06 novembre 2019

Ne dites plus "salauds de pauvres", dites "circulation différenciée"

Genève étant à l'avant-garde de la vague saumâtre qui balaie la Suisse, son gouvernement a décidé d'interdire le centre-ville aux véhicules "très polluants".

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Embouteillage près de l'aéroport (image Wikipédia)

Comme l'explique La Julie, "le Conseil d’État genevois passe à l’action". Et quelle action! L'adoption, aujourd'hui, d'un "dispositif de restriction de la circulation à l’intérieur du périmètre de la moyenne ceinture en cas de pic de pollution atmosphérique." Poursuivons:

La mesure phare de ce dispositif se présente sous la forme d’une vignette qui devra être apposée sur le véhicule. Il y en aura six différentes, qui seront fonction de la «performance environnementale» dudit véhicule. Elles sont identiques aux vignettes, appelées CritAIR, que de nombreuses villes françaises ont adoptées, à l’exemple d’Annecy et, bientôt, d’Annemasse. Ce n’est pas anodin car les voitures immatriculées à l’étranger seront soumises aux mêmes mesures.

Ces macarons, valides durant toute la durée de vie du véhicule, donneront évidemment accès ou non à la zone urbaine selon le degré d’alerte pollution. Pour la catégorie des véhicules les plus polluants, ce sera simple: en cas d’alerte smog, quel que soit le niveau, ils ne pourront pas circuler à l’intérieur de la moyenne ceinture.


Bon prince, le Conseil d'État laissera aux automobilistes jusqu'au 31 mars 2020 avant de commencer à distribuer les amendes, on parle tout de même de 500 francs par infraction. Les professionnels, eux, auront même droit à deux ans pour changer leurs camions...

Alors, heureux?

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La petite zone soumise à réglementation... (cliquez pour agrandir)

La stupidité de la mesure laisse pantois, sans compter que Genève n'a même pas le privilège de faire dans la nouveauté.

Pour commencer, la mesure n'a aucun effet sur la pollution. Aucun. Parce que la pollution de l'air en hiver, liée aux conditions météorologiques (absence de vent et de pluie), vient essentiellement de l'industrie et du chauffage domestique, pour grosso-modo un tiers chacun. La part liée au transport tourne autour de 20% selon les études. De combien de pourcents descendra cette pollution lorsque la circulation au centre-ville sera frappée d'interdiction sélective? Le lien de cause à effet ne sera même pas mesurable - bien moins qu'une différence de température de 1° sur le chauffage domestique.

antonio_hodgers.jpgLa circulation différenciée risque même d'être négative pour la pollution, les automobilistes traversant habituellement le centre-ville décidant de faire des trajets plus longs pour contourner la zone interdite en provoquant au passage de nouveaux embouteillages... En revanche, pour les finances publiques, miam miam!

Mais surtout, la gestion de la circulation différenciée va rapidement virer au cauchemar pour tout un chacun.

Non seulement chaque automobiliste devra avoir son petit macaron officiel sur le pare-brise, mais il faudra en plus consulter chaque matin la météo pour se tenir au courant et savoir si le centre-ville est ouvert au trafic. Vous avez oublié d'allumer votre radio? Paf, 500 francs d'amende, ça vous apprendra à ne pas écouter les directives quotidiennes du Ministère de la Mobilité Heureuse.

Les touristes de passage seront-ils exemptés? L'aspect pratique devrait dire non, l'égalité devant la loi devrait dire oui (Juste pour rire, qu'en sera-t-il des voitures diplomatiques?) Dans les deux cas, d'innombrables problèmes pointent le bout de leur nez. L'exemption des touristes amènera immanquablement un tel lot de fausses déclarations que pratiquement tout le monde passera entre les mailles du filet, à moins d'un flicage encore plus poussé de l'utilisation de chaque véhicule.

L'égalité devant la loi obligera chaque véhicule à être soumis aux mêmes règles, mais ce n'est pas une mince affaire. Va-t-on réintroduire des douanes cantonales pour s'assurer que tout ce petit monde a bien sa vignette? Même ainsi, aucun maillage ne saurait être parfait. Les diverses déconvenues de pauvres hères venus de loin et matraqués d'amendes à leur grande surprise feront autant d'anecdotes dénonçant l'écofascisme et la bureaucratie genevoises - l'idéal pour finir de donner à cette ville la réputation qu'elle mérite.

Mais il y a plus ennuyeux que de savoir si une mauvaise loi s'applique à tous ou seulement à quelques-uns, c'est de savoir si on va y survivre.

Le calcul de la pollution des véhicules est très simple: les voitures plus récentes polluent moins que leurs homologues plus anciennes. N'oubliez pas: la couleur de la vignette évoluera avec les années... Autrement dit, les gens riches avec des voitures modernes auront les moyens d'éviter interdictions et amendes, qui frapperont de plein fouet les working poors avec leurs bagnoles d'occasion. C'est donc une mesure particulièrement anti-sociale. Elle l'est d'autant plus que les pauvres ont tendance à vivre en périphérie dans des zones où les logements sont moins chers, mais aussi plus mal desservies par les transports publics.

Pour ces gens, le message du Conseil d'État genevois est très clair: tant pis pour vous.

Sur le 20 minutes, dans un article encore ouvert aux commentaires, les réactions sont plutôt négatives, pour rester poli. Les gens semblent bien avoir compris à quelle sauce ils seront mangés. Florilège:

Greta mouvance
Bienvenue à l'écolodictature, Hodgers on votera certainement pas pour toi.

vivement la fin...
4 ans ce n'est pas long, mais avec la gauche verdoyante se sera pire que léternité... 10 centimes sur la carburant, 5 balles par ci, 40 balles par là et encore des taxes pour compléter les taxes on n'as pas fini de rire. Le plus comique dans ce foutage de gueule, c'est que pour couronner le tout, on nous servira de beaux discours sur la cherté et que l'on ne gagne pas assez pour vivre décemment dans ce pays.

Décompensation verte
La mise en œuvre sera plus polluante que la mesure elle même! Ils sont tombés sur la tête juste pour avoir bonne conscience !

immonde
C'est dégueulasse les jours de smog seuls les riches pourront rouler en faite.

Bien fait
Et voilà. Maintenant vous allez perdre lentement mais sûrement votre liberté. D'abord un macaron. Puis des normes qui vont devenir tellement sévère que seuls les véhicules électriques pourront rouler. La pollution baisse régulièrement depuis plus de cinquante ans mais ils changent les normes au fur et à mesure pour vous le cacher. Vous êtes pris. Maintenant ils sont au pouvoir et vous allez payer et régresser.


On se réjouit de voir l'application de cette nouvelle Genevoiserie... En attendant que le reste de la Suisse s'empresse de lui emboîter le pas, bien entendu. Le peuple suisse a voté pour "l'écologie", la voilà qui arrive.

Commentaires

Excellent article. Quelle triste politique!

Écrit par : Mère-Grand | 07 novembre 2019

Cela fait des années que je serine que l'écologie ne peut être que de droite. La démonstration va se faire de plus en plus clairement...
Ach, la page de Reiser sur avant/après à propos de la voiture, du ski, etc...avec les riches et après avec la foule des moyens pauvres...

Écrit par : Géo | 07 novembre 2019

@Géo: vous confondez "de droite" et "favorable aux riches", ce qui est une confusion assez grave je trouve, fut-elle répandue (et entretenue par la gauche).

Ceci dit, si vous affirmez que l'écologie ne peut être que favorable aux riches, j'abonde dans votre sens. La nature intrinsèque de l'écologie est la punition collective ; celle-ci ne peut frapper chacun qu'à travers des taxes et les interdictions, qui tueront les pauvres et la classe moyenne bien avant que les riches ne s'en incommodent.

On en revient toujours à l'indépassable sketch de Groland:
https://www.dailymotion.com/video/x3gamky

Écrit par : Stéphane Montabert | 07 novembre 2019

Je serais assez pour faire de Genève une ville-prison, strictement séparée de la Suisse par de hautes murailles, un peu comme dans "New-York 1997" de John Carpenter.
Une solution très pratique pour y déplace, pour très longtemps, tous nos gauchistes et autres libéraux-mondialistes.

Écrit par : UnOurs | 07 novembre 2019

Je suis parfaitement conscient que le programme politique de Marine Le Pen ressemble comme deux gouttes d'eau à celui du parti communiste français des années Georges Marchais mais je parlais de la droite AU POUVOIR. Nuance de taille, me semble-t-il. Quand Pinochet a renversé Allende, ce n'était pas pour partager les richesses nationales avec les plus pauvres, à mon avis...
(en espérant que vous aurez l'amabilité de publier ma réponse...)

Écrit par : Géo | 08 novembre 2019

En ce qui concerne les référence culturelles (même si elles sont dites "populaires" par certains), je me souviens de celle citée par Géo et découvre celle proposée par Stéphane Montabert.
J'espère que ce ne sont pas "les extrêmes /qui/ ses rejoignent", mais les "perspicaces". Si c'est le cas, je demande à m'y joindre.

Écrit par : Mère-Grand | 08 novembre 2019

« Cela fait des années que je serine que l'écologie ne peut être que de droite. »

« Géo: vous confondez "de droite" et "favorable aux riches", ce qui est une confusion assez grave je trouve, fut-elle répandue (et entretenue par la gauche). »


Non, non, non, j’abonde totalement dans le sens de Géo… vous ne parlez pas de la même chose.

Je pense aussi que l’écologie ne peut être que de droite, parce que la nature fonctionne sans états d’âme et sans dogmes. Un jour un tsunami, demain un tremblement de terre, en toute liberté, sans demander la permission…

De plus, on ne peut pas tricher avec la nature; elle remet naturellement les choses à leur place lorsque c’est nécessaire…

Les taxes et les salamalecs des humains elle s’en contre-fout.

Non, la nature n’est pas de gauche. C’est lorsqu’on observe la nature qu’on se rend compte que la gauche est… contre-nature.

Écrit par : petard | 08 novembre 2019

Vouloir faire rentrer l'écologie dans un système binaire droite-gauche n'a pas beaucoup de sens, en particulier sous nos latitudes où pour des objectifs électoraux cette notion a été entièrement exploitée au bénéfice d'un bord politique. Cela en a encore moins lorsque les discussions n'ont pas définies préalablement la signification de "droite" et de "gauche", ou qu'on parle de la nature elle-même...

Comment placez-vous dans ces deux boîtes l'étatisme, le centralisme, le bien, le mal, l'égoïsme, le collectivisme, la recherche du pouvoir, la protection de la nature, l'intérêt commun, la recherche de la prospérité, le conservatisme, la religion? Et il y en a des dizaines d'autres.

Comme il n'est pas possible dans le cadre de ces modestes commentaires de régler la question, merci de ramener ceux-ci sur la circulation différenciée.

Écrit par : Stéphane Montabert | 08 novembre 2019

Certes, mais la croyance en une religion et le choix d'un parti politique engagent le même processus cognitif décrit par Jean Piaget : le sujet, l'objet et la structure. Autant de théories peuvent résulter de la combinaison de ces éléments et du poids apporté à l'un ou l'autre. Cela peut aussi bien déboucher sur une représentation du monde idéaliste, qu'empiriste, constructiviste ou structuraliste: là, les différences deviennent sensibles et les oppositions plus marquées.
Quant à la circulation différenciée à Genève, c'est inutile : la ville est tellement petite que l'on peut tout faire à pieds.

Écrit par : rabbit | 09 novembre 2019

Bon, j'aimerais juste rappeler que la gauche est productiviste par essence. Et que cela se fait forcément aux dépens de l'environnement. Et je m'arrête là...

Écrit par : Géo | 09 novembre 2019

Du simple point de vue physiologique, le "pic de pollution" de type particules fines (on va même mesurer les particules ultra-fines!) n'a aucun sens, pas plus qu'un pic de pollution aux métaux lourds dans le poisson n'aurait le sens d'une toxicité extrême : c'est l'accumulation dans l'organisme qui est présumée être nocif, pas la vitesse d'exposition. C'est différent pour les produits qui causent une aggression traumatique comme les rayons UV, les gaz corrosifs, ou le bruit, ou même la lumière intense d'une soudure à l'arc électrique. Je ne suis pas toxicologiste mais je suis certain que la plupart de ces scientifiques, hors caméras, seront d'accord avec ça.

Et donc perturber la vie courante de beaucoup de monde juste pour marginalement écrêter un pic n'a aucun sens. En imaginant que les particules fines fassent la moitié des dommages qu'on leurs attribue!

Dans l'évaluation de la nocivité des différentes pollutions, à chaque étude qui mesure une exposition on peut être tenté d'attribuer une plus grande mortalité dans une zone polluée par X à X. Mais si on refait avec l'exposition moyenne (*) d'une autre substance Y, on retrouve la même corrélation - et les mêmes victimes. Parce qu'en général les zones industrielles très polluées par X sont aussi polluées par Y, même si ce ne sont pas les mêmes usines qui émettent X et Y :

- les usines sont concentrées dans certaines zones
- les phénomènes météos qui piègent X retiennent aussi la pollution Y

(*) évaluée à la grosse louche, on ne va pas poser des appareils de mesure en continu sur des milliers de personnes sélectionnées par instituts de sondages!

Donc ce sont les mêmes morts qui sont attribuées à X et à Y. Avec toutes les expositions qu'on sait mesurer, on devrait tous être morts, par addition d'ensembles.

Mais en math les ensembles non disjoints ne s'additionnent pas, il y a juste l'union d'ensemble. Les éléments qui étaient déjà dans le premier ensemble ne seront pas présents deux fois dans l'union de deux ensembles.

(Pour additionner les ensembles, vous devriez utiliser les multi-ensembles qui ont une vraie addition, et d'ailleurs on peut les utiliser pour représenter les entiers : 1 = [I], 2 = [I I], 2+2 = [I I]+[I I] = [I I I I], les enfants qui dessinent des batons en école primaire font des multi-ensembles. Faudrait-il passer par les multi-ensembles pour expliquer certains concepts comme les racines de polynômes? Il faut faire une votation sur les multi-ensembles!)

Écrit par : simple-touriste | 10 novembre 2019

J'ai l'impression que cette mesure relève essentiellement d'une (onéreuse) gesticulation.
- Avec l'amélioration constante de la qualité de l'air, le thème devient caduc.
- Déjà, les paliers d'intervention n'ont presque jamais été atteints ces trois dernières années.

Sources :
- Paliers d'intervention:
https://www.ge.ch/stick-air-circulation-differenciee/paliers-du-dispositif-anti-smog-genevois-restrictions-stick-air
- Rapport ROPAG sur la qualité de l'air à Genève, 2018
https://www.ge.ch/document/rapports-qualite-air-geneve-ropag

Écrit par : zamm | 10 novembre 2019

@Zamm: les paliers d'interventions sont baissés régulièrement, de sorte qu'il y ait toujours quelques jours d'alerte pollution par an. Lorsque la loi de circulation différentiée a été présentée, M. Hodgers a parlé d'une dizaine de jours d'alerte par an en moyenne.

Comme le disait par ailleurs un élu genevois à ce propos, "à quoi sert un système d'alarme qui ne se déclenche jamais?"

Écrit par : Stéphane Montabert | 10 novembre 2019

@Stéphane Montabert: oui, ce sera une tendance, mais n'oubliez pas que les limites étant fixées par la législation fédérale, une éventuelle votation impliquera toute la Suisse, pas seulement le microcosme genevois.

Quant à l'affirmation de M. Hodgers, je vous laisse juger, selon les rapports de ses propres services :
- PM10, 2014-2018 : 4 dépassements en moyenne par an, 1 l'année passée
- NO2 : 1 en 2014, zéro pour 2015-2018!

Au vu des performances des nouveaux véhicules (remplacement du parc en 10-15 ans), ça va encore s'améliorer :
https://www.adac.de/verkehr/abgas-diesel-fahrverbote/abgasnorm/rde-messungen-cf-faktor/

Un dernier aspect intéressant (cf. rapport ROPAG 2018, fig 18-20) : les émissions de l'aéroport. Aucune trace de restrictions sur ce plan-là. Serait-ce pour éviter de gêner nos bobos en tour… - pardon, conférence - climatique ?

Écrit par : zamm | 10 novembre 2019

On se croirait dans "1984"... Hallucinant. Ils ne s'arrêteront donc jamais? Et pendant ce temps, on ne cesse de célébrer la chute du Mur de Berlin sans qu'un seul journaleux mainstream soit capable de tirer les conclusions qui s'imposent devant les restrictions croissantes des libertés élémentaires. Et il faudra quand même spécifier ce qu'est un véhicule polluant, vu que les voitures neuves sont soumises à des normes de plus en plus strictes et que la qualité de l'air ne cesse de s'améliorer dans nos villes. On a affaire à quoi? Des hypocondriaques qu'il faut enfermer d'urgence? Des pastèques? Ou un mix des deux?

Écrit par : Sandra | 11 novembre 2019

Mais quelle bonne idée que de faire un copié/collé avec les commentaires (toujours brillants) des lecteurs du 20 minutes pour étayer votre texte du jour.

J'imagine que vous êtes tout heureux d'avoir trouvé plus simpliste et neinsager que vous.....

C'est vrai que ce n'est pas si simple !

Écrit par : Christophe | 11 novembre 2019

Cher Monsieur Montabert,

Je ne sais pas si cet article de "réflexion" dans 24 Heures vous a échappé ou non.

Il me semble que votre hébergeur a sorti l'artillerie lourde pour vous offrir un TRÈS TRÈS bon client, qui nous livre ici la quintessence de la désinformation. ... Oulala, c'est du lourd !!!

https://www.24heures.ch/signatures/reflexions/finir-dogme-climatosceptique/story/22713284

Écrit par : petard | 11 novembre 2019

« La science qui confiait à l’observation le soin de classer les phénomènes dans des catégories respectueuses de la richesse et de la diversité du concret, cette science issue de Aristote, cède la place à une autre science qui mise sur l’abstraction mathématique et réduit toute qualité à du quantitatif, toute réalité à un modèle géométrique. On assisterait ainsi au triomphe des mathématiciens sur les physiciens, c’est-à-dire des partisans de la démonstration sur les adeptes d’un culte scrupuleux des faits.»

Besnier, Jean-Michel. Les théories de la connaissance: « Que sais-je ? » n° 3752 (French Edition) . Presses Universitaires de France. Édition du Kindle.

Écrit par : rabbit | 12 novembre 2019

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