03 décembre 2021

Le Cas Zemmour

Depuis mardi midi, Éric Zemmour est officiellement candidat à la Présidence de la République Française.

La surprise n'en était plus une depuis longtemps ; Zemmour a abandonné de longue date la posture de simple journaliste. Dès la publication de son livre La France n'a pas dit son dernier mot, ses séances de promotion ont pris l'allure de meetings de campagne. Il était déjà candidat dans l'esprit de tout le monde, que ce soit du point de vue de ses détracteurs, des médias, de ses concurrents politiques, de ses propres partisans, ou même du CSA.

Mais il fallait une officialisation. C'est désormais chose faite. Éric Zemmour a annoncé ses intentions sur une vidéo, puis au journal de 20h de TF1.

La vidéo de sa déclaration de candidature fait couler beaucoup d'encre. Le mieux est encore de se faire sa propre idée.

(Après le début de la rédaction de ce billet, YouTube a décidé de réserver le visionnage de la vidéo à un "public adulte", preuve d'identité à l'appui. Est-ce une énième tentative de diminuer l'influence médiatique du candidat, ou à cause des inserts de la violente actualité française, telle qu'elle apparaît dans les journaux télévisés et dans le quotidien de millions de Français? Après être parvenu à visionner la vidéo, le spectateur sera seul juge.)

Ce lancement de candidature n'a pas été fait avec de gros moyens, c'est clair. Mais il est habile. Éric Zemmour, dans le cadre apaisé d'une bibliothèque, lit un texte, exactement comme il le fait depuis des années dans ses chroniques. Loin de "reprendre l'appel du 18 juin" comme l'en accusent ses détracteurs, je pense que cette présentation vise à reproduire la façon de s'exprimer du journaliste politique dans les médias. Éric Zemmour montre ainsi qu'il s'exprime sincèrement et qu'il a écrit son propre texte - quelque chose dont la plupart des hommes politiques actuels sont devenus incapables.

Le contraste est saisissant avec les séquences vidéo intercalées. Comme la musique, elles appuient le propos avec intensité. Certaines montrent un passé français paisible. Elles suscitent une certaine nostalgie auprès de ceux qui ont vécu dans cette France disparue. Elles contrastent avec les images violentes de la France en perdition d'aujourd'hui.

Quant au programme de Zemmour, il est disponible sur son site de campagne, tout simplement. Ceux qui disent qu'il n'en a pas ne sont même pas allés voir...

Zemmour a-t-il une chance?

Les Français adorent parier sur les meilleurs chevaux. Alors qu'il n'était même pas officiellement candidat, il est monté jusqu'à la deuxième place dans les enquêtes d'opinion, ce qui l'aurait propulsé au second tour face au probable Emmanuel Macron. Depuis, la tendance s'est calmée, mais il y a loin d'ici au jour du scrutin.

Pour mesurer les chances réelles d'un candidat, il suffit de contempler l'opposition qu'il suscite. Anne Hidalgo, maire socialiste de Paris et candidate officielle du PS, oscille entre 4% et 6% dans les sondages. À ce niveau, les socialistes ne sont même pas certains de pouvoir compter sur les 5% des suffrages nécessaires au remboursement de leurs frais de campagne. Le quitte ou double pourrait précipiter la faillite finale des socialistes canal historique. Pour qui veut bien l'écouter, Anne Hidalgo a des propositions bien plus radicales (et plus ridicules) qu'Éric Zemmour, et les a même appliquées à Paris. Mais voilà, qui perdra son temps à critiquer une candidate qui n'a aucune chance?

La même chose vaut pour la plupart des mouvements politiques. Les écologistes hexagonaux (Europe-Écologie-Les-Verts) s'abîment dans l'extrémisme, l'islamo-gauchisme et le wokisme. Au centre-droit, une pléthore de chefaillons ambitieux des Républicains s'évertue à se démarquer sur les ruines de l'ancienne droite. Ils reprennent tant bien que mal les thèmes de campagne de Zemmour, et annoncent qu'ils seront les adversaires les plus déterminés d'Emmanuel Macron... Alors que chacun sait très bien qu'au soir du premier tour, ils seront les premiers à appeler à voter pour ce dernier, la voix tremblante, pour faire barrage à l'esstrême-drouâte.

Au jeu des pronostics, Zemmour a une chance dans le match à trois qui l'opposera à Marine Le Pen et Emmanuel Macron. Or, sans même parler de sa calamiteuse prestation au débat de l'entre-deux tours de 2017, il me paraît bien improbable que Mme Le Pen puisse réitérer son exploit avec un concurrent marchant en plein dans ses plates-bandes.

Un candidat cloué au pilori

Comme je l'écrivais plus haut, on mesure les chances réelles d'un candidat aux efforts déployés pour le contrer. Il suffit de lire le déferlement d'articles quotidiens anti-Zemmour depuis des semaines - avec un passage à la vitesse supérieure depuis ce mardi encore, si c'était possible - pour comprendre qu'il fait peur, très peur, à la classe politique installée.

"Face à nous, se dressera un monstre froid et déterminé qui cherchera à nous salir", annonce-t-il dans sa déclaration. De fait, pas un article de journal (en particulier Le Matin en Suisse romande) qui ne manque de l'évoquer comme "un sulfureux polémiste d'extrême-droite, plusieurs fois condamné" à chaque mention de son nom. L'auteur et chroniqueur politique depuis quatre décennies, habitué des plateaux télés et des studios de radio, devient une infâme créature digne de pires cauchemars!

Ne faisant pas dans le détail, tout y passe, depuis les polémiques sur les images employées dans sa vidéo (comme si le droit à la courte citation n'existait pas) ou sa vie privée (comme si les cocufiages successifs des compagnes de François Hollande ou la relation tout à fait saine qu'Emmanuel Macron entama à quinze ans avec une femme mariée et mère de famille de 42 ans à l'époque, ou son amour pour le contact physique avec des hommes nus et en sueur, étaient du plus parfait naturel). Et nous n'en sommes qu'au début...

Éric Zemmour fait face à la mort - une mort qui, si elle n'est pas physique, sera au minimum sociale et professionnelle. C'est le destin qui attend tout candidat sérieux de droite. Il sera traîné dans la boue, ruiné et interdit d'antenne. Il y a de fortes chances qu'on fouille sa vie dans les moindres recoins jusqu'à y trouver de quoi s'assurer qu'il finisse en prison - ce qui permettra à tous ceux qui le détestent, et ils sont nombreux, de clamer avec un sourire de contentement que sa fin est finalement méritée.

Le chien dans un jeu de quilles

Il y a un courage immense chez Éric Zemmour, peut-être une forme de témérité, qui suscite l'admiration. Il aurait fort bien pu se contenter de vivre confortablement la fin de son existence au lieu de se jeter dans l'arène. Le parallèle avec Trump est évident, mais ne s'arrête pas à cela.

Incarnation vilipendée du populisme le plus crasse, Éric Zemmour est connu du grand public. Il a des convictions, une culture, une popularité réelle, et ne vient pas du milieu politique. Là se situe le danger. Il a en effet devant lui un réservoir de voix que les autres n'ont pas - tous les Français dégoûtés de la clique qui les gouverne depuis quarante ans.

En plaçant l'islamisation, l'immigration et le déclassement français au cœur de son discours, il impose ses thèmes à l'ensemble de la classe politique. Pour exister dans le débat, les autres candidats doivent se positionner par rapport aux sujets amenés par le trublion.

Entre les hypocrites des Républicains et la molle Marine Le Pen, la droite française est aussi moisie que le reste du pays. Mme Le Pen n'a aucune chance d'être élue, tout le monde le sait, même elle ; et tout montre qu'elle n'en a même pas envie, se complaisant dans la position confortable de challenger officielle. Éric Zemmour bouscule le jeu politique convenu, fait réagir au-delà de ses partisans, fait dévier le débat.

Entre toutes choses, Éric Zemmour est peut-être la dernière chance pour la France de quitter relativement paisiblement la voie de la ruine et de la guerre civile dans laquelle elle se précipite avec certitude. Le conflit a déjà commencé, à basse intensité, dans les nombreux territoires perdus de la République.

Il est bien tard pour sauver la France de la libanisation, mais qui ne tente rien n'a rien.