18 juillet 2020

Des Millionnaires pour l'Humanité

"Taxez-nous davantage!"

C'est en ces termes que l'on pourrait résumer la profession de foi d'un groupe de 87 signataires s'auto-proclamant les Millionnaires pour l'Humanité.

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Pareille initiative fut bue comme du petit lait par les médias, cela va sans dire. Des riches qui demandent à être taxés davantage! Quelle aubaine!

"Alors que le Covid-19 frappe le monde, les millionnaire comme nous avons un rôle essentiel à jouer pour guérir le monde. Nous ne sommes pas ceux qui soignent les malades dans les unités de soins intensifs. Nous ne conduisons pas les ambulances qui amènent les malades à l'hôpital. Nous ne sommes pas ceux qui regarnissent les rayons des épiceries ou qui délivrent de la nourriture de porte à porte. Mais nous avons de l'argent, beaucoup. De l'argent dont on a absolument besoin maintenant et dont on continuera à avoir besoin dans les années à venir, alors que notre monde se remet de cette crise."

"Nous, les millionnaires soussignés, appelons les gouvernements à augmenter les taxes de gens comme nous. Immédiatement, substantiellement et de manière permanente".

"L'impact de la crise actuelle s'étendra sur des décennies (...) Les problèmes causés et révélés par le Covid-19 ne peuvent être résolus par la charité, aussi généreuse soit-elle. Les chefs de gouvernement doivent prendre la responsabilité de lever les fonds dont nous avons besoin et les dépenser équitablement. Nous pouvons nous assurer de financer de façon adéquate nos systèmes de santé, nos écoles et notre sécurité via une augmentation permanente des taxes sur les gens les plus fortunés de la planète, des gens comme nous." (...)


L'appel se termine solennellement:

"Donc, s'il vous plaît. Taxez-nous. Taxez-nous. Taxez-nous. C'est le bon choix. C'est le seul choix. L'Humanité est plus importante que notre argent."


Difficile pour un journaliste de rester de marbre face à un tel appel au collectivisme. Du coup, rare sont les articles mentionnant cette initiative et faisant preuve du moindre esprit critique. Les médias gobent avec empressement en se contentant d'applaudir cette prise de position, opportunément publiée juste avant la réunion des ministres des Finances du G20 et le sommet européen extraordinaire sur la relance de l'UE.

Naïveté quand tu nous tiens

Heureusement, les internautes sont un peu moins naïfs (dans l'ensemble) que les journalistes qui prétendent les informer, et cela se voit dans les commentaires des articles sur le sujet.

Le côté publicitaire de l'opération saute aux yeux: les millionnaires, par appât du gain ou peur de la foule, espèrent toujours se faire bien voir des masses vindicatives. Rien de mieux que de demander à payer plus d'impôts pour y parvenir. C'est la version financière du green washing ou d'un selfie avec Greta. Mais la démarche soulève tout de même quelques questions.

D'abord, et c'est l'évidence même, personne n'est obligé de payer le minimum d'impôt. C'est l'argument-massue à rétorquer à tous les adeptes de la redistribution, qu'ils soient milliardaires ou militants socialistes de base. Si on prend au mot les martingales à base de "multiplicateur de prospérité" et autres formules imprégnées du mythique "intérêt général", qu'est-ce qui empêche qui que ce soit de faire un don à l'État, ou à n'importe quel État, du montant de son choix?

Donnez à l'État et il vous le rendra au centuple? Eh bien, qu'attendez-vous?

Charité bien ordonnée commence par soi-même. Les Millionnaires pour l'Humanité seraient un tout petit peu plus crédibles s'ils joignaient le chèque à la parole afin de donner corps à leur appel à la générosité. Ils s'en gardent bien!

Ensuite, si la redistribution via l'impôt créait la moindre prospérité, cela se saurait. Depuis le temps que toutes les variantes du socialo-communisme n'ont de cesse d'emprunter ce chemin (en se servant grassement au passage), cela n'a donné que corruption, pauvreté généralisée et effondrement économique dans tous les pays qui ont eu le bonheur d'essayer.

L'explication est fort simple: le transfert forcé d'argent d'un individu à un autre n'augmente pas la satisfaction générale, à l'opposé d'un transfert volontaire et librement consenti, comme un achat par exemple. Le transfert forcé est même destructeur de prospérité puisqu'il punit celui qui réussit à gagner de l'argent en le donnant à celui qui n'a rien fait pour le mériter. Mais il a l'avantage de permettre à toute une classe de parasites institutionnels de vivre en prélevant leur écot sur ces échanges, tout en se drapant de morale.

Le piège de la générosité

Imaginons que des politiciens appâtés par cette douce musique fiscale décident de voter demain un super-impôt pour les super-riches. Disons, par exemple, un taux spécial supplémentaire de 20% sur les revenus de plus d'un million de francs, en sus de tous les impôts actuels.

Les partisans de cet impôt déchanteront rapidement, parce qu'il rapportera bien moins que prévu. Ceux qui sont très au-dessus du seuil trouveront des moyens d'y échapper avec des montages fiscaux permettant d'apparaître comme des travailleurs employés par une filiale étrangère, ou déménageront et travailleront à distance depuis un autre pays, etc. Ceux qui sont un tout petit peu au-dessus du seuil baisseront leur salaire pour l'éviter, en se faisant payer en stock-options ou autres avantages.

Mais surtout, il y aura des gens pour porter plainte devant telle ou telle cour suprême contre ce seuil de super-impôt pour les super-riches, et ils gagneront, car les seuils marqués sont à éviter en matière d'imposition et les politiciens le savent bien.

Si bien que lorsque vous entendez des riches appeler à "plus d'impôts pour les riches" ils appellent en réalité à une augmentation générale des impôts.

Il n'est juste pas possible d'augmenter massivement les impôts d'une seule tranche de revenus. Lorsque pareille fiscalité est souhaitée ("Taxons les riches!") et mise en place, elle se décline en fait en une augmentation de toutes les tranches d'impôt, de la plus haute à la plus basse. Si bien que, ne disposant pas des "capacités d'évitement" des super-riches, la classe moyenne subit les nouveaux taux de plein fouet.

Comment fonctionne le monde

Il n'y a pas plus hypocrite, et franchement méprisant, qu'un appel des super-riches à être taxés davantage. Et ils le savent parfaitement.

Il y a quelques années le magnat de la finance Warren Buffett se plaignait mollement de payer moins d'impôts que sa secrétaire. Parce que les impôts sont essentiellement des impôts sur le revenu. Les gens vraiment riches se débrouillent pour obtenir de l'argent par d'autres moyens.

Warren Buffet, par exemple, dispose d'une fortune grâce à sa société Berkshire Hathaway. Jeff Bezos d'Amazon reçoit un salaire de misère. Jack Dorsey, le PDG de Twitter, a touché un salaire d'un dollar et 40 cents en 2018. Quel taux d'imposition serait approprié sur un salaire pareil?

Toute la fiscalité d'aujourd'hui est focalisée sur les salaires. Qu'on tente une autre approche de la fiscalité et certains super-riches y réfléchiront à deux fois avant de lancer un appel à payer plus d'impôts... Mais en fait ils n'ont pas tellement à craindre.

Savez-vous pourquoi?

Parce que les politiciens ne le feront jamais.

Il faut révéler le pot-aux-roses de la fiscalité, et de ces inexplicables "niches" et autres "paradis fiscaux", qui fleurissent encore et toujours malgré toutes les tentatives politiques pour soi-disant y mettre fin: il est infiniment plus facile, et moins coûteux, pour les super-riches, de faire capoter un projet de loi ou de s'aménager des portes de sortie dans une réforme fiscale, plutôt que de s'acquitter des nouveaux impôts.

C'est un terme poli pour "corruption" - et une bataille que la fiscalité ne remportera jamais.

Tout cela n'implique pas forcément des sommes d'argent qui changent de main. Les super-riches sont d'autant plus aidés dans leurs démarches que la classe politique est elle-même richissime - en particulier les politiciens de gauche. Nancy Pelosi pèse 120 millions de dollars. Le couple Clinton a engrangé 240 millions de dollars entre 2001 et 2016. Plus près de chez nous, le révolutionnaire d'opérette Jean-Luc Mélenchon fait partie des 1% les plus riches.

Et en Suisse? Simonetta Sommaruga et son mari (écrivain subventionné) se payent une maison de trois appartements. Moritz Leuenberger fut nommé au Conseil d'Administration d'Implenia. Même à Renens, la verte Tinetta Maystre se retrouve au Conseil d'Administration de Migros Vaud.

Comment penser une seconde que ces gens tordront le cou à la poule aux œufs d'or?

"Les médias nous bassinent depuis des années avec la feuille d'impôt de Donald Trump, mais je suis moins intéressé par la déclaration fiscale d'un milliardaire devenu politicien que par celle d'un politicien devenu milliardaire." -- Un internaute fâché par la richesse de ses élus


Indépendamment de toute discussion morale sur la taxation, les super-riches n'ont pas de mauvais sang à se faire. Peu importe ce que croient ou espèrent les militants de gauche, les politiciens qui les représentent n'ont aucune envie de nuire au club dont ils rêvent de faire partie, quand ils n'ont pas déjà réussi à y entrer au gré de leur "carrière politique". Il n'y a pas de meilleure entente entre le monde politique et les gens les plus prospères de la planète qu'au milieu des petits fours du Forum de Davos. Ce n'est d'ailleurs pas pour rien que la plupart des membres de cette super-classe s'affiche politiquement à gauche.

Voilà pourquoi certains membres du club des millionnaires peuvent pousser le vice jusqu'à se qualifier de "Millionnaires pour l'Humanité". Parés de leur nouvelle vertu, ils aguichent la plèbe en implorant publiquement à payer plus de taxes, et, une flûte de champagne à la main, contemplent les fourmis s'agiter.

Commentaires

Bien vu, et excellent !
Tout est dit, rien à ajouter !

Écrit par : AP34 | 18 juillet 2020

Excellent billet, comme d'habitude.

A mettre en parallèle de leurs injonctions à accueillir plus de migrants, tout en vivant dans des quartiers luxueux, bien blancs, avec une police privée et une multitude de chambres.

Paul Joseph Watson avait fait une très belle vidéo à ce sujet, en anglais:
https://www.youtube.com/watch?v=jHnjlQC6Puw

Écrit par : Les_huns | 21 juillet 2020

"A mettre en parallèle de leurs injonctions à accueillir plus de migrants, tout en vivant dans des quartiers luxueux, bien blancs, avec une police privée et une multitude de chambres."

Ce qui me fait penser à une chroniqueuse de la Radio Socialiste Romande, fille d'une très grande famille genevoise, vivant dans un château et, évidemment, pour la submersion allogène des "petits Blancs".

Écrit par : Un_Ours | 21 juillet 2020

Merci pour cette pertinente analyse.

Écrit par : Henri | 24 juillet 2020

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