25 novembre 2010

Coups de Semonce sur l'Euro

Le rythme des mauvaises nouvelles en provenance de la zone Euro s'accélère. On n'en est plus à dénigrer des Grecs dépensiers ou des Irlandais essayant tant bien que mal de sauver leur secteur bancaire sans convaincre, car ils ne sont plus seuls:

De leur côté, les autres pays fragiles de la zone euro étaient également en difficultés, gagnés par la contagion, avec notamment le Portugal et l’Espagne qui inquiètent le plus. Les taux espagnols à 10 ans s’inscrivaient à 5,190% contre 5,064% mercredi soir, après avoir dépassé la veille les 5% pour la première fois depuis 2002. Quant aux taux portugais, ils évoluaient également au plus haut à 7,020% contre 7,016% la veille.

 

europe-flags_1480541c.jpgL'inquiétude ne porte pas que sur le long terme; le taux des emprunts espagnols à court terme augmente d'un coup. De même, l'incendie ne se limite pas non plus à la périphérie de l'Euroland et aux vilains PIIGS. Le coeur de la zone est touché, c'est-à-dire l'Allemagne et la France. Ainsi, la France doit trouver des solutions improvisées pour payer ses fonctionnaires pour ce mois de décembre:

On pensait que cela ne pouvait arriver que dans les pays les plus en difficultés de l'Union européenne [comme si la France n'en faisait pas partie!]. Mais c'est bien l'Etat français qui rencontrerait des difficultés à payer ses fonctionnaires en décembre. La commission des Finances du Sénat s'inquiète dans un communiqué de ce que Bercy cherche 930 millions d'euros pour régler ses factures de personnel à la fin de l'année. Huit ministères sont concernés, dont l'Éducation nationale, la Défense et le Budget.

 

Huit ministères ça semble beaucoup, mais la France est richement dotée en ministères. L'explication avancée fait sourire: le Sénat dénonce des "surcoûts associés à des mesures catégorielles dont la multiplicité conduit à douter de la consistance réelle des efforts de maîtrise de la masse salariale de l’État". Que de termes polis pour dénoncer une abondance de primes de fin d'années s'accommodant bien mal à la rigueur ambiante! Mais ce ne sont que des péripéties; d'ailleurs, dès qu'on manque d'argent on en trouve:

Pas d'inquiétude, les salariés de l'Etat seront payés. L'Etat va ouvrir «en urgence» des «autorisations d'engagement» à hauteur de 1,39 milliard d'euros et des crédits de paiement pour 1,14 milliard, expliquent les sénateurs dans un communiqué, «dont 930 millions d'euros seront destinés à couvrir des dépenses de personnel». Ces dépenses seront compensées par des annulations de crédits dans d'autres postes du Budget et n'aggravent donc pas le déficit, précise la commission des Finances du Sénat.

 

Tout va hyper bien, donc. C'est à se demander comment on arrive à dégotter un ou deux milliards d'euros sans toucher à rien, mais je digresse... Pas très loin, de l'autre côté du Rhin, l'Allemagne est elle aussi à la peine:

Dans le contexte actuellement très troublé pour les marchés de dettes européens, même Berlin éprouve des difficultés à se refinancer. Le Trésor allemand avait prévu mercredi d'emprunter 6 milliards à dix ans. Mais les Bunds, pourtant considérés comme les emprunts les plus solides de la zone euro, n'ont pas réussi à séduire: la demande s'est élevée à 5,67 milliards d'euros, et 4,76 milliards ont été alloués. C'est la quatrième fois cette année, sur 69 émissions menées jusqu'à maintenant, que les demandes ressortent inférieures à l'offre, a expliqué à l'AFP Jörg Müller, porte-parole de l'Agence financière, qui gère la dette allemande.

 

Même si une souscription n'est pas pleinement remplie (ce qui constitue un très mauvais signe par les temps qui courent) il suffit de jouer sur la trésorerie et de souscrire un peu plus la prochaine fois pour espérer retomber sur ses pieds.

Pas de panique à Berlin non plus donc. Il est encore trop tôt.

En réalité, la zone euro est aux prémisses d'une crise qui la fera éclater. L'Euro a permis aux Etats les plus lourdement endettés de l'Euroland de vivre en déficit à bon compte pendant une période beaucoup trop longue, en étant les passagers clandestins d'une monnaie unique dont la seule force tenait à la signature allemande. Alors que leur endettement augmentait démesurément, les taux baissaient en parallèle et la dette restait "indolore". Ce n'est plus le cas aujourd'hui, parce que les taux peuvent difficilement descendre plus bas, que la crise a encore plus creusé les déficits et que les prêteurs se méfient.

Pour d'autres pays dont la dette n'est pas le premier souci, comme l'Espagne, l'Euro a été désastreux par son taux d'intérêt inadapté à l'économie locale. Trop bas, il a rendu trop aisé l'accès à l'emprunt, poussant l'économie dans des investissements non rentables mais donnant l'illusion de l'être - la bulle immobilière en étant l'illustration la plus aboutie.

Pour l'Allemagne et sa croissance atone, engluée dans des politiques socio-démocrates, le taux d'intérêt de la BCE était au contraire trop élevé, poussant l'économie à chercher de la rentabilité à l'extérieur du pays à travers l'exportation.

"Tous ne mouraient pas mais tous étaient frappés" écrivait Jean de la Fontaine dans la fable des Animaux malades de la peste, une situation brillamment démontrée dans L'Etat est mort, Vive l'Etat, le livre de Charles Gave.

dominos-falling.jpgAujourd'hui, les métaphores à base dominos ont le vent en poupe. L'Euroland s'effondre par la périphérie. Le parallèle a ses limites, chaque pays de l'Euroland s'effondrant pour des raisons qui lui sont propres. Si l'Irlande tombe, ce n'est pas la faute de la Grèce. Si le Portugal tombe, ce n'est pas la faute de l'Irlande, à l'inverse de ce que sous-entendent certains analystes. Chaque Etat de l'Euroland ne doit pas chercher à l'extérieur les raisons de ce qui lui arrive. S'ils tombent les uns après les autres, c'est simplement à cause d'une crise de confiance généralisée où les créanciers potentiels commencent - enfin! - à examiner de plus près les bons d'Etat qu'on leur propose. Les causes varient localement mais les symptômes sont les mêmes au bout du compte, une hausse insoutenable des taux d'intérêts réels.

D'ici peu, lorsque les montants réunis pour le fonds européen de stabilité financière seront épuisés, chacun verra que les investisseurs ont cessé pour de bon d'acheter des dettes européennes à des prix praticables. Les cris de triple A des agences de notation - "allez-y, c'est sans danger!" - n'y changeront rien. C'est à ce moment-là que les choses sérieuses commenceront.

Qui paie ses dettes s'enrichit, dit le proverbe. Or, pour payer ses dettes, il faut commencer par dégager un excédent de trésorerie, c'est à dire un bénéfice, peu importe qu'il soit libellé en pourcentage du PIB ou pas. Tant que vous ne verrez pas un pays dégager des excédents budgétaires lui permettant de réduire sa dette nette, sachez-le, quoi qu'en disent les politiciens prêt à tous les mensonges pour finir leur mandat dans le calme, l'Europe ne sera pas sortie de la crise.

14 octobre 2010

Intermède musical

Le bouc-émissaire revisité. C'est vrai qu'avec 2-3 gars comme ça on rembourse n'importe quoi...

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06 octobre 2010

En guerre contre la réalité

Les nouvelles se suivent et se ressemblent. En vrac:

- Aujourd'hui, l'agence de notation Fitch a dégradé la note de dette à long terme de l'Irlande, à A+ contre AA-, assortissant sa décision d'une "perspective négative"; le coût du sauvetage des banques irlandaises s'avère plus élevé que prévu et le déficit budgétaire du pays est désormais estimé à environ 32% du PIB pour cette année. Oui, vous avez bien lu.

560453p_deficit.jpg- Les déficits et la dette grecques vont être "nettement" revus à la hausse; il est vrai que le déficit grec pour 2009 chiffré à seulement 13,6% du PIB, ça semblait trop beau...

- Le Portugal annonce en urgence des mesures d'austérité: TVA à 23%, baisse du salaire des fonctionnaires... Tout cela parce que la dette portugaise à 10 ans a atteint le 29 septembre un niveau proche de celui touché en mars par son homologue grecque, avec les conséquences que l'on sait.

- L'Espagne quant à elle a perdu son dernier AAA (celui de Moody's) le 30 septembre. Le chômage y atteint un modeste 20% et la saison touristique touche à sa fin. L'hiver sera rude.

- Le FMI, décidément prêt à enfoncer toutes les portes ouvertes, avertit les derniers optimistes que la crise n'est pas finie.

Le temps est à l'orage.

Il n'est pas de pire aveugle que celui qui ne veut point voir, dit-on. Maxime pleine de sagesse que devraient se rappeler les adeptes de la bourse, les éditorialistes et les politiciens chantant que la crise est derrière nous, sur la mélodie de Tout Va Très Bien, Madame La Marquise.

Dans cette vaste population faisant fi de la réalité, l'élite française fait figure d'espèce dominante. La classe politique hexagonale est en quelque sorte l'aristocratie du déni; dans son costume de velours moisi, elle agite ses manches en dentelle élimée en égrènant ses vieilles rengaines, si creuses mais pourtant si mélodieuses aux oreilles des courtisans...

A gauche, nous avons les cohortes écolo-progresso-révolutionnaires, toutes plus unitaires et plurielles les unes que les autres. Une seule cible, un seul horizon, un seul programme - l'anti-Sarkozysme primaire, aveugle et vociférant. Quand même Claude Imbert les trouve ridicules, on devine qu'un palier de médiocrité a été atteint. Citant l'éditorialiste du Point:

En tête du défilé [contre l'augmentation de l'âge de la retraite], Martine Aubry, Cécile Duflot, Marie-George Buffet affichaient, coude à coude, le cliché d'une gauche impossible où socialistes, Verts et communistes réchaufferaient le ragoût de feu le Programme commun. Une chimère, évidemment ! Bonne encore pour caresser la conquête du pouvoir. Bonne, ces temps-ci, devant les pas de clerc et foucades de la droite, pour exploiter la sarkophobie ambiante. Et après, pour quoi faire ? Enterrer la réforme des retraites ? Allons donc... Tandis que tendre son rouge tablier pour y cueillir la colère populaire, pardi, pourquoi pas ? Au pouvoir, s'il échoit, on avisera...

Qui peut croire que le socialisme français, seul en Europe, pourrait défier la sanction arithmétique d'un régime condamné (...) Le spectre d'une faillite nationale dissuaderait quiconque voudrait emplir à nouveau le panier percé de l'Etat-mamma.

 

Ce qui ne les empêche pas d'essayer. Tous ensemble, on a le droit croire en un autre avenir, pas vrai? Après tout, l'espérance a le droit d'être vaste, surtout si elle est irrationnelle! Mais la réalité ne saurait s'habiller éternellement de slogans stériles, hélas, faute de quoi la France serait le pays le plus prospère du monde...

Rappelons que la gauche se bat contre une réforme du régime des retraites par répartition, réforme elle-même largement insuffisante dans son ampleur, et dont le but n'est pas de pérenniser un système voué à la faillite (comme n'importe quel schéma pyramidal) mais simplement de donner assez l'impression d'une réforme pour éloigner la perspective d'une remise en question du AAA français, les agences de notation ayant à plusieurs reprises menacé la France d'abaisser sa note si rien n'était entrepris. On comprend dès lors la combativité du gouvernement - l'esprit guerrier tardif des gens au pied du mur. Il faut tenir, coûte que coûte, jusqu'à la fin du mandat présidentiel.

Malheureusement, l'UMP mérite largement son qualificatif de socialistes de droite. Si l'absence de réalisme, la vacuité du discours et les imprécations sont l'apanage d'une opposition dénuée de toutes responsabilités décisionnelles, on aurait espéré un ton différent de la part du gouvernement. Peine perdue:

 

Le projet de budget 2011 présenté mercredi prévoit ainsi une baisse du déficit public à 6,0% du PIB fin 2011, après 7,7% fin 2010, un effort "historique", selon le gouvernement, mais qui risque de devoir être accentué, disent les économistes. [Tu parles Charles!]

Cette réduction du déficit en 2011 viendrait d'une hausse des recettes liée à une accélération de la croissance économique à 2,0%, d'une maîtrise accrue des dépenses et d'une réduction de quelque 10 milliards d'euros des niches fiscales.

"C'est un budget historique. Nous tournons le dos à des années d'augmentation du budget de l'Etat", a dit le ministre du Budget, François Baroin, à des journalistes.

"6,0% en 2011 est un objectif intangible", a-t-il ajouté. "Franchir une telle marche n'a jamais été vu depuis 50 ans", a-t-il dit, à propos de l'ampleur de la réduction du déficit prévue l'an prochain.

La dette publique atteindra 86,2% fin 2011, après 82,9% fin 2010. Le déficit de l'Etat sera de 92 milliards d'euros en 2011.

Le déficit public, qui comprend les comptes de l'Etat, les comptes sociaux et ceux des collectivités locales, sera ensuite réduit à 4,6% fin 2012, 3,0% fin 2013 et 2,0% fin 2014, selon la loi de programmation des finances publiques présentée en même temps que le budget mercredi en conseil des ministres.

La dette atteindra 87,4% fin 2012 avant de baisser à 86,8% fin 2013 et 85,3% fin 2014.

 

Domination totale, la France et son équipe de choc vont au charbon, avec en tête le Président qui, rappelez-vous, annonçait: "La croissance, j'irai la chercher avec les dents". Accélération, Maîtrise, Réduction, tout à la fois.

Sérieusement, qui peut croire en pareils bobards? Il faut un réel talent pour annoncer un tel tombereau de fadaises à des journalistes sans se départir de son sérieux. On reconnaît le professionnalisme d'un Ministre du Budget. Mis à part les "10 milliards d'euros de réduction des niches fiscales", c'est-à-dire des augmentations d'impôt (dont l'Etat se rendra assez vite qu'elles procurent des rentrées décevantes) les autres éléments sont totalement hors de portée de l'Etat. Réduire les dépenses? Depuis quand un gouvernement y est parvenu? La croissance? L'Etat n'est pas fichu de la prévoir trois mois à l'avance. Tabler sur 2% est très optimiste - ce taux n'a été atteint qu'une fois, en 2004, sur les dix dernières années. Mais non, là nos brillants ministres annoncent une croissance record plusieurs années de suite... C'est du grand n'importe quoi!

Personne n'est dupe, bien sûr, mais cela n'empêche pas Mme Lagarde de claironner depuis mi-septembre une réduction du déficit public de 40 milliards avec un mélange d'astuces comptables, de méthode coué et de mensonges.

Certains socialistes, plus réalistes peut-être, ont trouvé la panacée: faire payer les expatriés (il faut le lire pour le croire!)

La France est aux abois, l'Euro part à veau-l'eau.

098123j_naufrage.jpg

La France (et d'autres pays d'Europe plongés dans le déni à divers degrés) ne réalisent sans doute pas que des plans pour 2013, 2014 n'ont aucun sens. A mon avis, la crise aura balayé l'Europe bien avant. Je doute fort, par exemple, que les finances publiques françaises tiennent jusqu'aux prochaines élections présidentielles. En fait, je ne suis même pas sûr que la France tienne jusqu'à Noël prochain.

Cela affectera la Suisse aussi, bien entendu. La question des finances publiques risque fort de s'imposer de manière inattendue dans les campagnes politiques en cours.

Je n'adhère pas aux discours millénaristes sur la fin du monde; c'est une crise et nous y survivrons. Mais les Américains de 1929, les Argentins de 1990 ou les habitants du Sud-Est asiatique en 1997 se rappelleront que ce n'était pas un moment agréable à passer.

En attendant, achetez de l'or. Si vous pensez que les records viennent d'être battus, vous n'avez encore rien vu.

09 juin 2010

Pourquoi la France ne s'en sortira pas

Je reçois régulièrement des rubriques du Journal du Net dans ma boîte aux lettres. Ces newsletters à la limite du spam se limitent habituellement à la (sur)vie en entreprise: comment gérer une équipe, ne pas s'engueuler avec son patron, ce genre de choses. A d'autres occasions, ce sont des dossiers sur les villes les plus endettées de France et d'autres classements du même acabit.

Un des derniers articles en date a attiré mon attention: Austérité, les sacrifices qui attendent les Français.

Tiens donc! Les rédacteurs du JdN auraient-ils leurs entrées à Bercy? Savent-ils quel plan le gouvernement concocte-t-il dans ses marmites?

Pas du tout. En réalité, l'article au ton accrocheur est un catalogue de onze mesures de rigueur prises par divers pays de la zone Euro, et ce qu'elles donneraient si elles étaient appliqués à la France.

On voit ainsi, page après page, défiler les différents visages de l'austérité: augmentation des taxes sur l'essence, diminution des allocations chômage, impôt sur les plus-values boursières, réduction des rentes et âge de la retraite repoussé... Chaque page est basée sur un exemple concret, la mesure ayant été adoptée dans un ou plusieurs pays de l'Union Européenne.

La fin des primes spéciales de Noël pour les chômeurs et les les fonctionnaires? La Grèce.

La baisse des allocations chômage? Le Danemark, l'Irlande et la Roumanie.

La hausse de la TVA? L'Espagne, la Grèce, le Portugal.

Et ainsi de suite.

On n'ose imaginer l'inconfort soudain d'un pays adoptant, comme ça, parce qu'il est au pied du mur, l'ensemble de ces mesures. Mais ce n'est pas le plus important. Le plus important est révélé dans un petit tableau récapitulatif final, que je vous livre tel quel:

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Voilà.

En adoptant toutes les mesures d'austérité prises en partie par chacun des pays de l'Union Européenne, la France économiserait 32,4 milliards d'euros, sur 152 nécessaires. Environ un cinquième de ce qu'il faudrait.

Évoquer la disparition du bouclier fiscal, c'est bien, ça donne l'impression que ce sera le (riche) voisin qui paie. Évoquer la baisse de salaire des ministres, c'est symbolique, ça donne l'impression que tout le monde met la main à la pâte. Taxer les plus values, c'est bien fait, ça clouera le bec à ces vils spéculateurs. Etc.

Mais c'est pour épater la galerie. Car même si on prend la collection complète, on sera surtout très loin du compte.

Sans parler du fait que la moitié de ces mesures, par exemple toutes celles ayant traits aux fonctionnaires, jetteraient la France du service public dans la rue, l'immobilisme et la grève, empêchant à dessein le secteur privé de travailler, avec les effets que l'on devine sur la croissance...

D'accord, jetons le bouclier fiscal aux orties, taxons les riches, repoussons l'âge de la retraite. Et pour les cent vingt milliards d'euros qui manquent encore au compteur, on fait quoi?

19 mai 2010

La nouvelle ruée vers l'or

Ce n'est pas le Klondike mais ça y ressemble: Les cours de l'or s'envolent!

«En ces temps d’incertitudes persistantes, l’or devrait continuer à bénéficier d’une grande demande et les prix devraient être bien soutenus, tandis que des investisseurs supplémentaires devraient être attirés par la barre psychologique importante des 1000 euros», notaient les économistes de Commerzbank vendredi.

Une petite courbe vaut mieux qu'un long discours:

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Un tel graphique évoque immanquablement "l'exubérance irrationnelle des marchés" chère à Alan Greenspan. Mais cela colle peu avec l'or, dont il n'y a rien à attendre. L'or n'offre pas de perspective de gains liés à la technologie et ne verse pas de dividendes. L'or est inerte, amorphe, sans surprise. Avec l'or, pas de bulle possible.

Alors, pourquoi cet engouement?

Bizarrement, on trouve peu d'explications sur les raisons profondes de cette envolée. Les analystes financiers travaillent à partir des courbes et évoquent des "seuils psychologiques" qui seraient enfoncés les uns après les autres, ouvrant ainsi la porte à de nouvelles hausses. L'explication semble bien peu convaincante. L'or joue à fond son rôle de valeur-refuge, dit-on, mais rares sont les journalistes à tourner leur regard vers la tempête dont les investisseurs cherchent à se prémunir.

En réalité, la courbe ci-dessus ne peut dire qu'une chose: la crise est devant nous.

La zone Euro va mal. Ca ne concerne pas que les finances publiques. Certains économistes ont commencé à s'émouvoir de l'effet des plans de rigueur annoncés ici et là sur l'activité économique. Leur point de vue est exprimé d'une façon étrange, mais il n'est pas entièrement faux: le retrait des Etats de l'activité économique laisse des traces auprès de leurs innombrables clients et fournisseurs. En outre, tous les plans de rigueur introduisent de nouvelles ponctions fiscales et contribuent donc à écraser la croissance. Les politiciens ont jusqu'ici montré très peu d'empressement à s'attaquer aux vraies racines du problème, les dépenses. Gageons que la réalité se chargera de le leur rappeler.

En attendant, les pouvoirs publics essayent encore de faire croire qu'ils peuvent s'en sortir en faisant payer les autres, et les perspectives de croissance des acteurs économiques privés s'en ressentent.

Si les actions sont promises à baisser parce que l'activité économique pâtit, mieux vaut rester à l'écart du marché des actions. Mais où placer ses économies alors? Emprunts d'Etat? Les rendements sont lamentables et les risques pas si minimes que ça. Garder du cash? Certainement pas, à une époque où tant les USA que l'Europe font tourner la planche à billets. Reste les métaux précieux.

L'or est une valeur-refuge parce que la matière première échappe à toute manipulation. Avec l'or, on ne peut pas tricher.

5151584_lingot.jpgSous la pression des politiques, la BCE a renoncé à tous ses principes et à son indépendance. Elle imprime désormais des euros par milliards pour les prêter à des pays en cessation de paiement, comme la Grèce. L'inflation pointe déjà son nez et je parie qu'elle va aller en s'intensifiant.

L'or est hors d'atteinte des astuces comptables des pouvoirs publics et des banques centrales. Les Alchimistes ont bien essayé, mais jusqu'à présent personne n'a trouvé comment créer de l'or à volonté. La perte de valeur des principales monnaies du monde (qu'il s'agisse du Dollar, de l'Euro ou de la Livre Sterling) va donc contribuer à une hausse mécanique de la valeur fiduciaire de l'or, simplement parce que les monnaies contre lesquelles il est mesuré s'affaiblissent.

La crise est loin d'appartenir au passé. Les politiciens européens semblent bien peu enclins à réaliser l'énormité de l'enjeu - une crise dont ils ne comprennent pas l'essence et qui s'apprête à les frapper de plein fouet.

Dans les colonnes du Temps, Emmanuel Garressus explique brillamment que le retour à la rationalité (c'est-à-dire: comprendre qu'il faut créer des richesses avant de penser à les extorquer, que cette création vient des entrepreneurs et non de l'Etat, etc. - des vérités simples oubliées par des populations étourdies par des non-sens économiques martelés à longueur d'année) prendra une génération. Je partage son point de vue. N'allez pas croire pour autant que nous serons sortis d'affaire, par la magie du temps qui passe, exactement en 2030. Ce n'est pas qu'il faille plus longtemps - selon moi l'ordre de grandeur avancé est correct - mais, simplement, que cette longue et nécessaire désintoxication n'a pas encore commencé. Voilà ce que j'entends en disant que la crise est devant nous.

Les choses sérieuses débuteront lorsque l'Euro se désintègrera, lorsque les banques semi-publiques sauteront, lorsque les social-démocraties européennes épuisées seront au bout de leur incohérence fondamentale. C'est pour bientôt. Cela va être très douloureux et très violent. Tous ceux qui se précipitent sur les placements en métaux précieux l'ont bien compris. Voilà pourquoi l'or monte - et pourquoi il n'a pas fini de monter.

10 mai 2010

Sauvés par la Corne d'Abondance!

Sauvés! Nous sommes sauvés.

Ils étaient tous là, nos chefs d'Etat européens, venus au chevet d'une Europe financière agonisante. Les discussions se sont poursuivies tout le week-end, avant et après le sommet proprement dit. Il fallait contrer les vils, les odieux spéculateurs. A l'aide de quelques décisions bien senties, il fallait rassurer les marchés. Remettre de l'ordre dans la maison. Exprimer sa confiance dans l'Euroland et restaurer le bon droit européen et la qualité de son économie.

Et ils n'y sont pas allé de main morte. Un fonds de stabilisation de 440 milliards d’euros. 60 milliards d'euros de facilité de paiements pour la Grèce, comme ça, c'est cadeau. 250 milliards d'euros d’aide du FMI. Tout ça prêt à l'emploi, à disposition pour faire taire les ignobles vautours et autres charognards rôdant près des bourses.

Ce lundi, les places financières européennes ont éclaté dans une explosion de vert. Les records ont été battus dans l'euphorie de la confiance revenue.

Tout va bien. Il n'y a plus de raison de s'inquiéter. La crise est jugulée - mieux que ça, elle est résolue. L'Europe en est sortie grandie, plus mature aussi...

Les optimistes feraient mieux de ne pas poursuivre la lecture de ce billet plus avant!

...N'importe quel quidam avec un peu de jugeote, même s'il ne comprend pas grand-chose à la haute finance, devrait se douter que quelque chose ne tourne pas rond. Vendredi, l'Europe est dans l'impasse, la cessation de paiement menace, les pays de la zone euro sont au bord de l'effondrement. Lundi, tout va bien?

L'Europe vient tout simplement de trouver de l'argent frais en quantités homériques.corne_d_abondance.jpg Mazette! Pensez donc, de 500 milliards d'euros - 500'000'000'000 si on l'écrit en chiffres - on peut en faire des choses. Ca représente tout de même 1'500 € par habitant de l'Euroland, du nourrisson au grabataire, car ils ne sont que 322 millions.

C'est une sacrée somme.

C'est étonnant qu'on ne l'ait pas trouvée avant. Voire, qu'on ne s'en serve pas pour résorber les dettes qui étranglent ces états vivant au-dessus de leurs moyens... Après tout, à combien se monte la dette par habitant des social-démocraties européennes, déjà?

A moins qu'il ne s'agisse de nouvelles dettes. Ou de pire encore.

Penchons-nous sur les détails de ce plan, soulevons quelques cailloux.

Si 500 milliards d'euros redonnent de si belles couleurs aux marchés financiers, c'est parce qu'ils détestent l'incertitude. L'Europe politique a engrangé un premier succès: elle a annoncé qu'elle ferait faillite plus tard.

Dans l'intervalle, elle a trouvé le moyen de se couvrir. La Commission Européenne disposera d'un premier niveau de fonds de 60 milliards, qu'elle empruntera. Ensuite Les quinze membres de l'Euroland annoncent qu'ils se protègeront les uns les autres en s'accordant des prêts bilatéraux.

Comme ils sont tous endettés jusqu'au cou, cela ne suffira pas. Les deux premières couches du plan consistent donc en:

  1. davantage de dettes;
  2. des dettes partagées.

Pas terrible. La suite est plus prometteuse. On arrive enfin au centre du dispositif, le coeur de l'étoile noire: la Banque Centrale Européenne (BCE). Celle-ci annonce que, désormais, elle acceptera de prendre en dépôt des obligations souveraines. Certains économistes disent dans les colonnes du Nouvel Observateur que cette décision revient à actionner un bouton nucléaire, et le terme n'est pas trop fort - dans le monde de la finance en tous cas.

Qu'est-ce que cela veut dire?

Eh bien, revenons en arrière de quelques jours. Vous vous rappelez lorsque le gouvernement grec geignait parce que sa note était dégradée? La dette souveraine grecque est descendue au niveau junk bonds, des dettes spéculatives dont on ne sait si l'emprunteur les remboursera ou non.

Désormais, la BCE accepte de prêter à ce genre de clients.

Il s'agit d'un affaiblissement considérable de la signature de la BCE. Car si la BCE accepte de prêter à des débiteurs douteux, ses créances deviennent également douteuses. De proche en proche, son bilan et la confiance qu'elle inspire sont affectées. De plus, avec des conditions aussi "avantageuses", on imagine sans peine que les clients les moins fiables (Portugal, Espagne, Irlande, Grèce...) vont se bousculer au portillon, et remettre leurs plans de rigueur, déjà bien timides, à plus tard.

Il va falloir la créer, toute cette monnaie empruntée. Comment la BCE va sortir tous ses milliards d'euros de ses coffres? Elle ne les a pas. Elle va les créer de toutes pièces (c'est la fameuse "planche à billets"). Nous allons donc assister à un retour de l'inflation et une contamination de l'endettement à tous les pays de la zone euro, banques centrales comprises. La dette des pays d'Europe est devenue la dette de l'Europe. Il sera encore moins possible de contingenter la panique à un seul pays comme la Grèce; tous chuteront ensemble désormais. Lorsque la prochaine crise surviendra, elle sera dix fois plus puissante que celle que nous venons de traverser.

En surface, tout va rester calme pendant quelques mois, mais comme aucun pays ne réduit sa dette d'un iota, la crise est tout sauf résolue.

Il y a de quoi être rassuré, en effet...