15 mai 2012

La Convention de Législature

Les spectateurs qui ont suivi la séance du Conseil Communal de Renens du 10 mai ont assisté à un étrange ballet: l'élection à bulletins secrets du Président du Conseil Communal et du Bureau pour l'année 2012-2013. Un candidat pour chaque poste, chacun élu au premier tour, tout allant avec force remerciements et salves d'applaudissements...

Dans une ville au clivage gauche-droite aussi marqué que Renens, comment cela a-t-il été possible?

Le secret vient d'un document de quelques pages signé entre tous les partis un an plus tôt, la Convention de Législature, visant à partager le pouvoir.

convention.jpg
La Convention de Législature de Renens pour la période 2011-2016.

Le Conseil Communal est l'organe principal de la vie politique communale, mais ne gère pas tout directement. On ne saurait demander à un plénum de 80 conseillers (à Renens) de siéger et de débattre au moindre remplacement de conduites d'égoût... Dans les faits, le Conseil Communal fonctionne donc à l'aide de commissions, sous-groupes comportant une petite fraction de ses membres, pour s'informer et statuer sur tel ou tel dossier avant la "grand-messe" d'une séance du Conseil. Toutes les commissions ne sont pas égales: certaines ne sont constituées que le temps d'un projet quelconque. D'autres, comme la commission des finances ou la commission de gestion, vivent à travers toute la durée de la législature.

Le Conseil Communal est lui-même chapeauté par le Bureau du Conseil, un comité comprenant le Président du Conseil, des vice-présidents et des scrutateurs. Le Bureau a la charge du travail administratif lié au fonctionnement du Conseil Communal lui-même, comme l'organisation des séances, la tenue de l'ordre du jour et des procès-verbaux.

Bien qu'un peu bureaucratiques en apparence, les détails du fonctionnement de la politique communale sont essentiels pour comprendre l'utilité de la Convention de Législature. En effet, celle-ci décrit le rapport de force dans l'organisation du travail. Composition et présidence de chaque commission selon l'affiliation politique, tournus des postes au sein du Bureau et à la présidence du Conseil Communal... Le tout sur la base d'une répartition en fonction de la représentation des partis au sein du Conseil.

Prenons par exemple la Commission de Gestion. A Renens, celle-ci comporte 13 membres ; selon la Convention de Législature, les libéraux-radicaux, des fourmis rouges (le nom de l'extrême gauche locale) et des socialistes ont droit à trois sièges chacun, les UDC et les écologistes deux sièges chacun. La présidence est attribuée à un parti différent chaque année.

Cette attribution ne vaut que pour Renens et que pour la période 2011-2016, bien entendu. La convention doit être renégociée à chaque nouvelle législature en fonction de l'équilibre politique sorti des urnes.

Si le fonctionnement d'une Convention de Législature est donc clair, reste à répondre à une interrogation: pourquoi en avoir une?

En première approximation on pourrait penser que les vainqueurs s'exclameraient "au diable les vaincus!" et s'arrogeraient tous les pouvoirs - et donc, pas besoin de s'embarrasser d'une convention. Mais cette stratégie est plutôt mauvaise. D'abord, les électeurs, plus modérés que leurs élus, n'apprécient guère l'arrogance. Refuser toute forme de participation à la minorité au seul prétexte qu'elle a réuni moins de suffrages n'est pas bien perçu. Ensuite, la moindre composition de commission de préavis devrait être soumise au vote du Conseil Communal, donnant lieu à moultes empoignades. Enfin, la minorité étant absente des commissions, l'information donnée lors de leurs séances circulerait mal et obligerait les groupes à poser d'innombrables questions à la municipalité devant le plénum. Les débats, rallongés et alourdis, seraient probablement encore plus ennuyeux qu'ils ne le sont aujourd'hui.

Du point de vue de la minorité, l'intérêt est évident. La convention permet aux partis d'opposition de récupérer des fonctions symboliques et de s'intégrer à la vie politique communale. En partageant le pouvoir, la majorité ne prend pas un énorme risque: après tout, la composition des organes de l'assemblée reflète l'équilibre des forces au conseil. Si la gauche est majoritaire par exemple, elle le sera également dans chaque commission. L'incertitude posée par les "électrons libres" refusant de suivre la ligne de leur parti n'est pas nulle, mais reste sommes toutes assez faible.

Finalement - et on l'oublie souvent! - exclure une partie du Conseil Communal revient à laisser l'ensemble du travail aux autres. Si une bonne partie des conseillers communaux était interdte de commission, la majorité aurait alors à assumer leur absence et à les remplacer. Le moindre conseiller communal de la majorité devrait alors sacrifier une dizaine de soirées par mois pour faire vivre la politique locale, une épée de damoclès qui amène les plus récalcitrants à mettre de l'eau dans leur vin!

Le seul risque d'une Convention de Législature est lié à sa rupture. Il est possible que certains ne l'acceptent pas et refusent de jouer le jeu. En effet, ce contrat est signé par les chefs de groupe et les chefs de partis représentés au conseil, pas par chaque conseiller communal. La discipline au sein des partis ne fait pas tout. Comme les élections annuelles pour choisir le nouveau Président du Conseil, etc., se déroulent à bulletins secrets, il est tentant pour des contestataires de faire comme bon leur semble et d'envoyer l'accord aux orties, même si on l'a vu, tout le monde gagne à le respecter.

La Convention de Législature représente à l'échelle communale un outil politique typique du génie helvétique: un compromis simple, efficace, honnête, et dans lequel chacun trouve son compte.

10 janvier 2012

Le congrès de la reconquête

Le congrès extraordinaire de l'UDC du 6 octobre à Bussigny avait vu la nomination de Pierre-Yves Rapaz pour succéder au défunt Jean-Claude Mermoud au Conseil d'Etat vaudois. Las! Malgré les qualités de M. Rapaz, la mobilisation de la gauche et la faiblesse de l'engagement du centre-droit firent tomber le siège dans l'escarcelle des Verts, avec l'élection de Béatrice Métraux.

Le Conseil d'Etat vaudois est désormais dans une situation ubuesque: alors que le canton de Vaud est - aux dernières nouvelles - avec une majorité de droite, l'exécutif est majoritairement à gauche, avec trois PLR, deux socialistes et deux Verts.

Et aucun UDC.

L'UDC a donc formé un front uni ce soir pour entériner la candidature de Claude-Alain Voiblet - une candidature approuvée à l'unanimité du comité central de l'UDC Vaud hier soir.

Claude-Alain Voiblet est un pilier central de l'UDC Vaudoise, en grande partie responsable de sa croissance ces dernières années. Secrétaire du parti et coordinateur de l'UDC en Suisse romande, Claude-Alain Voiblet est aussi député au Grand Conseil Vaudois, et préside le Conseil Municipal de Lausanne. Ce n'est qu'une modeste partie de son parcours ; pour un aperçu plus complet de ses valeurs et de son histoire, écoutez donc sa présentation ici (durée: 10 minutes environ).

IMAG0105.jpgClaude-Alain Voiblet est solide dans ses convictions, méthodique, mais aussi capable d'écouter, diplomate et apte au compromis. Respectueux des institutions, il a le libéralisme helvétique chevillé au corps et défend fermement les intérêts de la classe moyenne et la famille traditionnelle. Il incarne parfaitement la charnière entre l'UDC paysanne traditionnelle et l'UDC urbaine plus récente qui s'est développée dans tout le canton. Il fera un excellent Conseiller d'Etat, j'en suis persuadé. Et je ne suis pas le seul: le congrès de l'UDC l'a littéralement plébiscité.

Devant l'ampleur de la tâche à accomplir - non seulement reconquérir le siège UDC au gouvernement du canton, mais aussi ramener la barre à droite au Château - les membres de l'UDC ont fait preuve d'une étonnante solennité; loin du congrès du 6 octobre où une pléthore de candidats s'étaient affrontés, ce mardi soir a vu l'intérêt supérieur de la politique cantonale s'imposer aux ambitions individuelles. Celles-ci ressurgiront probablement après les élections, lorsqu'il s'agira de trouver un nouveau chef de groupe UDC au Grand Conseil.

Malgré tout, au mois de mars, il ne s'agira pas d'élire un candidat pour quelques mois mais bien de façonner la politique vaudoise pour les cinq ans à venir.

La campagne sera courte; la votation est dans à peine quelques semaines. Gageons qu'elle sera intense. Les électeurs de l'UDC auront douloureusement appris avec l'échec de Pierre-Yves Rapaz que la mobilisation est la clef du succès, et que personne ne leur fera de cadeau.

29 novembre 2011

Renens opte pour la dette XXL

Ayant l'insigne honneur d'être membre de la Commission des Finances de la ville, j'ai assisté à la séance concernant le plafond d'endettement de la Municipalité pour la législature 2011-2016 fixé à 200 millions.

Le spectacle était hallucinant.

Je l'ai découvert en avance; la première aura lieu lors de la séance du conseil communal de décembre. Les représentations se poursuivront sur les trente prochaines années, le temps de payer les traites.

L'ambiance risque d'être plus maussade.

Le plafond d'endettement correspond aux sommes que la Municipalité marquée à gauche prévoit de d'emprunter pour mener à bien ses différents projets. Et en la matière, c'est une véritable boulimie. Comptons entre autres une ligne de tram, une nouvelle gare, une ligne de Bus à Haut Niveau de Service, un musée, une participation dans une société de chauffage à distance... L'imagination des élus n'a pas de limite!

Certes, le plafond d'endettement est un maximum. Rien ne force la Municipalité à le dépenser dans son intégralité, comme lors de la législature 2006-2011. Mais cette fois-ci l'espoir est maigre. L'ambition en matière de dépenses est clairement affichée, la Municipalité refusant de reconduire le plafond de 140 millions de la législature précédente - trop modeste, sans doute. Après tout, ce n'est pas parce qu'un type prend son pistolet, glisse une balle dans la chambre, arme, enlève la sécurité et met en joue sa cible qu'il va forcément tirer, n'est-ce pas? Pour le plafond d'endettement, il nous reste le même genre d'espoir...

La planification d'endettement proprement dite permet de dégager quelques chiffres:

TABLEAU SYNTHETIQUE (en milliers de CHF)
  2011 2012 2013 2014 2015 2016
Investissements 12'790 9'474 22'476 28'725 18'410 18'730
Marges d'autofinancement 145 573 300 -1'000 -1'500 -2'000
Emprunts à long terme 60'200 69'100 91'300 121'000 140'900 161'600
Endettement net
par habitant (en CHF)
1'630 2'063 3'147 4'592 5'432 6'286
 
RATIOS
Indicateurs 2011 2012 2013 2014 2015 2016
Quotité de la
dette brute
82.01% 89.95% 116.06% 151.17% 172.91% 195.30%
  Bon Bon Acceptable Mauvais Mauvais Mauvais
Quotité de la
charge d'intérêts
-0.39% -0.87% -0.24% 0.84% 1.77% 2.57%
  Pas de charge Pas de charge Pas de charge Faible charge Charge moyenne Charge moyenne
Endettement net
par habitant
Moyen Moyen Elevé Elevé Très élevé Très élevé

Ce tableau est une fidèle reproduction de la page 7 du préavis n° 5-2011 - Plafond d'Endettement de la législature, agrémenté de quelques couleurs. Les qualificatifs "mauvais", "très élevé" et autres ne sortent pas de l'imagination fébrile de votre humble serviteur, mais des échelles cantonales d'évaluation de l'endettement définies dans l'annexe n° 2 - Indicateurs financiers du dit préavis.

La quotité de la dette brute représente le rapport entre la dette et le budget. Pour reprendre des termes très en vogue ces temps-ci à l'échelle internationale, c'est l'endettement rapporté au PIB de la commune. Les chiffres parlent d'eux-mêmes.

La marge d'autofinancement représente le résultat net annuel de Renens. S'il est positif, cela signifie que la commune gagne de l'argent; s'il est négatif, la commune s'endette mécaniquement, par la simple hémorragie de la balance de ses comptes courants. Nous y arriverons dès 2014 en perdant un million de francs, la somme passant à deux millions en 2016. Renens se sera enferrée dans la situation inextricable d'emprunter pour payer ses dépenses courantes, sans compter l'entretien de tout ce qui aura été construit.

Difficile à croire, mais les chiffres du tableau pèchent par optimisme; ils ne tiennent compte ni de l'accroissement continu des charges de fonctionnement de la ville, ni de la réduction des recettes à cause du ralentissement de la conjoncture.

Si le plafond d'endettement est atteint, la situation de Renens sera gravissime.  Ce n'est pas là encore une vue de l'esprit, mais les risques très réels de défaut de paiement énoncés devant la Commission des Finances par le boursier communal. En effet, non seulement les niveaux d'endettement atteints par la ville la rapprocheront dangereusement de la mise sous tutelle d'office, mais Renens aura aussi le plus grand mal à renouveler ses prêts en cours de législature.

Dans le climat économique actuel, est-on certain que les banques ouvriront leurs bourses en grand pour financer les projets pharaoniques d'une ville socialo-communiste endettée à mort?

C'est en tous cas le pari effrayant de la Municipalité.

Bien sûr, je ne prône pas le rejet de toute dépense. Mais refuser l'abstinence n'oblige pas à renoncer à toute prudence. Nous traversons une période de grande incertitude; la moindre des choses serait de faire la liste des projets par ordre de priorité et de ne lancer que ceux que la ville peut s'offrir, en suivant les règles de bonne gestion sans cesse répétées par le boursier communal: au moins 50% des coûts d'un investissement, quel qu'il soit, devraient être couvert par l'autofinancement.

Comme pour tout un chacun, quand on n'a pas les moyens, on retarde, on renonce ou on essaye une alternative plus abordable.

Mais ce serait demander trop de bon sens à une Municipalité assoiffée de prix d'architecture. La facture sera pour ses successeurs, ainsi que pour les habitants de Renens, naturellement.

Les forces politiques de Renens étant ce qu'elles sont, l'adoption de ce plafond d'endettement au Conseil Communal par la majorité rouge-rose-verte tient de la formalité. Si quelqu'un a la patience de suivre les débats, je parie que les arguments fallacieux suivants fuseront:

  • "Renens est une ville et il lui faut des équipements en rapport" - non sequitur par excellence. Aux dernières nouvelles, le taux d'occupation était aussi tendu que pour n'importe quelle commune de l'arc lémanique. Renens est parvenue à dépasser vingt mille habitants sans avoir de tram ou de chauffage à distance. Et c'est maintenant qu'il faudrait ces équipements dispendieux pour faire grandir la ville?
  • "Lausanne fait pire" - c'est indéniablement vrai, mais en quoi est-ce une excuse ou même une justification? La dette de Lausanne dépasse celle du canton de Vaud. La Municipalité viserait-elle la palme de la commune la plus mal gérée de Suisse?
  • "Ces investissements sont nécessaires" - je mets au défi quiconque d'en faire la démonstration. Un besoin vital d'un Bus à Haut Niveau de Service? D'un musée de la photographie? Je demande à voir!

Je ne sais pas si la syndique de Renens Marianne Huguenin envisage de se lancer dans un nouveau mandat en 2016, mais au vu de la situation de la commune prévue à cette date, j'en doute. Qui souhaiterait diriger une ville percluse de dettes, à deux doigts de la mise sous tutelle et avec une marge de manoeuvre financière réduite à zéro? C'est la tactique de la terre brûlée d'une gauche en perte de vitesse.

Rendons-lui tout de même hommage, Mme Huguenin aura réussi sa sortie - un véritable feu d'artifice de dépenses dont l'ardoise se payera sur des décennies.

Et tout le monde le sait.

Comme le résuma un conseiller communal amer:

"On sait qu'on va droit dans le mur, on discute juste de la date."

 

Vous seriez surpris de la couleur politique du monsieur.

07 octobre 2011

Pierre-Yves Rapaz au Conseil d'Etat!

La vie n'attend pas la politique. Le décès inattendu de Jean-Claude Mermoud a bouleversé le paysage vaudois.

Conseiller d'Etat UDC très apprécié, Jean-Claude Mermoud s'était porté au côté de Guy Parmelin pour se lancer au Conseil des Etats lors des élections fédérales. Sa disparition subite il y a un mois a provoqué des remous politiques insoupçonnés, son décès survenant avant la fin de son mandat au Conseil d'Etat vaudois. L'UDC a non seulement été privée d'un excellent candidat pour le Conseil des Etats, mais aussi d'un Conseiller d'Etat vaudois en exercice, disparition forçant, à quelques jours près, la tenue d'une élection complémentaire.

Cette élection complémentaire aura lieu mi-novembre, avec un éventuel second tour en décembre, le tout pour un mandat courant jusqu'en mars 2012. Autant dire que l'élu ne siègera pas longtemps avant d'affronter un nouveau scrutin.

Théoriquement, le siège vacant devrait revenir à l'UDC au nom de la concordance; mais il semble vain de demander à l'ensemble de la classe politique vaudoise de réfréner son appétit. Le timing de cette élection complémentaire aiguise la convoitise: elle survient au beau milieu des fédérales et à quelques mois des cantonales. En outre, certains partis verraient d'un bon oeil la possibilité d'infliger un camouflet cinglant à l'UDC en s'emparant de son siège au nez et à sa barbe, juste avant les élections cantonales, en plus du prestige rejaillissant évidemment sur le vainqueur. Les Verts ont ainsi lancé Béatrice Métraux à l'assaut du siège du défunt Conseiller d'Etat, vraisemblablement soutenue par les socialistes.

Finalement, la disparition de Jean-Claude Mermoud a laissé un vide politique que l'UDC se doit de combler en trouvant dans ses rangs un poulain capable de lui succéder.

C'est avec ce mélange de contraintes internes et externe que l'UDC a tenu un congrès extraordinaire le soir du 6 octobre à la Grande Salle de Bussigny.

L'ambiance était beaucoup moins tendue que celle du congrès du 8 avril. Il faut dire que l'ambition de la soirée était modeste, les délégués n'ayant qu'à décider d'un candidat pour le Conseil d'Etat. Rien à voir avec le Congrès précédent, où l'attribution des places de candidats pour sur la liste pour le Conseil National donna lieu à quelques belles empoignes.

Au début de la soirée, l'UDC vaudoise commença par accepter une modification du mode de scrutin. Plutôt que d'avoir un scrutin majoritaire à un tour (permettant au mieux classé de l'emporter du premier coup, quasiment par surprise) il fut décidé à une écrasante majorité de procéder par élimination progressive des candidats, à moins que l'un d'eux n'obtienne la majorité absolue.

Les quatres candidats se présentèrent tour à tour: Fabienne Despot, l'égérie antinucléaire d'Ecole 2010; Pierre-Yves Rapaz, chef du groupe UDC au Grand Conseil et municipal de Bex; Pascal Dessauges, futur préfet de Morges cherchant à dépasser son poste avant même d'en prendre possession; et Jacques Nicolet, député de Lignerolle dont je n'avais guère entendu parler jusqu'ici mais qui fit fier étalage de ses liens avec le monde paysan.

congrès.jpgChacun des candidats avait ses mérites. Il n'y avait aucune raison d'être difficile, puisque même leurs faiblesses aux yeux des délégués UDC présents pouvaient se révéler finalement un avantage... Une élection au Conseil d'Etat implique de séduire les électeurs au-delà des rangs traditionnels du parti: on peut dire que l'UDC sortirait gagnante du scrutin soit au sortir de la désignation, soit le jour de l'élection en novembre, l'objectif étant bien sûr de réussir les deux.

Toutefois, le premier tour du scrutin cacha une sacrée surprise - une surprise qui n'est mentionnée ni dans Le Matin, ni sur Swissinfo, ni sur la Tribune de Genève, ni semble-t-il sur aucun des sites "d'information" romands que j'ai pris la peine d'examiner. Et pourtant, les journalistes ne manquaient pas dans la salle.

Je vous livre donc ici les résultats du premier tour de scrutin où 151 bulletins de vote furent exprimés :

  1. Pierre-Yves Rapaz, 54 voix ;
  2. Pascal Dessauges, 34 voix ;
  3. Fabienne Despot, 27 voix ;
  4. Claude-Alain Voiblet, 22 voix ;
  5. Jacques Nicolet, 14 voix.

Le secrétaire général de l'UDC Vaud parvint à se hisser à une quatrième place tout à fait honorable sans même être candidat! Il y a visiblement plus qu'une poignée des délégués qui ont estimé que Claude-Alain serait le meilleur candidat au Conseil d'Etat. Je me demande quel aurait été son score s'il avait été officiellement en lice.

L'intéressé prit néanmoins la parole pour rappeler qu'il n'était pas candidat et qu'il ne tenait pas à l'être, les campagnes fédérales et cantonale monopolisant terriblement son calendrier jusqu'en mars 2012. On veut bien le croire.

Après cette surprise, le reste du scrutin se déroula sans heurts, Pierre-Yves Rapaz faisant la course en tête et finissant par obtenir la majorité absolue sans que l'ordre des candidats ne soit modifié.

p-yrapaz.jpgVisiblement ému, le municipal de Bex exprima ses remerciements à l'assemblée. Il aura la lourde tâche de reprendre le fauteuil laissé par Jean-Claude Mermoud et ce ne sera pas facile. Je ne le connais pas encore très bien mais la plupart des vieux routards présent au congrès semblaient en avoir la plus haute estime; si parfois tel ou tel portait davantage un autre candidat dans son coeur, je n'entendis personne pour reprocher quoi que ce soit à son parcours politique. Les vaincus du soir témoignèrent sans réserve leur soutien et leur désir d'unité à notre nouveau candidat.

L'assemblée des délégués se dispersa une fois l'élection accomplie, emportant du matériel électoral mis à disposition au cours de la soirée. Car la route est longue jusqu'à la dernière salve d'élections au printemps prochain.

Bonne chance donc à Pierre-Yves Rapaz. J'espère que j'aurai le plaisir de le rencontrer - peut-être à l'occasion d'un passage au marché de Renens où nous tenons notre stand de campagne?

29 juin 2011

Une chaude assermentation

La cérémonie d'assermentation du nouveau Conseil Communal de Renens eut lieu ce mardi 28 juin.

La cérémonie et la prestation de serment étaient des nouveautés pour nombre de conseillers communaux, dont votre serviteur, dans leur tout premier mandat. Des vétérans de la politique locale affichaient quant à eux un air blasé en espérant que les étapes du processus ne traîneraient pas trop en longueur. Mais si cette fin d'après-midi fut chaude, ce ne fut pas entièrement le fait de la canicule.

IMAG0169.jpgLes étapes de l'installation du nouveau Conseil sont nombreuses et formelles, même si quelques ajouts, comme des intermèdes musicaux par un duo de guitare et la fanfare de la clef d'argent, contribuèrent à rendre l'exercice moins pesant. Après les salutations du Préfet et la prestation de serment des membres du Conseil, un nouveau Bureau - organe faîtier du Conseil Communal - est élu à bulletin secret. Le Bureau nouvellement constitué prend ensuite en main le déroulement de la séance, choisissant les membres des commissions permanentes (finances, gestion, pétitions...) et les délégués du Conseil dans des organisations inter-communales (aide sociale, gestion de la police ou des taxis...) jusqu'à la clôture de l'ordre du jour.

La cérémonie ne laisse guère de place au hasard, et l'observateur de passage pourrait s'étonner de la fluidité avec laquelle les groupes viennent présenter leurs candidats pour des postes au Bureau du Conseil Communal ou la façon dont les partis en présence s'attribuent des places dans les différentes commissions. Tous arrivent à point nommé, juste le nombre qu'il faut. Il faut avouer que tout cela a été préparé longtemps à l'avance par le biais d'une convention de législature...

Je reviendrai dans un autre billet sur cet aspect essentiel de la vie politique communale. Disons sans trop déflorer le sujet que la convention de législature est une sorte de "traité de paix" entre les partis représentés au Conseil. Elle offre une répartition équitable du pouvoir, permettant à chaque groupe d'être représenté proportionnellement au sein de chaque commission et définit un tournus pour les rôles de présidence en commission ou au Conseil.

La convention de législature 2011-2016 fut approuvée et signée par les présidents des partis et les chefs des groupes politiques du Conseil Communal courant avril; pour l'année 2011, selon l'accord signé, elle attribuait les postes de président aux Verts, de vice-président aux Fourmis Rouges (nom de la branche locale du Parti Ouvrier et Populaire vaudois, extrême-gauche) et de 2e vice-président à l'UDC.

Les scrutins commencent avec l'élection du Président. Chacun sait qu'il doit jouer le jeu.

Suivant la convention, une seule candidate se déclare, Nathalie Kocher, au nom des Verts. Elle est élue comme dans un fauteuil.

Vient ensuite l'élection de la Secrétaire, élue très largement. Puis le Préfet passe la main au nouveau Bureau: après lecture du procès-verbal de cette première partie de la cérémonie d'installation et son approbation par le Conseil Communal, la nouvelle présidence et sa secrétaire organisent la poursuite de l'élection (si mes souvenirs sont exacts - c'est un peu lourd, mais c'est la procédure.)

Election de la Vice-Présidente Nicole Divorne, des Fourmis Rouges. Même réussite, sur du velours.

Vient l'élection du 2e Vice-Président, rôle normalement dévolu à l'UDC en 2011. Un seul candidat déclaré, le nôtre, Gérard Duperrex (au moins, il n'y a pas de candidature surprise, me dis-je en mon for intérieur.) Décompte des bulletins... 32 voix sur 73 présents, soit un zeste de plus que la somme du PLR et de l'UDC. Et surtout, M. Duperrex n'atteint même pas la majorité absolue!

Emoi dans la salle. "Les salauds!", entends-je depuis d'autres rangs.

Au mépris de la convention, pratiquement aucun écologiste, socialiste ni membre de l'extrême-gauche n'a soutenu notre candidat!

Entendons-nous bien: le scrutin est à bulletins secrets, si bien que personne en ce bas-monde ne saura jamais la vérité. La responsabilité est diluée dans l'anonymat. On peut tout imaginer dans la répartition de ces suffrages. On peut aussi objecter que quelques bulletins étaient nuls, certains ayant peut-être écorché l'orthographe du nom du candidat au point d'invalider leur vote.

Malgré tout, on a du mal à imaginer que ce résultat ne soit pas dû à un mot d'ordre. En tous cas, on ne peut guère dire que l'esprit de la convention de législature ait été suivi! J'espère au moins que ceux qui ont approuvée cette dernière (deux personnes par parti, soit 6 pour les partis de gauche) ont respecté leur propre signature...

Personne n'ayant obtenu la majorité absolue, l'assemblée procéda à un second tour, où notre malheureux candidat obtint encore moins de voix, 29 cette fois-ci, mais où il remporta le poste malgré tout, puisque le scrutin était désormais à la majorité relative. Sans la moindre amertume et sous les applaudissements nourris du public, le 2e vice-président UDC eut l'élégance de remercier l'assemblée pour son élection.

Ce fut la seule péripétie de cette journée, une espèce de coup de semonce destiné à faire comprendre à tous que l'UDC Renens n'est pas la bienvenue au Conseil Communal. C'est en tous cas en ces termes que plusieurs observateurs de la vie politique locale analysèrent l'évènement. D'autres tentèrent de lier cette étrange péripétie à quelques voix reçues en mon nom lors de l'élection de la Présidence, mais l'hypothèse ressemble plus à une tentative de justification à posteriori, d'autant plus que les voix manquantes lors de l'élection de M. Duperrex n'étaient pas si "éparses" que cela et plaident en faveur d'une action concertée.

Cette période de tension relativement gratuite - puisque le candidat fut élu quand même - contrasta avec le reste d'une journée toute en décontraction et en bonhomie, où les relations personnelles entre conseillers communaux furent cordiales, voire amicales, tous partis confondus. Tout ceci est décidément bien étrange. Hypocrisie? Incompréhension? Manifestation de mauvaise humeur? Bizutage? Difficile de faire la part des choses.

La syndique de Renens Marianne Huguenin termina la séance par un discours d'ouverture, dans lequel elle donna quelques statistiques sur le nouveau Conseil Communal; notamment la présence de 8 non-Suisses parmi les élus communaux. Je ne manque pas de relever que 3 de ces étrangers sont dans les rangs de l'UDC Renens, soit 30% de ses effectifs au Conseil - une proportion qui propulse ce groupe loin devant les autres formations politiques. Où est la fameuse xénophobie dont on accuse continuellement l'UDC? Et où est la fameuse intégration des étrangers à la vie politique prônée par les autres partis? Paroles, paroles!

Quoi qu'il en soit, cette installation des autorités communales fut une journée aussi chaude que chargée. La fraîcheur du soir retrouvée, elle s'acheva par un agréable repas où chacun put commencer à discuter sur les premières mesures à mettre en oeuvre pour les commissions permanentes où il prenait part. Car le travail nous attend...

IMAG0170.jpg
Comme au village d'Astérix, tout se termine par un banquet.

08 avril 2011

L'UDC vaudoise en route pour les Fédérales

Hier soir à Lausanne, dans la Salle des Cantons de la gare, l’UDC Vaud a tenu son congrès pour établir les candidatures au Conseil National et au Conseil des Etats. C'était ma première participation à un congrès de ce genre.

La séance dura près de quatre heures; le gros du travail de la soirée consista à choisir les 18 représentants de l'UDC vaudoise pour la course à la chambre basse du Parlement.

congrès.jpg

Le système de sélection est assez complexe. Le canton de Vaud est divisé en trois régions, le nord, l'ouest avec Lausanne, et l'est, chaque région disposant d'un nombre réservé de candidats sur la liste finale: 5 pour le nord, 9 pour l'ouest, et 4 pour l'est. Je ne sais pas d'où est tiré le lien entre la région et le nombre de sièges sur la liste finale; peut-être est-il lié au nombre de membres de l'UDC, ou en rapport avec sa population. L'objectif avoué de ces places réservées est de maintenir une certaine représentativitié géographique à la liste, un but louable dont la réussite est plutôt mitigée (j'y reviendrai).

A l'intérieur de chaque région, il appartient à chaque district de procéder aux choix de ses candidats; ainsi, pour la région "Vaud ouest", les districts de Lausanne, de l'Ouest Lausannois et de Morges vinrent chacun avec une liste pour remplir les 9 places réservées à la région (vous suivez?). Théoriquement, chaque district pouvait proposer autant de candidats qu'il le souhaitait, mais multiplier les candidatures ne multiplie pas toujours les chances de succès!

C'était donc un savant mélange de représentativité, de répartition et de popularité qui se jouerait ce soir-là.

Malgré un discours très positif de M. Yvan Perrin, rappelant la réussite de l'UDC aux élections communales, l'ambiance ne se réchauffa pas autant que d'habitude.

Chaque candidat à la candidature eut droit à deux minutes, pas une seconde de plus, pour se présenter à l'assemblée. Convaincre en si peu de temps tient de la gageure; mais heureusement, la plupart des délégués connaissait chaque candidat depuis longtemps et avait pu suivre son cursus politique.

Pour ma part, j'étais venu soutenir les deux poulains choisis par le district de l'ouest-lausannois, Michel Miéville, conseiller communal à Ecublens et député au Grand Conseil vaudois, et Fabien Deillon, vice-président du conseil communal de Prilly et président du district de l'ouest lausannois. Seul le premier passa la rampe, bonne chance à lui!

La tension n'était pas due aux journalistes présents, ni à quelques "candidatures surprises" - rarement de réelles candidatures surprises d'ailleurs, juste un alibi pour une allocution plus ou moins improvisée. Ce n'était pas non plus à cause des consignes de votes ou des tractations entre délégués par districts interposés, consignes à l'efficacité assez théorique, le vote s'effectuant à bulletins secrets.

Selon moi, la tension était due au problème flottant sur les débats au sein de l'UDC vaudoise - un problème non critique, mais un problème tout de même: la représentativité de ses élus.

Malgré tous les systèmes de région, d'élection au sein des districts, de vote des délégués, etc, les cinq conseillers nationaux vaudois sortants, qui se représentent tous, sont exclusivement issus de l'aile paysanne du parti et de la région "nord vaudois" du canton. En outre, selon l'usage les sortants sont placés en tête de liste. Cela concentre les chances électorales de l'UDC Vaudoise entre des mains qui ne sont peut-être plus aussi représentatives du parti cantonal, en 2011, qu'elles ne l'étaient dans le passé.

Depuis les dernières élections fédérales, l'UDC vaudoise a considérablement évolué. Elle s'est développée et transformée. D'un parti agrarien lié au lobby agricole, elle s'est urbanisée avec un profil plus citadin, plus attaché aux questions de fiscalité et de sécurité, plus attachée à un amaigrissement du poids de l'Etat. Elle s'est rapprochée de la ligne défendue par l'UDC suisse, ce qui n'a rien de surprenant: si son héritage vient des campagnes, sa croissance est dans les villes.

Quand l'électeur vaudois vote UDC, il vote pour des personnes, mais aussi des idées. Cherche-t-il à soutenir celles d'André Bugnon ou de Christoph Blocher? De Pierre-François Veillon ou de Tony Brunner? D'Alice Glauser ou de Hans Fehr? "Les élections fédérales sont un sujet totalement régional", m'expliqua un journaliste local, "les Vaudois choisissent qui va les représenter à Berne." C'est vrai, le lien au terroir est un ingrédient essentiel dans une recette électorale réussie. Mais peut-on passer outre les convictions politiques?

La question n'a pas trouvé sa réponse hier soir. Dans la continuité de 2007, l'UDC vaudoise a décidé de ne pas choisir, de s'épargner un débat difficile, aux conséquences potentiellement dommageables à l'unité du parti.

Mais ce non-choix représente un risque électoral.

On notera également la faible proportion de femmes sur la liste. Certains journalistes en font évidemment le reproche à l'UDC, mais c'est un mauvais procès; toutes les femmes qui se sont présentées ont été choisies. Mesdames, lancez-vous!

Suite à la laborieuse élaboration de la liste pour le Conseil National, l'élection des candidats pour le Conseil des Etats fut une simple formalité. Elle ne prit que quelques minutes, et l'assemblée décida à une large majorité de soutenir le ticket Guy Parmelin et Jean-Claude Mermoud.

Ironiquement, c'est cette décision tardive et peu débattue qui fait aujourd'hui les nouvelles de la presse - dans Le Temps, le 24Heures, ou sur la TSR. C'est vrai, l'élection de Jean-Claude Mermoud au Conseil des Etat amènerait à une situation inédite, le mandat à la chambre haute étant incompatible avec la fonction qu'il occupe au sein de l'exécutif vaudois et l'obligeant à démissionner à un an de la fin de son mandat cantonal; mais attendons tout de même l'élection avant de se prononcer sur les conséquences du choix des électeurs...

Ce congrès du 7 avril a en tous cas représenté une plongée tout à fait instructive dans les rouages d'un parti politique.