12 février 2020

Coronavirus: l'urgent retour des frontières

Beaucoup de gens vont mourir du Coronavirus. Mais aussi de l'incompétence des politiciens.

La pandémie originaire de Wuhan effraie et se répand de jour en jour. Le virus est plus rapide que les bureaucrates en charge de l'endiguer.

Depuis le début de l'épidémie en décembre, le foyer infectieux a pris de l'ampleur, essentiellement à cause des mensonges des autorités de la région de Hubei quant à la nature du mal qui frappait les habitants. Le docteur Li Wenliang, ophtalmologue, fut un des premiers à s'alarmer d'une épidémie de pneumonie encore jamais vue, le SRAS pensait-il, et à prévenir les autorités début décembre. Il fut convoqué par la police et forcé à signer une lettre de réprimande dans laquelle il était accusé de "perturber l'ordre social":

"Votre action va au-delà de la loi. Vous envoyez des commentaires mensongers sur Internet. La police espère que vous allez collaborer. Serez-vous capable de cesser ces actions illégales ? Nous espérons que vous allez vous calmer, réfléchir, et nous vous mettons sévèrement en garde : si vous insistez et ne changez pas d’avis, si vous continuez vos activités illégales, vous allez être poursuivi par la loi. Comprenez-vous ?"

-- Rapport de police que le Dr. Li Wenliang fut forcé de signer

Il finit par contracter lui-même la maladie le 12 janvier et en mourut dans la nuit du 6 au 7 février.

santé,chine,ue
Le Dr. Li Wenliang, peu avant sa mort.

Depuis, les autorités chinoises forcent quatre cent millions de Chinois - pour l'instant - à vivre sous quarantaine. Dans des villes-fantômes, les morts s'accumulent, les malades sont renvoyés des hôpitaux et les citoyens cloitrés commencent à manquer de nourriture.

Les mesures sont-elles au moins efficaces? Il est permis d'en douter. Entre les témoignages de refus de comptabiliser les patients, de morts d'une "pneumonie" directement envoyés au four crématoire et des innombrables innocents qui périssent chez eux, les chiffres de la progression de la maladie pourraient être sous-évalués dans des proportions gigantesques.

Le gouvernement communiste chinois - à l'instar de tous les régimes communistes - n'est pas réputé pour sa transparence et son honnêteté dans l'établissement de statistiques, en particulier lorsque des potentats locaux essayent de préserver les apparences face à la capitale. L'affaire n'est pas sans rappeler la catastrophe de Tchernobyl en 1986, où l'accident fut décelé bien avant toute communication officielle du régime soviétique par les détecteurs de radiation installés en Europe de l'ouest.

Malheureusement, les politiciens occidentaux, dont un grand nombre éprouve bien de la sympathie pour l'idéologie communiste, ne semblent pas meilleurs.

Deux courbes permettent de constater ce qu'il en est.

santé,chine,ue
santé,chine,ue

La première montre les cas (officiels) de Coronavirus en Chine. La seconde les cas officiels de Coronavirus dans le reste du monde. Les chiffres en valeur absolue sont très différents, mais dans les deux cas la maladie affiche une progression exponentielle.

En d'autres termes, le reste du monde, armé de ses certitudes, de sa médecine avancée et préservé de l'effet de surprise, ne semble pas faire mieux que les communistes chinois empêtrés dans leurs contradictions et leurs mensonges.

Ce n'est pas forcément étonnant.

Depuis le début de la crise, les gouvernements occidentaux, pour ne prendre qu'eux, ont rivalisé de mollesse et de minimisation dans l'ampleur de la maladie. Pendant des mois, les voyages en Chine étaient simplement "déconseillés". L'Iran - l'Iran! - a fermé son espace aérien aux liaisons régulières avec la Chine bien avant les États-Unis, qui les ont eux-mêmes fermées avant la France, et la Suisse. Mais aujourd'hui encore on trouve très facilement de nombreux vols de Pékin à Genève, par exemple - il suffit simplement de faire une correspondance dans un pays tiers.

santé,chine,ue
Chérie, où va-t-on ce week-end? (Photo d'écran du 12 février)

Comme le résuma un Internaute avec cynisme, "la quarantaine, c'est pour la plèbe."

Le fait que la quarantaine soit la seule stratégie viable face à un virus dangereux contre lequel aucun traitement ni vaccin n'existent n'effleure pas ces grands esprits qui nous dirigent. Le mépris des élites pour le reste de la société ouvre grande la porte à la transmission du virus, mais ce n'est pas vraiment un problème tant que le nombre de cas reste dans des limites "acceptables".

La solidarité des pays dans la maladie permet d'ailleurs de préserver un acquis essentiel du monde d'aujourd'hui, la disparition des frontières. La centaine de millions de mort potentiels d'une pandémie mondiale ne suffit pas à remettre l'idéologie en cause - comme l'histoire le montre amplement pour de nombreuses idéologies.

Comprendre cet état d'esprit permet de remettre dans leur contexte des stratégies en apparence aberrantes, comme la volonté de l'État français d'organiser à trois reprises le rapatriement de ressortissants européens potentiellement malades, directement des régions chinoises touchées jusqu'à la métropole. Certains invoquent en toute décontraction "l'esprit de solidarité" avec leurs ressortissants - un nationalisme mâtiné de racisme à un degré proprement vertigineux - mais d'autres s'inquiètent d'une décision qui, au prétexte de potentiellement mieux soigner une poignée de malades, met en danger une population de 60 millions d'habitants.

Le 30 janvier, la France procédait au rapatriement de 200 Français et d'autres ressortissants européens. 20 passagers présentaient des symptômes (on imagine l'ambiance pendant le vol) et furent dépistés à leur arrivée: tout allait bien! Mais seuls les passagers présentant des symptômes furent testés, alors qu'on sait depuis des semaines que l'incubation du coronavirus prend du temps, pendant lequel l'hôte asymptomatique est déjà contagieux. Et patatras! Quelques jours plus tard, on appris qu'un autre passager du vol, un Belge, était finalement porteur du virus. Mais qu'on ne s'inquiète pas, la Belgique importe d'autres malades de son côté...

Quand on sait que ce virus hautement contagieux se transmet aisément de personne à personne, a une période d'incubation allant jusqu'à 24 jours et peut survivre jusqu'à 9 jours déposé sur une surface, on imagine sans peine l'expansion possible de la maladie avec tous ces porteurs découverts trop tard. Imagine-t-on les bus, taxis, avions, poignées de porte que tous ces gens ont touchés?

L'idée que l'apparition du virus dans nos contrées soit le résultat d'une volonté est profondément choquante, mais peut-être faudrait-il plutôt parler d'absence de volonté, ou de sens des priorités. Ainsi, les éditorialistes, les administrateurs de grands groupes et les politiciens s'inquiètent aujourd'hui plutôt de l'effet de la pandémie sur la croissance, le tourisme ou les chaînes d'approvisionnement - les malades, les morts et la progression galopante des cas d'infection leur semblent des aspects très secondaires. Un responsable chinois invite par exemple les Occidentaux à rouvrir leurs liaisons aériennes (directes) avec la Chine...

Pour des raisons historiques autant que pratiques, les frontières sont les points de contrôle légitimes et efficaces. Pourtant, il semble que nos autorités aient déjà renoncé à s'en servir. Dans la course contre la montre pour trouver des traitements et enrayer la progression de la maladie, certaines méthodes sont devenues idéologiquement inacceptables, et tant pis pour les risques encourus par la population. Après tout, s'il y a des malades un peu partout, il n'y a plus de raison objective de se couper les uns des autres, n'est-ce pas?

Ceux qui espèrent que la crise du coronavirus sera jugulée par des mesures efficaces prises par les pouvoirs publics locaux doivent s'attendre à de grandes désillusions.

23:19 Publié dans Monde, Politique | Lien permanent | Commentaires (11) | Tags : santé, chine, ue |  Facebook

Commentaires

Juste un addendum : souvenez-vous du SRAS et de l'attitude de deux médecins français : un a décidé de quitter la Chine à l'insu des autres passagers de l'avion, dont trois furent infectés. Et l'autre n'a pas supporté son isolement à l'hôpital et a décidé de rentrer chez lui. Il a fallu l'armée pour le ramener.
Avec des médecins de ce tonneau, pas besoin de virus pour éliminer l'humanité...
Mais en fait, le mal est déjà présent chez nous : les médecins des hôpitaux doivent passer deux tiers de leur temps à remplir des papiers. Et allez voir l'état de l'informatique au nouvel hôpital de Rennaz : vous aurez une bonne vision des catastrophes qui nous attendent...

Écrit par : Géo | 13 février 2020

" Mais aussi de l'incompétence des politiciens."

Un de mes sujets préférés, le "retour de karma".

Si, par malheur, cette épidémie devenait une pandémie mondiale comparable à la grippe espagnole, que devrions-nous faire de nos politiciens, de ceux qui étaient en charge de prendre les bonnes décisions quand c'était encore possible et qui ne les ont pas prises, parce qu'ils préférèrent respecter l'idéologie planétariste de la libre-circulation et du sans-frontiérisme (1), plutôt que de préserver la survie physique leurs concitoyens?



(1) au-delà du mercantilisme boutiquier de nos "élites", elles craignent peut-être que les gens réalisent que les frontières peuvent être fermées de façon efficace, donc qu'elles pourraient aussi être fermées de façon efficace pour arrêter d'autres dangers, inutile de "faire un dessin", tout le monde aura compris.

Écrit par : UnOurs | 13 février 2020

« Et allez voir l'état de l'informatique au nouvel hôpital de Rennaz : vous aurez une bonne vision des catastrophes qui nous attendent...»

L'état de l'informatique, j'sais pas, mais... le niveau de déliquescence de la gouvernance et des RH et les incidences sur l'efficacité des urgences... autant avoir un bon ami vétérinaire disponible au cas où, 7 j sur 7.... Ce qui est mon cas si je me casse une "piaute" en tombant à vélo...

PS: je donne volontiers les coordonnées du vétérinaire, à ceux que ça intéresse...

Écrit par : petard | 13 février 2020

Il faudrait, et pas seulement sur ce sujet, que les personnes en charge, élues ou non, commencent à réaliser qu'elle pourraient être tenues pour responsables de leurs actions et pas seulement avec des "jours-amende" (quelle expression ridicule en passant) avec sursis. Si par malheur une affaire comme le coronavirus se terminait pour la Suisse par des milliers de morts, les responsables politiques et techniques qui n'auraient pas fait ce qu'il fallait quand il aurait fallu le faire ne devraient pas s'en tirer "à la Suisse" en nous disant "mais on ne savait pas, blablabla".

Écrit par : UnOurs | 13 février 2020

"...n'est pas réputé pour sa transparence et son honnêteté..."

Certes, mais un régime comme le régime chinois, malgré ses défauts, a probablement les capacités de "brutalité" nécessaires quand le désastre est lancé. Ce que nos "régimes" n'ont probablement pas. En cas de catastrophe sanitaire mondiale, je parierais ainsi assez volontiers sur les capacités de survie de la Corée du Nord, malgré son régime à l'évidence peu sympathique.

Écrit par : UnOurs | 13 février 2020

"mais... le niveau de déliquescence de la gouvernance et des RH et les incidences sur l'efficacité des urgences..."
Je n'ai pas parlé de ça parce que bon, laissons-leur quelques semaines. Mais l'informatique ! Dans le Canton de Vaud, on est vraiment les champions des nullards dans ce domaine. N'importe quel pays sous-développé s'en tire mille fois mieux que le ramassis de bras cassés de l'informatique vaudoise ! Vous montez un nouvel hôpital, avec un système informatique pour garder et gérer les données de chaque patient : ils ne sont pas capables de faire ça ! Un gamin de dix ans saurait le faire !

Écrit par : Géo | 13 février 2020

Sans parler spécifiquement de cette pandémie, je tiens à rappeler que les frontières ont toujours été poreuses. Elles ne fonctionnent que pour (ou contre ?) les honnêtes gens.
Les criminels et leurs marchandises n'ont jamais été efficacement stoppés par aucune frontière, le propre de l'homme étant d'être avide et donc corruptible il y a toujours des failles.
C'est un autre sujet, celui de la sécurité de théâtre qui rassure mais n'est nullement efficace, un placebo donc, et du contrôle des populations par la propagande et la désinformation.
Le virus, lui, n'étant soumis à aucune de ces singeries humaines, fera son développement selon des facteurs bien différents de toute considération politique.

Sur ce sujet, je crois qu'il y a une récupération d'idéologie politique, frontières ou pas, mais je doute qu'elles aient une influence finale significative concernant la propagation de virus...

Écrit par : greg | 13 février 2020

@UnOurs: " En cas de catastrophe sanitaire mondiale, je parierais ainsi assez volontiers sur les capacités de survie de la Corée du Nord, malgré son régime à l'évidence peu sympathique."

Si les lois d'exceptions sont évidemment plus faciles à instaurer dans les pays totalitaires, il faut aussi prendre en compte d'autres facteurs, comme le niveau de prospérité moins élevé, qui influe sur les capacités médicales locales, ou les manœuvres politiques qui empêchent une information, et donc une réponse, appropriées.

@Greg: "Sur ce sujet, je crois qu'il y a une récupération d'idéologie politique, frontières ou pas, mais je doute qu'elles aient une influence finale significative concernant la propagation de virus..."

Le véritable test viendra de pays avec de vraies frontières et la volonté de s'en servir, comme le Japon. Nous verrons assez vite où la maladie est jugulée et où elle progresse.

Écrit par : Stéphane Montabert | 13 février 2020

J'apprends par la presse qu'il n'y aurait pas encore un seul cas déclaré de 2019-nCov en Suisse. C'est un scandale! Comme d'habitude, la Suisse est à la traîne. Qu'on envoie immédiatement Simonetta et Viola en Chine pour qu'elles nous ramènent quelques exemplaires du précieux sésame et l'essaiment à tous vents dans notre beau pays. J'ai le droit de mourir de ce virus, quand même! Et je suis empêché de me rendre en Chine pour être contaminé. L'Histoire jugera (si quelqu'un survit).

Écrit par : Mario Jelmini | 15 février 2020

24 Heures nous rapporte une nouvelle théorie assez plausible, sur la transmission du virus.

Si le rôle de la chauve-souris comme «animal réservoir» – c.-à-d. celui qui héberge le virus sans forcément le transmettre à l'homme – ne semble pas remis en cause; un autre animal, le pangolin, est pointé du doigt pour faire le pont entre la faune et l'être humain.

L'explication que partout où il y a un contact entre l’homme et l’animal sauvage, il peut y avoir contamination avec de nouveaux virus, semble acquise par les milieux scientifiques.

Ainsi, on apprend qu'en Chine, sur les nombreux marchés où se vendent à la consommation les bestioles les plus diverses, le pangolin, serait un must très prisé des "épicuriens" indigènes… d’où possible contamination…

On nous dit aussi que selon les habitudes culturelles de ce pays, «on y mange tout ce qui a quatre pattes, sauf les tables, tout ce qui vole, sauf les avions, et tout ce qui nage, sauf les bateaux»...

Mmmh...! Heureusement que les pangolins ne sont pas répandus en «Cosmopolitie» et en «Mondialitie»… car si on ne les mange pas (grâce à Greta Thunberg), les préceptes culturels de certaines «ligues» laissent de la marge…

«parce qu’ici on (…..) entre tous, celles/ceux qui ont deux ou quatre pattes, sauf les tables, tout ce qui vole, sauf les avions, tout ce qui nage, sauf les bateaux. Et bien sûr, tout ce qui fait de la couture, sauf les aiguilles, tout ce qui danse, sauf les chaussons, tout ce qui coiffe, sauf les peignes et les ciseaux, etc., etc.».

Écrit par : petard | 16 février 2020

Monsieur Montalbert,

Tout d'abord un grand merci pour vos articles toujours très intéressants.
À Monsieur UnOurs : En France, nous avons un petit roitelet aux commandes et une jolie bande de crétins sans la moindre morale, la moindre connaissance et, pire, la moindre intelligence, capables de marteler les pires bêtises et énormités sans la moindre vergogne, à ses ordres, et je crois... non, je suis sure qu'ils se moquent pas mal d'être tenus pour responsables de leurs actions. Ils savent où ils s'en vont : directement dans les rôtissoires de leur patron Moloch... Du moins le roitelet le sait-il. Mais a-t-il averti ses compagnons d'infortune ? Là est une autre question ?
Le jour où les chinoiseries connectées ou non n'entreront plus en France, nous serons enfin confrontés à la nécessité de ré-industrialiser la France, et, vue l'urgence, si les bonnes volontés s'y mettent, ce que je pense possible quand je vois l'immense solidarité au sein des Gilets Jaunes (et qui me rendent enfin fière de faire partie de ce peuple) nous redonnerons naissance à la France dans sa grandeur. Vivement.
Paix, amour et lumière à l'ensemble des peuples opprimés.

Écrit par : Val Izard | 16 février 2020

Écrire un commentaire

NB : Les commentaires de ce blog sont modérés.