14 septembre 2020

Le retour des avions de combat

Les avions de combat ne volent pas beaucoup en Suisse, mais ils font parler.

Ce 27 septembre sera l'occasion de voter une nouvelle fois sur un projet d'acquisition d'avions de combat pour l'armée helvétique. Cette fois-ci, le peuple est amené à se prononcer sur le projet, et non le modèle d'avion. C'est une évolution par rapport à la votation précédente, en 2012, qui avait vu le peuple refuser le Gripen suédois à la suite de houleuses discussions.

Ce blog existait déjà. J'avais pris position sur le sujet à l'époque et évoqué le point le plus crucial du débat: la Suisse n'a plus d'armée de l'air depuis plus de vingt ans. Elle est incapable de mener une guerre aérienne, quelle qu'elle soit. Sa flotte vieillissante est trop petite. Même si ce budget était approuvé par le peuple, cela n'y changerait rien. Il concerne trop peu de nouveaux appareils.

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Les antimilitaristes de tout poil peuvent aller se recoucher. La question de doter l'armée helvétique d'une composante aérienne performante n'est plus à l'ordre du jour. La question s'est posée il y a plusieurs décennies. La réponse est Non.

Nous discutons ici d'une éventuelle police de l'air.

Une police de l'air est capable de mener, ponctuellement, des opérations de police, c'est-à-dire des missions d'ampleur très limitée et en temps de paix. Escorter un appareil en perdition. Aller à la rencontre d'une menace non identifiée pour rendre compte. Participer à des exercices d'alerte avec nos voisins. Assurer une couverture aérienne lorsque des VIP du monde entier s'invitent à Davos.

Que le Oui ou le Non l'emporte ne m'empêchera pas de dormir - bien moins que la dissolution du peuple suisse, elle aussi en votation le même jour - mais, pour des questions de cohérence, on peut s'interroger.

Quelle image la Suisse donnera-t-elle d'elle-même à ses voisins, si elle leur délègue l'entièreté de sa souveraineté aérienne par le biais d'accords d'entraide? Ceux-ci ne pourraient-il pas relever un certain manque de réciprocité? Quelles cocardes arboreront les chasseurs survolant Davos la prochaine fois que la kermesse mondialiste aura lieu? Ce sont des questions que même les écologistes les plus arc-boutés dans leur mépris de l'uniforme devraient se poser.

En guise de réflexion, nous avons l'intervention de M. Daniel Brélaz au Conseil national. Bien que celle-ci fasse rire au-delà de nos frontières, j'ai eu la surprise de retrouver les mots de l'ancien Syndic écolo de Lausanne dans de nombreuses bouches lors des moindres discussions sur le sujet. Pour mémoire, la vidéo se retrouve sur Facebook avec les trois arguments du politicien:

  1. On traverse la Suisse en 8 minutes pour un jet, des avions n'auraient pas le temps d'intervenir;
  2. La Suisse n'est entourée que de pays amis;
  3. Si des avions ennemis venaient de plus loin (Russie, Chine) et parvenaient jusqu'à nous, cela voudrait dire que l'OTAN aurait "perdu" et ce ne serait pas la Suisse avec ses quinze avions qui changerait quelque chose.

Le point 3 a déjà été évoqué ci-dessus et je rejoins parfaitement M. Brélaz. La votation ne concerne pas l'équipement d'une armée de l'air viable.

Le point 2 est très discutable - surtout si on considère que les avions de chasse durent une trentaine d'année au moins. Il faut l'assurance d'un écologiste capable de prédire le climat en 2100 pour affirmer qu'aucun danger ne pointe à l'horizon à trente ans. Les homo sapiens de base n'ont pas ces capacités.

Mais le point 1 - le plus cité - est le plus dangereusement faux. Non seulement des intercepteurs en état d'alerte sont parfaitement capables d'atteindre des avions en altitude de croisière (à 10 kilomètres d'altitude) en moins de huit minutes depuis le sol, n'en déplaise à M. Brélaz, mais penser que les avions nationaux réagissent au moment où la menace franchit la frontière est une absurdité à la limite de l'insulte. Et le fait que ces fadaises tournent en boucle dans les débats autour du sujet en dit long sur les capacités de réflexion de ceux qui les ânonnent.

Non, les radars helvétiques (ou de n'importe quel pays d'ailleurs) ne s'arrêtent pas aux frontières. La coordination aérienne internationale permet tout à fait d'intercepter un appareil au moment où il atteindrait le territoire national suisse. Parce qu'il aurait été détecté bien avant.

Si on suit le raisonnement de M. Brélaz, aucun pays de taille similaire à la Suisse ne devrait disposer d'avions de combat. L'Autriche en dispose pourtant (15 Eurofighters), la Belgique (59 F-16), les Pays-Bas (61 F-16) ou tout autre pays que je me suis donné la peine de consulter - avec souvent une flotte en meilleur état que celle de la Suisse. Même la Roumanie dispose de 12 F-16 et 35 MIG-21! La Roumanie!

Alors, sur le thème du budget pour l'achat des avions de combat, votez bien comme vous voulez, mais, de grâce, ne répétez pas les fadaises débitées par le premier politicien anti-armée qui passe à la télé.