23 janvier 2013

Où l'on reparle de la BNS

L'arrimage du Franc Suisse à l'Euro par la Banque Nationale Suisse remonte à un an et demi environ. Ayant dénoncé à l'époque cette manoeuvre comme une véritable hérésie ne pouvant mener qu'à la catastrophe, celle-ci tarde à se concrétiser.

Ce qui ressemble à une bonne nouvelle dépend en réalité de la signification de cette sérénité relative. Est-ce le calme tout court ou le calme avant la tempête?

Les nouvelles venues d'Europe sont pour le moins mitigées. Bien sûr, du côté des officiels, l'heure est à l'optimisme, qu'il s'agisse du commissaire européen aux questions financières Olli Rehn, du chef de la Banque Centrale Européenne Mario Draghi ou de beaucoup d'autres. Mais comme le fait remarquer avec une certaine ironie Mikhaïl Delyaguine, connaisseur des institutions européennes, l'heure est toujours à l'optimisme: "presque n'importe quel fonctionnaire ou bureaucrate européen est obligé d'être un optimiste. C'est l'exigence de la profession". Et d'ajouter que "dans six mois, ils oublieront leurs propos ou tâcheront de ne pas se les rappeler."

Malgré ce verdict sévère, tout n'est pas qu'affaire de communication. Il existe des signes tangibles de détente sur le front des taux. Le Portugal emprunte à dix ans à moins de 6%, l'Espagne autour de 5%. L'euro s'est raffermi contre le franc suisse, au point qu'il faut désormais 1,24 CHF pour un euro. Pour la première fois depuis longtemps, on s'éloigne du "taux plancher" fixé à 1,20 CHF par la BNS.

Pourtant, l'Europe n'est pas sortie du trou. Le chômage explose et ne montre aucun signe d'essouflement. L'Espagne n'arrivera pas à contenir ses déficits pour 2013. La croissance du continent restera atone cette année. Et évidemment, pas un seul pays européen n'a réduit sa dette d'un seul centime...

Ces derniers jours, une petite nouvelle a rapidement glissé dans la presse: les taux français à court terme sont repassés dans le positif. Ce modeste retour à la normalité doit être mis en parallèle avec un autre chiffre, le taux de change entre franc suisse et euro passée nettement au-dessus des 1,20.

Reprenons: l'euro monte, la BNS n'a plus besoin d'agir pour faire baisser le franc suisse. La BNS ne fait rien, ou disons, plus rien.

Au même moment, les taux français à court terme passent dans le positif.

bns,inflation,euroDe là à comprendre que la BNS a directement influé sur les taux français à court terme, il n'y a qu'un pas, que je franchis allègrement.

Tentons une explication.

La BNS s'est lancée dans une stratégie de lutte contre le renchérissement du franc suisse en y associant des moyens "illimités", pour reprendre les propres termes de la banque. Elle a donc créé des milliards de francs suisses pour acheter des euros jusqu'à ce que le franc suisse baisse. Ces euros n'ont pas été acquis sous forme de numéraire, mais à travers des souscriptions à des emprunts d'Etat de la zone euro.

Or, si les banquiers centraux suisses luttaient contre la force du franc, ils n'en sont pas moins resté des banquiers: quitte à acheter de l'euro sous forme de dette, ils n'allaient pas prendre n'importe quoi. Ils ont donc privilégié la dette de "qualité" (bien notée) c'est-à-dire la dette allemande, et jusqu'à une époque récente, la dette française. Il est probable que la BNS aurait préféré exclusivement du Bund allemand aux OAT françaises, mais peut-être que les volumes ne suffisaient pas...

On comprend dès lors comment les taux des pays "bien notés" de la zone euro sont devenus négatifs. Lla BNS cherchait moins le rendement qu'à simplement se placer. Un taux d'intérêt négatif n'était par ailleurs qu'une modeste perte pour être sûr de remporter les adjudications. Enfin, le phénomène ne concernait que les taux courts: la BNS cherchait à spéculer contre le franc suisse au jour le jour, pas à obtenir des rendements d'obligations sur dix ans.

Si on devait résumer le processus en une phrase, la BNS a fait baisser le franc suisse en achetant de la dette. Et de la dette française pour une bonne partie.

Les Suisses, si on leur demandait, apporteraient probablement un soutien massif à la politique de la BNS. Les discours sont tellement unanimes en faveur de ce contrôle des changes... D'ailleurs, ajouteraient-ils, tout va bien, n'est-ce pas? Non seulement le taux plancher est maintenu mais la BNS affiche fièrement un bénéfice comptable de 6 milliards.

L'histoire est un peu trop belle pour être vraie, malheureusement.

Revenons en 2011: cette année-là, la BNS prévoyait de ne plus verser de dividendes aux cantons à l'avenir, la faute au franc fort. Cette mesure logique s'inscrivait dans la gestion traditionnelle de la monnaie par une banque centrale ; c'était avant le changement de cap historique, la grande aventure de la planche à billets. Désormais, la BNS est, disons, plus souple. Elle peut afficher n'importe quel bilan puisqu'elle imprime au besoin!

Arroser les cantons d'une manne inattendue (fût-elle en billets de monopoly) ressemble fort à de la corruption. Mais pourquoi la BNS aurait-elle besoin de s'acheter la complicité des cantons-actionnaires? Sans doute pour éviter que ceux-ci ne s'attardent trop sur le bilan de l'institution.

Une infographie du Financial Times nous montre ainsi l'évolution de celui-ci comparé au taux de change franc suisse / euro, agrémenté des divers événements de la banque centrale helvétique:

bns,inflation,euro
(cliquez sur l'image pour l'agrandir)

En haut, le taux de change entre franc suisse et euro. En bas, le volume des engagements de la BNS. La "stabilité" du franc suisse n'a été atteinte qu'au prix d'un engagement démentiel dans les dettes des pays de la zone euro. Dettes de pays pas trop mal notés certes, mais on sait ce que valent les notes des agences...

Depuis la décision d'arrimer le franc suisse à l'euro, le bilan de la BNS a plus enflé qu'un cadavre de cachalot échoué sur la grève. L'affaiblissement du franc suisse ne s'est fait qu'au prix d'une augmentation absurde du bilan de la banque. Il atteint plus de 400 milliards de francs suisses aujourd'hui, à comparer aux 580 milliards de PIB du pays!

Ces montants sont si élevés qu'ils en deviennent presque abstraits ; mais chacun comprendra quand même deux problèmes qui se posent:

1. Nous sommes aujourd'hui profondément engagés dans le financement de la dette des pays de l'Union Européenne, perspective très rassurante s'il en est!

2. Ces devises, il va bien falloir en faire quelque chose.

Si elles sont revendues, l'euro s'écroulera et le franc suisse s'envolera. La BNS essuiera des pertes chiffrées en dizaines de milliards que les cantons, et à travers eux les contribuables, devront éponger.

Si elles ne le sont pas, la BNS n'aura alors d'autre choix que poursuivre la fuite en avant: imprimer toujours plus de francs suisses pour acheter de l'euro, liant le destin des deux monnaies jusqu'à ce qu'il soit inextricable. Les engagements en monnaie étrangère seront tels au bilan de la BNS que celle-ci aura perdu toute indépendance en matière de politique des taux. Nous avons déjà pratiquement atteint ce stade aujourd'hui.

Voilà comment la Suisse, sans l'avoir souhaité, sans l'avoir voté, vient d'adhérer à l'euro.

Que ceux qui pensent le contraire m'expliquent quand et comment la BNS pourra se débarrasser de ces délirantes réserves en devises!

Quant à célébrer la fin de la crise et la réussite de l'action de la BNS, attendons de voir par quelle magie l'institution parviendra à dégonfler son bilan pour retrouver l'équilibre d'une banque centrale saine.

Comme on voit, il est un peu tôt pour se réjouir.

09 janvier 2013

Des allocations pour un bel avenir

L'histoire du jour nous vient d'Afrique du Sud par le biais du quotidien 20 minutes: selon un reportage de la chaîne de télévision Sky News, des Sud-Africaines boiraient des substances toxiques pour augmenter leurs chances de mettre au monde un enfant handicapé... et toucher ainsi davantage d'allocations.

L’Afrique du Sud détient un triste record: celui du syndrome d’alcoolisation fœtale, qui entraîne de graves handicaps chez l’enfant (...) Un reportage de la chaîne britannique SkyNews dans la province du Cap-Oriental met en lumière les ravages de l’un des breuvages, le «kah-kah». Ses ingrédients: du lait, de la levure et... de l’acide sulfurique.

Des femmes en état de grossesse avancée en sont dépendantes. «Si je n’en bois pas, je suis malade», affirme Mary. Elle a déjà quatre enfants et vit dans une cabane avec huit autres membres de sa famille, tous au chômage.

Certains craignent que cette forme d’alcoolisme ne soit entretenue par le système social. Des mères boiraient délibérément afin de donner naissance à un bébé atteint d’un retard ou d’un handicap. A la clé, une allocation mensuelle de 1200 rands (128 francs suisses), près de cinq fois plus que celle versée pour un enfant valide. Mary admet que ces aides permettraient de «payer l’école» à ses autres enfants.

 

Payer l'école à ses autres enfants... Ou se livrer à son vice avec encore moins de retenue: l'allocation mensuelle couvrirait le prix d'environ 600 bouteilles de kah-kah.

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Les allocations entraînent-elles des femmes dans l'alcoolisme et la mise au monde d'enfants handicapés? L'idée a de quoi choquer, tant elle va à l'encontre des raisons pour lesquelles elles sont mises en place.

Les "shebeens", brasseries clandestines où sont distillés les substances alcooliques les plus infectes, sont probablement antérieurs aux programmes sociaux visant à soulager les familles d'enfants malformés. Il n'empêche: comme le témoignage de Mary le révèle, de tels mécanismes de redistribution sont de puissants incitatifs à ne pas remettre en question une conduite à risque.

Pour l'auteur du reportage Alex Crawford, le lien de cause à effet ne fait aucun doute: les femmes boivent précisément dans le but d'accoucher d'un enfant malade.

Le syndrome d'alcoolisation foetale, lié à la consommation de la mère, provoque des malformations ou des retards mentaux irréversibles:

Les enfants souffrant du syndrome de l’alcoolisation fœtale ont un système immunitaire beaucoup plus faible que la normale, ils seront donc souvent atteints par des maladies infectieuses diverses. Des retards du développement physique et des dysfonctionnements du système nerveux central sont souvent observés. L'enfant pâtira d'un retard mental plus sérieux, d'un comportement instable et d'un quotient intellectuel plus bas. Les enfants atteints du syndrome d'alcoolisation fœtale éprouvent beaucoup de difficulté à être autonomes. La plupart d'entre eux sont incapables de se nourrir seuls et d'apprendre à s'occuper d'eux-mêmes au même rythme que les autres enfants. Il leur est beaucoup plus difficile de se faire des amis et de s'intégrer à des groupes. En grandissant, ces personnes conserveront toujours certains problèmes d’autonomie.

 

Le taux de naissances de ce type monte à 7 ou 8% dans certaines provinces d'Afrique du Sud selon l'OMS, contre 1% ou moins dans les pays occidentaux. Ce n'est pas qu'une question de richesse ou de pauvreté. L'Afrique du Sud est clairement au-dessus de la moyenne mondiale - en fait, le pays détient depuis 2002 le triste record du nombre de cas d'alcoolisations foetales.

La police fait régulièrement des descentes pour fermer les brasseries clandestines et disperser l'alcool qu'elle y trouve. L'association des producteurs officiels, l'Eastern Cape Liquor Board envisage une campagne d'information sur les dangers d'une forte alcoolisation pour les femmes enceintes.

Apparemment, personne ne semble remettre en cause le mécanisme des allocations et ses effets pervers.

29 novembre 2012

Pétrole 2.0

Le pic pétrolier et autres théories fumeuses intéressent au plus haut points des écologistes et certains médias, inquiets pour le devenir d'une société de consommation vouée à une pénurie certaine selon eux - ce qui est pour le moins paradoxal, vu leur souhait affiché d'en finir avec elle.

C'est comme s'ils se hâtaient au chevet du malade non pour lui souhaiter un prompt rétablissement, mais plutôt pour assister au spectacle de son dernier souffle...

énergie,recherche scientifique,pétrolePour les fossoyeurs de l'âge du pétrole, la perspective d'une technologie permettant de recycler le plastique en pétrole est indéniablement une mauvaise nouvelle. Or, cette technologie existe. Elle est novatrice, certes, mais pas si récente - elle existe depuis six ans.

Comment? Vous n'en aviez jamais entendu parler? Comme c'est bizarre...

Réussissant par on ne sait quel miracle à franchir l'épais brouillard médiatique, une dépêche de l'AFP intitulée l'alchimiste américain qui refait de l'or noir avec du plastique (un titre avec tout ce qu'il faut de fantaisie romantique dedans) révèle à l'occasion du salon lyonnais de l'environnement Pollutec ces nouveautés dont on ne parle habituellement jamais:

La technique d'Agilyx, [née aux Etats-Unis,] permet de traiter n'importe quel plastique, même le plus vieux ou le plus sale pour lequel un recycleur ferait la fine bouche.

D'abord broyé, le dit plastique est ensuite placé dans une grande cartouche, chauffé pour être transformé en gaz, puis refroidi avec de l'eau, le pétrole étant ensuite séparé en remontant à la surface.

Au final, plus de 75% du poids de départ est transformé en pétrole brut de synthèse, prêt à être raffiné comme n'importe quel or noir saoudien ou russe. Le reste se partage en gaz et dans un déchet final (moins de 10%).

 

Agilyx est une petite société de 60 employés promise à une croissance rapide. Plusieurs usines sont en chantier aux Etats-Unis. Elle n'est pas seule sur ce créneau en plein essor, s'y trouvent aussi le britannique Cymar ou l'américain Vadxx Energy. Il y a clairement un marché à prendre.

Les décharges de plastique deviennent des champs de pétrole en devenir. Jon Angin, le vice-président de la société, explique: "Ce qui nous intéresse nous, ce ne sont pas les plastiques qui sont recyclés aujourd'hui, ce sont les plastiques dont personne d'autre ne veut et qui finissent généralement à la décharge." On parle donc bien de déchets non valorisés.

Le rendement est impressionnant: dix tonnes de plastique rendent environ cinquante barils de pérole. La consommation d'énergie est de dix barils ; l'opération de de recyclage permet donc un rendement net de quarante barils en équivalent pétrole. La production mondiale de déchets plastique étant estimée à 280 millions de tonnes en 2011, il y a donc un potentiel de 70 millions de barils de pétrole recyclés annuels selon la méthode développée par Agilyx, sans compter le volume de déchets existant...

Et le plastique issu de ce nouveau pétrole pourrait encore être recyclé!

Mieux, le pétrole recyclé de cette façon est d'excellente tenue, de nombreuses impuretés ayant été retirées lors de la première transformation en matière plastique. "C'est un brut de bonne qualité qu'on pourrait qualifier de léger, souvent recherché par les raffineries", explique François Badoual, directeur de Total Energy Ventures, un des actionnaires de la jeune société.

Nous ne sommes pas dans l'univers évanescent des dotcom et des cours boursiers bâtis sur du vent, mais dans le domaine industriel. C'est du concret. Au cours actuel du brut, l'entreprise est déjà rentable.

Entre le pétrole recyclé de plastique, le pétrole issu de biomasse, le pétrole issu de sables bitumeux et bien d'autres techniques qui restent à découvrir, la thèse de l'épuisement des ressources apparaît de plus en plus sous un jour fallacieux, car incapable d'intégrer l'inventivité de l'esprit humain.

Et c'est plutôt une bonne nouvelle - mis à part pour ceux qui espèrent en secret la pénurie de pétrole et chérissent l'idée du crépuscule de notre mode de vie. Ceux-là ne manqueront pas de trouver tous les défauts du monde même au recyclage du plastique!

06 novembre 2012

Le tonneau des Danaïdes

Pour les Européens, l'affrontement entre Barack Obama et Mitt Romney pour la présidence des Etats-Unis offre un passe-temps distrayant. Mais l'événement médiatique américain permet aussi de cacher une actualité autrement plus pressante du côté d'Athènes...

Le problème? La dette, encore et toujours.

Les Grecs ont passé depuis longtemps les étapes plaisantes du "partage des fruits de la croissance", de "l'effort de redressement", de la quête de "compétitivité" et autres escroqueries sémantiques dans lesquelles se vautrent avec délice les politiciens des quelques pays pensant encore avoir une marge de manoeuvre.

Pour les Grecs il ne reste plus que la dette à payer, et elle ressemble de plus en plus à un mur:

La Grèce ayant bénéficié de deux lignes de crédit de quelque 240 milliards d'euros au total de la part de l'UE et du FMI, a vu mécaniquement sa dette croître.

Et ce d'autant que les fondamentaux économiques du pays s'effondrent et que le programme de privatisations, censé aider le pays à la résorber, a pris un énorme retard.

 

Comment un pays aux bons soins du FMI et de l'Union Européenne - dont la compétence n'est plus à prouver - peut-il encore se débattre dans la dette? C'est à n'y rien comprendre. On serait même tenter d'en accabler le peuple grec, tiens.

grèce,faillite,endettement,pibEn réalité, tout tient en un seul mot dans l'extrait ci-dessus: mécaniquement. La froide conséquence des lois de la physique, dont la comptabilité n'est qu'une application, comme le découvrent bien trop tard tous les apprentis-sorciers de la finance publique persuadés que la richesse peut jaillir en trafiquant les comptes ou la monnaie.

Depuis maintenant quelques années, la Grèce est soumise à un régime de cheval de réduction de ses dépenses publiques - en théorie, comme nous le rappelle l'éditorialiste de Contrepoints. La réalité est un petit peu plus compliquée.

Pour améliorer son bilan comptable, l'Etat grec dispose de plusieurs méthodes qu'on peut grosso-modo regrouper en trois catégories:

  1. La réduction "globale" des dépenses ;
  2. La privatisation de secteurs d'activité ;
  3. La hausse de la fiscalité.

Or, il se révèle que ces trois leviers n'ont rien d'équivalent. Le premier - baisser les rentes, salaires et émoluments de tous ceux qui dépendent de l'Etat - a l'avantage de répartir l'effort sur tout le monde. La pilule est difficile à avaler mais s'impose à l'aide de slogans à base de "partage" et de "solidarité". Les obstacles restent nombreux, notamment législatifs, face à des populations vulnérables comme les retraités.

Démocratiquement, l'approche est dangereuse, et incompatible avec le niveau de réduction concret qu'il faudrait atteindre pour que la méthode soit efficace.

Deuxième levier, le seul qui soit libéral et qui finira par s'imposer par la force des choses une fois la faillite consommée, revient à réduire le périmètre de l'Etat. Pour utiliser un vocabulaire employé dans le privé, l'Etat arrête de s'immiscer dans des secteurs d'activité non-essentiels pour ce recentrer sur ses activités de base, c'est-à-dire les fonctions régaliennes de justice, police et armée. Le reste, il le laisse à la société civile.

Dans une optique de retraite ordonnée (ce qui n'est évidemment pas le cas pour une faillite brutale) les pans du secteur public à l'abandon devraient être revendus. Il s'agit alors de renverser des forteresses du syndicalisme local pour les rendre au marché libre. Ce n'est pas simple: d'abord, ces bastions sont défendus par des gens ayant le secteur privé en horreur ; ensuite la revente prend du temps ; et enfin, la valorisation de ces ventes est souvent décevante.

Peu de clients se pressent au portillon pour acquérir rubis sur l'ongle des secteurs d'activité sinistrés par des décennies de mauvaise gestion étatique. Les investisseurs privés, vils capitalistes, espèrent acheter pour gagner de l'argent, certainement pas se ruiner pour acquérir à prix d'or des ateliers obsolètes garnis d'un personnel acrimonieux. Entre ce que l'Etat pense détenir et le prix auquel il parvient éventuellement à vendre, il y a un monde.

Cette situation se vérifie en Grèce. Le pays devrait ainsi lever 8,8 milliards d'euros d'ici la fin de l'année 2015, au lieu des 19 milliards qu'Athènes s'était engagée à lever en contrepartie d'une aide internationale. D'après un rapport, l'objectif "à long terme" de réaliser 50 milliards d'euros de recettes grâce aux privatisations est "repoussé".

Reste la troisième solution, celle de facilité par excellence: la fiscalité. En ce moment, les contribuables grecs en voient de toutes les couleurs, mais les veinards avec un emploi ne sont pas les seuls à être de la fête. Les pauvres et les chômeurs n'ont même pas la consolation d'échapper aux prélèvements obligatoires, devant s'acquitter de 23% de TVA sur tout ce qu'ils arrivent encore à consommer...

La Grèce (et une bonne partie de l'Europe, France incluse) ayant dépassé le point d'équilibre de la Courbe de Laffer, elle expérimente très concrètement la sagesse populaire selon laquelle trop d'impôt tue l'impôt.

La Grèce s'apprête donc à vivre une sixième année de récession consécutive - moins 6,5% de PIB cette année. Et je prédis sans peine une belle continuité de la trajectoire jusqu'à ce que les Allemands disent Nein et provoquent une faillite avec pertes et fracas.

Au vu des échéances électorales outre-Rhin, le mot fatidique devrait être prononcé en 2013.

Pour convaincre les plus réticents, ce petit tour d'horizon ne serait pas complet sans un graphique évocateur:

evolution_dette.png
(source)

Vous la voyez, la belle courbe atteignant 120,5% d'endettement en 2020? Moi pas.

L'explication est évidente: l'économie grecque se délite à un tel rythme que le désendettement poussif de l'Etat ne suit pas - et ne peut pas suivre. L'économie héllène décroît plus vite que la dépense publique, le rapport entre l'une et l'autre empire. Résultat, la dette "exprimée en pourcentage du PIB" augmente continuellement.

La courbe ci-dessus inclut l'ardoise de 107 milliards d'euros gentiment effacée par le secteur privé (ou semi-privé, disons, dès lors qu'on parle de banques en Europe...) en 2012.

En conclusion:

  • La Grèce va encore faire un défaut de paiement. Très bientôt.
  • Le secteur privé ayant déjà été lessivé, la prochaine douloureuse sera provisionnée par les fonds européens ou internationaux (FESF, MES,  FMI, ajoutez votre acronyme favori ici). On va voir ce que valent leurs garanties lorsqu'il faudra les activer.

Pas sûr qu'Athènes tienne jusqu'à la réélection de Mme Merkel, d'ailleurs.

08 septembre 2012

Bienvenue en Stagflation

Mario Draghi a parlé. La BCE imprimerdraghi.jpga ce qu'il faudra pour sauver l'illusoire monnaie unique européenne.

Pour une première analyse assez vraisemblable des conséquences, il faut évidemment lire Contrepoints.

Les marchés financiers ont reçu la nouvelle avec champagne et cotillons; outre-Rhin, la nouvelle est passée, disons, un peu plus difficilement. Cela a même conduit le ministre allemand des Finances Wolfgang Schäuble, véritable père-la-rigueur de l'orthodoxie financière, à se fendre d'une protestation, clamant que les médias exagéraient et que le plan de la BCE ne financerait pas la dette des Etats:

"Ce n'est pas le début d'un financement monétaire de la dette publique. Ce ne serait pas acceptable, mais ce n'est pas cela."

 

Le fameux humour allemand, sans doute.

Examinons le nouveau mécanisme de la BCE, Outright monetary transactions (OMT):

Ce programme sera soumis à la stricte condition que les Etats qui souhaitent en bénéficier aient auparavant fait appel à l'aide des fonds de secours européens, le FESF, provisoire, et le MES, son futur successeur. Ce qui implique des efforts accrus d'assainissement des finances publiques de la part des pays demandeurs.

M. Draghi a indiqué que ce nouveau programme (...) allait se concentrer sur les obligations de maturité courte et moyenne. Entre un et trois ans, a-t-il déclaré, précisant que trois ans était la maturité la plus efficace pour atteindre les objectifs.

Contrairement au scénario qui avait circulé dans la presse, la BCE ne va pas viser de niveaux spécifiques sur les écarts de taux d'emprunt (spreads) entre les Etats de la zone euro au-delà desquels elle interviendrait en achetant des titres de dette.

Nous n'avons pas d'objectif d'écart de taux spécifique, a déclaré M. Draghi. L'écart observé est celui entre les taux d'emprunts des pays de la zone euro et les taux d'emprunt de l'Allemagne, pays qui fait référence dans la zone.


Le programme sera donc ouvert à tout pays qui en fait la demande, ne réclamant en gage que la mise en oeuvre de mesures d'assainissement - sans aucun examen de leur efficacité - et portera sur n'importe quel montant d'emprunts sur des échéances jusqu'à trois ans. Rajoutons que rien dans sa définion n'empêche l'OMT d'être reconduit éternellement. Cerise sur le gâteau, le déclenchement pourra se faire lorsque la BCE estimera qu'il y a un écart "trop important" entre les taux allemands et les taux de tel ou tel pays selon des critères parfaitement arbitraires, et assumés comme tels.

Les hurlements de la presse allemande n'ont rien d'incompréhensible.

Toutefois, la crainte (émise par de nombreux intervenants) d'un scénario inflationniste "à la Weimar" semble selon moi prendre du plomb dans l'aile.

Non pas que l'OMT ne se mette jamais en marche. Il le sera forcément à un moment, simplement à cause de la dégradation continue de la balance des finances publiques de nombreux pays de la zone euro. Et celle-ci n'est pas près de s'arranger.

La situation d'un pays se dégradant, il appellera la BCE à l'aide, qui acceptera: il faut bien sauver l'Euro. On demandera au gouvernement du pays aidé des mesures de "rigueur" en contrepartie, qu'il s'empressera de mettre en oeuvre. Parallèlement à cela, il se dépêchera de raccourcir la maturité moyenne de sa dette pour permettre à un maximum d'obligations de passer sous la barre des trois ans permettant à la BCE de les monétiser.

Nous aurons donc un mélange de "rigueur" et de "planche à billets".

Lorsque des gouvernements font face à des difficultés financières, ils ont deux manettes à disposition: tenter de diminuer les dépenses, ou tenter d'augmenter les recettes (la procrastination n'est plus une option, crise de la dette oblige). En réalité, ils tentent au mieux 20% de l'un et au moins 80% de l'autre, pour d'évidentes raisons de clientélisme politique. Et comme nous le montre l'exemple d'Hydra en Grèce, nous avons atteint les limites du système: l'Etat n'est de plus en plus qu'un outil de matraquage fiscal pur, une main de fer sans gant de velours.

Un peu partout sur le continent, les impôts ont dépassé les limites du supportable et deviennent carrément contre-productifs, mais les experts aux manettes n'en ont cure. Un retour sur impôt décevant provoquera au pire une petite gêne auprès d'un ministre - rassurez-vous, pas de quoi lui couper l'appétit - et certainement pas une remise en cause de sa stratégie.

Le résultat est tout de même au rendez-vous: les faillites s'enchaînent, les chômeurs s'accumulent, les rentrées fiscales s'étiolent.

En deux mots: Adieu, croissance.

Or, pour qu'il y ait hyper-inflation, il faut un minimum de croissance. Les beaux billets neufs crachés par des imprimantes en surchauffe doivent bien terminer quelque part, mais où aller lorsque rien ne bouge? Ceux-là n'entrent qu'au compte-goutte dans un circuit économique anémié. Ils finissent dans quelques bulles immobilières absurdes, en art contemporain ou autres impostures, mais rien qui ne fasse "tourner" l'économie, même selon les dogmes keynésiens.

Aussi, nous allons plutôt entrer dans le marais saumâtre de la stagflation:

La stagflation est la situation d'une économie qui souffre simultanément d’une croissance économique faible ou nulle et d'une forte inflation (c’est-à-dire une croissance rapide des prix). Cette situation est souvent accompagnée d'un taux de chômage élevé.

 

On dirait presque la carte de visite de la zone euro.

L'inflation n'est pas encore "forte" mais elle monte gentiment - alors même que la monétisation officielle de la dette n'a pas encore commencé. Quant à la croissance faible et au taux de chômage élevé, c'est carton plein.

Le Japon connaît bien la stagflation, il s'y débat depuis vingt ans. Ceci dit, les différences culturelles entre les deux entités (ne serait-ce qu'entre la "diversité" européenne face à "l'uniformité" japonaise) ne permettent pas de tracer tous les parallèles souhaitables. La longue stagflation japonaise a ainsi été accompagnée d'un chômage plutôt faible eu égard aux standards européens, et de peu de troubles de l'ordre public.

Entre l'explosion régulière des banlieues, les mouvements sociaux violents et les divergences fondamentales entre Etats européens sur la conduite à tenir, la stagflation made in Europe risque d'être un poil plus sportive. Qu'on imagine seulement ce que deviendrait la France si on devait fermer le robinet des subventions...

Toutes choses étant égales, la stagflation semble évidemment un meilleur scénario qu'une inflation à trois ou quatre chiffre dans la ligne de celle de la République de Weimar et de ce à quoi elle a mené. Mais c'est aussi le choix d'une mort lente.

En lançant le mécanisme de rachat de la dette publique par la Banque Centrale Européenne, Mario Draghi vient d'esquisser le futur de la zone euro: elle ne s'effondrera pas d'un coup, non. Elle s'enfoncera dans une apathie désagréable et sans espoir, vraisemblablement pour de nombreuses années. En fait, aussi longtemps que les Allemands le supporteront.

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24 août 2012

Hydra ou l'avant-goût de révolte

De la petite île d'Hydra dans le golfe Saronique nous vient une anecdote presque cocasse sur ces Grecs-qui-refusent-de-payer-leurs-impôts. Pratiquement tout le monde a vu passer la dépêche, aménagée ici ou là et reprise de confrère en confrère.

Les faits se déroulent actuellement à Hydra. Sur la petite île de la Mer Egée, un restaurateur de bord de mer s’est vertement opposé vendredi soir à un contrôle de la brigade de la haute délinquance financière.

Interpellé et embastillé, le bistrotier est devenu le symbole d’un ras-le-bol largement partagé. En soutien, un barrage a été élevé face au poste de police. Pour interdire son transfert vers la capitale, le trafic maritime a été bloqué. Les opposants ont même coupé l’eau et l’électricité à la police.

 

grèce,fiscalitéLe site d'information Contrepoints donne une version plus complète de l'événement:

[Nos] confrères français oublient de préciser les conditions exactes de l'arrestation de ce restaurateur: il aurait fait un malaise durant son arrestation (ce qui aurait obligé la police a retarder son transfert à Athènes dans le cadre de la procédure), et dans la foulée, comme la police et les inspecteurs du fisc souhaitaient embarquer quelqu'un tout de même, le fils du restaurateur, simple employé du restaurant, aurait été arrêté, conduit au poste menotté puis finalement libéré. Ce sont ces deux événements, s'ajoutant apparemment à bien d'autres ces dernières semaines, qui ont déclenché la colère des habitants de l'île d'Hydra qui s'estiment persécutés.

 

Les informations dépassant la dépêche d'agence n'étaient pas si difficiles à dénicher, puisqu'on les trouve dans la presse grecque.

Tout cet épisode pourrait servir comme illustration de l'incompétence, du simplisme voire de la partialité de certains médias, s'il en était besoin ; mais je crois qu'au-delà de son traitement médiatique, une étape sérieuse vient d'être franchie sur Hydra.

Selon Frédéric Bastiat, l'Etat est la grande fiction au nom de laquelle tout le monde s'efforce de vivre aux dépens de tout le monde. Une définition aussi iconoclaste fait hausser le sourcil de ceux qui la découvrent ; irrité, chacun rappellera doctement que sans l'Etat il n'y aurait ni routes ni ponts (ah bon?), pas d'école (comme si celle-ci n'était pas antérieure à celui-là de quelques siècles), pas d'hôpitaux (encore une erreur) et ainsi de suite...

La longue litanie convenue sur l'Etat-providence-indispensable-à-nos-vies a de multiples objectifs, comme rappeler publiquement l'allégeance de l'orateur tenant ce discours ou maintenir la cohésion sociale en répétant le credo - car c'est bien d'une prière dont il s'agit. Comme n'importe quelle croyance, l'indispensabilité de l'Etat est un axiome. Elle doit être admise sans démonstration. Que l'illusion se dissipe et tout peut arriver, comme sur Hydra.

A y regarder de plus près, il n'y a pas grande différence sur l'île entre le comportement de collecteurs d'impôts envoyés par Athènes et ceux d'une mafia quelconque décidée à extorquer davantage au nom de Dieu sait quel racket à la "protection". Dans les deux cas se succèdent intimidation, justifications plus que douteuses, prise d'otage et révolte compréhensible de la population devant des méthodes de gangster - la seule différence étant le port de l'uniforme par les hommes de mains de l'Etat grec.

Certes, on me rétorquera qu'à la différence d'une mafia, les collecteurs d'impôts du gouvernement sont "légitimes", qualificatif magique qui devrait suffire à faire taire toute protestation. Pourtant, l'argumentation n'a pas fait mouche auprès des habitants d'Hydra, loin s'en faut.

D'où les agents de l'Etat grec tirent-ils leur "légitimité"? De la démocratie? Non seulement l'hypothèse est saugrenue - aucun système honorable n'octroie à 50.1% des électeurs un pouvoir absolu sur toute une population - mais elle devient carrément grotesque dès lors qu'on examine l'histoire récente des gouvernements grecs, depuis la démission forcée du premier ministre Georges Papandréou en 2011 (débarqué sous pression européenne pour avoir justement voulu soumettre les mesures de rigueur à un référendum, ce qui ne manque pas de sel...) jusqu'aux élections faites et refaites en 2012. A moins qu'on ne jette un oeil au système politique grec et à ses 50 sièges-bonus à l'Assemblée, réservés au vainqueur. Et c'est de ces institutions bancales et de cette tragi-comédie élective que jaillit une légitimité devant laquelle chacun devrait s'incliner? Allons donc!

Mais les discussions de salon sur le ridicule achevé de l'Etat grec et le comportement de ses serviteurs ne sont, hélas, qu'une partie du problème. Le reste est plus sérieux.

La Grèce traverse une récession depuis cinq ans. Le taux de chômage atteint 23%. Qui va sortir la Grèce de la misère, créer de la richesse, générer des emplois? Au vu des ressources dont dispose le pays, je dirais, typiquement, le secteur du tourisme - y compris des restaurateurs comme celui qui vient de se faire expulser manu militari de son commerce.

Les contrôleurs du fisc lui reprochaient de ne pas fournir de reçus à ses clients, un cas classique d'évasion fiscale. Mais de quelle marge de manoeuvre disposait-il en réalité, lorsque l'obéissance à la frénésie de prélèvements de l'Etat grec l'aurait poussé à la faillite? Face à des exigences insolubles, la fraude n'est pas une solution de facilité, mais de survie. De fait, le travail au noir se répand dans la société grecque. Endémique autrefois, il semble aujourd'hui indispensable. Même les fonctionnaires de l'Etat en charge de le combattre se laissent corrompre plutôt que de l'endiguer.

grèce,fiscalitéMenée par une classe politique incapable de couper dans les dépenses, la Grèce s'est enfoncée pour de bon dans la terra incognita de l'extrémité droite de la Courbe de Laffer. En d'autres termes, elle applique aujourd'hui l'adage selon lequel "trop d'impôts tue l'impôt" avec un acharnement qui force le respect.

Sans revendications, sans idéologie, sans arrière-pensées, les habitants d'Hydra se sont retrouvés dans le rôle étrange de guérilleros de la libre-entreprise - défendant un entrepreneur local contre un pouvoir central distant et peu légitime, à l'utilité discutable, lui-même ne se manifestant que dans une démonstration de force pour exiger son dû. La fronde qui a agité l'île n'a pas donné lieu à des débats politiques échevelés ; c'était simplement l'occasion pour les habitants de secourir l'un des leurs, un homme dont l'activité ne nuisait visiblement à personne et dont l'incarcération tumultueuse a semblé profondément injuste.

D'une certaine façon, les habitants d'Hydra pourraient être des précurseurs. L'activité économique grecque continue de s'enfoncer: 68% de la population vit en-dessous du seuil de pauvreté. Alors que son appétit fiscal ne connaît plus de limites et que l'économie souterraine sera bientôt la seule à fonctionner encore, l'Etat grec se mue peu à peu en outil de prédation pure. Les masques tomberont alors; l'Etat ne sera plus la grande illusion astucieusement dévoilée par Frédéric Bastiat, mais simplement un parasitisme répressif de la plus grande violence, auto-justifié par un vernis démocratique fort mince.

Avec la loi pour lui, l'Etat se défend bien, et gageons qu'il emploiera ses dernières forces à stériliser les îlots de richesse encore à sa portée sous couvert de recouvrements fiscaux. Mais quand tous les entrepreneurs, tenanciers de petits commerces et autres dirigeants de PME auront fui, mis la clef sous la porte ou disparu d'une façon ou d'une autre, que fera-t-on alors?

D'ici peu de temps - si ce n'est déjà le cas aujourd'hui - simplement parce qu'ils survivent sans tout sacrifier à un Etat dévorant, tous les Grecs seront coupables d'évasion fiscale, de travail au noir, de fraude et tutti quanti. L'Etat n'aura qu'à ouvrir l'annuaire pour piocher par milliers des "criminels fiscaux" à jeter en prison. Peut-il les enfermer tous? Mais qu'en fera-t-il? S'emparer de leur patrimoine et les punir durement selon de belles lois fiscales votées à l'unanimité ne ressuscitera pas la prospérité pour autant. Quant aux prisonniers de droit commun, le gouvernement d'Athènes n'a même plus de quoi les nourrir aujourd'hui.

La création de richesse ne se décrète pas.

Les spasmes préalables à l'effondrement d'un Etat-providence sont les plus brutaux. Entre les institutions publiques et le commerce des entrepreneurs, les Grecs vont être amenés à choisir assez vite leur moyen de survie. N'en déplaise à tous ceux qui vouent un culte à l'Etat, il est probable, comme dans le cas d'Hydra, que les Grecs préfèrent leur gagne-pain à leur percepteur.