchaient pas à changer de régime, ils demandaient simplement au PCC de respecter ses idéaux [communistes]. Leurs actions étaient enracinées dans la tradition chinoise de la dissidence confucéenne: aider les dirigeants à s’améliorer, sans chercher à les renverser. (...) [Mais] puisque le PCC prétendait incarner la révolution, quiconque le critiquait serait qualifié de contre-révolutionnaire. Aujourd’hui, la Chine accuse ses détracteurs de «subvertir l’État», mais elle repose essentiellement sur le même chef d’accusation. (...)

Être idéaliste en Chine, c'est être égoïste envers ses proches. Vous choisissez de vous battre pour votre cause, de défendre vos principes et d'être prêt à en payer le prix - mais souvent, les membres de la famille en subissent les conséquences. Interdire aux enfants d'avocats spécialisés dans les droits de l'homme d'aller à l'école en est un exemple frappant.

Trois décennies plus tard, les mères des victimes de Tiananmen ne peuvent toujours pas pleurer ouvertement leurs enfants et les étudiants manifestants exilés se voient interdire de rentrer chez eux, même pour les funérailles de leurs parents. De nombreux partisans plus âgés du mouvement, des intellectuels libéraux des années 1980, sont morts en exil.


Si quelques médias ont fait le minimum syndical en évoquant brièvement ce douloureux épisode de l'histoire du totalitarisme communiste, les politiciens brillent par leur silence à ce sujet. Il ne faut pas fâcher les honorables communistes chinois pour ces peccadilles vieilles de quelques décennies.

Les 75 ans du Débarquement

Le 6 juin 1944 à l'aube l'opération Overlord commença - la plus grande opération militaire de tous les temps. Plus de 132'000 soldats et 23'000 parachutistes furent débarqués sur les côtes normandes (73'000 Américains, 61'000 Anglais et 21'000 Canadiens pour l'essentiel) pour débarrasser le continent européen de la barbarie nazie. Les combats furent d'une extrême violence ; 4'400 d'entre eux périrent dans les 24 premières heures.

Là encore, la couverture médiatique brille par son absence. Il y a de nombreuses raisons à cela - la présence de l'infréquentable Trump aux cérémonies, même si son magnifique discours montre une fois de plus la mauvaise foi totale de ses détracteurs. Le sujet s'inscrit contre l'idée martelée d'une Europe unie (sans doute l'était-elle sous la botte de Hitler) et rappelle qu'il n'y a pas si longtemps encore les pays européens avaient été en guerre les uns contre les autres ; pourtant, les chefs d'États ne ménagent pas leurs efforts pour la réconciliation, comme le montre ce tweet britannique:

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Les leaders des nations qui "prirent part" au Débarquement...

Pourtant, pourquoi rester discret sur cette commémoration? Il s'agit d'un épisode décisif de la Seconde Guerre mondiale. Dans une époque où certains voient des néo-nazis et l'ombre de l'extrême-droite partout, pourquoi ne pas faire davantage la promotion de l'anniversaire d'un événement où de vrais combattants de la liberté venaient en Europe botter le train de vrais nazis pour les chasser du pouvoir et les éliminer?

Le mois LGBT

La libération de l'Europe méritait sans doute une journée de temps en temps, mais la promotion des pratiques sexuelles d'une minorité mérite quant à elle un mois entier - et tous les ans s'il vous plaît.

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Vous avez gagné un jour de reconnaissance / Vous avez gagné un mois de reconnaissance

Le mois de juin est donc celui de la fierté LGBT (à l'origine seulement homosexuelle mais on est désormais plus "inclusif", en attendant des pratiques sexuelles toujours plus variées). Les manifestations de revendications sexuelles se parent immanquablement d'autres revendications à teneur politique, cristallisées comme il se doit par quelques pancartes anti-Trump.

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Outre l'incongruité d'un message de haine au milieu d'une manifestation censée plaider pour l'amour inconditionnel et inclusif, Trump se révèle être sans doute le Président le plus gay-friendly de toute l'histoire des États-Unis, mentionnant officiellement le mois de juin comme celui de la fierté LGBT. Il nomma d'ailleurs aussi un ambassadeur américain ouvertement gay en Allemagne. Ces deux actes suffisent à le rendre infiniment plus ouvert d'esprit que son prédécesseur Barack Obama qui, sans doute à cause de son passage dans une madrassa en Indonésie, se montra toujours beaucoup plus réservé face à la cause homosexuelle.

Rappelons à toutes fins utiles que l'islam se marie assez mal avec la cause LGBT. Le détail a une certaine importance puisque la population musulmane ne cesse de grandir (en nombre, en visibilité et en revendications) dans les pays occidentaux, ce qui risque de rendre les célébrations du mois de juin de plus en plus difficiles à tenir les années qui viennent - en Occident, seul endroit où elles soient possibles en premier lieu. Il suffit d'entendre un sympathique musulman de Toronto expliquer ce qu'il en est sur YouTube pour comprendre les difficultés auxquelles les sexualités les plus exotiques feront face dans un avenir proche: "Mettre à mort les homosexuels peut sembler un peu "injuste", mais c'est la loi de la Sharia." CQFD.

La grève des femmes

Sans même entrer dans une discussion identique pour le dernier événement recensé dans ce billet - essayez de faire la Grève des Femmes à Jeddah - la Grève des femmes, puisque c'est ce dont il s'agit, aura lieu le 14 juin, au milieu d'un mois déjà passablement chargé. Pourquoi le 14 juin? Selon la communication officielle, il s'agit de faire grève à partir de 15h24, sont invitées à cesser de travailler pour marquer l’heure de la journée à partir de laquelle elles ne sont plus payées, selon les statistiques de la différence salariale entre hommes et femmes. On peut aussi faire grève toute la journée, bien sûr.

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Les femmes sont nombreuses à s'afficher sur le site de la centrale syndicale. (photo d'écran)

Évidemment, la grève est regardée avec bienveillance par l'administration et les employeurs publics. Comme d'habitude en Suisse, l'activisme du moment offrira un répit à des femmes dans des positions privilégiées tandis que les familles du secteur privé devront s'organiser pour garder leurs enfants, et ce sont probablement d'autres femmes qui en pâtiront.

Il y a huit ans déjà je décrivais la faiblesse du raisonnement inhérente à toutes les revendications sexistes ayant trait au salaire. Si on accepte le postulat de base, à savoir que les femmes recevraient moins d'argent que des hommes pour fournir exactement le même travail, pourquoi les employeurs ne remplacent pas immédiatement tous les hommes par des femmes pour économiser en coût de main-d'œuvre? 

Il n'y a pas cinquante façons de se sortir de cette incohérence. Soit le postulat de base est faux (statistiques biaisées ou incomplètes) soit on verse dans le complotisme le plus ridicule (les employeurs se mettent d'accord en secret pour discriminer les femmes… Et acceptent au passage que leur main-d'œuvre leur coûte plus cher qu'elle ne devrait). Seule ligne de défense de celles et ceux qui n'en n'ont aucune, on rétorquera que c'est là un raisonnement d'homme, mais je préfère prendre cela comme un compliment.

Il serait sans doute cynique de percevoir la Grève des Femmes comme un énième avatar du marxisme culturel visant à diviser la société de toutes les façons possibles afin d'instrumentaliser des groupes (ici, les femmes) pour servir des objectifs politiques gauchistes. D'ailleurs on le voit à toutes ces élections où un homme est opposé à une femme, les mouvements féministes se rassemblent spontanément derrière la candidature féminine, comme dans le second tour de l'élection présidentielle française où Marine Le Pen fut opposée à Emmanuel Macron… Ah, on me souffle dans l'oreillette que non.

Bref, entre les trente ans du massacre de Tiananmen, les trois quarts de siècle du Débarquement, le mois de célébration LGBT ou la Grève des Femmes, gardez un œil sur ce que les médias choisissent de célébrer ; c'est un précieux indicateur de leur idéologie.

Commentaires

Dans le mille, une fois de plus!
Merci Stéphane, c'est toujours un réel plaisir de vous suivre !
Cordialement
Otto West

Écrit par : Otto_West | 09 juin 2019

Depuis la Révolution Culturelle (1966-1976), il n’est plus nécessaire d’obtenir l’autorisation de défiler dans les rues ou de s’assembler place Tiananmen. Par contre, la place est devenue le lieu privilégié où les discussions s’engagent naturellement pour juger les événements du passé, pour commenter les articles parus dans le Quotidien du Peuple ou pour manifester à propos de n’importe quel sujet. Mais dès le moment où manifester n’est plus une obligation politique, comme ce fut le cas dans de la décennie précédente, cela va devenir une forme d’expression démocratique consacrée.
En avril 1976, à la Fête des Morts, affrontements sur la place lors d’une commémoration spontanée au lendemain des funérailles de Zhou Enlai, réprimée par la faction au pouvoir. Mais lors de l’arrestation de la Bande des Quatre, en octobre de la même année, une manifestation de grande ampleur réunit tout une population soulagée.
Il faut savoir qu’à Beijing se concentre le pouvoir et les luttes entre familles politiques font rage: au gouvernement, l’opposition entre réformateurs et conservateurs est active depuis la mort de Mao Zedong (9 septembre 1976); étudiants et intellectuels se rangent naturellement du côté des réformateurs, alors conduits par Deng Xiaoping.
Le 9 décembre 1985, date anniversaire de l’invasion de la Mandchourie par les Japonais, manifestation contrastant avec les bonnes relations commerciales que le gouvernement chinois entend développer avec le Japon, mais à l’encontre du fort ressentiment animant la population.
Dès ce moment, la contestation devient un moyen sporadique d’expression et, en automne 1986, les étudiants commencent à se plaindre de leurs conditions de vie. A partir du 1er octobre, étudiants et citadins protestent contre une hausse générale des denrées alimentaires (le prix du riz double) destinées à améliorer le revenu des paysans. Ils ont trouvé en Hu Yaobing, alors chef du Parti, une attention bienveillante; mais ce dernier fera les frais de l’agitation.
Avril 1989, peu après la mort de Hu Yaobang dans des conditions jugées douteuses, des tensions ravivent la colère de la population, alors que la fracture entre Li Peng (Premier Ministre issu de la vieille garde et fils adoptif de Zhou Enlai) et Deng Xiaoping (ancien réformateur devenu "de facto" chef de la R.P.C.) est consommée : les étudiants vont occuper la place en réclamant davantage que les 4 modernisations proposées par Deng, ainsi qu'une lutte plus soutenue contre la corruption; jusqu’au 4 juin fatidique où Deng, trompé par ses adversaires ou victime de ses propres terreurs, ordonnera une mise au pas qui va déraper.
(Texte du 6 avril 2010)

Écrit par : rabbit | 09 juin 2019

Fameuse idée de nous inviter à ne pas entrer dans un été meurtrier, en dénonçant le bachotage hors-sujet des médias.
Vrai que l’accumulation de fêtes, qui n’en sont guère, ne parviennent à vous faire oublier celle de la St-Jean.
Vrai également que les commémorations, se voulant superproductions, parviennent à nous faire perdre le fil de l’histoire, avec des acteurs qui n’en sont guère.
Qu’un vétéran, n’ayant perdu la mémoire pour livrer un texte à la gloire des militaires, soit conspué par les soi-disants assiégés de notre belle époque libertaire, démontre que le monde a besoin de devoirs de vacances, pour ne pas -une fois de plus- rater sa rentrée.
M. Montabert vous avez toutes les raisons de nous prendre pour de fameux cancres, en répétant vos leçons…

Écrit par : Yes-Comment | 10 juin 2019

Comme chacun sait, ou devrait le savoir, l'islamisme n'est pas l'islam, et les djihadistes, pas davantage des musulmans.
De la même façon, les nazis n'étaient pas des Allemands, d'où la présence de Merkel.
Et si c'était à refaire, soyez bien certain que celle-ci serait la première à débarquer sur les plages de Normandie.

Écrit par : AP34 | 10 juin 2019

@AP34: oui oui, comme les fameux régiments allemands de guérilla anti-SS qui luttaient de l'intérieur pour faire tomber le régime nazi.

Ah, on me fait signe qu'ils n'ont jamais existé. Toutes mes excuses.

Écrit par : Stéphane Montabert | 14 juin 2019

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