23 août 2019

Le fruit bien mal défendu

L'UDC vient de lancer en fanfare sa campagne pour les élections fédérales de l'automne, avec une affiche tout à fait explicite: les vers sont dans le fruit. Et ils se gavent.

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Selon un scénario tellement éculé que 24 Heures le décrit en même temps qu'il tombe dedans, les glapissements d'horreur envahissent les médias. Roulant la charge avec des yeux fous, les rédactions romandes rivalisent d'inventivité pour expliquer tout le mal qu'elles pensent de cette affiche - que la plupart des gens découvrent dans leurs pages. Ce faisant, elles font gratuitement le buzz pour le parti libéral-conservateur.

Au Matin, on fouille dans les archives. On aurait pu trouver la trace du ver dans le fruit dans des livres ou même une affiche de mai 68 mais non: le visuel reprend, évidemment dirais-je, l'imagerie d'une affiche nazie des années trente, dont tout le monde se rappelle bien évidemment. "Une caricature (...) où le ver dans la pomme n'est autre que le juif qu'il faut éradiquer. La suite, on la connaît", explique le pigiste de service avec la subtilité d'un soldat au pas de l'oie.

Diantre! Une pomme, des vers, et hop, Auschwitz? Il me semble que quitte à étudier l'histoire pour éviter le retour de la Bête Immonde au Ventre Fécond, l'examen des programmes d'autres mouvements politiques comparé au programme nazi pourrait être plus parlant qu'une affiche. À ce petit jeu des proximités idéologiques avec le parti à la croix gammée je doute que l'UDC arrive en tête. Mais au cours de leur formation, les journalistes passent probablement plus d'heures à travailler leur mauvaise foi que l'histoire.

Par exemple, aucun d'entre eux ne posera la question qui fâche, l'à-propos de cette affiche. Pareille interrogation est taboue. Elle l'est d'autant plus que toute la classe politico-médiatique connaît la réponse. L'affiche va droit dans le mille.

Miam, miam

Les partis politiques et l'UE sont-ils des vers qui dévorent le fruit helvétique? Allez, sans se fouler, prenons quelques exemples en vrac.

À Genève, nous avons l'affaire Maudet, qui a décroché au mois de juin sa rente à vie. La carrière du politicien franco-suisse s'est arrêtée net depuis que les soupçons de corruption l'ont rattrapé, mais on ne pourra pas dire qu'il reparte les mains vides. Et avant qu'un triste sire ne vienne pleurnicher que ce type puant l'ambition dévorante à des kilomètres n'est qu'une erreur de casting du PLR, je rappelle que le parti lui a renouvelé sa confiance dans une assemblée générale extraordinaire. Pour rester dans le fruit, on se serre les coudes!

Mais attention, hein, en Ville de Genève, après quelques scandales de notes de frais, les magistrats "sonnent le glas de la rente à vie". On serre la vis. Un peu. Parce que les malheureux sortants qui ne bénéficient plus de la rente à vie continueront tout de même à toucher un demi-salaire (soit 10'000 francs par mois, à peine de quoi se payer l'eau minérale) pendant dix ans. Si le texte est approuvé par la commission des finances et le Conseil municipal. Mais qu'on se rassure! Si le texte franchit tous ces obstacles, il s'appliquera... Dès la prochaine législature. Les élus en place bénéficieront encore d'une rente à vie. Ouf, on a eu peur pour eux!

Dans les communes du Canton de Vaud on n'en est pas encore à oser la rente à vie - cela viendra sans doute - mais on découvre par exemple une simple augmentation de salaire à deux chiffres pour tous les membres de la Municipalité de Renens, jusqu'à 170'000 francs annuels pour le Syndic. Il fait bon régner sur une commune d'extrême-gauche. Et encore ne parle-t-on que du salaire de base! Tous les partis soutinrent cette augmentation "proposée par la Municipalité" en 2016, y compris le PLR ; seule l'UDC s'y opposa. Et ce n'est qu'un exemple parmi tant d'autres...

Dans le Canton de Vaud encore, on cumule les emplois au sein d'une même (et belle) famille de gauche. Mme Rebecca Ruiz est élue sans coup férir au Conseil d'État vaudois ; les électeurs sont passés comme chat sur braise sur son étrange contrat de travail au sein du Département vaudois de la formation alors dirigé par la socialiste Anne-Catherine Lyon. Un peu plus tard, par pur hasard, son mari élu socialiste Benoît Gaillard se retrouve promu à la Présidence de la Compagnie Générale de Navigation. Ça fait un peu tousser, mais pas plus que ça, et puis comme ils disent qu'il n'y aura pas de conflit d'intérêt, on les croit sur parole. Une chose est sûre, tous les salaires seront versés à la fin de chaque mois.

Et puisqu'il faudrait aussi parler de la Berne fédérale, rappelons la tentative de l'UDC de faire payer de leur poche les abonnements généraux dont bénéficient les élus (et bien d'autres, pourtant grassement payés!) et qui fut balayée par ces derniers! "Les élus sauvent leur AG de première classe", titrait alors la Tribune face au péril de perdre un privilège. Un vote au National enterra la motion de Lukas Reimann à 154 voix contre 28 - comme d'habitude, l'UDC contre tous les autres partis. "[Les économies s'élèveraient] à 600'000 francs si les parlementaires recevaient un AG 2e classe, elle atteindrait «des millions» si cette mesure était appliquée à tout le personnel de la Confédération", lança le St-Gallois, ce qui donne une idée de la quantité de fonctionnaires qui ne payent pas leurs déplacements.

L'Europe quant à elle a droit à ses courbettes, son milliard annuel de cohésion, le paiement du système SIS de Schengen, les accords bilatéraux léonins, le projet d'accord-cadre... En toute amitié avec les partis pro-UE du Parlement, c'est à dire tous sauf un.

On pourrait multiplier les exemples, parler des lobbies pharmaceutiques ou syndicaux, de la porosité des élus avec les conseils d'administration, de la corruption généralisée, des innombrables trafics d'influence, du commerce des permis de construire... Autant de pratiques confortées par un corps électoral apathique et naïf, dont le péché le plus affligeant est sans doute la confiance aveugle qu'il nourrit envers ses élus.

J'écrivais il y a quelques mois que la Suisse était un pays de cocagne, mais seulement pour certains, suivez mon regard. Ils s'y vautrent aussi confortablement, pardonnez-moi l'image, que des vers dans un fruit. L'image est choquante? Peut-être. Mais l'est-elle parce qu'elle est laide, ou parce qu'elle est vraie?

Commentaires

Si l'affiche UDC est effectivement particulièrement démagogique et volontairement provocatrice pour faire le buzz, vos justification pathétiques sont quant à elles aussi simplistes que ridicules.

Vos exemples n'ont, en effet, rien à voir d'autant que ce n'est ni les élus UDC, ni les affaires (plus ou moins sordides) à leurs propos qui manquent.

Bref, une fois de plus vous errez en cherchant ô combien laborieusement à défendre l'indéfendable.

Mais bon, ça à le mérite de m'avoir fait sourire en ce lundi matin de rentrée.

Écrit par : Armando | 26 août 2019

"Bref, une fois de plus vous errez en cherchant ô combien laborieusement à défendre l'indéfendable."
Je me demande quel est l'intérêt de publier de tels commentaires aussi stupides. Il n'y a pas d'arguments, juste un âne qui brait. Alors pourquoi ?

Écrit par : Géo | 26 août 2019

Dans la campagne actuelle, l'aspect le plus scandaleux est la mise sous tutelle des médias, tous les médias, par la gauche avec la mise en avant d'une seule problématique : le climat et le féminisme, les deux liés, si, si, on ne recule devant aucun sacrifice logique. La cause du féminisme fascistoïde (celui qui prétend urbi et orbi que les meurtres de femmes par leurs maris/amants dépassent en nombre les morts par tabac, accidents de voitures et je ne sais trop quoi : un mensonge à facteur 100 !) rejoint la cause des environnementalistes fascistoïdes (véganes, réchauffistes). Sauf que le point commun, c'est l'esprit fascistoïde, il serait bon de le souligner...
Le seul parti qui n'a rien à voir avec cette forme de fascisme, bien réel, c'est l'UDC. Petit paradoxe qu'il serait bon de souligner...

Écrit par : Géo | 27 août 2019

@Géo: "Je me demande quel est l'intérêt de publier de tels commentaires aussi stupides."

Les commentaires sur Internet sont un espace de liberté où chacun est libre de venir étaler son érudition ou sa médiocrité... Je laisse passer plus de 99% des commentaires postés sur ce blog.

Vous trouvez le commentaire d'Armando misérable? Fort bien, c'est aussi ce que je pense, mais pourquoi le réduire au silence pour autant? La majorité de mes lecteurs, dont j'ai l'orgueil de croire en l'intelligence, aura eu la même réaction que vous ; et au final ce genre de commentaire est parfaitement contre-productif pour la thèse de son auteur.

Ceci dit ce n'est pas une basse manoeuvre de ma part ; même moi j'aurais préféré plus de contenu ; mais on ne décide pas du talent de ses critiques!

Écrit par : Stéphane Montabert | 28 août 2019

"mais pourquoi le réduire au silence pour autant?" Parce qu'il n'y a pas la moindre trace d'argument. Alors à quoi bon ? Il y a plein de gens allergiques à l'UDC et ce n'est pas étonnant, vu le matraquage des médias qui fonctionne très bien sur les esprits faibles. Qui sont largement majoritaires, en tout cas dans les villes...

Écrit par : Géo | 29 août 2019

Et vous dites quoi de vos conseillers fédéraux qui défendent l'accord avec le MERCOSUR et qui n'est, on peut le dire sans honte, pas tellement à l'avantage des gens que vous prétendez représenter et défendre à longueur d'année?

Écrit par : Lefredo | 29 août 2019

@Lefredo: je parlerai du MERCOSUR (avec les majuscules si vous y tenez) lorsqu'il sera temps d'en parler. Genre, au minimum, lorsque l'on connaîtra le contenu de ce texte, qui n'est même pas finalisé à présent.

Dans votre empressement, vous peignez le diable sur une muraille qui n'est même pas sèche.

Écrit par : Stéphane Montabert | 29 août 2019

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