18 juillet 2020

Des Millionnaires pour l'Humanité

"Taxez-nous davantage!"

C'est en ces termes que l'on pourrait résumer la profession de foi d'un groupe de 87 signataires s'auto-proclamant les Millionnaires pour l'Humanité.

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Pareille initiative fut bue comme du petit lait par les médias, cela va sans dire. Des riches qui demandent à être taxés davantage! Quelle aubaine!

"Alors que le Covid-19 frappe le monde, les millionnaire comme nous avons un rôle essentiel à jouer pour guérir le monde. Nous ne sommes pas ceux qui soignent les malades dans les unités de soins intensifs. Nous ne conduisons pas les ambulances qui amènent les malades à l'hôpital. Nous ne sommes pas ceux qui regarnissent les rayons des épiceries ou qui délivrent de la nourriture de porte à porte. Mais nous avons de l'argent, beaucoup. De l'argent dont on a absolument besoin maintenant et dont on continuera à avoir besoin dans les années à venir, alors que notre monde se remet de cette crise."

"Nous, les millionnaires soussignés, appelons les gouvernements à augmenter les taxes de gens comme nous. Immédiatement, substantiellement et de manière permanente".

"L'impact de la crise actuelle s'étendra sur des décennies (...) Les problèmes causés et révélés par le Covid-19 ne peuvent être résolus par la charité, aussi généreuse soit-elle. Les chefs de gouvernement doivent prendre la responsabilité de lever les fonds dont nous avons besoin et les dépenser équitablement. Nous pouvons nous assurer de financer de façon adéquate nos systèmes de santé, nos écoles et notre sécurité via une augmentation permanente des taxes sur les gens les plus fortunés de la planète, des gens comme nous." (...)


L'appel se termine solennellement:

"Donc, s'il vous plaît. Taxez-nous. Taxez-nous. Taxez-nous. C'est le bon choix. C'est le seul choix. L'Humanité est plus importante que notre argent."


Difficile pour un journaliste de rester de marbre face à un tel appel au collectivisme. Du coup, rare sont les articles mentionnant cette initiative et faisant preuve du moindre esprit critique. Les médias gobent avec empressement en se contentant d'applaudir cette prise de position, opportunément publiée juste avant la réunion des ministres des Finances du G20 et le sommet européen extraordinaire sur la relance de l'UE.

Naïveté quand tu nous tiens

Heureusement, les internautes sont un peu moins naïfs (dans l'ensemble) que les journalistes qui prétendent les informer, et cela se voit dans les commentaires des articles sur le sujet.

Le côté publicitaire de l'opération saute aux yeux: les millionnaires, par appât du gain ou peur de la foule, espèrent toujours se faire bien voir des masses vindicatives. Rien de mieux que de demander à payer plus d'impôts pour y parvenir. C'est la version financière du green washing ou d'un selfie avec Greta. Mais la démarche soulève tout de même quelques questions.

D'abord, et c'est l'évidence même, personne n'est obligé de payer le minimum d'impôt. C'est l'argument-massue à rétorquer à tous les adeptes de la redistribution, qu'ils soient milliardaires ou militants socialistes de base. Si on prend au mot les martingales à base de "multiplicateur de prospérité" et autres formules imprégnées du mythique "intérêt général", qu'est-ce qui empêche qui que ce soit de faire un don à l'État, ou à n'importe quel État, du montant de son choix?

Donnez à l'État et il vous le rendra au centuple? Eh bien, qu'attendez-vous?

Charité bien ordonnée commence par soi-même. Les Millionnaires pour l'Humanité seraient un tout petit peu plus crédibles s'ils joignaient le chèque à la parole afin de donner corps à leur appel à la générosité. Ils s'en gardent bien!

Ensuite, si la redistribution via l'impôt créait la moindre prospérité, cela se saurait. Depuis le temps que toutes les variantes du socialo-communisme n'ont de cesse d'emprunter ce chemin (en se servant grassement au passage), cela n'a donné que corruption, pauvreté généralisée et effondrement économique dans tous les pays qui ont eu le bonheur d'essayer.

L'explication est fort simple: le transfert forcé d'argent d'un individu à un autre n'augmente pas la satisfaction générale, à l'opposé d'un transfert volontaire et librement consenti, comme un achat par exemple. Le transfert forcé est même destructeur de prospérité puisqu'il punit celui qui réussit à gagner de l'argent en le donnant à celui qui n'a rien fait pour le mériter. Mais il a l'avantage de permettre à toute une classe de parasites institutionnels de vivre en prélevant leur écot sur ces échanges, tout en se drapant de morale.

Le piège de la générosité

Imaginons que des politiciens appâtés par cette douce musique fiscale décident de voter demain un super-impôt pour les super-riches. Disons, par exemple, un taux spécial supplémentaire de 20% sur les revenus de plus d'un million de francs, en sus de tous les impôts actuels.

Les partisans de cet impôt déchanteront rapidement, parce qu'il rapportera bien moins que prévu. Ceux qui sont très au-dessus du seuil trouveront des moyens d'y échapper avec des montages fiscaux permettant d'apparaître comme des travailleurs employés par une filiale étrangère, ou déménageront et travailleront à distance depuis un autre pays, etc. Ceux qui sont un tout petit peu au-dessus du seuil baisseront leur salaire pour l'éviter, en se faisant payer en stock-options ou autres avantages.

Mais surtout, il y aura des gens pour porter plainte devant telle ou telle cour suprême contre ce seuil de super-impôt pour les super-riches, et ils gagneront, car les seuils marqués sont à éviter en matière d'imposition et les politiciens le savent bien.

Si bien que lorsque vous entendez des riches appeler à "plus d'impôts pour les riches" ils appellent en réalité à une augmentation générale des impôts.

Il n'est juste pas possible d'augmenter massivement les impôts d'une seule tranche de revenus. Lorsque pareille fiscalité est souhaitée ("Taxons les riches!") et mise en place, elle se décline en fait en une augmentation de toutes les tranches d'impôt, de la plus haute à la plus basse. Si bien que, ne disposant pas des "capacités d'évitement" des super-riches, la classe moyenne subit les nouveaux taux de plein fouet.

Comment fonctionne le monde

Il n'y a pas plus hypocrite, et franchement méprisant, qu'un appel des super-riches à être taxés davantage. Et ils le savent parfaitement.

Il y a quelques années le magnat de la finance Warren Buffett se plaignait mollement de payer moins d'impôts que sa secrétaire. Parce que les impôts sont essentiellement des impôts sur le revenu. Les gens vraiment riches se débrouillent pour obtenir de l'argent par d'autres moyens.

Warren Buffet, par exemple, dispose d'une fortune grâce à sa société Berkshire Hathaway. Jeff Bezos d'Amazon reçoit un salaire de misère. Jack Dorsey, le PDG de Twitter, a touché un salaire d'un dollar et 40 cents en 2018. Quel taux d'imposition serait approprié sur un salaire pareil?

Toute la fiscalité d'aujourd'hui est focalisée sur les salaires. Qu'on tente une autre approche de la fiscalité et certains super-riches y réfléchiront à deux fois avant de lancer un appel à payer plus d'impôts... Mais en fait ils n'ont pas tellement à craindre.

Savez-vous pourquoi?

Parce que les politiciens ne le feront jamais.

Il faut révéler le pot-aux-roses de la fiscalité, et de ces inexplicables "niches" et autres "paradis fiscaux", qui fleurissent encore et toujours malgré toutes les tentatives politiques pour soi-disant y mettre fin: il est infiniment plus facile, et moins coûteux, pour les super-riches, de faire capoter un projet de loi ou de s'aménager des portes de sortie dans une réforme fiscale, plutôt que de s'acquitter des nouveaux impôts.

C'est un terme poli pour "corruption" - et une bataille que la fiscalité ne remportera jamais.

Tout cela n'implique pas forcément des sommes d'argent qui changent de main. Les super-riches sont d'autant plus aidés dans leurs démarches que la classe politique est elle-même richissime - en particulier les politiciens de gauche. Nancy Pelosi pèse 120 millions de dollars. Le couple Clinton a engrangé 240 millions de dollars entre 2001 et 2016. Plus près de chez nous, le révolutionnaire d'opérette Jean-Luc Mélenchon fait partie des 1% les plus riches.

Et en Suisse? Simonetta Sommaruga et son mari (écrivain subventionné) se payent une maison de trois appartements. Moritz Leuenberger fut nommé au Conseil d'Administration d'Implenia. Même à Renens, la verte Tinetta Maystre se retrouve au Conseil d'Administration de Migros Vaud.

Comment penser une seconde que ces gens tordront le cou à la poule aux œufs d'or?

"Les médias nous bassinent depuis des années avec la feuille d'impôt de Donald Trump, mais je suis moins intéressé par la déclaration fiscale d'un milliardaire devenu politicien que par celle d'un politicien devenu milliardaire." -- Un internaute fâché par la richesse de ses élus


Indépendamment de toute discussion morale sur la taxation, les super-riches n'ont pas de mauvais sang à se faire. Peu importe ce que croient ou espèrent les militants de gauche, les politiciens qui les représentent n'ont aucune envie de nuire au club dont ils rêvent de faire partie, quand ils n'ont pas déjà réussi à y entrer au gré de leur "carrière politique". Il n'y a pas de meilleure entente entre le monde politique et les gens les plus prospère de la planète qu'au milieu des petits fours du Forum de Davos. Ce n'est d'ailleurs pas pour rien que la plupart des membres de cette super-classe s'affiche politiquement à gauche.

Voilà pourquoi certains membres du club des millionnaires peuvent pousser le vice jusqu'à se qualifier de "Millionnaires pour l'Humanité". Parés de leur nouvelle vertu, ils aguichent la plèbe en implorant publiquement à payer plus de taxes, et, une flûte de champagne à la main, contemplent les fourmis s'agiter.

13 mars 2020

Coronavirus: Pourquoi une pandémie seulement maintenant?

D'après le news ticker du Matin, l'Organisation Mondiale de la Santé définit l'épidémie mondiale de Coronavirus comme une "pandémie" depuis le 11 mars. Sans doute de quoi justifier que l'Allemagne vole des masques de protection achetés par la Suisse.

Le Covid-19 est désormais une pandémie

Le Covid-19 est désormais une pandémie, selon l'Organisation mondiale de la santé (OMS). Son directeur général Tedros Adhananom Ghebreyesus a annoncé mercredi à Genève ce nouveau statut.

Cette situation «ne change pas» la réponse que l'organisation apporte, a-t-il déclaré devant la presse, déplorant «une telle attention sur un mot» depuis des semaines. Et d'appeler au calme. «Chaque branche et chaque citoyen doit être actif», affirmé le directeur général.

M. Tedros s'est dit alarmé par l'augmentation du nombre de cas et du nombre de pays affectés. Mais aussi par celui de l'«inaction». Depuis deux semaines, le nombre de cas en dehors de la Chine a été multiplié par treize et celui de pays affectés par trois.


L'alarme du nombre de cas, du nombre de pays affectés, du nombre de décès, de l'inaction (?)... Pourquoi pas.

D'après le Larousse, une pandémie est une "épidémie étendue à toute la population d'un continent, voire au monde entier." La définition de l'OMS est évidemment plus compliquée. Dans le langage courant, on retiendra qu'une pandémie, pour être qualifiée comme telle, doit correspondre à une transmission interhumaine avérée dans plusieurs pays, infectant un grand nombre d'individus, et dépassant les capacités de traitement des systèmes médicaux locaux.

On comprendra donc que l'épidémie de Covid-19, selon son nom officiel, correspond depuis des mois à une pandémie. Alors pourquoi ne pas la qualifier ainsi? Sur le site TopSanté, un journaliste fait des efforts méritoires pour défendre le refus de l'OMS de qualifier de pandémie l'épidémie mondiale de Coronavirus:

Selon l'OMS, le Covid-19 ne répond pas totalement à la définition de pandémie. "Pour l'heure, nous n'assistons pas à la propagation mondiale ‎incontrôlée de ce virus, et nous n'assistons pas au développement à ‎grande échelle des formes sévères de la maladie ou du nombre de ‎morts‎", avance Tedros Adhanom Ghebreyesus (Directeur général de l'OMS) à l'occasion d'une allocution à l'OMS le 24 février. [Ce jour-là, il y avait 2'699 mort...] (...)

Le terme pandémie fait peur. Selon [le Directeur général de l'OMS], "utiliser le mot pandémie ne correspond pas aux faits à l'heure actuelle, mais cela pourrait certainement causer des peurs. Ce n'est pas le moment de se focaliser sur le mot qu'on utilise : cela n'évitera aucune infection ni ne sauvera aucune vie".


Certes, utiliser les bons mots ne sauvera pas des vies ; mais cela fera changer de mains de vastes sommes d'argent. Car tout ceci n'est qu'une histoire de gros sous...

Financer les crises sanitaires

Que ce soit le SRAS, l'Ebola ou le MERS-CoV pour n'en citer que quelques-unes, l'OMS s'est souvent retrouvée dans une situation compliquée lorsqu'une crise épidémique survenait dans des pays pauvres.

L'OMS est chargée d'assister financièrement les pays touchés par de nouvelles maladies, et tente toujours de trouver des financements. Cette aide, nécessairement d'urgence, peut souvent être assumée localement lorsque la crise éclate dans un pays riche. Il suffira alors de rembourser à posteriori les frais engagés. Mais lorsque le ou les pays touchés sont des pays pauvres, l'opération est plus compliquée, puisqu'il faut alors avancer directement l'argent au moment de la crise. Les pays alentours sont peut-être tout aussi pauvres, et les pays riches à des milliers de kilomètres de là ne se sentent pas forcément concernés, ou tout au moins pas autant que si l'affaire avait lieu sous leurs fenêtres.

C'est pour résoudre cette situation problématique que des experts financiers de la Banque Mondiale ont mis au point un outil particulier, le Fonds Obligataire de Pandémie, encore appelé Outil de financement d'urgence pandémique ou encore PEF. On peut en trouver une explication sur Wikipédia.

Voilà comment cela fonctionne: le produit financier est créé avec une durée de vie, par exemple trois ans, et un rendement garanti, par exemple, 6.9% annuels au-dessus du taux interbancaire de base, le fameux LIBOR. Disons-le franchement, c'est un très joli taux.

Les investisseurs peuvent y souscrire librement. S'ils placent un million de dollar dans le pot, ils toucheront au moins 69'000 dollars annuels garantis, et au bout des trois ans, récupèreront leur mise.

Tout cela a l'air d'un moyen simple de se faire facilement de l'argent sans danger (les intérêts sont payés par la Bundesbank et la Bank of Japan, deux institutions qu'on n'imagine pas disparaître après-demain) mais il y a forcément un piège. Si une pandémie se déclare pendant la durée de vie du fonds, l'argent investi sera utilisé pour lutter contre la pandémie, et les investisseurs ne retrouveront jamais leur capital.

Et c'est exactement ce qui vient de se passer.

Les pandémies, ces catastrophes qui n'arrivent jamais

Le monde financier adore niveler les risques pour créer une gamme de produits. Par exemple, lors de la crise des subprimes, les hypothèques étaient regroupées dans des "tranches" d'instruments financiers ad-hoc notés de AAA à BBB ou moins selon la solvabilité des emprunteurs et leur risque de défaut. On appelle cette technique la titrisation.

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Dans le cas qui nous concerne, la Banque Mondiale conçut en 2017 deux obligations à destination de l'OMS pour plusieurs centaines de millions de dollars et une durée de trois ans, arrivant à maturité en juillet 2020.

La première obligation, de classe "A" car la moins susceptible de se déclencher, avait un rendement annuel de 6.9%. L'obligation se déclenchait si une pandémie était identifiée avec plus de 2'500 morts dans un pays donné et plus de 20 dans un autre, énonce le prospectus de l'instrument financier. 225 millions de dollars furent récoltés par ce biais.

Une seconde obligation, de classe "B" car plus risquée, avait un rendement annuel de 11.5%, mais des conditions de déclenchement plus facilement atteintes, d'où la prime de risque plus importante. L'obligation rassembla une souscription de 95 millions de dollars.

La Banque Mondiale dispose d'une souscription de 425 millions de dollars avec ces diverses obligations "médicales" non cotées. Pendant deux ans, des investisseurs privés purent bénéficier d'un excellent rendement alors que le monde était calme. Puis survint l'épidémie de Coronavirus à Wuhan.

Voilà pourquoi l'OMS a mis tant de temps à annoncer que la pandémie de Covid-19 en était bien une: pour ne pas faire perdre leur argent à de puissants groupes financiers. Pour que cela fonctionne, il aurait fallu tenir jusqu'au mois de juillet et l'expiration des obligations, une perspective de moins en moins tenable alors que la pandémie frappe furieusement le monde entier.

En février, l'OMS pouvait y croire encore: après tout, le virus n'avait fait "que" 2'700 morts en Chine et pas encore 20 victimes dans d'autres pays. Mais l'OMS n'a pas le privilège de décréter seule que les conditions de déclenchement de l'obligation sont réunies. Cette décision est déléguée à une société privée de Boston, AIR Worldwide Corporation, spécialisée dans la modélisation des catastrophes.

Nous avons tous pu le voir de nos propres yeux, les dirigeants de l'OMS se sont battus non pas pour déclarer la pandémie, mais pour ne pas le faire - afin de préserver les intérêts des investisseurs. Tant pis si l'argent manquait sur le terrain. Cet épisode est à garder en tête la prochaine fois que quelqu'un vient vous expliquer qu'une institution internationale est le seul organisme préservé de tout conflit d'intérêt et à même de gérer une crise mondiale.

Comme tous les instruments financiers de ce type, les PEF sont bien plus prévus pour le monde financier que pour les populations que les obligations sont censées aider. Les conditions de déclenchement (nombre de victimes, diffusion) sont conçues pour être difficiles à atteindre. Pendant l'épidémie d'Ebola du Kivu, qui fit plus de 2'000 morts, les obligations de l'OMS ne délivrèrent des fonds qu'au treizième mois de la crise, et pour un montant de seulement 31 millions de dollars. De l'argent en faible quantité et arrivant bien trop tard sur le théâtre des opérations.

Les PEF seront forcément revus à l'issue de la pandémie de Coronavirus. Le chef économiste de la Banque Mondiale Lawrence Summers les qualifie de "faute embarrassante". Les arguties sur l'utilisation du terme ont malheureusement contribué entre-temps à atténuer la perception de la gravité de la crise par le grand public.

En attendant, qui aurait cru que l'utilisation du terme de pandémie dépende finalement d'intérêts financiers liés à l'OMS? La définition du Larousse est à revoir.

25 février 2020

Coronavirus: le monde d'après (seconde partie)

La lutte contre le Coronavirus est une course contre la montre. Pendant que l'infection se répand selon un rythme exponentiel, les chercheurs tentent de trouver un remède.

Il y a deux grandes stratégies ; la recherche d'un vaccin (qui prévient la maladie) et la recherche d'un médicament existant (qui la soigne). La première est puissante puisqu'elle permettrait d'éradiquer complètement la maladie. Malheureusement, elle prend beaucoup de temps: on parle de plus d'un an avant d'arriver à valider un vaccin efficace, sans parler de la production de masse. La seconde ne permet pas d'éliminer la maladie mais a l'immense avantage d'être facilement mise à disposition, puisque la molécule existe déjà - il n'y a plus qu'à la produire.

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Les Chinois, à court de temps mais disposant de nombreux malades sur lesquels tester les médicaments à disposition, ont opté pour la seconde approche. Les résultats semblent probants. Selon des résultats très récents, la Chloroquine, un bête médicament employé pour lutter contre le paludisme depuis 70 ans, aurait des effets tout à fait satisfaisants sur les personnes infectées. Selon le Pr. Raoult, spécialiste renommé des maladies infectieuses, cité dans Les Échos:

"Nous savions déjà que la chloroquine était efficace in vitro contre ce nouveau coronavirus et l'évaluation clinique faite en Chine l'a confirmé", selon le [professeur Raoult] commentant la première publication sur cette étude clinique de trois chercheurs chinois dans la revue BioScience Trends.

L'article publié en ligne le 19 février tire ses résultats d'un essai clinique mené dans plus de dix hôpitaux chinois (à Wuhan - épicentre de l'épidémie -, Pékin et Shanghai notamment) pour mesurer "l'efficacité de la chloroquine sur le traitement de pneumonies associées au Covid-19".


Selon les chercheurs chinois, un traitement de 500 mg de chloroquine par jour pendant dix jours serait suffisant pour obtenir une amélioration importante de la santé des patients.

S'il est encore un peu tôt pour crier victoire, nous détenons enfin une piste sérieuse, prometteuse et peu coûteuse. Et même si elle est imparfaite, elle permettra encore de gagner du temps pour trouver d'autres médicaments encore plus efficaces, et peut-être un vaccin à terme.

L'Humanité s'est peut-être juste fait peur, mais tous les enseignements de cette crise n'ont pas encore été tirés.

Démocratie vs. Totalitarisme

Une thèse lancinante et curieuse dans les discussions que j'ai pu avoir sur le sujet tenait au comportement du régime politique face à l'épidémie. Les régimes autoritaires, m'a-t-on donc expliqué, seraient mieux armés pour faire face à l'épidémie puisqu'ils seraient capables de prendre des mesures "énergiques" dont les régimes plus doux, pour ne pas dire plus mous, seraient incapables.

La tentation de résoudre les problèmes par une bonne loi martiale est décidément très en vogue au sein de nos pays libres. Malheureusement, il me semble que les tenants de cette théorie ont une vision quelque peu romantique de l'autoritarisme.

La répartition mondiale du virus permet de vérifier ce qu'il en est. L'épidémie dans les pays totalitaires, comme la Chine ou l'Iran, montre que le mélange de pauvreté, d'incompétence et de mensonge qui gangrène ces régimes les rendent incapables de faire face à une crise sanitaire. N'oublions pas que la Chine a laissé couver et grandir une épidémie pendant des mois avant d'avouer le problème, allant jusqu'à menacer les lanceurs d'alerte. La population affectée n'était quasiment plus contrôlable. L'Iran, quant à lui, a attendu les premiers décès avant d'avouer la présence de la maladie sur son sol - amenant de nombreux civils insouciants à être contaminés alors qu'une meilleure information du public aurait pu prévenir des comportements à risques.

Les postures autoritaires ont elles-mêmes leurs limites. Il est facile pour un potentat d'envoyer les policiers et les militaires à l'assaut des zones récalcitrantes et de décréter état d'urgence sur état d'urgence, mais à la fin, mêmes les policiers et les militaires restent des humains. Ils ont des familles qui peuvent être affectées, et finir par tomber malade à leur tour. Lorsque casernes et commissariats tombent eux-mêmes sous quarantaine, qui reste-t-il pour faire respecter la loi martiale?

Il n'est pas certain d'ailleurs que ni l'Iran ni la Chine ne sortent politiquement indemnes de la crise. Les citoyens de ces pays demanderont des comptes à leurs dirigeants, et il n'y aura plus d'urgence permettant de remettre le débat public à plus tard.

Les démocraties sont peut-être plus molles (c'est-à-dire, plus respectueuses des droits des individus!) mais elles sont aussi plus transparentes et plus prospères. Cela leur permet en retour d'être mieux équipées médicalement, un autre facteur important pour parvenir à gérer une crise sanitaire. Et une population mieux informée et mieux respectée est plus à même de contribuer à l'intérêt général qu'à travers les menaces et les contraintes.

Reste enfin la question de l'origine du virus, toujours pas éclaircie. Tant que nous n'aurons pas de preuve décisive de l'origine de la maladie - qui ne vient pas du marché de Wuhan, rappelons-le - il restera toujours le soupçon qu'elle ait été conçue dans un laboratoire étatique à des fins inavouables... Là encore, rappelons que les régimes autoritaires ne font que peu de cas des conventions internationales interdisant les recherches sur les armes biologiques ou chimiques.

Les limites de la délocalisation

Ce n'est qu'une fois tous ses œufs bien installés dans le même panier et qu'on trébuche sur le chemin qu'on réalise que l'idée n'était pas très bonne. La même chose vaut pour la mondialisation et la délocalisation massive de toutes les productions manufacturières - et pas seulement - vers la Chine.

Saviez-vous que 60% des principes actifs des médicaments sont fabriqués en Chine? Si l'épidémie de Coronavirus se poursuit et que la production chinoise reste en panne, les Occidentaux eux-mêmes vont manquer de médicaments. Le grand public a eu un aperçu de ce petit problème alors que les masques de protection, eux aussi exclusivement fabriqués en Chine, disparaissaient des pharmacies à vitesse grand V.

Sans même parler de la crise sanitaire, les impacts sur les chaînes d'approvisionnement et de production sont très réels. En France, un tiers des sociétés actives dans l'industrie électronique ont annoncé le 25 février qu'elles arrêteraient prochainement leur production, faute de composants livrés depuis la Chine. Même si la crise s'achève, il faudra des mois avant que la situation ne revienne à la normale. La concentration des fournisseurs et le travail en flux tendu ont amené les processus industriels à être vulnérables face à des perturbations inattendues. Là encore, la relocalisation d'au moins une partie des activités et une plus grande variété dans les sources d'approvisionnement seront peut-être des enseignements à retirer.

La crise économique

Lorsque l'épidémie de Coronavirus sera vaincue, les bourses repartiront dans le vert comme des fusées. Mais cela ne veut pas dire que la crise n'aura eu aucun effet.

Dans de nombreux pays, le secteur du tourisme est dévasté. Il faudra du temps pour que les habitudes reviennent. Il en est de même du transport aérien, de la restauration, des loisirs et de nombreuses activités dont les gens réalisent qu'elles sont superflues, surtout quand leur survie est en jeu. A-t-on vraiment besoin d'un logement plus grand, d'une voiture neuve, du dernier smartphone à la mode, de vacances sur la plage à Bali?

Pendant des semaines, l'Humanité a vécu dans l'incertitude la plus totale quant à son avenir. Dans ces circonstances, les gens se concentrent sur ce qui est le plus important - se mettre à l'abri, se nourrir, veiller à sa survie et celle de ses proches. Les seuls secteurs à avoir tiré leur épingle du jeu sont les activités dématérialisées - les jeux informatiques et la vidéo en streaming, notamment.

L'effondrement de la société

La poursuite de la crise du Coronavirus aurait pu amener à un phénomène plus sérieux encore - l'effondrement économique amenant à un effondrement total de la société.

Imaginez un restaurant à Wuhan, logiquement déserté. Le patron met la clef sous la porte et les employés sont licenciés. Les mécanismes sociaux se mettent en marche mais eux-mêmes ont leurs limites. Bloqués chez eux par un régime strict de quarantaine, à court de nourriture et d'argent, il arrivera un moment chacun devra choisir les factures qu'il accepte de payer... Avec des conséquences en cascade.

En temps normal, les mécanismes habituels de la société permettent de résoudre ces problèmes ; mais en temps de crise, ils se multiplient et les rouages de la justice se bloquent. Imaginons que des milliers d'habitants de Wuhan aient été réduits à ne plus payer leurs loyers faute d'argent. Quel propriétaire pourrait envoyer des gros-bras pour les faire payer, au beau milieu d'une épidémie? Quel tribunal siègera en plein état d'urgence pour une affaire aussi triviale qu'une affaire d'expulsion? Quel huissier de justice, quels fonctionnaires de police iront au beau milieu d'une zone contaminée au mépris de leur propre santé pour faire respecter la loi?

On l'imagine sans peine, une situation de crise - tant qu'elle dure - change radicalement la donne sur de nombreux comportements qui seraient normalement inacceptables. Mais la masse d'impayés a elle-même des conséquences sur la suite de la chaîne: des entreprises qui ne peuvent plus payer leurs employés et tombent en faillite à leur tour, des propriétaires qui ne peuvent plus rembourser leurs hypothèques, des banques au bilan fragilisé par des créanciers douteux, des biens immobiliers dont la valeur est en chute libre...

Il est souhaitable que l'épidémie de Coronavirus soit enfin maîtrisée et se termine pour que ces scénarios restent des hypothèses. Mais il aura suffi de quelques semaines de pandémie pour qu'ils voient le jour de façon crédible, et il n'en faudrait pas beaucoup plus pour qu'ils se concrétisent. Comme le résumait Alfred Henry Lewis en 1906, "il n'y a que neuf repas entre l'humanité et l'anarchie".

Croisons les doigts pour l'efficacité de la Chloroquine...

18 juin 2019

Facebook découvre la cryptomonnaie

Mark Zuckerberg n'aimait pas la cryptomonnaie. Le 30 janvier 2018, alors que Facebook interdisait toute publicité liée au Bitcoin sur la plateforme, la raison en était que les produit et des services financiers liés au Bitcoin étaient "fréquemment associés à des pratiques promotionnelles fallacieuses ou illusoires".

Le 4 janvier de la même année, pourtant, Mark Zuckerberg aimait encore le Bitcoin. Il lui fallut sans doute quelques semaines pour réaliser que le Bitcoin était drôlement cool, à condition d'en avoir. Et il n'était pas le seul à le penser. Quel intérêt de défendre le concept de cryptomonnaie lorsqu'on n'en a pas dans son portefeuille?

Un an et demi plus tard, c'est chose faite. Plutôt que d'essayer de rattraper le train en marche, Facebook lance le sien avec Libra.

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Libra est-elle the next big thing? C'est possible.

Comment fonctionne Libra?

Libra n'est pas comme le Bitcoin. Libra est censée être une stablecoin, c'est-à-dire une monnaie indexée sur un sous-jacent, ici un panier de devises à déterminer mais contenant au minimum le dollar, l'euro et le yen, afin d'éviter de trop grandes variations du cours. Le concept de stablecoin n'est pas la garantie du succès ; il suffit de se remémorer le calamiteux petro des socialistes vénézuéliens. Les risques de manipulation existent toujours. D'autres cryptomonnaies indexées sur l'or ou d'autres sous-jacent ne sont pas parvenues à séduire. Mais le principe derrière la stablecoin est en soi défendable: diminuer la volatilité des cours, qui suscitent la méfiance du plus grand nombre lorsqu'ils font du yo-yo. Personne n'a envie de voir ses économies doubler le lendemain et retourner au néant le surlendemain.

De même, Facebook cherche à éviter que Libra n'apparaisse trop comme une Facebook Coin. L'entreprise de Mark Zuckerberg a donc conçu une offre de participation permettant à de grandes entreprises de rejoindre un "conseil de gouvernance" de la cryptomonnaie. À terme celui-ci devrait compter 100 partenaires, moyennant un ticket d'entrée de 10 millions de dollars minimum. Au sein de ce conseil, chacun disposerait d'une voix, Facebook compris.

La démarche est astucieuse. 10 millions de dollars fois 100 partenaires font un bon milliard de dollars tout rond. Le magot initial permet d'acheter les devises sous-jacentes à la cryptomonnaie. De plus, tous les partenaires ont intérêt à ce que l'expérience fonctionne. Les entreprises membres du conseil de gouvernance deviennent ainsi des promoteurs enthousiastes de Libra, veillant à ce que la cryptomonnaie soit acceptée dans leurs propres solutions informatiques.

Avec ses milliards d'utilisateurs, Facebook cherche à faire en sorte que Libra devienne un nouvel écosystème monétaire au sein de ses applications. On pourra donner du Libra à ses contacts Facebook, s'en servir pour commander des produits directement depuis une publicité affichée dans l'application, sans même devoir se connecter ailleurs. Facebook tient probablement à ce que les utilisateurs gardent en réserve le Libra qu'ils gagnent pour le dépenser ailleurs, sans prendre le temps de le reconvertir en dollars ou en euros.

De cette façon le Libra deviendra une authentique monnaie virtuelle, là où Bitcoin n'a réussi qu'à être une réserve de valeur, chasse gardée des early adopters. La démocratisation initiale du Libra est le meilleur atout pour lui permettre de devenir une véritable monnaie utilisée dans les transactions.

Les côtés sombres de Libra

Libra souffre d'emblée de plusieurs défauts, certains liés à sa nature de cryptomonnaie, d'autres aux bonnes fées qui se sont penchées sur le berceau.

Même en lui accordant la qualité de stablecoin, on peut d'ores et déjà reprocher au Libra tous les défauts que l'on reproche généralement aux cryptomonnaies: blanchiment d'argent, opacité des détenteurs réels de la monnaie (n'importe qui peut se créer un faux compte Facebook), risques de piratage du compte, irréversibilité des transactions (ce qui peut jouer des tours lors d'un achat par correspondance avec droit de retour).

Sur le plan algorithmique, on ne sait pas encore à quel rythme se complèteront les transactions (les fameux blocs du Bitcoin) ni comment on évitera une explosion exponentielle de la taille du registre, d'autant plus menaçante que les transactions seront nombreuses.

Sur le plan financier, on ne sait pas quels seront les outils financiers disponibles (pourra-t-on faire des emprunts en Libra? Jouer au poker avec du Libra? Souscrire une assurance en Libra?), comment sera calculée sa variation par rapport au panier de monnaie sous-jacent, quelles garanties seront avancées pour empêcher une "planche à billets" virtuelle.

Mais ce ne sont là que des amuse-gueules. Le vrai danger de Libra tient à la vie privée. Facebook dispose déjà de données colossales sur les comportements, opinions et habitudes d'achat de centaines de millions d'utilisateurs. Libra permettra de pousser ce contrôle un cran au-dessus en ayant un aperçu de leurs comptes en banque (les fonds employés pour acheter des Libras seront évidemment tracés) et de la façon dont ils consomment avec la cryptomonnaie, dans ses moindres détails. Ce serait déjà inquiétant en temps normal, mais là on parle de Facebook, pas vraiment réputé pour le respect de la vie privée...

La boîte de Pandore est ouverte

Si Libra n'est qu'une expérience amusante dont le grand public se méfie, la cryptomonnaie servira juste à l'occasion à se payer son café chez Starbucks et les choses en resteront là. Mais compte tenu des enjeux financiers qui préludent sa naissance, c'est peu probable.

Le succès de Libra est donc programmé, et avec ses conséquences: Facebook va devenir l'équivalent d'une nouvelle Banque Centrale, avec un pouvoir immense. Les États ne vont pas le voir de cette oreille et vont probablement étoffer leurs lois pour contrôler ce nouvel écosystème économique - principalement pour percevoir des taxes.

Libra va être un outil de choix pour préserver les économies des familles dans les pays trop mal gérés pour que leur système monétaire fonctionne, à l'instar d'une bonne partie de l'Afrique et de l'Amérique du Sud. Les commissions pour transformer des monnaies traditionnelles en Libra ou inversement seront particulièrement surveillées.

Les sociétés traditionnelles de carte de crédit comme Visa ou Mastercard vont mourir, au moins à petit feu. Celles de transfert de fonds comme Western Union ou MoneyGram vont disparaître bien plus vite. Les sites de paiement comme Paypal vont brûler sur place. Comme toujours avec la cryptomonnaie, les intermédiaires financiers à la plus-value douteuse vont être mis à mal. Ce n'est pas pour rien que ces sociétés choisissent la fuite en avant pour rejoindre le conseil de fondation de Libra.

L'un dans l'autre, Libra sera une expérience fascinante qui va introduire la notion de cryptomonnaie dans le grand public comme jamais auparavant. Plus personne ne pourra plaider que les cryptomonnaies ne sont que des inventions de geek sans application réelle. Passer de Libra à d'autres cryptomonnaies - Bitcoin, Ether ou Litecoin - ne sera qu'une formalité. Ce n'est pas pour rien que les cours des cryptomonnaies "traditionnelles" s'envolent à nouveau dernièrement - et que cette soudaine prise de valeur soit cette fois-ci le fait d'investisseurs institutionnels. Ils se positionnent pour le prochain cycle de hausse.

Le monde de la monnaie - virtuelle et réelle, dont les frontières s'estompent - s'apprête à être bouleversé.

La boîte de Pandore est ouverte. Son contenu va échapper à tout le monde, y compris à Mark Zuckerberg.

09 janvier 2019

Pour 2019, une bonne grosse crise financière?

L'époque est aux vœux. Les miens sont moins des souhaits qu'une simple prédiction: l'année 2019 risque d'être financièrement agitée.

Causes et conséquences

Revenons quelques mois en arrière. Il fait chaud. À l'occasion d'un anniversaire d'enfant, je discute avec une connaissance de l'épidémie de chantiers qu'on aperçoit depuis le balcon de son appartement lausannois. Il s'étonne de cette soudaine fièvre dans la construction.

- Les grues poussent de partout, c'est dingue...

- Ce sont les fonds de pension, entre autres. Ils cherchent à se débarrasser de leur cash.

- Et pourquoi ça?

- À cause des taux négatifs. Laissé sur un compte, l'argent s'évapore presque. La construction est une solution. On place l'argent dans les travaux immobiliers, qui permettent de générer du rendement via les loyers et plus tard, de réaliser une plus-value lors de la revente. Si tout va bien.

Nous discutons brièvement de la bulle immobilière en train de gonfler sous nos yeux. Il y avait un certain retard à rattraper sur la Côte, c'est indéniable, mais là, ce sont carrément de nouveaux quartiers, de nouvelles villes qui sortent de terre comme des champignons après une pluie d'automne. Mes pensées dérivent sur ce qui viendra ensuite: les innombrables appartements laissés vides, les habitants qui seront alors importés pour les remplir, et qui paiera in fine pour les loyers des uns et des autres. Quelque chose me dit que comme d'habitude, les Suisses n'en sortiront pas gagnants.

- Mais pourquoi la BNS s'est lancée dans cette politique de taux négatifs?

Pour le commun des mortels - c'est-à-dire tous les individus qui n'ont pas fait assez d'études pour perdre entièrement leur bon sens - les taux négatifs sont une absurdité, et ils ont raison, car c'en est une. Les enfants jouent, j'ai quelques minutes devant moi. J'explique que depuis 2008 les banques mal gérées se sont effondrées, puis ont été sauvées par les politiciens amis des banquiers avec l'argent des contribuables, puis que les États surendettés se sont eux-mêmes trouvés en difficultés et que les Banques Centrales sont venues à la rescousse... Dans cette succession de crises vague après vague, la BNS joue son rôle: saboter le Franc Suisse au moyen des taux négatifs afin d'éviter que la monnaie nationale ne se fasse remarquer en valant plus que les autres.

Les monnaies des autres pays sont en train de sombrer, mais nous, nous avons la BNS pour faire des trous dans la coque, par solidarité. C'est très suisse. Le terme d'années folles ayant été utilisé pour l'après-première-guerre mondiale, je me demande comment les historiens du futur qualifieront la période actuelle.

Les yeux de mon interlocuteur s'écarquillent.

- Alors tout ça, c'est encore à cause de la crise de 2008!

- Oui. Nous n'en sommes toujours pas sortis. Le dénouement n'a pas encore eu lieu.

Depuis plus de dix ans, nous nous débattons dans la crise entamée en 2008. Nous vivons une succession d'expédients, de manipulations des cours de bourse, de création de monnaie, de confiance entretenue à coup de mensonges, de bulles secondaires, de mésinvestissements. Mais même les mauvaises comédies ont une fin. 2019 pourrait bien être l'année où le rideau tombe.

Trump contre la FED

Donald-trump-happy.jpgTrump a commis une faute de communication majeure en début de mandat: il s'est approprié les records boursiers du moment, les attribuant à sa nouvelle gestion de l'Amérique. L'idée n'était pas absurde mais elle était précipitée, et surtout, dangereuse. Trump eut indéniablement un effet sur les marchés financiers - les quelques jours après son élection, tout au plus. Cela étant, d'autres tendances plus lourdes continuèrent à pousser les cours vers le haut, notamment l'argent bon marché proposé par la Réserve Fédérale Américaine, la FED.

Il y a une corrélation que beaucoup d'analystes connaissent bien aux États-Unis. Les réélections de Présidents et les bascules électorales entre Républicains et Démocrates sont bien plus liées à la performance économique du moment qu'à quoi que ce soit d'autre. Pour faire simple, tous les quatre ans, si les choses vont bien, le parti au pouvoir remet le couvert ; si elles vont mal, les Américains se tournent vers le challenger, peu importe qui est Républicain ou Démocrate. L'adage se vérifie depuis Jimmy Carter, au moins.

La FED, comme le reste du monde, avait parié sur l'élection de Clinton. L'élection de Trump la contraria grandement.

Se pourrait-il que la FED cherche à provoquer une crise boursière juste pour empêcher Trump de faire un second mandat? Chacun a le droit d'en douter, mais comme un petit graphique vaut mieux qu'un long discours, examinons les taux de la FED sur les quinze dernières années:

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Taux directeur de la FED de 2003 à 2019 (cliquez pour agrandir)

Pendant les huit ans de la Présidence Obama, la FED n'a fait que baisser les taux. Elle les a maintenus à un niveau plancher pendant sept ans. Du jamais vu.

Depuis que Trump est élu, la FED n'a fait que monter ses taux.

Mais regardons un peu avant: en 2004, les taux n'étaient que de 1% et Bush fut réélu. En revanche, pendant le second mandat du Texan, la FED monta ses taux à un rythme historiquement rapide, une façon comme une autre de favoriser l'alternance. Le ralentissement économique consécutif joua certainement un rôle dans le passage de témoin entre Républicains et Démocrates en 2008 - ainsi que dans l'éclatement de la bulle immobilière et la crise des subprimes.

Bien des gens douteront d'un tel machiavélisme. D'autres se rappelleront que ce les mêmes personnes qui vous expliquent froidement que la fin justifie les moyens. Du reste, les statistiques ne sont que des probabilités, elles n'ont rien d'infaillible. Si la FED "indépendante" a certainement un rôle dans la satisfaction générale et donc les sentiments des électeurs au moment des élections, elle n'est pas omnipotente, et ce pour deux raisons.

D'abord, les cours de bourse ne représentent pas fidèlement l'économie réelle. Les Américains eux-mêmes s'en rendirent bien compte pendant les années Obama où, après la crise de 2008, la bourse reprit des couleurs grâce aux vannes ouvertes par la FED pendant que l'activité réelle du pays stagnait, sans rapport avec les financiers qui sablaient le champagne. Cela vaut aussi dans l'autre sens: la crise déclenchée par la FED et sa récente hausse des taux a fait chuter les bourses mais n'affecte que très peu, voire pas du tout, l'économie réelle qui est bel et bien en grande forme grâce aux réformes de Trump.

Ensuite, les Américains (oui, même eux) ne sont pas complètement dupes des manœuvres de la FED. Lorsque Trump dit que la FED fait n'importe quoi en haussant ses taux d'une façon inutilement agressive, les Américains sont nombreux à être d'accord avec lui, et cela vaut aussi pour les analystes de Wall Street. Bien des gens détestent Trump, mais ceux qui sont prêts à accepter d'être ruinés pour qu'il parte en 2020 sont beaucoup moins nombreux. Si le grand public attribue les turbulences économiques à la FED plutôt qu'à Trump, la manœuvre échouera.

Il est trop tôt pour parier sur l'issue du combat homérique qui s'annonce outre-Atlantique entre la FED et la Maison Blanche. Résumons juste en disant que les agissements de la FED ressemblent à quelqu'un qui cherche à se débarrasser d'un gros rat en allumant un "incendie maîtrisé" au beau milieu d'un dépôt de munitions imbibé d'essence...

Alerte au Tsunami en Europe

Les banquiers centraux s'apprécient, mais seulement jusqu'à un certain point. On peut être sûr que les dirigeants de la BNS ont les yeux de Chimène pour ceux de la BCE, qui les méprisent, et que ceux de la BCE n'ont d'yeux que pour ceux de la FED, qui les méprisent ; quant à la FED, elle contemple surtout son nombril, et Trump, qu'elle méprise.

Malheureusement pour le Vieux Continent, la guérilla de la FED contre la Présidence Trump ne pouvait pas plus mal tomber.

Sclérosée par une économie anémique, le chômage de masse, des banques fragiles, des gouvernements surendettés, l'invasion des migrants, une social-démocratie en faillite, l'Europe ne va pas super-bien depuis 2008. La crise faillit emporter la Grèce et avec elle la construction européenne. Et même si depuis l'actualité a trouvé d'autres chats à fouetter, elle reste vulnérable. Il n'y a eu aucun Trump en Europe pour remettre l'économie sur les rails.

Au lieu d'aider l'économie du continent à décoller, la BCE s'est attelée depuis 2008 à une tâche beaucoup plus urgente, sauver les États de la faillite. Depuis dix ans, elle affecte donc l'essentiel de ses ressources à acheter de la dette publique (= étatique), ou, avec l'aide des politiciens, à forcer les banques privées à faire de même. Par exemple, l'interprétation européenne des règles du Comité de Bâle permet aux banques de ne pas avoir à compenser de risque en achetant de la dette publique, alors qu'elles doivent le faire en prêtant au secteur privé.

Le système bancaire européen a été orienté de façon à se charger de dette publique aux dépens des emprunteurs privés, ce qui a un effet direct sur la vitalité de l'économie. Cela explique pourquoi le PNB par habitant a diminué de 12% dans les six plus grandes économies de la zone euro dans les dix années depuis le début de la crise.

Mais toutes les dettes publiques ne se valent pas, et partant, tous les bilans des banques chargées de dettes publiques ne se valent plus non plus. Le résultat est un spread de plus en plus notable au sein du système de paiement interbancaire Target 2.

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Le déséquilibre systémique du mécanisme interbancaire Target 2 (cliquez pour agrandir)

Si vous vous posez la question, comme d'habitude l'Allemagne est en haut et les PIGS en bas. Puisque les pays partagent la même monnaie, ils ne peuvent pas faire varier la valeur de celle-ci face à des difficultés économiques. Les banques centrales des pays concernés se retrouvent donc à imprimer davantage d'Euros. Cela ne devrait pas avoir d'importance, mais un article de la BNS explique le contraire. Si un pays devait quitter la zone Euro, alors il devrait rembourser les sommes manquantes à la BCE, ou la laisser face à une ardoise.

La BCE a décidé d'arrêter ses "achats d'actifs" fin décembre, alors que leur légalité est disputée. Les débuts d'année sont propices aux bonnes résolutions, nous verrons combien de temps elles tiennent face à la prochaine bourrasque...

Pendant ce temps, la BNS s'amuse

Parmi les petites nouvelles discrètes de ces derniers jours, nous apprenons que la BNS perd de l'argent. Une paille - à peine 15 milliards de francs en 2018. D'ailleurs, nous expliquent les journalistes dès la deuxième phrase de chaque article sur le sujet, comme celui de Bilan, il n'y a pas péril en la demeure, puisqu'elle avait remporté un bénéfice record de 57 milliards en 2017. Ce rappel est fait pour que le lecteur fasse dans sa tête 57 - 15 = 42 et se dise "tout va bien, à ce rythme la BNS peut encore s'amuser quelques années."

Ce sentiment est renforcé par un autre passage destiné à rassurer le quidam sur la "manne" que la BNS verse chaque année aux Cantons:

[La] Confédération et les cantons auront droit à un montant supplémentaire de 1 milliard de francs, étant donné que le solde de la réserve pour distributions futures excède 20 milliards, après affectation du bénéfice. Le montant à distribuer, soit 2 milliards de francs au total, revient pour un tiers à la Confédération et pour deux tiers aux cantons, rappelle la BNS. A l'issue de ces versements, le solde de la réserve pour distributions futures s'établira à 45 milliards.


Voilà, nous sommes rassurés, il reste plein d'argent à la BNS pour verser des prébendes aux élus pendant encore plusieurs années.

Mais tout de même, donner un ou deux petits milliards, lorsqu'on en a 45 dans le bas de laine, n'est-ce pas un peu radin? Et puis, comment la BNS a fait pour gagner autant d'argent en 2017, et en perdre autant en 2018? En 2017, la BNS a gagné 57 milliards, soit l'équivalent de trois quarts du budget annuel de la Confédération. Et en 2018, en perdant 15 milliards, la BNS a perdu l'équivalent de 20% du budget annuel de la Confédération.

Les variations en gains et en pertes de la BNS sont absolument monstrueuses vis-à-vis du budget de la Confédération. Et là, on commence à comprendre le véritable problème: la BNS est devenu un mastodonte gigantesque par rapport à la Suisse. La Suisse est une fourmi perchée entre les épaules d'un taureau furieux et qui prie pour que celui-ci aille dans la bonne direction.

La BNS est devenue énorme parce qu'elle imprime depuis 2008 une quantité inimaginable de Francs Suisses et s'en sert ensuite pour s'amuser comme elle l'entend, suivant l'objectif très flou de "maintenir la stabilité des prix". La BNS joue donc quelques dizaines de milliards sur le marché des changes, place d'autres dizaines de milliards sur les marchés financiers, et ainsi de suite, et sans même avoir le moindre objectif de rendement! C'est drôlement pratique.

En août 2017, le grand public apprenait que la BNS possédait 84 milliards de dollars d'actions américaines, dont 2,76 milliards uniquement en actions Apple. Les informations étaient fournies par la SEC, le gendarme des marchés boursiers américains, et surtout pas par la BNS, décidément très discrète vis-à-vis de ceux que cette information devrait concerner au premier chef, comme le peuple suisse.

Vous avez peut-être une définition si souple de la notion de "stabilité des prix" en Suisse qu'il est normal, à vos yeux, que la BNS possède sur la bourse américaine des actions pour une valeur plus élevée que le budget annuel de la Confédération. Tant mieux pour vous.

Les autres comprendront avec effarement que la BNS s'est impliquée irrémédiablement trop loin. Elle mise trop d'argent, prend trop de risques. Elle évoque un joueur invétéré qui a devant lui plus de jetons que la valeur de la maison et les joue avec un enthousiasme débridé, sans penser aux conséquences. Il peut perdre, il peut gagner, mais même quand il gagne il rejoue encore, car il est surtout incapable de quitter la table.

Bonne année 2019

Comme on peut le voir, plusieurs facteurs semblent entrer en conjonction en ce début d'année pour un premier trimestre très "rock'n roll". D'autres facteurs encore peuvent entrer en jeu, comme une petite crise périphérique, le Brexit, ou la faillite d'un modeste établissement comme la Deutsche Bank, mais ne boudons pas notre plaisir, avec ce qu'il y a déjà au menu il faut avoir la foi chevillée au corps pour se dire que tout va bien se passer.

Cependant, on ne peut pas non plus exclure une intervention de "Draghi ex Machina" pour trouver une nouvelle astuce et permettre à la BCE d'imprimer des euros n'importe comment en prétendant que tout est sous contrôle. "Reculer pour mieux sauter" est la devise des banques occidentales depuis dix ans et elles ont toujours entretenu une relation suffisamment proche avec les politiciens pour tenir un peu plus longtemps. Les plus optimistes ont le droit de penser que les autorités trouveront bien encore quelque chose et qu'on tiendra une année de plus. Mais après dix ans de crise, même l'imagination commence à faire défaut.

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"La seule différence entre ces deux billets est votre conviction que l'un a plus de valeur que l'autre."

16 septembre 2018

Bonne santé de l'économie américaine: merci Obama?

Le dernier débat économico-politique du moment: la bonne santé de l'économie américaine serait à mettre au crédit du Président sortant, Barack Obama, et non à celle de son Président actuel, Donald Trump. La polémique surgit avec un timing tout à fait judicieux alors que se profilent les élections de mi-mandat.

barack-obama-11530968525cgpqnawypv.pngPour découvrir ce dernier narrative venu d'outre-atlantique, il suffit de lire la presse francophone, laquelle reprend sans retenue les médias américains pourvu qu'ils fussent marqués à gauche. Ainsi, dans Le Devoir, on lit en toute objectivité que Barack Obama, "relativement discret depuis son départ de la Maison-Blanche", est "sorti de sa réserve (...) pour mettre les points sur les i."

Il faut avoir le cœur bien accroché pour lire pareil panégyrique sans s'étrangler. Notez comme le journaliste présente Barack Obama, quelqu'un qui se sent "obligé de réagir" face aux mensonges de Trump. Au nom de la Vérité, le vieux guerrier pétri de sagesse sort bien malgré lui de sa paisible retraite... Retraite dans laquelle, il faut bien le dire, l'ex-président n'est jamais rentré. Et qu'annonce le 44e président des États-Unis depuis l'Illinois?

Barack Obama a d’abord rappelé le contexte : lorsqu’il avait pris ses fonctions en 2009, l’économie américaine perdait 800 000 emplois chaque mois. C’était la crise mondiale, avec des effets inédits depuis la Seconde Guerre mondiale. Donald Trump est, lui, arrivé dans une économie assainie. « Quand j’ai quitté mes fonctions, le revenu des ménages était proche d’un record […] et les salaires augmentaient », a fait valoir Obama. « Quand j’entends combien l’économie se porte bien, je dis : rappelons-nous quand la reprise a commencé. Je suis heureux que cela se poursuive, mais quand on entend parler de miracle économique […], je dois leur rappeler que les chiffres relatifs à l’emploi sont assez proches de ce qu’ils étaient en 2015 et 2016. »


On enchaîne avec les prétendus "experts" qui tentent de donner vie à cette version des faits:

« Il n’y a aucun doute que le crédit est à mettre au compte d’un mélange » des deux présidences, estime Douglas Holtz-Eakin, ancien directeur du Bureau du budget du Congrès. (...)

« Les chiffres montrent clairement que l’expansion a démarré sous le président Obama […] et Trump surfe sur les tendances dont il a hérité », a, de son côté, avancé Jared Bernstein, l’ancien conseiller économique du vice-président d’Obama, Joseph Biden.


Je suis le premier à admettre que Barack Obama accéda à la présidence dans une économie en crise, et dont il ne portait personnellement aucune responsabilité. Son idéologie, en revanche, était largement partie prenante dans le désastre, notamment à cause de l'octroi forcé de crédits immobiliers, pour des raisons raciales ou politiques, à des personnes manifestement insolvables. Et tout cela remonte à dix ans aujourd'hui.

Comme d'habitude, le New York Times est le fer de lance de la réécriture historique du moment, écrivant que "la reprise économique commencée sous Obama est maintenant présentée comme celle de Trump". L'article commence par admettre que sur pratiquement chaque critère mesurable l'économie américaine se porte bien, et passe les 1'400 mots suivants à expliquer que cette embellie n'a rien à voir avec l'agenda économique de Trump.

Que le New York Times présente une opinion politiquement marquée comme une vérité est son droit le plus strict, mais cela n'a rien à voir avec de l'information. Les propres archives du journal sont disponibles et abondantes pour se rappeler, il n'y a pas si longtemps, quelles étaient les perspectives économiques alors que Barack Obama s'apprêtait à transmettre le flambeau de la présidence à son successeur démocrate Hillary Clinton - un travail de vérification dont l'Investor's Business Daily se donne la peine.

La crise des subprimes survint au début du premier des deux mandats de Barack Obama. Il disposa de huit ans pour essayer de redresser la barre. Or en 2016 l'économie était encore en stagnation. La reprise après la crise était la plus faible depuis la Grande Dépression de 1929.

En fait, le New York Times lui-même décrivit l'économie sous Obama de cette façon en 2016:

"Pendant trois trimestres de suite, le taux de croissance de l'économie a oscillé autour d'un maigre 1%. Lors du dernier trimestre 2015 et du premier trimestre 2016, l'économie a cru à un faible taux de 0,9% et 0,8% respectivement, en rythme annuel. Les premières estimations pour le deuxième trimestre de cette année, annoncées vendredi, présagent d'un décevant 1,2%."


Le taux de croissance ne fit guère mieux pendant les trois derniers trimestres de 2016. Et le 27 janvier 2017, après que le gouvernement annonce que la croissance pour l'ensemble de 2016 atteignait un piètre 1,6% - le taux le plus faible depuis 5 ans - le New York Times rendit compte que "le Président Trump visait un taux de croissance juste un peu plus élevé." Le bureau bipartisan du Congrès sur le budget prévoyait une croissance de 1,9%.

La croissance fut d'une faiblesse si persistante pendant les deux mandats d'Obama que les journalistes commencèrent à préparer le grand public en évoquant une "stagnation permanente". Ils disaient que l'Amérique entrait dans une longue période de croissance faible et stable, résultante d'une lente hausse de la population et de la productivité. En août 2016, le New York Times déclara que "la réalité sous-jacente de la croissance faible hantera quiconque remporte la Maison Blanche."

Le mois suivant, CBS News annonça "qu'avec la croissance américaine en berne pendant plusieurs années, de nombreux économistes en viennent à penser que le pays est entré dans une période prolongée où toute croissance sera plus faible qu'elle ne fut par le passé."

En d'autres termes, il n'y avait aucune prédiction d'envolée de l'économie sur le radar de quiconque lorsque Trump prit place dans le Bureau Ovale. Maintenant que l'économie dépasse les attentes de tout le monde, les critiques de Trump prétendent que les ingrédients étaient déjà dans le gâteau, et le gâteau déjà dans le four.

donald_trump_PNG29.pngC'est vrai, l'activité économique dépend de paramètres mondiaux sur lesquels même le Président des États-Unis n'a pas prise. Mais l'Amérique va plutôt mieux que le reste du monde aujourd'hui.

Un mauvais Président peut ralentir, voire définitivement oblitérer l'activité économique de son pays en empilant des lois destructrices les unes après les autres - voyez le Venezuela pour la feuille de route. Un bon Président ne peut pas créer la croissance par sa seule volonté, mais peut faire en sorte que le cadre légal, fiscal et juridique devienne favorable à la création d'entreprises et aux profits. L'activité économique croît alors, et avec elle l'emploi et les salaires ; et à terme, même les rentrées fiscales augmentent.

C'est l'éternelle division entre les socialistes qui veulent changer la façon dont on distribue les parts de gâteau, et les libéraux qui font augmenter la taille du gâteau - pour tout le monde.

Quoi qu'en disent les acrimonieux médias occidentaux, les Américains se reconnaissent bien davantage dans la seconde catégorie que la première. Ainsi, l'optimisme grandit à travers la société américaine lorsque Trump remporta l'élection face à son adversaire Hillary Clinton et ses "enthousiasmantes" perspectives de stagnation. Maintenant que Trump a mis en place de nombreuses dérégulations et que la baisse de la fiscalité est sous toit, nous devrions continuer à voir une croissance américaine solide.

Les médias travaillent sans cesse à faire rentrer leur narrative dans les esprits, mais pour l'instant ils échouent. Les sondages montrent clairement que le grand public donne crédit à Trump pour l'embellie économique que traversent les États-Unis. Ils ont raison, et les médias ont tort.