08 octobre 2012

OGM et Pseudo-Science, un mauvais mélange

L'affaire commencée il y a quelques semaines avec l'étude-choc du professeur de biologie moléculaire Gilles-Eric Seralini semble arriver à sa fin, avec le rejet formel de ses conclusions par l'Autorité européenne de sécurité des aliments (EFSA) jeudi dernier - information guère reprise dans la presse locale, pour les raisons que l'on devine.

Les scientifiques de l'EFSA ne sont pas tendres envers le chercheur et son équipe:

efsa.png"L'article est d'une qualité scientifique insuffisante pour être considéré valide pour l'évaluation des risques (...) La conception, le système de rapport des données et l'analyse de l'étude, tels que présentés dans le document, sont inadéquats."

"Les nombreuses questions relatives à la conception et à la méthodologie de l'étude telles que décrites dans l'article impliquent qu'aucune conclusion ne peut être tirée au sujet de l'occurrence des tumeurs chez les rats testés."

 

L'EFSA ne ferme pas complètement la porte au chercheur-militant, demandant des informations supplémentaires quant au protocole de recherche employé par l'équipe du laboratoire CRIIGEN pour lui permettre d'acquérir la compréhension la plus complète possible de l'étude. Le professeur Bergman, qui a dirigé les travaux de l'EFSA, explique avec diplomatie:

"Lorsquon réalise une étude, il est essentiel de s'assurer qu'un cadre approprié soit mis en place. Si on a clairement défini ses objectifs et qu'on a établi une conception et une méthodologie appropriées, on constitue une base solide à partir de laquelle des données précises et des conclusions valides peuvent être générées. Sans ces éléments, il est peu probable qu'une étude se révèle fiable, valide et de bonne qualité."

 

Hélas, M. Séralini ne l'entend pas de cette oreille. Ayant d'ores et déjà annoncé qu'il refuserait d'obtempérer, la crédibilité de ses travaux est désormais scellée aux yeux du monde scientifique. La recherche ne peut se faire que dans des conditions de transparence adéquates.

séralini.jpgM. Séralini motive son refus par une n-ième diatribe contre la "corruption" et le "biais pro-OGM" des instances gouvernementales (dont on voit en effet la démonstration chaque jour, au vu des surfaces OGM cultivées en Europe...) une argumentation qui sonnera avec délice aux oreilles conquises des militants anti-OGM. Mais le fait est que le "secret" autour de ses travaux (tout relatif, puisqu'il était suivi par une équipe de télévision de France 5!) est aussi un moyen bien commode de voiler les faiblesses patentes de son protocole de recherche, de son analyse biaisée des résultats et, pour tout dire, de son manque de méthode scientifique.

A entendre son auteur, l'étude est tout simplement parfaite et il est impossible d'émettre la plus petite réserve quant à son article sans être plus ou moins contrôlé par Monsanto. On peut bien sûr clamer que tous ceux qui émettent la moindre critique sont des agents à la solde de la multinationale, mais une telle ligne de défense, à la longue, relève plus de la psychiatrie que de la controverse scientifique. Le plus amusant est sans doute d'entendre M. Séralini disqualifier par avance toute contre-étude venant de sources qu'il juge touchée par des conflits d'intérêts alors que lui-même est tout sauf neutre: si l'individu appliquait à lui-même les critères qu'il préconise pour autrui, il serait amené à rejeter sa propre expérimentation sans autre forme de procès!

Mais revenons à la publication proprement dite.

Outre son analyse statistique défaillante et son utilisation d'une espèce de rat ayant une tendance naturelle à développer quoiqu'il arrive des cancers à long terme - trait connu depuis trente ans - il semble de plus en plus plausible que les conclusions du professeur Séralini ne soient pas juste le fourvoiement d'un chercheur avide de tirer des enseignements conformes à ses vues, mais le résultat d'une étude soigneusement planifiée pour les fabriquer.

En effet, en gardant exactement les mêmes moyens financiers et le même protocole scientifique, M. Séralini n'aurait eu aucun mal à faire en sorte que son étude soit statistiquement inattaquable. Au lieu de répartir ses 200 rats selon chaque sexe et de les subdiviser en 10 groupes de 10 (soit, groupe témoin, groupes soumis à 11%/22%/33% de maïs au Roundup, soumis à 11%/22%/33% de maïs OGM, et finalement soumis à 11%/22%/33% de maïs OGM au Roundup) il aurait suffit de tester moins de variables à la fois et de faire des groupes témoins plus grands, de façon à réduire le facteur d'incertitude.

On aurait pu imaginer par exemple qu'il y ait pour chaque sexe 50 rats témoins et 50 rats soumis au "pire maïs possible", comme les 33% de maïs OGM assaisonné d'herbicide Roundup infligé par le CRIIGEN à ses animaux de laboratoire. Cela n'aurait pas coûté plus cher. Si le groupe affecté avait montré une probabilité statistique significative de développer davantage de cancers à long terme par rapport au groupe témoin - et on aurait pu s'y attendre pour le régime alimentaire "le plus affreux" - l'équipe du CRIIGEN aurait remporté son pari haut la main, avec des statistiques valables car portant sur une population suffisante. Mieux encore, la recherche d'effets éventuels pour des doses moindres aurait mobilisé d'autres chercheurs pendant des années. Tout ça de gagné pour les anti-OGM!

Mais M. Séralini opéra d'une toute autre façon. En multipliant les échantillons de petites taille et donc l'imprécision de ses statistiques, le suivi d'une race de rats sujettte à cancer garantissait au professeur que certains lots finiraient par développer une pathologie. Il lui suffisait ensuite de choisir soigneusement les sous-groupes plus malades que le groupe témoin pour tirer triomphalement la sonnette d'alarme - même si l'ensemble livrait en fait des résultats complètement aberrants, comme une meilleure survie pour des taux d'exposition plus élevés, ou des rats mâles survivant mieux avec un régime arrosé d'herbicide toxique!

L'aspect le étonnant de l'article de M. Séralini n'est peut-être pas dans son contenu, mais qu'une revue scientifique réputée sérieuse ait accepté de le publier. Cela en dit long sur les errements du processus de relecture... Errements qui n'ont d'ailleurs rien de nouveau. L'article sur la fameuse "mémoire de l'eau" a bien été publié dans Nature!

Au-delà d'une manipulation statistique confinant à l'escroquerie, l'agronome Philippe Stoop résume bien où se situe désormais le problème:

M. Séralini ne fait pas mystère de son militantisme anti-OGM et anti Roundup, et il est humain qu’il essaie de tirer les résultats de ses expériences dans le sens qui l’arrange. Normalement, c’est aux comités de lecture des revues que devrait revenir le devoir d’objectivité. Les questions posées par cette publication débordent donc largement du cas personnel de Séralini, et devraient interroger l’ensemble de la communauté scientifique:

- Comment peut-on accepter une publication qui ne présente aucune analyse statistique pour son résultat majeur, ici la mortalité des rats nourris aux OGM?

- Que font dans un article scientifique les 3 photos de rats porteurs de tumeurs, comme par hasard tous issus de lots traités, alors que ce type de tumeurs est commun chez cette souche de rats?

- Cette étude a été financée par le CRIIGEN, association notoirement anti-OGM, et par des chaînes de la grande distribution communiquant massivement sur leur soutien à l’agriculture bio et aux produits sans OGM. En soi, ce n’est pas critiquable, mais comment se fait-il que les revues acceptent que les auteurs se déclarent exempts de tout conflit d’intérêt?

Au-delà des critiques que l’on peut adresser aux auteurs, cet article pose donc une fois de plus la question du laxisme surprenant des comités de lecture de certaines revues scientifiques, vis-à-vis des « lanceurs d’alerte » qui prolifèrent dans la zone grise entre science et militantisme pseudo-scientifique.

 

L'étude-choc de Gilles-Eric Seralini est bien partie pour rejoindre les poubelles de la Junk Science, mais la question de fonds concerne désormais bien le processus de publication lui-même. La notion est essentielle à cause du prestige dont peuvent se prévaloir des chercheurs "publiés" avec un papier dénué de valeur scientifique. Des accidents surviennent, certes, mais quand l'objet du litige sert à promouvoir un livre, un documentaire et une campagne médiatique idéologiquement engagée, cela fait quand même désordre.

ogm-nouvelobs-190912.jpgJe ne suis pas militant anti-OGM mais si je l'étais, je pense que j'en voudrais au professeur Séralini. Il a offert au mouvement une étude (croyait-on) validée par la science, et si conforme aux thèses défendues que tout un chacun s'est empressé de la reprendre sans la moindre étincelle d'esprit critique. Maintenant que la baudruche éclate, le retour de flammes est dévastateur. La faible caution scientifique dont pouvait encore se prévaloir le mouvement anti-OGM est en miettes.

La traversée du désert pourrait durer longtemps, à supposer qu'elle s'achève un jour. N'oublions pas qu'une partie non négligeable des militants anti-OGM continuera de présenter fièrement l'étude de Gilles-Eric Seralini, de la défendre et de plaider en sa faveur envers et contre tout. Quelle meilleure façon de passer pour des imbéciles! Cette posture empêchera toute restauration d'une crédibilité scientifique du mouvement, peut-être pour des années.

Je ne suis pas employé de Monsanto non plus mais si je l'étais, je pense que j'enverrais une carte de félicitation au professeur Séralini... Le cocktail de parti-pris, d'auto-promotion et d'errements scientifiques dont il s'est rendu responsable aura fait plus de dégâts aux adversaires de la multinationale que tout ce qu'elle aurait pu entreprendre. Et ce, sans qu'il lui en coûte le moindre centime.

04 octobre 2012

Une belle brochette d'entrepreneurs

Il y a quelques jours, François Hollande a décrété un "choc fiscal" pour l'année 2013, dont une taxe sur la plus-value de cession d'entreprise portée à 60% (!) qui tuera pour de bon ce qui reste de l'économie française.

geonpi.jpgUn groupe d'amis décide de protester en créant un groupe facebook des "pigeons", protestant contre l'injuste fiscalité pénalisant les preneurs de risque - en plus de toutes les taxes qui les étranglent au quotidien - et les conséquences de telles mesures sur l'entrepreneur, seul et unique moteur de la croissance.

La notoriété de l'initiative se répand comme un feu de brousse.

Il fallait donc une réaction: c'est Libération qui s'y colle hier, ouvrant une tribune à "Nous, entrepreneurs...", groupe d'individus affichant sans complexe son amour inconditionnel des impôts et de la fiscalité en général, comme en témoigne ce bel extrait plein de bravoure:

Nous – créateurs et patrons de PME - ne nous considérons pas comme une caste de citoyens supérieurs, dont les revenus devraient bénéficier d’un traitement fiscal de faveur (sic). Nous soutenons tout ce qui va dans le sens de l'équité et de la simplification de l’impôt. Nous soutenons donc le principe de taxation égale des revenus du travail et du capital, gage de relations sociales durables au sein de nos entreprises et d’effort partagé.

 

Les sept signataires de cette tribune - peu suivie par la population, semble-t-il - s'auto-proclament porte-parole de tous les créateurs et patrons de PME sans la moindre hésitation. Peut-être ont-ils réellement créés quelque chose, mais il y a entreprise et entreprise: une bonne partie de ces start-up, suivant une tradition bien française, a toutes les chances d'être des excroissances de grosses sociétés para-publiques. A mi-chemin entre le placard doré et le détournement de fonds, la méthode s'avère bien pratique pour organiser des plus-values entre camarades de promotion, régalant la galerie grâce à un gros client captif et peu regardant à la dépense.

Du premier signataire de la liste, Alain Assouline - candidat socialiste du Val-d'Oise - au dernier, dont les références de l'entreprise La Netscouade fleurent bon le renvoi d'ascenseur (conception de site pour la Mairie de Paris, Europe Ecologie, Haut Commissariat aux Solidarités, Mobilité Durable et j'en passe...) les "entrepreneurs" cités dans Libération ressemblent fort à une sous-espèce peu pressée de se confronter au consommateur dans un marché concurrentiel, préférant vivre dans un environnement calme et protégé, biberonnés d'argent public par des voies détournées.

On comprend d'autant mieux leur réticence face à tout mouvement de contestation du volet fiscal puisque cela remettrait complètement en question leur business model - surtout le chapitre "recherche de clientèle". Du reste, je ne donne pas deux ans à ces pseudo start-up. Compte tenu des difficultés financières de l'Etat français, il va falloir réduire la voilure, même pour la conception de site web par des copains.

Là où le mouvement des "pigeons" part d'une conversation désabusée entre des amis avant de recevoir un écho légitime - et suivi d'effet - la tribune de Libération ressemble à une vilaine opération de communication organisée par le parti, employant sans vergogne la bonne vieille technique communiste de l'appropriation du discours:

"Nous parlons au nom de tout le monde, alors, taisez-vous!"

03 octobre 2012

Ondes: soigner la maladie imaginaire

"La science cherche mais ne trouve pas", annonce pudiquement une dépêche de l'AFP au sujet d'un champ d'étude en plein essor, l'hypersensibilité aux ondes électromagnétiques.

L'hypersensibilité aux ondes touche certaines personnes - dites électrosensibles - lorsqu'elles sont soumises aux champs électromagnétiques dans lesquelles baigne notre environnement, développement du téléphone portable oblige. Leurs symptômes n'ont rien d'enviable: maux de tête, troubles de la concentration, vertiges ou acouphènes, pour n'en citer que quelques-uns.

Menée par l'ANSES française, l'Agence Nationale de Sécurité Sanitaire Alimentation Environnement Travail, la recherche avance bon train. D'ailleurs, l'ANSES ne manque pas de fonds publics, comme en témoigne un agenda bien chargé:

Neurologue de l'Inserm (Toulouse), Jean-Pierre Marc-Vergnes explore pour sa part l'hypothèse d'une relation entre le syndrome d'hypersensibilité aux ondes et un dysfonctionnement du système sensitif des malades. (...) Ses travaux, financés par l'Anses, débuteront en janvier.

Il faut continuer à faire des études pour notamment mieux caractériser les expositions et voir si certains paramètres, aujourd'hui non analysés, seraient en relation avec les symptômes dont se plaignent les électro-hypersensibles, explique [un autre chercheur].

L'Anses a fait de ce thème une priorité avec, en particulier, la mise en place en 2011 d'un Comité de dialogue Radiofréquence et santé réunissant associations de malades et opérateurs télécoms, explique le directeur de l'Agence, Marc Mortureux.

 

Problème: ces pistes de recherche sont basée sur... du vent. Plusieurs autres études ont montré que les prétendus électrosensibles ne sont pas plus capables que le reste de la population de savoir s'ils sont exposés ou non aux ondes.

En d'autres termes, les gens attribuant leurs maux de tête à des antennes-relais de téléphone portable sont incapables de savoir s'ils sont réellement soumis à des ondes, ou s'ils ont seulement l'impression de l'être. Ce qui n'a rien de surprenant puisqu'ils attribuent des maux de têtes aux antennes même quand elles ne sont pas branchées.

Ne confondons pas avec les ondes émises par un téléphone portable, qui bien que de très basse énergie, se retrouvent en partie dans le corps humain avec des effets infinitésimaux: des études du même acabit s'échinent à en démontrer les effets, sans succès jusqu'à présent, mais relèvent au moins d'une approche rationnelle de la science. Ici, nous parlons des antennes de téléphonie mobile situées à portée de vue de l'individu électrosensible moyen et gâchant sa vie - alors même qu'il est incapable de dire si l'antenne est en fonction.

Un internaute met les points sur les i:

Je travaille en sous-traitance pour SFR, je fais la maintenance des fameuses antennes relais décriées ces derniers temps (...) Plus l'on parle dans la presse de ces différentes affaires d'ondes nocives causant maux de tête et autres symptômes, plus je me fais interpeller par les riverains des antennes sur la plupart des sites ou je me déplace.

Le plus marrant, et qui confirme d'ailleurs cet effet nocebo, c'est que les gens se plaignent uniquement là où les antennes sont visibles. Dites-vous bien que si vous habitez en ville, il y a des relais tous les 200m à vol d'oiseau et donc, même si vous ne voyez pas les antennes, elles sont belles et bien présentes. Je veux bien croire que certaines personnes soient plus sensibles aux ondes que la moyenne. Mais quand je rencontre des personnes qui me parlent de maux divers et variés qu'ils ne ressentent que chez eux parce qu'il ont une antennes [en face], alors que quand ils sont au café du coin (dont celui-ci est aussi équipé d'une antenne non voyante), ils ne souffrent plus, je dis halte a la parano !!!

 

Le médecin directeur général adjoint de l'agence admet humblement "qu'on n'a pas mis en évidence les mécanismes physiologiques de ce syndrome". C'est le moins que l'on puisse dire, en effet. Cela n'empêche pas les médias de reprendre les recherches les plus fantaisistes sans le moindre recul et d'accuser les antennes de téléphonie mobile d'attirer le mauvais sort et de faire tourner le lait... Il faut bien vendre du papier, n'est-ce pas! Et ce ne sont pas les pantalonnades récentes sur les OGM qui rehausseront la réputation de la presse francophone grand public sur les questions scientifiques.

Mais aucune excuse n'est trop bonne pour dépenser l'argent public, fusse-t-il dilapidé à chasser le Dahu. D'ailleurs, même si elle ne repose sur absolument rien de rationnel, la souffrance est bien réelle, comme l'explique un haut responsable de l'ANSES:

Nous ne sommes pas là pour nier ou non la réalité de ce syndrome. Il y a des gens en souffrance, avec des conséquences importantes sur leur vie sociale et professionnelle (...). Ce qui nous importe c'est que les recherches soient pertinentes et que les préoccupations des malades soient prises en compte dans les recherches, explique-t-il.

 

Bref, on va chercher, pour rien, juste pour faire plaisir. De toutes façons, c'est le contribuable qui régale... Et le directeur de conclure, toute honte bue: " C'est d'autant plus important que beaucoup de charlatanisme se développe pour la prise en charge de ces patients."

Il fallait vraiment oser!

Alors, à ces pauvres gens pris bien malgré eux par leurs symptômes psychosomatiques dans le mouvement technophobe moderne et confortés dans leurs croyances par des fonctionnaires complices, il ne me reste plus qu'à conseiller de combattre le feu par le feu:

house.jpg

01 octobre 2012

Sans idées, on attaque les hommes

La section suisse d'Amnesty International fait fort. Dans une campagne de publicité intitulée "ça suffit", elle met en scène des responsables de l'UDC, projetés dans le rôle de demandeurs d'asile.

Christoph Blocher et le ministre de la Défense Ueli Maurer sont réduits à faire rôtir le bouc Zottel, mascotte de l'UDC, pour se nourrir. Quant au vice-président romand Oskar Freysinger, il est présenté sur des affiches imprimées sous le nom de "Jussuf" Freysinger, affublé d'un turban et posant devant des ruines syriennes. D'autres montrent Christoph Blocher grimé en Somalien d'une façon si naïve que même Michel Leeb n'aurait pas osé.

frey_syrien.pngOn pourrait discuter longtemps de la pertinence de la campagne orchestrée par Amnesty International, de ses effets productifs ou contre-productifs, de son humour douteux. Tout est relatif, et ce qui est permis contre des membres de l'UDC ne serait jamais toléré à l'égard d'autrui. Les médias trouveraient-ils aussi sympathiques des affiches "humoristiques" mettant en scène un Alain Berset en vendeur de drogue nigérian, un Jean-Michel Dolivo en mendiant roumain ou une Géraldine Savary en prostituée d'Europe de l'est?

Le fait est qu'il ne s'agit pas d'une campagne publicitaire - pas même d'une campagne politique. Elle n'a aucune pertinence, alors que le président du PS Christian Levrat affirme qu'il n'y aura probablement pas de référendum contre les dernières lois votées par le Parlement pour durcir les conditions d'asile. Elle ne correspond à aucun timing, puisque ces changements appartiennent au passé: ils ont été approuvés cet été. Elle est hypocrite puisqu'elle épingle volontiers les élus de l'UDC mais épargne tous les parlementaires venant des rangs du PLR et du PDC contribuant à créer une majorité (et ne se privant pas d'amener leurs propres amendements). Elle est hors de propos, enfin, puisque l'UDC n'a jamais voulu mettre un terme à la politique d'accueil de la Suisse mais seulement cesser les abus pratiqués depuis des années en la matière, et transformant le principe d'asile en véritable filière d'immigration - et de criminalité - clandestine.

En réalité, les responsables d'Amnesty International suisse ont simplement décidé de laisser libre court à leurs envies.

Ils auraient pu discuter du fond, mais non: à la place, ils choisirent simplement l'attaque ad hominem de bas étages, sur le principe du "si vous étiez à leur place vous feriez comme eux", ce qui est d'ailleurs loin d'être le cas. Et qu'on m'explique comment des Somaliens ou des Syriens atteignent la Suisse sans traverser un pays sûr selon la Convention de Dublin?

Selon moi, ils avaient un budget publicitaire à dépenser et en ont simplement profité pour mettre en scène leurs fantasmes. MM. Blocher ou Maurer réduits à l'état de miséreux dépenaillés, dénués de tout au point de cuisiner la mascotte du parti pour survivre! Quelle vision séduisante! Quel plaisir à contempler! Quelle perspective réjouissante! Et peu importe si cette nouvelle façon très particulière de susciter le débat risque plus de nuire à la réputation déjà passablement écornée d'Amnesty, ou de tarir les dons que l'association prétend employer à aider autrui, sur le terrain.

Ce qui en dit long sur leurs réelles valeurs.