19 février 2021

Le confinement ne sert à rien

Le Royaume-Uni a un succès à fêter: la courbe de progression du Covid-19 s'est enrayée. La baisse est spectaculaire, "grâce à des mesures de confinement strict", se félicitent les autorités.

D'autres pays peuvent montrer une courbe similaire en ayant mis en place des mesures similaires, comme la Suisse. Mais cela ne prouve rien. Pour prouver quelque chose, il faut trouver un pays à peu près comparable, et qui a fait différemment.

Ce pays existe, c'est la Suède.

La comparaison entre un pays à "confinement strict" et un pays reposant sur la simple protection des personnes à risques et l'implication personnelle de ses habitants montre la criante différence entre les deux approches... Ou peut-être pas, en fait:


Taux comparé de mortalité par 100'000 habitants, en moyenne sur une semaine
entre le Royaume-Uni (en bleu) et la Suède (en rose) (cliquez pour agrandir)

Comme le dit avec ironie le Dr Eli David, "le confinement au Royaume-Uni a été tellement efficace qu'il a même fait baisser la propagation de la maladie en Suède!"

Le confinement, le couvre-feu, les interdictions commerciales, les interdictions de regroupement et de manifestations en extérieur, dignes des pires régimes totalitaires de l'histoire, n'ont aucun effet sur la pandémie. Et je soupçonne bon nombre de politiciens d'être parfaitement au courant. Mais la populace gobe tout, parce qu'on ne lui montrera que la courbe qui "prouve" l'efficacité des mesures, la courbe bleue ci-dessus - et surtout aucune autre.

Jamais on ne fait la comparaison avec des pays qui ont fait autrement. Sans élément de comparaison, on peut faire gober n'importe quoi à n'importe qui.

Le totalitarisme sanitaire a le vent en poupe, amenant d'innombrables familles à la ruine, les réduisant à de pauvres quémandeurs à la merci de l'État. Cela n'a aucun rapport avec la maladie. Et il m'est avis que la propagation de celle-ci vient bien plus des comportements individuels que des politiques décrétées au sommet.

En attendant, les peuples peuvent se réjouir que d'ici quelques semaines le garrot qui les étrangle soit un peu desserré, en attendant la prochaine vague.

Précision (22 février 2021): je rappelle aussi que nous savons depuis trois mois que les masques ne servent à rien non plus.

02 février 2021

Une histoire d'argent

Le monde de la finance est en ébullition aux États-Unis - et donc, par ricochet, dans le monde entier. Une histoire de frustration, de trahison et de revanche... Et les derniers chapitres restent à écrire. Mais pour comprendre, commençons par quelques éléments de contexte.

Il était une fois le trading

Dans notre monde avide de "disruption" où il s'agit de bousculer les vieux modèles pour supprimer les intermédiaires, il était évident que les banques finiraient elles aussi dans le collimateur. Vint ainsi l'application Robinhood, permettant à tout un chacun de boursicoter librement, c'est-à-dire d'acheter et de vendre des actions sans aucune commission. (D'autres compagnies se sont lancées sur le même créneau, mais Robinhood est l'application la plus connue.)

Selon la page Wikipédia qui lui est consacrée, Robinhood disposerait en 2020 de 13 millions d'utilisateurs. C'est une population de bonne taille, comportant aussi bien des gens éclairés que de parfaits néophytes. L'entreprise tire sa rentabilité de certaines options qu'elle commercialise, de la gestion de l'en-cours en cash des utilisateurs (avant qu'ils achètent ou après qu'ils ont vendu), ou des appels de marge. Elle aurait aussi commercialisé les données de ses utilisateurs à des fonds haute-fréquence, une pratique pour le moins suspecte, qui est depuis septembre 2020 l'objet d'une enquête de la SEC (Securities and Exchange Commission, le gendarme de la bourse aux États-Unis).

Comme prévu, le modèle reposant sur l'absence de frais à la transaction mais sur des commissions sur des actes "secondaires" eut un franc succès et envoya une onde de choc dans le monde des Hedge Funds.

Il ne fallut pas très longtemps pour que des sites communautaires de conseils et d'astuces émergent, notamment le canal Reddit /r/wallstreetbets , littéralement "les paris de Wall Street". À l'heure où ces lignes sont écrites ce canal est fort d'environ 7,5 millions de membres, mais, étant ouvert à tous, le public atteint est sans doute bien plus élevé.

Précisons enfin un dernier terme, essentiel pour la compréhension de ce qui va suivre: le short. Un short, ou encore une position short, est un produit dérivé reposant sur l'idée que le sous-jacent (typiquement, une action) va perdre de sa valeur. Le short est une "garantie de prix à la baisse". Imaginons une action qui vaut 100 CHF, et qu'un trader crée un short à 100 CHF (ce qui n'est pas gratuit). Tant que l'action reste à 100 CHF, le short ne sert à rien. Si l'action monte, le short devient un coûteux handicap, et d'autant plus que l'action monte. Mais si l'action descend, le short (qui signifie ici "le droit de vendre à 100 CHF quelles que soient les circonstances") prend de plus en plus de valeur, puisqu'il permet de vendre les actions en perdition à un prix garanti.


Une jolie illustration qui ne montre pas l'argent perdu lors d'un short lorsque l'action monte.

Il existe bien évidemment le miroir du short, le long, qui est la garantie d'acheter à bas prix une action dont le cours s'envole. Selon les législations de chaque pays, ces pratiques sont encadrées par des lois différentes, que ce soit en termes de couverture (doit-on posséder l'action sous-jacente pour se lancer là-dedans?), de délais (combien de temps le produit dérivé vit-il?) ou d'exercice (peut-on "déclencher" l'outil n'importe quand ou à une date donnée?), et bien d'autres aspects qui dépassent le cadre de cet article.

S'il fallait résumer en quelques mots, un short est un pari à la baisse.

Du galop d'essai au grand galop

Vint la pandémie de Covid et un certain nombre de perturbations économiques se reflétant sur les cours de bourse. Pas besoin d'être grand clerc, par exemple, pour comprendre que l'effet des confinements sur l'industrie touristique ou les compagnies aériennes irait de "pas terrible" à "franchement désastreux".

Les investisseurs, fonds de pension et autres gestionnaires de fortune professionnels choisirent donc, pour certains, de vendre ce qu'ils possédaient dans ces secteurs d'activité. D'autres allèrent plus loin et décidèrent de spéculer sur la baisse pour retirer des bénéfices.

À contrario, des millions de petits investisseurs, guidés par les des sites communautaires, décidèrent d'acheter des actions en chute libre, pariant, eux, sur un "énorme rebond économique" consécutif à une crise finalement légère. Certes, il y eut des erreurs, mais certains parvinrent à tirer leur épingle du jeu:

Will Nelson, 27 ans, un autre trader néophyte utilisant l'application Robinhood, a joué (...) sur des options à la hausse sur des actions du secteur technologique. Il dit que les options à la hausse étaient de l'argent facile pendant les dernières années mais que lorsque les actions baissèrent à cause de l'épidémie de coronavirus, le trading devint difficile.

"Vous devez être capable de gérer les extrêmes", explique-t-il.

Nelson raconta qu'il acheta en panique lors de la chute des actions quelques mois plus tôt, et son gain actuel est de plus de 244%. 


Les professionnels du secteur regardèrent de haut les traders à la petite semaine de Robinhood et consort. Leur mépris se changea en colère lorsque ces petits porteurs commencèrent à influer sur la marche de sociétés cotées plus importantes, comme celles du secteur aérien.

Ajoutez à cela l'élection frauduleuse de Joe Biden, la frustration des "petits" massacrés par les restrictions d'activité liées au Covid (qui n'affectent pratiquement pas le secteur financier) et les accointances de Wall Street avec l'Administration démocrate, et tout était en place pour que les petits porteurs donnent une tournure plus politique à leurs manœuvres boursières.

L'épopée de GameStop

Robinhood devint un outil pour protester contre le "système". Le choix collectif se porta sur une petite sélection de titres, dont GameStop.

GameStop est une société disposant de 5'500 magasins dans le monde, essentiellement aux États-Unis. Elle commercialise des jeux vidéo et du matériel informatique - typiquement le genre de produits particulièrement sujets à la vente par correspondance en ces temps de restriction de l'activité commerciale. Entre les confinements et le changement des habitudes des consommateurs, GameStop s'apprêtait immanquablement à traverser des turbulences, mais /r/wallstreetbets intervint, en masse, pour soutenir son action. Le cours s'envola, passant de 17$ début janvier à plus de 340$ à la fin du mois. Des fortunes se bâtirent à cette occasion.

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L'objectif n'était pas tant de s'enrichir que de faire saigner les Hedge Funds qui avaient parié à la baisse sur GameStop. Piégés par leurs shorts, ils perdirent des fortunes, quotidiennement, suite aux appels de marge sur leurs produits dérivés, liés à la hausse des cours. Certains fonds comme Candlestick Capital Management, Citron Capital, D1 Capital Partners, Maplelane Capital ou Point72 perdirent un pourcentage de valeur à deux chiffres, des pertes totalisant 19 milliards de dollars le 30 janvier. Melvin Capital perdit 53% de sa valeur sur ce mois, certains gestionnaires terminant ainsi leur carrière.

L'opération fut un succès mais révéla d'autres choses. Des demandes furent déposées auprès de Reddit pour fermer le canal /r/wallstreetbets, qui reçurent une réponse ambiguë de la plateforme. L'application Robinhood fut modifiée pour empêcher ses clients d'acheter des actions GameStop. Ils pouvaient en vendre s'ils en avaient, mais plus en acheter - en contradiction avec tous les contrats de licence utilisateur. Une nouvelle mise à jour permit à nouveau d'acheter des actions des sociétés ciblées par /r/wallstreetbets, mais seulement pour en posséder un exemplaire de chaque dans son portefeuille, pas une de plus!

La SEC décida de se pencher sur la coordination de /r/wallstreetbets pour déterminer si cela "altérait le marché". Et pour finir l'action de GameStop elle-même fut suspendue à plusieurs reprises alors qu'elle s'envolait - quelque chose d'inédit: les actions sont suspendues lorsqu'elles baissent trop, pas quand elles montent!

Tout ceci laissa un sale goût dans la bouche des boursicoteurs de /r/wallstreetbets, pour le moins. Ils découvrirent avec amertume que Wall Street était solidaire avec les siens - les gestionnaires de fonds, par exemple - et n'hésitait pas à changer les règles lorsque les choses tournaient mal pour eux. Robinhood collaborait clairement avec "l'ennemi". Les petits porteurs avaient le droit de perdre en bourse, mais il y aurait toujours des politiciens ou des banquiers pour venir en aide aux grands maîtres de la finance...

Aussi décidèrent-ils de s'attaquer à un autre marché manipulé: l'argent.

Ruée sur le métal gris

Le marché des métaux précieux est le plus manipulé entre tous, par les grandes banques et les banques centrales, afin de cacher l'inflation causée par l'expansion délirante de la masse monétaire. On peut dire que l'augmentation s'est accélérée notablement depuis la crise financière de 2008 - oui, cela fait treize ans maintenant - et la sauvegarde de tous ces établissements financiers too big to fail.

La pandémie de Covid n'a rien arrangé. La masse monétaire M1 a explosé de + 65,6% à 6,667 milliards de dollars depuis le début de cette nouvelle crise, comme en témoigne ce graphique:


L'évolution de la Masse Monétaire M1 en dollars (source: Fed Saint-Louis)

Mais il n'y aura pas d'inflation, nous explique-t-on! Ce n'est pas faux, puisque cette richesse profite en premier lieu aux Davos Guys, les super-riches de la planète, pendant que les gueux voient augmenter les prix de l'immobilier, des aliments, de l'énergie...

Quoi qu'il en soit, comme tous les métaux précieux, l'argent est en quantité finie dans la croûte terrestre, alors que les monnaies-papier ne le sont pas, sans compter que désormais elles sont largement dématérialisées. Multiplier la quantité de dollars en circulation par dix n'est guère plus compliqué que de rajouter un zéro quelque part.

Le canal /r/wallstreetbets contient un grand nombre de suiveurs mais aussi des individus plus éclairés. Ils lancèrent la semaine dernière un vaste mouvement pour s'attaquer à l'argent, "le canari dans la mine", selon leurs dires, et souhaitant utiliser la force de la communauté à cette fin.

L'opération est en cours et ses premiers effets se font sentir. Rien que ce week-end, l'once d'argent est montée de 27$ à 30$, soit un bon de plus de 10% - pas un mince exploit compte tenu de la taille du marché concerné, qui n'a plus rien à voir avec des entités comme GameStop.

Les conséquences sur les Hedge Funds honnis seront modérées: la plupart des gestionnaires de fonds ne misent pas sur les métaux précieux, et s'ils le font, ils jouent plutôt sur une hausse des cours (ce qui est logique au vu de la courbe ci-dessus, où le pouvoir d'achat des monnaies est condamné à s'effriter). Mais en s'en prenant à un métal précieux, on touche à quelque chose de systémique.

Les activistes de /r/wallstreetbets ne conseillent pas seulement de miser sur de l'argent, ils demandent aux gens de s'acheter de l'argent physique. Car à l'inverse des titres de propriété "virtuels" sur l'argent, tout aussi manipulés que n'importe quelle monnaie, l'argent physique ne peut pas être inventé.

Les revendeurs de pièces officielles - l'Eagle Silver, une pièce d'argent américaine pesant exactement une once - sont tous en rupture de stock, et n'ont pas de possibilité de les renouveler. Comme dans tout système de prix artificiellement manipulé à la baisse, les stocks s'évaporent. Et le marché du physique s'envole:


Si vous voulez votre argent en main, c'est plus cher...

Le prix réel de l'once d'argent, l'once d'argent métal, est donc de 43$ pour l'instant, à comparer à l'once d'argent virtuelle, qui reste à 30$ pour l'instant, mais continue de monter.

Combien de temps le système peut-il tenir avec un différentiel aussi énorme entre le cours réel et le cours officiel?

Conclusion

Journalistes et analystes financiers ne se gênent pas pour mépriser les utilisateurs de Robinhood. Pourtant, il n'y a rien de mal à placer son argent dans des entreprises chères à chacun pour des raisons qui lui sont propres ; et si les bénéfices sont de la partie, c'est tout aussi bien.

En quoi les traders de Robinhood seraient-ils plus hypocrites que tous les gérants de fortune lançant des fonds "éthiques" ou "à neutralité carbone"? Les moqueries des élites de la finance contre d'humbles spéculateurs sur GameStop éclairent d'une lumière crue leur propre "finance verte", qui apparaît rétrospectivement comme un simple produit marketing conçu par des cyniques pour appâter un public souhaitant investir en se parant de vertu - une fable à laquelle chacun s'efforce de croire parce qu'elle arrange tout le monde.

La stratégie boursière est de la même façon quelque chose de tout à fait personnel. Il est évidemment risqué d'avoir choisi de miser sur une société comme GameStop, mais en quoi est-ce fondamentalement plus irrationnel que d'acheter des actions Apple (qui a un PER de 43, ce qui signifie qu'il faut 43 ans de dividendes, hors inflation, pour rembourser sa mise) ou même Tesla (qui a un PER de 1700...) et que les professionnels de la finance n'hésitent pas à conseiller?

Mais l'offensive contre l'argent est toute autre chose. Peut-être est-ce une rébellion, ou peut-être est-ce une révolution.

Et si c'est une révolution, nous sommes dans les premiers jours d'un cataclysme monétaire qui pourra aller jusqu'à la fin du rôle du dollar comme monnaie de réserve et verra s'envoler le Bitcoin et les métaux précieux à des hauteurs insoupçonnées. Le secteur financier et bancaire sera chamboulé dans des proportions jamais vues depuis un siècle.

Je ne sais pas combien de temps cela prendra, mais vu d'ici j'ai l'impression que la mèche est allumée ; et, surtout, je vois mal comment elle pourrait s'éteindre.

Mise à jour (7 février): comme on pouvait s'y attendre, le rush sur GameSpot a fait long feu, entraînant des centaines de millions de dollars de perte chez les porteurs du titre (quoiqu'à 63$, il soit encore loin des 18$ du début d'année.) L'argent quant à lui est redescendu à 27$ l'once. Tout est-il donc revenu à la normale? Pas totalement. La pénurie d'argent métal subsiste.