01 novembre 2011

Mode panique

Moins de 24 heures après l'annonce-surprise d'un référendum grec sur le plan européen d'effacement d'une partie de la dette grecque et de la quasi mise sous tutelle du pays, les bourses européennes dévissent. Il n'y avait guère de raison de pavoiser tant les solutions proposées étaient illusoires, mais après l'euphorie passagère de la fin de la semaine dernière, ce n'est même plus une gueule de bois, c'est la dépression.

On en arrive à une écart quasiment comique entre les dépêches qui se bousculent:

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Ne vous étonnez pas trop du léger décalage de ton entre les "paniqués" et les "rassurants"; l'un n'empêche pas l'autre. Après tout, l'orchestre joua longtemps sur le pont d'un Titanic prenant de la gîte lors d'une nuit fatidique de 1912.

Ah, aussi, la France et l'Allemagne montrent qu'il y a triple-A et triple-A.

Y a-t-il encore des Keynésiens dans la salle pour prôner une relance par la dépense?

04 octobre 2011

Ca commence avec Dexia

Sans commentaire.

ALERTE - Bourse de Paris: Dexia, qui pourrait être démantelé, chute de plus de 32%

PARIS - Le titre Dexia a chuté vertigineusement mardi dans les premiers échanges à la Bourse de Paris, après qu'un conseil d'administration extraordinaire a laissé entrevoir la possibilité d'un démantèlement du groupe bancaire franco-belge rattrapé par la crise.

A 09H21 (07H21 GMT), l'action, qui a accusé jusqu'à 37% de baisse, dévissait encore de 32,31% à 0,88 euro dans un marché en recul de 1,94%. Dexia pourrait notamment isoler hors de son périmètre 95 milliards d'euros d'actifs qui, dans l'environnement actuel, pèse structurellement sur le groupe.

19 septembre 2011

Dominique Strauss-Kahn: suite et faim

Comme plusieurs millions de Français, j'ai sacrifié une demi-heure de mon dimanche soir pour regarder l'interview de Dominique Strauss-Kahn sur TF1 plutôt que d'assister à la défaite des basketteurs tricolores face à l'Espagne.

Et comme des millions de téléspectateurs, j'ai été assez déçu de la prestation (non, je ne parle toujours pas de basket).

TF1 avait bien joué le coup: dès le générique du journal, on pouvait apercevoir les ombres de Claire Chazal et de Dominique Strauss-Kahn sur un plateau encore plongé dans une semi-obscurité. L'Homme était là. L'actualité fut expédiée en quelques minutes, avant que l'on ne passe dans le vif du sujet pour un long entretien.

Enfin, vif du sujet, façon de parler. Claire Chazal posa ses questions avec bien peu d'insistance. Lorsqu'elle demanda "ce qui s'est passé" dans la suite 2806 du Sofitel de New-York, voilà ce qu'elle et les téléspectateurs reçurent en guise de réponse:

"Ce qui s’est passé ne comprend ni violence, ni contrainte, ni agression, ni aucun acte délictueux. C’est le procureur qui le dit. C’est une relation non seulement inappropriée, mais plus que cela une faute vis-à-vis de ma femme, mes enfants, mes amis, les Français. Ils avaient placé en moi une espérance de changement. J’ai donc manqué mon rendez-vous avec les Français."

 

On s'en fiche de ton "rendez-vous avec les Français", Dominique. Ce qu'on aurait voulu savoir, c'est ta version des faits, pas ce salmigondis insipide sorti de vingt séances de préparation avec une équipe d'experts en marketing.

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Dominique Strauss-Kahn rate son rendez-vous avec les Français. Encore.

Face à une réponse aussi creuse, une journaliste un peu moins obséquieuse aurait peut-être froncé les sourcils et relancé son interlocuteur avec quelque chose de plus incisif, comme "Mais enfin, que c'est-il passé? Que vous a-t-elle dit, que lui avez-vous fait?" ou "expliquez-nous comment un homme de 62 ans peut séduire une parfaite inconnue rencontrée par inadvertance en moins de dix minutes, au point d'avoir une relation sexuelle non tarifée avec elle?" Qu'il la dise, sa vérité. Qu'il les lance, ses accusations de complot. Mais il aurait fallu en face de DSK quelqu'un d'un autre calibre qu'une journaliste amie d'Anne Sinclair, l'épouse cocue-et-contente de notre homme.

Auquel cas l'interview ne se serait probablement pas faite.

Car, il faut bien l'admettre, DSK n'est revenu face caméra que parce qu'il était dans un environnement ami. Du coup, cette parodie de confession sera probablement la seule "explication" de l'affaire à laquelle les Français auront droit.

Ne nous leurrons pas, hier soir Dominique Strauss-Kahn jouait pour gagner. Sa prestation n'était pas celle d'un homme à bout de souffle écrivant l'épilogue de sa carrière, mais bien celle d'un politicien avide de préparer son retour.

Ainsi, une combativité toute artificielle, livrée en brandissant le rapport du procureur enterrant l'affaire, face à l'indignation consécutive au manque de respect témoigné à DSK ces quatre derniers mois.

Ainsi, les remarques grotesques sur les péripéties du logement de l'accusé (la famille Strauss-Kahn cherchant un trois pièces, puis un studio, avant de se rabattre faute de mieux sur un véritable palais - on y croit!) ou les attaques contre le pouvoir de l'argent dans la justice américaine, pouvoir dont il a été le premier bénéficiaire.

Ainsi, les sous-entendus et faux-semblants quant aux primaires socialistes, étant entendu qu'il ne faut se fermer aucune porte, quitte à n'avouer que du bout des lèvres son accord secret avec Martine Aubry, pauvresse en difficulté dont il faudra peut-être se séparer en faveur d'un poulain mieux placé.

Croire à la bonne foi de Dominique Strauss-Kahn est un exercice difficile, tant il en a peu dit. Or, le silence ne plaide pas en sa faveur. Toute la mise en scène fleure bon l'opération de communication. Mention spéciale pour le montage, avec une succession de plans serrés et larges, de gros plans sur les mains et la gestuelle... Un beau travail en régie, tout au service de l'ex-futur candidat. Mais où est l'authenticité? Quand un quotidien romand en arrive à lancer un débat sur la sincérité dégagée la prestation sans réaliser l'ironie de la question, on devine qu'on a touché le fond.

Mais n'exagérons rien. Quoi qu'on pense de lui, Dominique Strauss-Kahn n'est pas Hannibal Lecter, et l'affaire DSK n'est pas l'Affaire Dreyfus. La France ayant ses particularités, la carrière politique de DSK n'est pas forcément terminée. Le monarque président français alloue des maroquins de ministre comme il l'entend et ne s'en prive pas. Jacques Chirac a ainsi choisi comme Premier Ministre un individu n'ayant jamais affronté la moindre élection. Nicolas Sarkozy a attribué un portefeuille ministériel à un repris de justice.

Le prochain président français pourrait aller au bout de la logique d'une réhabilitation à tout prix, et, ignorant superbement l'opinion publique, le nommer à un poste prestigieux en rapport avec ses compétences.

Tiens, Directeur du FMI, par exemple.

30 juin 2011

Déjeuner sur l'herbe, meurtrier inclus

C'est le feuilleton de l'été dont chacun se serait bien passé: la fuite de "Jean-Louis B.", évaporé dans la nature depuis le début de la semaine. On ne divulguera pas son nom de famille dans les médias. Les autorités débordent d'égards pour les assassins et les violeurs, et dans ces catégories Jean-Louis est un client de tout premier ordre. Outre ses viols, il tué une adolescente. Respect.

Jean-louis_B.jpgDans sa longue peine de réclusion à perpétuité, Jean-Louis est passé par plusieurs prisons; il a terminé sa carrière de prisonnier lundi en s'évadant de celle de Bellevue, à Neuchâtel. Remarquez, il ne s'est pas vraiment évadé, il s'est juste enfui à l'issue d'un pique-nique organisé pour lui sous la surveillance de deux agents de détention non armés, dont une femme. Le monsieur n'était pas menotté et a commencé à étrangler la gardienne depuis le siège arrière du véhicule sensé le ramener. Pas fou, notre homme a attendu le trajet du retour. Autant fuir le vendre plein!

Après l'altercation à l'intérieur de la voiture, il s'est enfui à pied. L'autre gardien, indemne, n'a pas été capable de courser l'homme de 64 ans.

On ne pourra pas plaider la surprise, seulement l'aveuglement. L'administration pénitentiaire, bonne fille, n'a pas tenu rigueur à Jean-Louis de ses écarts de conduite passés. Ce n'était de loin pas le premier incident provoqué par notre bonhomme. Il a commis au moins cinq viols dont deux lors de permissions accordées en détention. Jean-Louis n'était pas vraiment un prisonnier modèle, certes, mais pas au point de lui refuser des "sorties humanitaires". On n'est pas des bêtes!

Des fois, je me demande ce qu'il faut avoir fait pour se voir refuser une sortie...

Pourtant, Jean-Louis a plutôt bien résisté à l'appel du large. Il ne s'est fait la malle que lors de sa quatrième excursion en sept mois. Suivant la logique administrative, on peut penser que les trois épisodes sans encombres plaideront en sa faveur la prochaine fois qu'on évaluera son droit humanitaire à partir se promener.

D'ailleurs, contrairement à ce que clament les uns et les autres, l'administration pénitentiaire était pleinement consciente du dossier de Jean-Louis. C'est à cause de ce dossier qu'elle l'a fait garder par une femme lors de la sortie pique-nique, la gardienne devant avoir un "effet thérapeuthique" sur le détenu. Ne riez pas, c'est du sérieux. Vous savez, montrer une femme à un criminel sexuel, ça le calme tout de suite. Regarde, Jean-Louis! Une femme! Ça te donne pas envie, hein? Comme celles que tu aimes tant violer et assassiner! Berk! Bon, oublions cela et partons gaiement à la campagne! Tu veux un sandwich au jambon? Mange-le entier, mon gars, parce que tu sais, il ne faut pas courir le ventre vide...

Depuis que Jean-Louis s'est fait la belle, on piste, on recherche, on diffuse des photos. On parle de "cafouillage".

Dans une fiction, personne ne croirait à un scénario aussi grotesque. Mais ce n'est pas du cinéma, c'est le système carcéral suisse. Et un niveau d'incompétence si dramatique que c'en est à se taper la tête contre les murs.

La notion de "sortie humanitaire" prendra un tout autre sens dans l'hypothèse probable où Jean-Louis commettrait quelque nouveau méfait avant la fin de sa cavale.

Car malheureusement, le feuilleton de l'été n'en est pas à son dernier épisode.

23 juin 2011

La Grèce ne tombera pas seule

En Grèce, tout va super-bien. Georges Papandréou a obtenu la confiance renouvelée de son parlement, écartant ainsi un des principaux écueils au vote d'un n-ième plan d'austérité et de privatisation un peu plus tard, lequel ouvre la voie au versement d'une nouvelle tranche du plan de sauvetage européen. En attendant un deuxième plan de sauvetage européen. Le tout malgré quelques émeutes peu en phase avec l'austérité qui sied désormais aux Héllènes.

La Grèce est sauvée. D'ailleurs la Bourse se reprend... Ah, on me fait signe que non.

Acro.jpgC'est bizarre. Pourquoi les traders du monde ne se lancent-ils pas dans une bonne grosse cuite au champagne après cet enchaînement continu de bonnes nouvelles? Il faut pourtant le reconnaître, tout se passe comme prévu. Le gouvernement remanié est reconduit dans ses fonctions, la solidarité européenne est au rendez-vous (même si Angela, aux prises avec son opinion publique, avance à reculons) et avec quelques privatisations bien senties la dette grecque passera de 150% à 137% du PIB, des broutilles quoi!

Alors, pourquoi cet accès d'incrédulité?

Il faut croire que dans la grande famille de la finance, quelques individus savent encore manier la calculatrice. Citons à ce sujet une brillante étude de l'Institut Turgot, sérieuse, factuelle, pas drôle du tout, et mettant douloureusement les points sur les i:

Supposons, un instant, que la Grèce n’ait pas le soutien de l’Union Européenne et qu’elle doive emprunter sur les marchés des capitaux. Quel devrait être, alors, le taux de croissance de son PIB pour payer les seuls intérêts de sa dette (...) ? [Entre 26 et 45%]. Inutile de préciser que de tels taux de croissance du PIB ne se rencontrent pas dans l’économie réelle, même en Chine.

 

Mais cela, on s'en doutait: c'est la raisons même de la fondation du Fonds de Stabilisation Européen octroyant à la Grèce des prêts à "prix d'ami" avec un taux de 5%... Ce qui ne suffira pas.

De ce point de vue, la Grèce est prise entre l’enclume de son PIB et le marteau du montant de sa dette qui, en dehors de la charge des intérêts, continue à augmenter mécaniquement au fur et à mesure que son PIB se contracte.

A 5% d’intérêts, il faudrait à la Grèce un taux de croissance du PIB de 7,5% pour rembourser ses seuls intérêts. (...) Or, nous l’avons vu, au lieu d’une croissance de son PIB, la Grèce a subi une décroissance de 4,8% en 2010. Et, en 2011, elle se trouve actuellement sur une pente de -5%.

Ainsi, si l’on retient l’hypothèse d’une récession à 5% en 2011, (...) on peut donc estimer qu’à la fin de l’année 2011, la dette publique grecque franchira le cap des 160% de son PIB.

 

Les 50 milliards d'euro d'argent frais générés par la privatisation massive, à supposer qu'elle réussisse, seront effacés en un an à peine, par le simple truchement de la récession.

La Grèce va faire faillite, répétons-le encore une fois. L'argent qu'on lui prête maintenant - l'argent des contribuables européens - est versé à fonds perdus. Tout le monde le sait même si personne ne veut le dire. Chacun a de bonnes raisons de la fermer pour jouer la montre:

  • Les politiciens, parce qu'ils ont toujours la prochaine élection en tête et il vaut mieux pour eux qu'elle ait lieu dans le calme, l'électeur moyen étant peu enclin à soutenir les sortants - quelle que soit leur couleur politique - dans un climat d'hystérie collective.
  • Les banquiers, parce que chaque minute de calme supplémentaire leur permet de diminuer l'exposition de leur établissement aux dettes grecques pourries, lesquelles sont progressivement rachetées par le FMI, la BCE ou les fonds de solidarité européen (bref, le contribuable), ce qui leur permettra peut-être de sauver leur peau.
  • Les experts, parce qu'ils ont soutenu l'euro du début à la fin. Les déboires de la monnaie unique dévoilent sous un jour assez cru leur dramatique incompétence.
  • Les journalistes, parce que le journalisme critique est mort depuis longtemps et que les survivants éprouvent une sorte de fascination hypnotique vis-à-vis des catégories précédentes (hormis quelques vieilles rancunes sauce lutte des classes à l'encontre des banquiers.)

Mais ce serait faire preuve d'une myopie coupable que de se focaliser exclusivement sur la Grèce. D'autres pays sont sur une pente glissante, et pour les mêmes raisons: non pas l'adhésion à l'euro, mais un excès d'endettement. L'Italie est sous la menace d'une dégradation de sa note, et d'illustres membres de la zone euro ont passé le stade des avertissements pour rentrer à leur tour dans la crise financière joyeuse ; pensons à l'Irlande...

 

Irelande_2ans.jpg

Taux irlandais pour un emprunt à 2 ans

...Ou au Portugal:

 

Portugal_2ans.jpg

Taux portugais pour un emprunt à 2 ans

Si un taux d'intérêt à 5% est à peine soutenable pour une Grèce sous perfusion financière, on est en droit de se demander combien de temps tiendront ces Etats avec le fardeau de leur dette accumulée et des taux à deux ans dépassant allègrement les 10%. D'autant plus que la patience allemande envers ses partenaires arrive rapidement à bout: il n'y aura pas de Fonds Européens pour tout le monde.

 

acheveux.jpg

Le groupe de heavy metal avait tout deviné dès les années 80
(sauf l'évolution des coiffures)

 

20 juin 2011

Renens dit oui aux caméras

Les résultats sont sans appel: 57% des votants ont approuvé la pose de caméras à la gare ce dimanche. Une bonne petite claque à une équipe communale prônant le non à tout crin, et dont l'angélisme confine à l'aveuglement volontaire dès qu'il s'agit de criminalité.

Le taux de participation est faible (moins de 27%) mais n'a rien d'inhabituel pour un scrutin de ce type.

Sur les ondes de la TSR, la syndique POP de Renens, Marianne Huguenin, déployait des trésors de langue de bois pour expliquer que la défaite n'en était pas vraiment une; que non, bien entendu, la gauche n'était pas "idéologiquement" arc-boutée contre l'idée de caméras de surveillance (les deux ans de débats au Conseil Communal et l'emploi de l'arme ultime de l'initiative témoignent de cette ouverture d'esprit, tout comme les commentaires des adversaires sur ma prise de position sur le sujet...) et que, bien entendu encore, la Municipalité avait à coeur l'emploi efficace des deniers publics (ce qui se voit tout de suite au vu de ses priorités budgétaires.)

Bref, un déni de réalité typique d'un mouvement politique réticent au possible à demander son avis à la population en dehors des échéances électorales obligatoires, et un rappel mérité à l'existence que vivent les habitants de Renens.

C'est une très belle victoire pour le PLR renanais et pour la sécurité en ville. Comme d'autres je pense, je suivrai de près l'évolution des crimes et délits dans les zones sous surveillance une fois les caméras en fonction, ainsi que le taux d'élucidation de ces affaires une fois les caméras posées.

Évidemment, ce dénouement dépendra grandement de la bonne volonté de la municipalité à mettre en oeuvre la décision populaire. Nous partageons l'inquiétude du PLR à ce sujet, mais dès le premier juillet l'UDC pourra s'associer à l'effort politique au Conseil Communal pour que le scrutin de ce dimanche garde sa signification.

Ce vote illustre enfin le décalage entre les positions idéologiques des édiles de la ville et les préoccupations des citoyens. Il prouve que l'électorat de Renens n'est pas prêt à suivre aveuglément les directives des partis, fussent-ils majoritaires au conseil communal, et ouvre peut-être la voie à d'autres initiatives du même type - en attendant que les habitants de Renens réalisent qu'ils ne se reconnaissent plus dans ceux qui sont sensés les représenter.

so_Renens.jpg
Typique de Renens: loin de se contenter d'avoir un avis, le conseil communal
et la municipalité (tous deux à
gauche) se sont arrogés le droit d'intervenir
directement dans la campagne électorale. Aux frais du contribuable, naturellement.