21 octobre 2021

Du désastre énergétique à venir

L'hiver vient, et il sera rude.

L'Europe risque de faire face à une crise de l'énergie au plus fort de la saison froide. Et la Suisse aussi.

La faute à l'UDC!

Pour un aperçu assez convenu des mensonges qui nous seront servis alors, il suffit de se tourner vers Le Matin ou l'Agefi qui reprennent une dépêche de l'ATS. En ce mois d'octobre, on prépare déjà l'opinion publique à ce qui va arriver: "Seule, la Suisse risque une mégapanne d’électricité", nous dit-on. Puis vient pour Le Matin la désignation des coupables: "L’échec de l’accord avec l’UE force le pays à trouver de nouvelles solutions énergétiques. EconomieSuisse veut rouvrir le débat sur le nucléaire."

C'est la faute de l'UDC, vous dis-je! Les méchants! Les vilains!

À cause d'un parti politique refusant la supériorité des juges étrangers sur la démocratie directe helvétique, nous serons privés de courant cet hiver. Que ce soit dit.

Aucune démonstration n'est faite de la relation entre l'accord-cadre institutionnel avec l'UE - qui n'a jamais dépassé le stade des discussions - et l'impossibilité d'acheter de l'énergie en Europe, qui relève du simple commerce et se pratique quotidiennement. Et c'est heureux, car si telle démonstration existait, elle prouverait une relation dominant-dominé humiliante pour la Suisse (certains dans la classe politique helvétique se délecteraient d'une telle perspective).

Non, les difficultés qui nous attendent à la mauvaise saison n'ont rien à voir avec la diplomatie internationale. Elles sont juste les conséquences de choix politiques hasardeux propres à chaque pays.

Plein gaz

Mais ce n'est pas grave. Powerloop, un lobby énergétique avec ses entrées au Parlement, propose de "construire de façon échelonnée environ 2'000 petites centrales à gaz réparties sur une grande partie du territoire national."

2'000 centrales, une paille. Mais attention, de "petites" centrales. Des chose discrètes qu'on remarquera à peine. L'installation de ces 2'000 centrales réparties sur une grande partie du territoire national ne devrait pas requérir de gros travaux, ni pour les ériger, ni pour les alimenter en gaz, on vous dit.

Notre astucieux Roger Nordmann (PS) qualifie la proposition de "prometteuse", nous explique Le Matin. C'est dire si c'est génial. Si Roger Nordmann valide, il faudrait être complètement fou, ou UDC à la limite, pour avoir l'audace de s'y opposer. D'autant plus que la facture sera, on nous explique, raisonnable: elles coûteraient au total 3,4 milliards de francs. Milliards de francs qu'on propose de collecter à travers une modeste "surtaxe" sur les factures d'électricité. Mais tout cela reste "peu en comparaison des coûts d’une panne de courant, estimée entre 3 et 4 milliards par jour, selon le Conseil fédéral".

Le Matin ne rappellera pas que le coût de gestion des déchets de toutes les centrales nucléaires de suisse revient à 1,6 milliards par an, soit moins de la moitié, et qu'avec le nucléaire, il n'y a pas de panne de courant du tout.

Mais pourquoi parler de pannes de courant, au fait?

Une crise artificielle

Car la panne est au centre des discussions. Berne panique tout d'un coup et prépare le terrain pour les pannes d'électricité à venir. Et elles viendront, probablement dès cet hiver. On a beau lorgner sur 2050 dans les discours, les yeux fixés sur l'horizon, l'hiver 2021-2022 sera déjà difficile. Les suivants n'arrangeront rien.

Ayant la chance d'avoir pu discuter avec un professionnel du marché de l'énergie, j'ai obtenu des informations de première main sur la situation énergétique en Europe, les défis qui nous attendent, et la crise énergétique qui nous frappera dès cet hiver. Et les responsabilités n'ont rien à voir avec l'échec de l'accord-cadre avec l'UE, comme on pouvait s'y attendre.

La cause fondamentale tient en deux mots: la transition énergétique.

Lorsque les pays d'Europe de l'Ouest, Allemagne en tête, ont joyeusement décidé que l'avenir devait être neutre en CO2 et non nucléaire, il a fallu se tourner vers les énergies renouvelables. Ces énergies ne sont pas fiables. L'ensoleillement et le souffle du vent dépendent de la météo. Dans les deux cas, la Suisse, avec peu de vent et un faible ensoleillement, ne tire pas son épingle du jeu.

La production énergétique exige une certaine régularité: vous n'aimeriez pas que votre train s'arrête d'un coup en rase campagne, faute de vent pour les éoliennes qui, ailleurs, génèrent le courant qui alimente sa locomotive. Toute installation d'éoliennes, toute ferme de panneaux solaires s'associe donc à une centrale à gaz qui supplée à l'énergie "renouvelable" lorsque les conditions météorologiques ne sont pas au rendez-vous. C'est le secret honteux de la transition énergétique. En Suisse, il y a déjà 950 installations de ce type.

Hormis l'hypocrisie de cette énergie "renouvelable" qui fonctionne peu ou prou au gaz en réalité, le gaz était une solution d'appoint flexible et bon marché il y a quelques années. Avec la multiplication des sources d'énergie "renouvelables" appuyées par des milliers de centrales à gaz ou au charbon à l'échelle de l'Europe, ce n'est plus le cas.

De plus, l'hiver 2020 a été particulièrement long et froid, vidant les réserves du continent européen (Russie incluse). La Russie, un pays du tiers-monde aux équipements dépassés, qui ne peut augmenter sa production d'un claquement de doigt même si elle le voulait - et qui donne de toute façon priorité au chauffage de sa propre population avant d'exporter.

Toutes les conditions sont donc réunies pour une explosion du prix du gaz, et elle a lieu. Depuis le début de l'année, son prix a été multiplié par six. (Il y a deux semaines, dans cet article, il n'était encore multiplié que par cinq). Et nous sommes encore en automne!


L'évolution du prix du gaz d'août à octobre 2020

Les 2'000 "petites centrales à gaz" proposées par Powerloop vont avoir du mal à tourner, et, si elles y parviennent, je n'ose penser à la facture de gaz. Envoyez-la à Roger Nordmann...

Berne se prépare à des pannes d’électricité dramatiques

La transition énergétique, malgré le marketing médiatique de l'énergie "renouvelable", fait lourdement reposer la production d'électricité sur le gaz. Le changement de paradigme, à marche forcée pour contenir les objectifs "climatiques", s'applique à l'échelle du continent européen. Or, les réserves de gaz sont au plus bas et la production ne suit pas.

La loi de l'offre et de la demande risque de rendre l'électricité hors de prix pour beaucoup de monde. Mais nous pourrions aller encore plus loin, une situation où quel que soit le prix il n'y a plus de gaz disponible - c'est-à-dire une pénurie.


Lors des coupures d'électricité au Texas l'hiver dernier, les habitants grelottaient pendant
que les parkings vides du centre-ville restaient éclairés... Tout est question de priorité!

Lorsque ce moment arrivera, les pays victimes subiront des coupures d'électricité. On dira alors que c'est la faute du méchant Poutine qui refuse son gaz russe aux Européens dans le besoin, ou en Suisse la faute de l'échec de l'accord-cadre avec l'Union Européenne (bien qu'à ce stade plus grand-monde n'aura de courant à revendre à qui que ce soit).

L'important, pour les médias et la classe politique aux commandes, sera de préserver dans le grand public l'illusion que les éoliennes, les panneaux solaires et les centrales nucléaires sont tous équivalents. La pénurie quant à elle en incombera au capitalisme, évidemment.

Les choix ont des conséquences, et cela vaut tant pour les délires à l'horizon 2050 que pour le reste. Si une vague de froid frappe l'Europe cet hiver, il y aura de graves problèmes d'électricité et de chauffage. Des gens mourront, sacrifiés sur l'autel de l'énergie renouvelable.

À l'aune des expériences vécues, entre la priorité entre la sécurité de l'approvisionnement, les objectifs climatiques, et la haine irrationnelle des écologistes à l'égard du nucléaire, les électeurs seront amenés à redéfinir leurs priorités. Malgré les coupures et les factures de chauffage et d'électricité hallucinantes, il est possible que la crise ne suffise pas à réveiller les consciences. Il est aussi possible que cela relance le débat de la production énergétique et de la place du nucléaire dans celle-ci.

Le pire n'est pas toujours certain, comme on dit.

Commentaires

On se rappelera que Roger Nordmann est président du lobby solaire au Parlement. De quoi ne pas s'étonner s'il se frotte les mains. Mais passons, il y a plus grave.

Clairement le Conseil Fédéral a failli il y a dix ans et on ne fait que commencer à remarquer à quel point. La gauche a le contrôle de l'infrastructure depuis des lustres et ça va se payer cash pour l'économie. Où sont les fameuses cinq grandes centrales à gaz promises pour sortir du nucléaire? La Gauche va-t-elle se permettre de bloquer par les moyens usuels (sabotage au Parlement, oppositions dans tous les sens par le lobby écolo sur le terrain, campagne pour faire peur à la population) la mise en œuvre de technologies nucléaires d'avenir tels que les réacteurs à sel fondu au thorium ou à fusion (on y est presque!)? La Stratégie 2050 se montre déjà comme un échec et il faut insister pour que les technologies ne générant pas du courant constant soient mises de côté, quitte à faire mal aux lobbys. Il y a urgence, les réacteurs SMR que Macron envisage seraient une solution aussi si on arrive à les avoir d'ici dix ans. En espérant que les hivers soient doux d'ici là.

Je vis dans un petit logement chauffé à l'électricité, je n'ose pas imaginer une coupure de deux jours durant un hiver rigoureux. C'est la cata assurée. Merci les Verts!

P.S. en Angleterre on blame le Brexit pour ce qui va arriver, vous voyez le schéma qui se répète?

Écrit par : Noth | 22 octobre 2021

Merci beaucoup M. Montabert,

Cette crise annoncée pourrait-elle aussi avoir un rapport avec la grand Blackout promis par K. Schwab. Tout comme après l'Event 201 on a eu droit au COVID, après l'exercice Cyberpolygon on aura droit à un Blackout organisé pour mettre les peuples à genoux et mieux imposer leur Great Reset?
A votre avis?

Au fait, le NIH a finalement admis officiellement avoir financé le gain de fonction sur le virus et que donc son directeur Fauci avait menti, mais toujours pas UN SEUL MOT dans nos medias romands, alors que cette info devrait faire la une! Écœurant:

https://www.foxnews.com/media/rand-paul-anthony-fauci-nih-gain-function-funding

Écrit par : Cernunnos | 23 octobre 2021

Il est toujours intéressant de voir - ou de lire - des gens de votre bord lorsqu'ils refusent d'assumer les responsabilités de ce qu'ils ont prôné. Et qui plus est sans vouloir voir que les décisions qu'ils ont engagé le gouvernement ou peuple à soutenir ont des conséquences.

Refuser les juges européens, refuser tout accord cadre avec l'Union Européenne place la Suisse face à des conséquences qu'il faut être UDC pour ne pas les avoir envisagées.

Lorsque les premières pannes de courant surviendront, qui l'UDC va-t-elle maudire? La gauche? L'UE? Non, décidément, ce spectacle est affligeant.

Écrit par : Déblogueur | 29 octobre 2021

@Déblogueur: vous affirmez avoir lu l'article?

Je n'y crois pas une seconde. Vous n'avez rien lu. Vous êtes venu tout fier poser votre pêche et repartir, sans même prendre la peine de lire (et donc encore moins de contester) les raisons réelles de la crise, exposées en seconde moitié d'article.

Lorsque les premières pannes de courant surviendront, je ne sais pas ce que dira l'UDC mais comme les journalistes ne lui donnent pas la parole...

Mais je peux déjà vous prouver que l'excuse de l'accord-cadre ne vaudra rien, pour la bonne et simple raison que la Suisse ne sera pas le seul pays à souffrir de ces pannes. D'autres pays de l'UE en souffriront également, malgré tous les traités qu'ils ont pu signer.

Écrit par : Stéphane Montabert | 29 octobre 2021

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