17 avril 2020

Coronavirus: le confinement en sursis

La France se lasse du Covid-19. Dans sa splendeur jupitérienne, Emmanuel Macron, Père de la Nation et Gardien de la Foi Républicaine, a donc annoncé une fin du confinement au 11 mai.

Emmanuel Macron sait.

La France se comptera donc à cette date parmi les nations qui s'estiment au-delà du sommet de la vague pandémique. Pas que le confinement ait été particulièrement bien suivi, que ce soit à Paris ou dans les territoires perdus de la République - mais le système de santé a l'air de tenir le coup, alors lâchons les freins!

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Malgré la mise en scène solennelle, la France ne fait rien d'autre que de suivre un mouvement entamé dans toute l'Europe. L'Allemagne prévoit un retour "par étapes" à la normale si les chiffres des nouvelles contaminations se stabilisent à un bas niveau. Les Pays-Bas n'ont jamais vraiment contraint le confinement, parlant d'une "démocratie intelligente" et comptant sur le civisme des citoyens. L'Union Européenne, toujours aussi inutile, tente désespérément d'appliquer sa bureaucratie. Et hier, la Suisse s'aligne de même, avec un déconfinement annoncé "par étapes" du 27 avril au 11 mai.

Il n'y a rien d'absurde à réclamer une sorte de retour à la normale, à condition que cette normalité ne soit pas un retour à celle qui amena la maladie à se répandre comme un feu de brousse.

Mais comment espérer que les gens se comportent de façon sensée alors que depuis le début de la crise ils sont abreuvés d'informations fausses répandues par la classe politique et les médias?

Couvrez-vous de ce masque inutile

La fin du confinement implique le retour d'une certaine forme de liberté dans l'espace public. Faut-il forcer à porter un masque?

Cette mesure de bon sens se fracasse contre le mur des mensonges érigés depuis février par les pouvoirs publics expliquant que les masques ne servent à rien - pour le commun des mortels. Cette fable, rendue indispensable pour couvrir le manque de prévoyance des responsables politiques, hante le débat public depuis des semaines. On explique que, par une sorte de magie, seuls les membres du service de santé sont capables de les porter correctement. On explique qu'ils servent à empêcher les malades du Covid-19 de contaminer autrui (très pratique quand en même temps la pénurie de kits de détection vous amène à faire vous-même votre diagnostic). Ils seraient même contre-productifs!

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Macron et ses compagnons de sortie, s'infligeant tous le port d'un masque inutile.

C'est beau comme un mensonge d'État.

Et lorsque la digue du mensonge finit par céder, on s'ébahit d'y avoir tant cru, comme Renaud Michiels dans Le Matin. "Ces masques qui ne protègent que les Asiatiques", s'émeut l'éditorialiste dans un rare accès de pensée critique contre les psychopathes qui nous gouvernent.

Mais, quelque part, on ne peut s'empêcher d'éprouver le sentiment que les journalistes s'indignent avant tout de ne pas avoir été dans la combine. Ils s'apitoient sur leur propre sort d'avoir été laissés sur le côté de la route des confidences, tel des malpropres. Ils auraient tant voulu être de la partie pour manipuler l'opinion publique. Quoi de plus sympathique que cette connivence avec ces politiciens qu'ils aiment tant? À quoi sert une campagne de désinformation massive sur une question essentielle de santé publique si on ne la confie pas à des professionnels?

La polémique à peine enterrée (les journalistes pardonnent volontiers) qu'une nouvelle survient: comment rendre obligatoire le port du masque en public si personne n'en a à disposition?

Emmanuel Macron a pensé à tout. En France le port du masque sera "vivement recommandé, sans être obligatoire." En Suisse, le Conseil fédéral prévoit de faire de même. Vous avez eu l'intelligence de ne pas croire les bobards des politiciens et de vous procurer des masques lorsque vous le pouviez encore? Tant mieux pour vous. Vous n'avez pas de masques parce que vous vous êtes réveillé trop tard, vous les avez cru, ou vous avez fait don des vôtres aux services de santé? Bienvenue dans la vie des sacrifiés du Coronavirus, camarade!

Maintenant, on explique que les masques protègent bien, et qu'à tout prendre ils sont mieux que rien, ce que n'importe quel individu doté d'un cerveau en état de marche avait compris depuis longtemps... Mais ne vous inquiétez pas. Lorsque les masques finiront par être disponibles en quantité suffisante, ils seront obligatoires dans l'espace public, sous peine d'amende.

Les distances sociales à géométrie variable

L'exposition des bobards sur les masques pourraient donner l'impression que la classe politique apprend de ses erreurs, mais ces gens-là n'apprennent jamais. Si leurs mensonges sont éventés, ils en trouvent de nouveaux, aucun problème. Nous en avons un aperçu en Suisse avec la réouverture planifiée des écoles, en pleine pandémie.

koch.jpgDaniel Koch, 65 ans et chef de la division des maladies transmissibles à l'OFS, que les Suisse connaissent bien désormais, a ainsi osé affirmer que les enfants "n'étaient pas très malades et ne transmettaient pas le virus".

Magique! Armé d'une certitude pareille, nous pouvons rouvrir crèches et écoles. Pourquoi s'embarrasser d'ailleurs de ces règles de "distance sociale" avec les enfants puisqu'il n'y a rien à craindre? Pourquoi empêcher les enfants de voir leurs grands-parents, ou de se faire garder par ces derniers pendant que les parents travaillent, puisqu'il n'y a rien à craindre?

Soyons sérieux: c'est criminel.

M. Koch est le borgne qui guide les sept aveugles du Conseil fédéral. Il a une responsabilité toute particulière dans les décisions prises au plus haut sommet de l'État suisse.

On attendra en vain l'article scientifique publié dans The Lancet ou une autre revue prestigieuse, affirmant preuve à l'appui que les enfants infectés du Coronavirus ne sont pas contagieux.

En fait, M. Koch, fort de ses connaissances, devrait publier lui-même un article scientifique sur le sujet. Je suis sûr que face à une information aussi décisive par rapport à cette moitié de l'Humanité vivant en confinement, même Nature lui ouvrirait ses portes.

Il était presque comique de voir au journal de la RTS de vendredi le Pr Laurent Kaiser, Chef du Service des maladies infectieuses et responsable du laboratoire de virologie à Genève, contredire le fonctionnaire fédéral en affirmant incidemment que les enfants pouvaient se contaminer les uns les autres.

Début mars, Alain Berset annonce que le plus important est de séparer les générations. Le Conseil fédéral ferme les écoles avec réticence, ayant longtemps estimé que cette fermeture risquerait de forcer le contact entre les enfants infectés et des grands parents qui les garderaient. Mi-avril, Alain Berset annonce la réouverture des écoles, soutenant l'opinion de ses conseillers scientifiques selon laquelle les enfants ne transmettent pas la maladie.

C'est miraculeux. Ou c'est un mensonge, je vous laisse choisir.

Si les autorités helvétiques vont au bout de leur folie, attendons-nous à une magnifique deuxième vague d'infection par tous ces enfants qui infectent leurs parents une fois revenus de l'école.

06 avril 2020

Coronavirus: stop ou encore?

L'humanité se bat contre le Coronavirus, et l'emportera. Mais combien de victimes périront dans cette guerre?

Les mesures de confinement concernent désormais la moitié de l'humanité environ. En diminuant les interactions, la progression du virus est ralentie d'autant. L'objectif, très simple, se heurte pourtant très vite à des divergences d'interprétation. Des divergences fondamentales.

La première est le but du confinement. S'agit-il d'arrêter le Covid-19 ou de ralentir sa progression?

La stratégie de l'arrêt

Arrêter est difficile, mais a pour objectif de stopper net la pandémie. Après plusieurs semaines sans nouveau cas, le virus est effectivement éradiqué. Il n'a pas pu se transmettre à de nouveaux humains. Les gens encore malades qui ne périssent pas finissent par guérir. En revanche, la plus grande vigilance est de mise pour que de nouveaux cas - importés - ne réintroduisent la maladie ; auquel cas toute la procédure devrait recommencer.

C'est la stratégie suivie par la Chine et les autres pays d'Asie, mais pas seulement. Au milieu de l'océan des analyses "d'experts" et autre invités de marque consultés par les médias, un reportage de Valérie Dupont permet de voir que cette stratégie a été appliquée avec succès, sur le terrain, en Italie.

Dès les premiers jours de la pandémie, Vò, un petit village italien proche de Padoue, a choisi de suivre les recommandations des scientifiques [on aimerait bien les avoir, ceux-là!..]. Deux jours après la mort d'Adriano, âgé de 78 ans, le premier cas mortel en Italie, le village entier est mis en quarantaine et toute la population est testée.

Ces premiers tests ont permis de découvrir plus de cent personnes positives dans la population, dont 75% ne présentaient aucun symptôme.

Après 15 jours de quarantaine stricte, les quelque 3300 habitants deviennent des cobayes pour la recherche. Ils sont testés une seconde fois et cette seconde volée de tests ne révèle alors que 6 personnes positives.

Aujourd'hui, après 40 jours de confinement, le virus a totalement disparu du village.


Contrairement à ce qu'affirment les politiciens et leurs conseils, la stratégie de l'arrêt est tout à fait possible et à n'importe quelle échelle. Il faut que plusieurs conditions soient réunies:

  • une volonté sans faille des responsables politiques et administratifs ;
  • un dépistage aussi exhaustif que possible ;
  • une population assez unie, préparée et consciente des enjeux pour accepter une quarantaine réelle, mais courte.

Il est à craindre que plus aucun pays d'Europe ne rassemble ces conditions.

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Le village de Vò en Italie (Image Wikipédia)

La stratégie du freinage

Ralentir est plus facile, puisque le ralentissement, pour commencer, est une notion relative. Ralentir par rapport à quoi? Quels sont les objectifs? Il n'y a pas deux personnes pour tenir le même discours quant à la mesure du "succès" d'un ralentissement, et pas un journaliste pour poser la question. Quelle hausse des cas est acceptable? Tentons de formuler un postulat: le ralentissement serait un "succès" à partir du moment où les capacités de traitement du système de santé ne sont pas submergées, selon un graphique désormais célèbre.

Appliquons ce calcul à la Suisse. Admettons que le pays dispose de 2'000 lits en soins intensifs, un objectif de court terme, et qu'ils soient tous disponibles. Il faut que le nombre de nouveaux cas graves n'excède pas 1'000 par semaine, puisque les cas graves sont hospitalisés pour deux semaines environ (on imaginera pour les besoins de l'exercice que la répartition des malades est parfaite, qu'ils sont transportés là où il y a de la place, etc.). Comme environ 20% des cas de Coronavirus développent une forme sévère ou grave, cela signifie qu'il ne doit pas y avoir plus de 5'000 nouveaux infectés Covid-19 par semaine.

Pour prendre les chiffres de la RTS, le nombre de nouveaux cas est de 5'868, 7'153 et 6'252 lors des trois dernières semaines (semaines 12, 13 et 14 du calendrier). Nous sommes donc au-dessus, mais à quelques approximations près, ça se tient.

Mais combien de temps tout cela doit-il tenir? Alors que les pressions se font progressivement plus fortes pour un retour à la normale (qui a déjà quasiment lieu dans les faits, il suffit encore une fois de constater les comportements à Lausanne...) la probabilité est grande que la courbe reparte franchement à la hausse. Dans ce cas-là, la stratégie du ralentissement vole en éclat.

Même si elle ne repart pas à la hausse, il y a un autre problème. Combien de temps doit durer ce régime? Prenons les hypothèses les plus favorables. Admettons qu'une immunité globale est atteinte dès que 60% de la population a eu le virus, qu'on tient la barre avec 7'000 cas par semaine sans jamais les dépasser, etc. Admettons encore que les tests en Suisse ne concernent que les malades symptomatiques et que 75% des gens infectés n'en soient même pas conscients, comme à Vò en Italie. Le nombre de cas réels par semaine serait alors de 28'000 (21'000 asymptomatiques, 6'000 symptomatiques mais bénins, et toujours 1'000 nouvelles hospitalisations seulement).

Un rapide calcul sur la base des 8,57 millions d'habitants que compte le pays nous indique que nous atteindrons ce résultat au bout de... 183 semaines, c'est-à-dire un peu plus de trois ans et demi.

Quelque chose me dit que les freins lâcheront avant!

La magie de la vague

Les politiciens maintiennent leur emprise sur la population qu'ils dirigent en donnant toujours l'impression que tout est sous contrôle. Ils ne sont jamais surpris. S'ils peuvent admettre dans un moment de faiblesse que certains aspects du problème leur ont échappé, ils préfèreront invoquer le manque de moyens, la faiblesse des pouvoirs dont ils disposent, ou l'odieuse opposition.

La crise du Coronavirus a atteint des pays occidentaux dont les administrations sont garnies de suffisamment de statisticiens et d'épidémiologistes pour que l'impraticabilité des deux stratégies précédentes ait pu être discutée. Mais comment vendre à une population administrée qu'un problème n'a pas de solution?

La stratégie efficace de la quarantaine ne pouvant être adoptée pour des raisons idéologiques, la stratégie inefficace du ralentissement est restée seule en lice. Elle sera poursuivie autant que faire se peut ; elle a l'avantage de s'étaler dans la durée.

Pour faire accepter à l'opinion publique l'accroissement continu du nombre de malades tout en lui faisant croire que tout va bien, on évoquera ainsi la vague - une augmentation exponentielle du nombre de cas qui finira par se tasser, puis décroître. C'est inévitable, quasiment magique. Après la pluie le beau temps.

Et c'est évidemment un mensonge.

En admettant que les Chinois aient vaincu le virus, leur stratégie de l'arrêt, mise en place avec une violence extrême, leur a pris six mois. En Europe, on ralentit juste la marche des affaires et on pense s'en sortir en un mois et demi seulement...

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La progression des cas en Suisse (cliquez pour agrandir)

On espère deviner un tassement sur la courbe ci-dessus, mais en fait pas vraiment, car si la Suisse a quitté la trajectoire du doublement tous les trois jours, elle est encore au-dessus de celle du doublement tous les cinq jours, et ne parlons même pas du doublement tous les dix jours. Autrement dit, on est très loin du sommet de la courbe, qui correspond à un accroissement linéaire compatible avec les capacités de traitement du système de santé.

Les pressions sont grandes, naturellement, pour oublier toute prudence dès que l'aspect des courbes s'améliore. Le piège est d'autant plus sournois que, toute prudence oubliée, il faudra attendre encore deux semaines d'incubation avant de mesurer l'ampleur du nouveau stade de la catastrophe.

Je ne dis pas que chacun doive vivre cloîtré chez lui en chômage technique pour des années ; au contraire, je pense qu'une reprise économique est possible, à condition qu'elle soit faite de façon intelligente et disciplinée: détection de la température aux points névralgiques, port des gants et du masque obligatoire, désinfection fréquente des lieux de passage, bref, tout ce que les pays asiatiques font depuis des semaines avec un certain succès. Certaines grandes enseignes commerciales suisses travaillent déjà à mettre en place ce mode de fonctionnement en prévision de la fin du "confinement".

Nous n'affrontons rien d'autre qu'un virus, après tout, pas un fléau divin. Ce serait dommage que le génie humain soit battu en brèche par quelques simples brins d'ARN. Mais nous triompherons, soyez-en sûr, et peut-être triomphons-nous déjà. Ce sera l'objet d'un prochain billet.

02 avril 2020

Coronavirus: Trajectoire de Crise

Le monde a de la chance: chaque pays a l'insigne honneur d'être mené par des dirigeants plus compétents, intelligents et avisés que dans les pays voisins.

En conséquence de quoi, et tous les médias locaux vous le diront, les mesures prises localement sont d'une sagesse évidente. Elle sont plus astucieuses, efficaces et réfléchies que nulle part ailleurs, évidemment.

Et si on vérifiait?

Je vous présente ci-dessous une infographie remarquable, permettant de comparer simplement les pays depuis leur 100e cas de Covid-19. Vous l'aurez reconnu, il s'inspire largement du graphique du Financial Times évoqué ici-même le 17 mars, mais mis à jour et bien plus détaillé.

On peut constater visuellement le rythme de progression jour après jour des cas de Coronavirus officiels (étant entendu que le nombre de cas réels est sans doute encore plus grand, selon la politique locale en matière de test). N'hésitez pas à utiliser le filtre par pays pour plus de lisibilité dans les comparaisons.

Des lignes pointillées montrent la vitesse de progression de la maladie: doublement tous les jours, deux jours, trois jours, cinq jours et dix jours.

Visiblement, certains pays tirent leur épingle du jeu après plus d'un mois de pandémie: Japon, Singapour et Corée du Sud. On pourrait citer aussi la Chine mais il y a fort à craindre qu'au paradis communiste la vérité soit la première victime. Après une catastrophique perte de temps, l'Europe occidentale tente péniblement d'infléchir la courbe.

Peut-être devrions-nous tirer davantage d'enseignement des pays qui réussissent, au lieu de laisser des bureaucrates inventer dans leur coin des solutions qui ne marchent pas?