07 avril 2017

Le sens de l'intégration

Une lectrice m'écrit:

Aujourd’hui, je reçois cette circulaire envoyée à tous les propriétaires d’immeuble sur la Commune [de Lausanne].

Elle est accompagnée d’un dossier complet indiquant qu’en sus de cours gratuits, aimablement dispensés aux services de conciergerie, qui expliquent comment comprendre et s’adapter aux différences de culture et de religion pour éviter des conflits entre voisins et ou concierges.

On y apprend qu’il revient en réalité aux autres de faire l’effort d’adaptation envers la population migrante et non le contraire, enfin tout ceci dans le style habituel de bien-pensance, de multiculturalité et de vivre-ensemble.

Je suppose que là encore, cette opération est financée par les deniers des contribuables et je remarque qu’une des signataires de ce courrier porte le même patronyme qu’une célèbre politicienne du canton actuellement en campagne. Serait-elle apparentée à la même famille?


Madame, vous avez raison sur toute la ligne. Bravo pour votre clairvoyance.

La circulaire émane de la commune de Lausanne, plus précisément du BLI, le Bureau Lausannois pour les Immigrés. Le nom de l'officine annonce la couleur: Suisses, passez votre chemin. Le BLI est dirigé par Gabriela Amarelle. Elle est bien la sœur de la célèbre Cesla Amarelle, Uruguayenne d'origine et en route pour le Conseil d'État vaudois. Gabriela est Déléguée à l'intégration à la ville de Lausanne depuis 2007. Disposant d'une licence en lettres, administration publique à l'IDEAP et droits humains à l'Université de Genève, elle aura su profiter des perspectives de formation offertes par la Suisse. Depuis elle aura habilement mené sa barque dans les méandres de l'administration publique et travaille comme sa sœur à l'accueil des étrangers de tous horizons - une tradition familiale, en quelque sorte.

Revenons au BLI. Fondé en 1971 - Lausanne sait lancer les tendances - il se définit comme une "plate-forme d'information et un centre de compétences dans le domaine de l'intégration et de la prévention du racisme". Il emploie 9 collaborateurs et se fait fort de traduire certaines publications en albanais, allemand, anglais, bosniaque, espagnol, français, italien, portugais, russe, somali et tamoul.

Parmi ses nombreuses publications et programmes il lance donc une formation pour les concierges, pour leur inculquer le nouveau rôle de "médiateur culturel", c'est-à-dire "savoir naviguer entre les différentes cultures", en faisant l'acquisition "des connaissances sur les principales dimensions de la communication interculturelle." Derrière ce salmigondis de novlangue la réalité est des plus crues: les immeubles remplis de multiculturalisme sont à deux doigts d'exploser et les concierges sont en première ligne.

lausanne,immigration
Pour Lausanne, les concierges sont des mollusques à six bras.
Comment ne pas se sentir valorisé par cette représentation?

Renens subit la même tendance, et met au point le même programme de formation aux concierges. Il n'y a qu'à reprendre l'abondante documentation lausannoise.

En quoi consiste ce programme? Simplement à s'éveiller à la "communication interculturelle". Ne pas s'adresser directement à une porteuse de burqa, par exemple, mais seulement à son mari, qui transmettra. Tolérer en soupirant que les locataires des étages balancent directement leurs déchets par la fenêtre aux abords de l'immeuble. Ramasser les ordures s'entassant dans le local à poubelles dans le premier conteneur venu, laissant le tri à des civilisations plus évoluées. Nettoyer urine et excréments laissés dans les cages d'escalier. En d'autres termes, apprendre aux concierges à être les esclaves silencieux et dociles de la population enrichissante de leur immeuble sans péter les plomb - au nom du "multiculturalisme". Qu'il est beau le métier de médiateur culturel!

Bizarrement, la profession de concierge attire moins les vocations.

Il y a quelque chose de symbolique de l'effondrement de notre société à ramener le problème de populations allogènes peu désireuses de se conformer au mode de vie local à une simple question d'entretien des parties communes. Un mélange de veulerie, de bêtise et d'aveuglement volontaire, dont le seul résultat sera de retarder, un peu, l'inéluctable explosion.

Bien sûr, il est parfaitement injuste - et même franchement inique - de faire porter le chapeau aux concierges à travers des formations-alibi, alors qu'en fait ils sont les premières victimes de cette situation. Mais c'est assez typique du mode de pensée du BLI. Au détour des 36 pages d'une de ses nombreuses publications, on y lit une des principales approches de l'intégration: elle "repose sur un idéal de convergence entre migrants et non-migrants au niveau des pratiques, des normes et des valeurs." Autrement dit, les autochtones doivent faire des concessions jusqu'à ce qu'une entente commune soit trouvée. Vous pensiez naïvement que seuls les immigrés étaient concernés par l'intégration? Oh que non!

Nul doute que devant de tels besoins les formations à la "communication interculturelle" devront s'étendre à de nombreuses autres catégories professionnelles, puis à la population toute entière. Ne vous inquiétez pas, la rééducation est en marche.

03 avril 2017

À trois semaines des Présidentielles françaises

Une semaine avant des élections vaudoises importantes, nos voisins français voteront eux aussi, le 23 avril, pour le premier tour de leurs Présidentielles.

Ces élections sont exceptionnelles à plus d'un titre. Pour la première fois depuis plus de quarante ans un Président sortant aura choisi de ne pas se présenter à sa réélection. Les deux partis traditionnels qui dominent la vie de la Ve République, le Parti Socialiste et Les Républicains, pourraient être tous les deux absents du second tour.

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La campagne a atteint des niveaux de violence verbale et de coup bas inégalés dans l'histoire médiatique moderne ; pendant très longtemps (et à dire vrai aujourd'hui encore) une certaine incertitude régnait quant au nom des candidats qui se présenteraient réellement le jour de l'élection. Miroir de l'incertitude régnant dans la classe politique, les Français eux-mêmes sont hésitants ; un sondage IPSOS montre que 40% des électeurs sont encore indécis quant à leur vote, une proportion énorme si près du jour du scrutin.

À gauche, c'est la guerre. Faute de parvenir à s'entendre, Benoît Hamon et Jean-Luc Mélenchon se condamnent à assister à l'élection comme spectateurs. Chacun d'eux fait cavalier seul pour des raisons qui lui sont propres. Jean-Luc Mélenchon du mouvement des "Insoumis" a pour lui les sondages, qui le placent devant son concurrent socialiste ; il mène sa campagne au nom d'une "extrême-gauche plurielle" depuis bien longtemps, et à 65 ans, le Sénateur devenu tribun sur le tard sent que ce scrutin pourrait bien être le dernier. Au pied des marches du pouvoir, pas question de servir de faire-valoir à un autre.

Benoît Hamon a pour lui la légitimité des primaires de la gauche. Il emporte avec lui les espoirs des militants socialistes de base - volontiers utopistes comme en témoigne son programme - et des écologistes. Las! Ces primaires ont surtout servi à démontrer l'éclatement de la gauche traditionnelle en fragments irréconciliables. En jouant le jeu des primaires, le bon élève Hamon a remporté les primaires "par la gauche", comme le veut la tradition, mais les règles ont changé. Le PS affaibli par le quinquennat Hollande et ses frondes internes ne donne plus le la de la gauche. Coincé dans une impasse, Hamon s'obstine sans y parvenir à chasser sur les terres de Mélenchon. Il arrive trop tard sur le créneau.

En fin de compte, Benoît Hamon fait bien mollement campagne pour les présidentielles 2017. Il semble viser plus loin - le poste de Premier Secrétaire, la recomposition de l'opposition à l'Assemblée, la réorganisation de la gauche plurielle sous l'égide du Parti Socialiste. Au nom du rôle de celui-ci dans la famille de gauche, enfermé dans la logique des primaires, il ne peut pas se rallier à Mélenchon. S'il contribuait à la victoire d'un candidat qui a toujours affiché son mépris pour le PS historique, Hamon ne ferait que hâter l'enterrement du mouvement qui l'a promu candidat. Même sans cela, à travers les défections et la défaite à venir le 23 avril, l'avenir du parti à la rose semble plus compromis que jamais.

Au centre-gauche, un autre ancien ministre de Hollande, le jeune loup Emmanuel Macron. Parfait inconnu avant 2012, l'ancien banquier d'affaires a construit en s'associant aux patrons des grands groupes de presse une véritable machine électorale, "En Marche!", destinée à le propulser au pouvoir. François Hollande le soutient mais en restant dans l'ombre, pour éviter de lui infliger sa propre impopularité. S'il y a eu des tensions avec le ministre de par le passé, Hollande voit désormais en Macron la poursuite de sa ligne politique et l'opportunité de se venger de tous les "frondeurs" du PS qui ont terni son quinquennat - d'une pierre deux coups.

La situation de Macron n'a pourtant rien de confortable. Son mouvement est hors-sol. Entièrement porté par sa dynamique, il est condamné à une réussite éclatante ou à une probable disparition. Maintenant l’ambiguïté, Macron reste flou et enchaîne les maladresses - sur la colonisation, sur son patrimoine, sur la géographie... Le vernis implique la superficialité. Macron devient le choix par défaut le plus convenable de tous les déçus du bipartisme, mais il n'est pas certain que cela suffise à le propulser au second tour. De tous les candidats à l'élection présidentielle, il est celui dont l'électorat a les certitudes les plus fragiles.

Au centre-droit, François Fillon essaye depuis des semaines de relancer une campagne plombée par les affaires. Fillon a raison sur toute la ligne: les révélations relayées par la presse ont été soigneusement orchestrées, sa mise en examen est totalement politique, beaucoup de gens œuvrent en coulisses à couler sa candidature. Il n'empêche:  il n'a rien de l'âme innocente et pure. Fillon a tendu la perche pour se faire battre. Ces scandales à répétition représentent le retour karmique d'une carrière entièrement accomplie dans la politique et ses petits arrangements, à une époque où une candidature présidentielle relevait de la science-fiction.

Passant son temps à se défendre contre de nouvelles révélations, François Fillon a bien peu de temps pour parler de son programme. C'est bien dommage. Le candidat des Républicains avait tout pour remporter les présidentielles: des primaires remportées sans coup férir, l'expérience du gouvernement, un parti en ordre de marche, une solide assise parlementaire et territoriale, le rôle d'opposition principale au gouvernement socialiste. Cela pourrait ne pas suffire. Les articles de presse, les revirements des amis de trente ans, les appels au retrait auront laissé leurs traces.

Les électeurs historiques des Républicains se mobiliseront sans doute pour François Fillon, mais ils ne suffiront pas. Fillon doit en chercher d'autres ailleurs, et de toute urgence. Mais pour y parvenir, il faudrait déjà qu'il parvienne à parler de politique.

À droite, Marine Le Pen règne sur les sondages. Elle est en tête des intentions de vote du premier tour depuis des mois - les récentes tentatives de montrer Macron devant elles ne font guère illusion. Alors qu'elle ne dirige le mouvement que depuis 2011, le succès de Marine Le Pen au sein du Front National est époustouflant. En six ans, elle aura permis au Front National de percer pour devenir un acteur politique incontournable de la vie politique française - quittant pour de bon le sempiternel rôle d'outsider infréquentable taillé pour son père.

La dédiabolisation du FN n'a pas eu que des conséquences positives. La ligne politique est devenue confuse. Sous la férule du vice-président Florian Philippot, le FN a chassé sur des terres électorales de plus en plus vastes, jusqu'aux friches historiques abandonnées par la gauche. Le FN est désormais critiqué sur son programme davantage que sur la personnalité de sa présidente. Bien que fissuré et vermoulu, le "Front Républicain" tenait encore lors des élections régionales ; si Marine Le Pen franchit sans encombre le premier tour, les sondages la voient invariablement perdante le soir du 7 mai. Pourtant, tout n'est pas joué. Attentats, immigration, Brexit, élection de Trump, l'actualité montre que les choses peuvent changer. La vague de remise en question atteindra-t-elle la France?

Fillon, Macron et Le Pen forment le trio de tête dans les sondages ; à moins d'une improbable alliance de la onzième heure entre les Insoumis et le PS, il paraît acquis que le second tour se jouera entre ces trois-là. Si Marine Le Pen fait clairement partie des finalistes, le duel entre Fillon et Macron ne semble pas encore joué. Tout dépend de la lassitude du public de droite et du centre envers les "affaires" et sa volonté de revenir aux fondamentaux.

Malgré tout, les deux tours de l'élection présidentielle française ne représenteront que la première phase du changement. La deuxième bataille aura lieu lors des législatives, et elle sera sanglante. Les règles électorales complexes conçues pour faire barrage au "troisième larron" de la vie politique française, c'est-à-dire le Front National pendant trente ans, pourraient se retourner contre leurs auteurs et mener à la Bérézina complète d'une gauche éclatée. Une victoire de plus à porter au quinquennat Hollande!