24 décembre 2018

En ces périodes de fêtes...

Pour ne choquer personne, souhaitons de joyeuses fêtes non-spécifiques à tous les lecteurs de passage:

joyeuses-fetes-d-hiver-non-specifiques.jpg
2018 résumé en une phrase.

Vous noterez comme dans toutes les affiches et imprimés on souhaite désormais uniquement de "Joyeuses Fêtes" et non plus un "Joyeux Noël". Trop connoté, trop chrétien, trop offensant pour les chiens de garde du politiquement correct et de la laïcité, et pour les nombreux invités irritables que contiennent désormais nos pays.

J'attends toutefois avec impatience que ces gens renoncent aux jours fériés afférents.

Qui aurait cru qu'un jour, sous nos latitudes, souhaiter joyeux noël à autrui relève quasiment de la sédition?

Bref, pendant que nous en avons (encore) le droit, et comme ce blog ne fait pas dans le politiquement correct, je vous souhaite à tous un joyeux noël, avec l'image irritante correspondante.

joyeux-noël.jpg

Ça a tout de même plus d'allure, et désolé pour tous ceux qui se sentiraient offensés. Qu'ils n'hésitent pas à partir loin, très loin!

Et pour les autres, je transmets les vœux de noël de La Bajon:

11:18 Publié dans Europe, Politique | Lien permanent | Commentaires (1) | Tags : france, noël |  Facebook

16 décembre 2018

Comment lutter (réellement) contre le terrorisme islamiste

La France est encore frappée par le terrorisme. Cette fois-ci, c'est au tour de Strasbourg. Il suffit de lire la liste de 2017 ou celle qui sera faite en 2018 - l'année n'est pas terminée - pour avoir une idée de ce qui attend l'Hexagone les décennies à venir.

Mais est-ce une fatalité?

Naturellement, les gens s'interrogent. Comme le fait remarquer un Internaute taquin:

"Tous ces attentats, ces attaques au couteau, à l'arme à feu, ces camions qui foncent dans la foule, ces gens qui crient en commettant leurs méfaits... Si au moins on était capable de trouver un point commun, quelque chose qui permette de les relier... Mais non, rien de rien. Quel dommage!"


Face à l'incompétence des autorités et la veulerie des politiciens, l'ironie est une arme efficace. Ces messieurs ne sont bien entendu jamais à court d'excuses: il ne faut pas "stigmatiser", il faut "respecter les droits de l'homme", la "présomption d'innocence", "renoncer à l'amalgame", et tutti quanti... Et pendant ce temps, de l'autre côté du mur du politiquement correct, les victimes s'empilent. Les pays européens subissent des dizaines d'attaques que les médias s'évertuent de plus en plus à maquiller comme les actes de déséquilibrés, voire de simples accidents de la route.

strasbourg_attentat_2018.jpgMais pour répondre à la question un peu plus haut, non, le terrorisme islamiste n'est pas une fatalité. Nous en avons l'exemple avec l'Italie - un pays européen, en première ligne de la crise migratoire, et qui n'a pour l'instant pas eu à souffrir du moindre attentat terroriste perpétré par des fous d'Allah.

Que font différemment les Italiens? La recette n'a rien d'un mystère. Elle est livrée dans une passionnante interview donnée par Lorenzo Vidino, expert du djihadisme à l'Université George-Washington et ancien coordinateur de la Commission italienne d'étude sur la radicalisation, dans les colonnes du Temps.

Plus intéressant que l'absence d'attentat sur sol italien, Lorenzo Vidino tire de précieux enseignements du nombre de départ de combattants sur les différents fronts du djihad - des données empiriques, scientifiques. Ainsi, on compte, par ordre décroissant:

  • 350 départs de combattants d'Autriche, soit un peu moins de 40 par million d'habitant ;
  • 300 pour la Suède, soit environ 30 par million d'habitant ;
  • 190 pour la Suisse, soit 22,5 par million d'habitant ;
  • plus de 1500 pour la France, soit 22,3 par million d'habitant ;
  • 1000 pour l’Allemagne, soit 12 par million d'habitant ;
  • et seulement... 129 pour l'Italie, soit à peine plus de 2 par million d'habitant.

Certes, ces chiffres peuvent être discutés - tous les candidats au djihad en Irak ou en Syrie ne déclarent pas ouvertement leurs intentions - mais il n'y a pas de raison que ces comportements diffèrent sensiblement d'un pays à l'autre. L'écart entre l'Italie et les autres saute aux yeux: ils sont tous entre six et vingt fois plus radicalisés que la première.

Lorenzo Vidino précise encore les chiffres italiens:

C’est un chiffre incroyablement bas pour un pays de 60 millions d’habitants qui compte au moins 2 millions de musulmans. Et sur ces 129, il y a des Marocains qui ont passé des années en France avant de partir en Syrie, ou encore deux Italiens nés en Suisse – à Saint-Gall et à Zurich – et partis pour la Syrie en 2014 et 2015. On a seulement 18 citoyens italiens sur l’ensemble des départs.


Pour l'expert du djihadisme, ces chiffres sont un meilleur indicateur de l'exception italienne que l'absence d’attentats. Après tout, un individu assez motivé pour aller faire le djihad à l'étranger est probablement prêt à se livrer à des attentats sur place.

L'Italie n'a pas toujours été aussi bonne élève. Le pays abritait des mosquées professant le djihadisme, notamment à destination de la Bosnie, dans les années 1990. Mais les autorités surent réagir.

[La méthode italienne de lutte contre le terrorisme islamiste] cible avant tout ceux qu’on appelle les «mauvais maîtres», les cattivi maestri, ces mentors qui attirent les jeunes sur la voie de la radicalisation. S’ils ne sont pas Italiens, et la grande majorité ne le sont pas, ils sont expulsés systématiquement. C’est la tolérance zéro: si vous êtes radicalisé ou si vous radicalisez d’autres gens, et que vous n’êtes pas Italien, vous êtes expulsé, c’est aussi simple que cela.

Depuis le 1er janvier 2018, 109 personnes ont été expulsées d’Italie pour menace à la sécurité nationale. Depuis 2015, cela fait plus de 350 personnes expulsées, soit environ deux par semaine. C’est un outil majeur à disposition du gouvernement italien, issu d’une loi passée après les attentats de Londres en 2005. La déportation est décidée par décret ministériel, sans recours suspensif possible. Elle ne s’applique qu'aux étrangers, mais comme il est très difficile de devenir italien si vos parents ne le sont pas, cet outil s’applique bien à la majorité des cattivi maestri.

En général, le décret est signé par le ministre l’après-midi, la personne est arrêtée vers 1 ou 2h du matin et expulsée vers 5h ou 6h du matin. Parfois à la sortie de la prison où elle séjournait. La plupart des gens sont renvoyés vers le Maroc, la Tunisie, la Bosnie, le Kosovo, l’Albanie ou la Macédoine. Des pays avec lesquels l’Italie a de très bonnes relations et des accords d’expulsion qui marchent bien.


vidino.jpgLoin de l'angélisme prévalant dans d'autres pays occidentaux, la police italienne sait aussi faire preuve de curiosité - un héritage de la lutte antimafia et du terrorisme des années de plomb. "On sait que si on arrête quelqu’un, le lendemain il faut ouvrir une enquête sur son cercle d’amis ou sa famille", explique Lorenzo Vidino. Les malfrats, qu'ils soient mafieux ou islamistes, agissent en réseau.

Les Italiens auraient-ils découvert la Panacée? Oui et non. Oui, parce que les résultats sont là, indubitablement. La réussite italienne force le respect. Non, parce que la méthode perdra de son efficacité dans le temps, à cause d'une évolution démographique plus profonde qui a déjà court ailleurs sur le continent.

La démographie de l’Italie est différente de celle du nord de l’Europe. La plupart des jeunes qui sont partis pour le djihad depuis la Belgique, la France, la Suisse, etc., sont issus de la deuxième génération d’immigrants. Or cette deuxième génération n’existait pas en Italie jusqu’à très récemment. Les premiers immigrants musulmans sont arrivés en Italie comme célibataires dans les années 1990, et c’est seulement aujourd’hui qu’on voit apparaître une seconde génération née ici. L’Italie ressemble de ce point de vue à la Grèce, au Portugal ou à l’Espagne. On n’a pas eu les mêmes facteurs de radicalisation qu’ailleurs en Europe.


La distribution de passeports sans grand discernement joue aussi son rôle:

Le système des expulsions ne fonctionne pas pour les citoyens italiens, ni pour les mineurs. Un des attaquants tués lors de l’attentat du pont de Londres en 2017 était le fils d’une convertie italienne qui a voulu partir vers la Syrie et qu’on ne pouvait pas expulser. Il y a aussi eu le cas de Tommaso Hosni, qui a poignardé un policier et un militaire à la gare de Milan. Il est Italien. Un adolescent d’Udine qui tenait une chaîne sur Telegram pour l’Etat islamique n’a pas pu être expulsé non plus puisqu’il est mineur.

Il y a davantage de cas de ce genre, car de plus en plus de gens reçoivent la nationalité italienne. Donc l’arme des expulsions a tendance à s’émousser avec le temps.


Sans complaisance ni langue de bois, Lorenzo Vidino donne donc les recettes efficaces pour lutter contre le terrorisme islamiste dans un pays occidental développé et sujet à l'État de Droit:

  • refuser de laisser venir s'installer et expulser tous les individus radicalisés qui peuvent l'être ;
  • étendre les enquêtes pour démanteler les réseaux dans leur intégralité ;
  • établir des accords de réadmission avec les pays tiers ;
  • redoubler de vigilance avant d'accorder la nationalité à des gens qui deviennent de fait inexpulsables, notamment leur descendance.

C'est une vraie feuille de route. La Suisse dispose déjà de plusieurs armes législatives pour l'appliquer - comme le Renvoi des Criminels étrangers par exemple - mais la volonté politique manque. M. Vidino s'en rend parfaitement compte et livre sans concession l'image que la Suisse donne d'elle à l'étranger: "les Italiens ont tendance à penser que la Suisse est un peu molle dans le traitement de ce problème. La perception des Italiens est que les Suisses autorisent des gens problématiques à s’installer à leur frontière. Il y a eu des cas de gens expulsés d’Italie qui sont revenus s’établir en Suisse."

Faudra-t-il que le sang coule ici aussi pour les politiques se réveillent enfin?

11 décembre 2018

Brexit: Oui, May...

Ce qui s'est passé au Royaume-Uni pendant les dernières 48 heures prouve tout ce qui a été écrit dans ces colonnes.

Lors des dix-sept derniers mois, Mme May a négocié un monstrueux accord de Brexit avec Bruxelles. Le terme de "négociation" est sans doute galvaudé puisque le Premier Ministre britannique, qui s'opposa à la sortie de l'Union pendant la campagne référendaire, se contenta de s'aligner totalement sur toutes les exigences que Bruxelles pouvait formuler. Les Royaume-Uni deviendra simplement une province sujette de l'UE, contributrice et sans droit de vote. Les derniers outrages infligés au Royaume-Uni, comme une frontière physique entre l'Irlande et l'Irlande du Nord, ne sont même pas évités par l'accord.

Ce n'est pas un traité négocié entre partenaires égaux ou même respectueux l'un de l'autre ; c'est un traité colonial.

Mme May a eu l'outrecuidance de présenter ce désastre pour son pays comme "le meilleur deal possible". Emportée par son élan, elle exprimait sans doute encore le point de vue de M. Junker.

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Il restait un dernier obstacle à franchir: le vote du Parlement britannique. Les débats furent houleux ces derniers jours, et un dernier réflexe de survie atavique de plusieurs élus laissa soudainement présager que le texte serait rejeté. Alors, en début de semaine, au dernier moment, pour éviter l'humiliation d'une défaite, elle retira le vote de l'ordre du jour et se précipita à Bruxelles pour essayer d'arracher un accord "encore meilleur..."

Tout ceci est un théâtre d'ombres.

Theresa May sait depuis des mois que son Brexit négocié s'apparente à peu de choses près à de la haute trahison. Elle alla jusqu'à empêcher la diffusion auprès des parlementaires britanniques des conclusions d'une étude juridique du traité de Brexit qu'elle négocia avec Bruxelles, et mentit auprès des mêmes parlementaires sur les conclusions de ladite étude, présentant comme "merveilleuses" des clauses que l'étude jugeait au contraire "catastrophiques". Mais la vérité finit par éclater.

Depuis, elle ne cherche pas un "meilleur accord". Elle ne l'a jamais cherché en dix-sept mois, et ce n'est pas à la veille du vote qu'elle va en trouver un. Mme May ne cherche qu'à jouer la montre.

Son objectif? Empêcher toute alternative à son Brexit. Peu importe que celui-ci passe ou non la rampe au Parlement - il ne restera que le Hard Brexit, que toutes les élites présentent comme pire depuis des mois, afin d'effrayer l'opinion publique. Le Brexit concocté par Theresa May n'est qu'un moyen visant à forcer les Anglais à accepter l'idée que le mieux serait encore, au bout du compte, que le pays reste dans l'Union Européenne.

Depuis quelques semaines, quelques parlementaires conservateurs sont enfin sortis de l'intoxication intellectuelle prévalant à Londres et se sont penchés sur une véritable alternative, le plan de la super-Norvège. Ce plan, d'une simplissime élégance, consiste à demander à avoir avec l'UE les relations qu'elle entretient avec la Norvège - le genre même de relations qui conviendraient à un Brexit harmonieux.

Il n'est pas sûr que ce plan réussisse, car il faudra d'abord faire en sorte que Mme May débarrasse le plancher. La rébellion est donc ouverte au sein des Tories et l'incertitude règne, comme dans toute révolution de palais. Les prochains jours seront cruciaux.

Pour qui connaît l'idéologie prévalant dans l'Union Européenne, rien de tout cela ne suscite la moindre surprise. Le divorce entre le Royaume-Uni et l'Union Européenne ne pouvait pas bien se passer, parce qu'il devait mal se passer. Et il devait mal se passer parce qu'il était impensable, aux yeux de la mafia de la Commission Européenne, qu'un pays qui décide de quitter l'Union le fasse de façon paisible et ordonnée. Imaginez qu'il s'en sorte finalement mieux que les pays membres de ce club qui ressemble de plus en plus à une prison!

Quel message une sortie harmonieuse du Royaume-Uni de l'Union aurait envoyé aux pays tièdes qui en sont encore membres?

Pour cette raison, il fallait que le Brexit finisse en désastre, un désastre exemplaire, et tout est fait pour qu'il finisse ainsi. Pendant qu'elle est encore Premier Ministre, Mme May y travaille à plein temps. Certains élus conservateurs commencent enfin à comprendre dans quel piège ils sont tombés, mais il est bien tard.

Mise à jour (12 décembre): Theresa May vient de repousser une motion de défiance déposée par des Conservateurs rebelles. La dernière chance d'une sortie harmonieuse du Royaume-Uni de l'Union vient peut-être de disparaître.

03 décembre 2018

Gilets Jaunes, un parfum de révolution

En novembre, le mouvement des gilets jaunes commença à déborder des réseaux sociaux pour entrer dans le monde réel - et dans l'Histoire.

Le gilet jaune est une idée de génie. Rendu obligatoire par la loi, tout Français disposant d'un véhicule a forcément un gilet jaune à disposition. Tout automobiliste est donc, forcément, un rebelle en puissance. Il peut se révéler partout, à n'importe quel moment.

franceLa protestation était à l'origine liée aux nouvelles taxes sur le diesel décidées par l'exécutif au nom de l'excuse magique du moment, la lutte contre le réchauffement climatique. Pour toute cette France des campagnes, cette France oubliée des services publics, cette France méprisée par les radars et les limitations à 80 km/h, cette France qui se lève tôt et qui travaille dur sans parvenir à s'extraire de la pauvreté, ces centimes d'euro font toute la différence.

Des millions de Français optent pour le diesel depuis des décennies. Selon un accord tacite avec les pouvoirs publics français, ils acceptent d'acheter une voiture plus chère à l'achat en contrepartie d'un moindre coût au kilomètre, grâce à la clémence des taxes sur le diesel. Alors qu'une part importante de leurs maigres revenus se transforme littéralement en fumée d'échappement, la hausse du diesel les ruine. Pire encore, des communes bien à gauche comme Paris décrètent que les voitures les plus polluantes - les sales voitures des pauvres - seront désormais interdites de circulation dans les zones les plus importantes. Leurs voitures d'occasion sont désormais invendables.

Ils sont ruinés, désespérés, et se soulèvent parce qu'ils estiment n'avoir plus rien à perdre.

"Macron, démission"

En face, Emmanuel Macron se débat dans son incompétence pour juguler le mouvement, sans y parvenir, car il ne dispose pas du logiciel intellectuel adéquat. Il annonce simultanément qu'il faut entamer le dialogue et qu'il ne reculera sur rien: comment prendre un tel individu au sérieux?

Emmanuel Macron n'aime pas la France. Il méprise les Français, le pays et son histoire. Il l'a montré à de nombreuses occasions, et joue mal la comédie lorsqu'il faut faire autrement. Mais il aime le pouvoir, et en dispose en abondance - sur le papier en tout cas. Son mouvement "La République En Marche" domine l'Élysée et la principale chambre législative française, l'Assemblée Nationale. Il ne peut donc pas reculer. Reculer reviendrait à affirmer que sa force est illusoire, sa légitimité, artificielle. Cela anéantirait la posture qu'il tente de cultiver depuis son adolescence, celle d'un homme vaillant et invincible, plus malin que les autres, et porté au-dessus d'eux par le destin. Cela dégonflerait la posture "jupitérienne" qu'il arbore depuis son élection.

Arc-bouté dans sa suffisance - "qu'ils viennent!" disait-il - il est condamné à échouer.

Les vieilles recettes ne fonctionnent pas, parce que les gilets jaunes ne correspondent à rien de connu. Pas de porte-parole, pas de comité syndical qu'il serait si facile de corrompre. Pas de revendication précise sur laquelle céder en redoublant sur le reste - car il est désormais clair pour tout le monde que même si le gouvernement reculait sur le diesel, cela ne suffirait plus à calmer la foule, le point de non-retour ayant été dépassé. Pas possible de contenir géographiquement la révolte - les gilets jaunes sont partout, à Paris et en province, dans les îles, dans les banlieues. Pas possible de rejeter la faute sur l'opposition, réduite à rien en Macronie.

Impossible de compter sur l'impopularité du mouvement. Les gilets jaunes sont extrêmement populaires. Plus de 70% des Français les soutiennent - selon un sondage effectué après les émeutes de ce week-end. Les Français sont plus de 90% à condamner les violences, mais ils ne savent que trop bien que les débordements sont le fait de nombreux éléments opportunistes greffés au mouvement, et dans lesquels les Français ne se reconnaissent pas. Les opérations médiatiques lancées par l'Élysée auprès des rédactions pour tenter de salir les gilets jaunes ne fonctionnent pas. Elles ne contribuent qu'à décrédibiliser un peu plus les journalistes.

france

Macron essaye de retirer leur légitimité aux gilet jaunes en jouant sur leur rejet par l'opinion publique - un chemin bien malaisé pour un président qui atteint un niveau d'impopularité inégalé à ce stade de son mandat. La France reste écrasée par les impôts et taxes et le poids de l'État dans l'économie n'a pas diminué d'un iota avec Macron. Les réformes n'ont été que cosmétiques et n'ont contribué qu'à renforcer le fatalisme des Français, puis leur colère.

Les gilets jaunes sont bien plus populaires que Macron. Le mouvement ne s'éteindra pas. L'explication tombe sous le sens: le chômage - officiel - est à un niveau élevé de 9,1% depuis des années. 8,8 millions de Français, soit 14,2% de la population, vit sous le seuil de pauvreté. La croissance économique est quasi-inexistante. La moitié des Français salariés vivent avec moins de 20'520 euros annuels, soit 1'710 euros par mois. Cinq millions de personnes survivent avec moins de 855 euros par mois.

On peut comprendre la colère de ces gens lorsque les élites, jamais à bout de kérosène pour leurs jets, glosent sur la nécessité pour les peuples de se serrer la ceinture pour le plus grand bien de l'Humanité, ou s'enorgueillissent de vouloir accueillir - et traiter mieux que les autochtones - toute la misère du monde.

Zone de danger

Il ne reste que des choix dangereux, de mauvais choix. Convoquer l'armée. Instaurer le couvre-feu. Provoquer un carnage. Abandonner la rue aux casseurs dans l'espoir que les gens en appellent à nouveau à l'État pour restaurer l'ordre. Espérer que le froid et la trêve de Noël viendront à bout de l'agressivité des manifestants. Peine perdue. Ils savent que 6 centimes sur le diesel les attendent au premier janvier 2019, les vignettes de circulation en juillet, et d'autres projets sont encore dans les cartons.

Des millions de Français - et plus encore d'étrangers - ont certainement été choqués par les scènes de chaos prenant place dans les rues de Paris. L'avenue des Champs-Elysées, autoproclamée la plus belle avenue du monde, est devenue un champ de bataille avec ses boutiques défoncées, ses barricades et ses brasiers.

france

Tout ceci s'est déroulé alors même que la mobilisation des gilets jaunes est dans sa troisième semaine. Les pouvoirs publics s'étaient préparés comme jamais pour faire face à tout débordement, mais ils se sont fait déborder. Sentant venir le vent, Gérard Collomb a eu la bonne idée de démissionner en octobre avant de pouvoir être tenu pour responsable de ce qui allait se produire.

Certains Français ne se sont guère émus de ce qu'ils ont vu à la télévision. Les millions d'habitants des banlieues, les survivants des zones de non-droit livrées à l'islamo-banditisme, vivent tous les jours ce qu'ont traversé les bobos parisiens ce week-end. Peu d'entre eux seront impressionnés par les voitures incendiées, les vitres brisées, ou les voyous cagoulés paradant devant des forces de l'ordre abandonnant le terrain - parce que c'est leur pain quotidien.

La violence s'est simplement invitée dans des quartiers plus visibles, jusque-là épargnés.

Les défenseurs de la République sont fatigués, eux aussi. Macron a beau vouloir donner des coups de menton, l'intendance ne suit pas. La plupart des CRS sont aussi mal lotis que les manifestants qu'on les envoie disperser. Les brigades anti-émeutes n'ont plus de matériel de rechange, de grenades lacrymogènes, de troupes fraîches. Des centaines de gilets jaunes ont été arrêtés à Paris - pratiquement aucun en province - mais ils n'ont rien à craindre et ils le savent. Les lois Taubira sont passées par là. Les procédures judiciaires normales, même en "comparution immédiate", ne valent rien sans preuves, et il n'y a plus aucun personnel disponible, ni dans la police ni dans la justice, pour traiter des centaines de dossiers urgents, recouper les moyens de vidéo surveillance, récolter des prélèvement ADN et les analyser. Cerise sur le gâteau, la plupart des gilets jaunes ont un casier judiciaire vierge, ce qui signifie qu'ils risquent un rappel à la loi ou un sursis. Et ils pourront faire appel. On voit mal comment le dossier du moindre d'entre eux, compte tenu des circonstances, pourrait résister à une attaque sous l'angle du vice de procédure.

Les gilets jaunes et les forces de l'ordre sont engagés dans une course d'endurance mais les seconds sont plus mal lotis que les premiers. L'état de délabrement du pouvoir en France est visible. La logique de pénurie des forces de l'ordre amena les pouvoirs publics à concentrer leurs dernières forces dans des unités mobiles, capable de créer le surnombre au point de décision ; mais la révolte est nationale, et les forces de police totalement débordées sur tout le territoire. En province, elles ne parviennent même plus à protéger les symboles de l'autorité. Mais le veulent-elles seulement?

Pour comprendre où nous en sommes, voilà deux tweets montrant des vidéos que nul n'aurait pensé possibles il y a encore une semaine - et que nul média mainstream ne montrera. La première montre des CRS ôtant leurs casques pour fraterniser avec des manifestants. La seconde montre des pompiers - des pompiers! - tournant le dos aux politiciens lors d'une prise d'arme. Il faut le voir pour le croire.

Quelque chose est en train de changer en France.

En seulement un an et demi, Emmanuel Macron et son mouvement La République en Marche ont réussi à se faire détester de tous. Après avoir axé son programme sur l'immigration et l'Europe, Macron déclarait crânement qu'il ferait obstacle au populisme ; la vague menace désormais de l'emporter.

Comment tout cela se finira-t-il? Mal, c'est une évidence. Il y aura des morts, et chaque camp semble prêt à faire ce sacrifice. Mais quitte à donner froidement des pronostics, je prédis aujourd'hui plus d'avenir aux gilets jaunes qu'à M. Macron.

19 novembre 2018

Brexit: Quelque chose de pourri au Royaume de Sa Majesté

Que se passe-t-il ces derniers jours au Royaume-Uni?

Si on se contente des médias francophones, on apprend que Mme Theresa May fait face à des démissions en série de ses ministres, que les Tories sont en rébellion ouverte contre son leadership, qu'elle reste Premier Ministre malgré tout... Et à l'antenne et dans ses discours, elle continue d'affirmer que le deal de 585 pages proposé à Bruxelles est la meilleure issue possible pour le pays.

Impossible d'y comprendre quoi que ce soit.

Theresa May dans Mission: Brexit Impossible

Pour remettre les pièces du puzzle dans l'ordre il suffit de se rappeler que, comme la majeure partie des élus conservateurs, Theresa May avait fait campagne contre le Brexit. Elle profita de la fin de carrière précipitée de David Cameron pour prendre sa place. On dirait que l'épisode remonte à des siècles, mais c'était à l'été 2016...

La très faiblement eurosceptique May se retrouva donc en charge de "traduire la volonté des citoyens" qui avaient choisi le Brexit dans leur majorité - alors qu'elle même avait souhaité rester dans l'Union Européenne. Confier un mandat pareil à un individu qui a publiquement témoigné son allégeance à l'autre camp dépasse l'entendement... Si vous espérez que les choses soient faites correctement. Si vous souhaitez précisément faire dérailler le processus, en revanche, alors vous tenez le candidat idéal.

Theresa May avait pour mission de rendre imbuvable un Brexit ordonné, et c'est exactement ce à quoi elle est parvenue.

Rappelons-le:

  • Personne dans la haute société britannique ne souhaitait que le Brexit ne l'emporte. Personne.
  • Personne dans les élites au pouvoir dans l'Union Européenne ne souhaitait que le Brexit ne l'emporte. Personne.
  • Personne dans les élites dirigeantes des États-Unis d'Amérique d'Obama ne souhaitait que le Brexit ne l'emporte. Personne.

Lorsque contre toute attente le vote du Brexit fut approuvé, les élites n'eurent d'autre choix que de faire ce qu'elles font toujours en pareil cas: chercher un moyen de le saboter.

Elles continuèrent à travailler au corps le peuple britannique avec des perspectives effrayantes sur ce qui se passerait en cas de sortie "désordonnée" de l'UE du Royaume-Uni, tout comme elles l'avaient fait durant la campagne. En parallèle, May ne fit rien d'autre que de perdre son temps dans des allers-retours à Bruxelles pour des réunions stériles dans lesquelles jamais rien n'était formellement conclu. Nous sommes deux ans et demi après le vote du Brexit et le Royaume-Uni est toujours autant dans l'Union Européenne que la veille du vote. Et le processus de divorce pourrait s'étendre jusqu'en 2020, voire 2022.

Comme le rappela avec talent Martin Pánek sur BrexitCentral.com, la partition de la Tchécoslovaquie entre République Tchèque et Slovaquie à la suite de la dislocation de l'Union Soviétique ne prit que six mois. Les gouvernements tchèques et slovaques travaillèrent ensemble de façon constructive et sincère pour parvenir à une situation saine. Il suffit de se remémorer cet épisode de l'histoire européenne pour constater à quel point Londres et Bruxelles sont aux antipodes d'une séparation à l'amiable.

Le problème est que Bruxelles n'a jamais cédé sur rien, tandis que Mme May céda sur tout. Le résultat est un projet de Brexit de 585 pages qui contient sur chaque point à négocier le pire accord imaginable pour le Royaume-Uni. L'Union Européenne gardera le contrôle de la politique commerciale et fiscale du pays, et ni le gouvernement ni le peuple n'auront leur mot à dire. Les Britanniques continueront à payer comme avant pour l'Union Européenne, mais il n'y auront plus le moindre pouvoir de décision. M. Junker et le clone idéologique qui le remplacera peuvent se réjouir, ils n'auront plus à supporter les saillies de M. Farage au Parlement Européen.

Pour ceux que cela intéresse, le journal The Spectator britannique se donna la peine de relever les 40 pires horreurs disséminées dans les pages du futur accord.

Le Brexit négocié par May est une punition pour les Anglais. Ils s'inquiétaient de leur avenir et eurent l'audace de se choisir dans les urnes un destin différent de ce qui avait été planifié pour eux. À la place, ils auront un "deal" qui permettra à la Lituanie et à la Grèce de se prononcer sur les accords commerciaux que la Grande-Bretagne aura ou non le droit de signer - avec le Canada, par exemple. Le Royaume-Uni sera toujours tributaire de l'unanimité des membres de l'Union douanière européenne pour traiter avec des pays tiers. Il continuera à devoir reprendre sans dire un mot les évolutions futures du droit européen.

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Certains Conservateurs moins corrompus que les autres réalisèrent à quel point l'accord de Brexit négocié avec Bruxelles trahissait la volonté des citoyens, les promesses de campagne de leur parti lors des dernières élections, et les intérêts économiques et politiques du Royaume-Uni. Les ministres concernés du Cabinet May n'eurent dès lors d'autre choix que de démissionner - Boris Johnson et David Davis en juillet, quatre autres ministres la semaine dernière, dont le ministre chargé du Brexit, excusez du peu.

La crise emportera probablement Theresa May et la majorité des Tories, mais cela n'a aucune importance. Le UKIP est décimé depuis le dernier scrutin - les électeurs s'en sont détournés en pensant que la "mission était accomplie". Si de nouvelles élections ont lieu, la moitié des Conservateurs réélus seront de toute façon des fidèles de Bruxelles. À gauche, l'opposition fait publiquement allégeance à l'Union Européenne. May et son Brexit ont beau se diriger droit dans le mur, le gouvernement suivant sera encore plus pro-UE, quoi que votent les Anglais. On en serait presque à citer Coluche et son fameux "si voter changeait quelque chose, il y a longtemps que ça serait interdit..."

Mme May, après avoir savonné la planche pendant des mois au Brexit sans accord en disant que ce serait une catastrophe, explique que son projet d'accord étant le meilleur possible. Le choix est désormais entre le Brexit sauce Theresa May ou rester dans l'Union peut-être pour toujours. Citant Mme May:

"Un changement de leadership à ce stade ne rendra pas les négociations plus faciles... Ce qu'il signifie est qu'il y a un risque que nous retardions les négociations, et qu'il y a un risque que le Brexit soit retardé ou refoulé (sic)."

Le Hard Brexit est le seul Brexit

Résumons: Theresa May travaille depuis son accès au pouvoir à maintenir la Grande-Bretagne dans l'Union Européenne. Elle pense parvenir à cet objectif soit en faisant de son pays un vassal de l'UE via son projet de traité de Brexit, soit en espérant que le peuple anglais renonce au dernier moment en se disant que la situation actuelle est encore préférable à une soumission totale.

Le seul obstacle restant sur son chemin est le risque d'un Hard Brexit, un Brexit sans accord avec l'UE. Voilà pourquoi elle travaille d'arrache-pied depuis des mois pour effrayer le pays entier avec des scènes d'Apocalypse si cette éventualité se produit.

Theresa May est l'exacte opposée de Margaret Thatcher, qui avait compris ce que deviendrait l'Union Européenne et combattit jusqu'à son dernier souffle politique pour empêcher le Royaume-Uni de tomber dans le piège dans lequel il se trouve maintenant.

Le pays disposait de tous les leviers dans les négociations du Brexit. May les gâcha les uns après les autres tandis que les bureaucrates hautains de Bruxelles décidèrent de se cantonner à des positions de principe qui compliquèrent des issues triviales, comme la libre-circulation à la frontière entre l'Irlande et l'Irlande du Nord, au point de les rendre complètement insolubles.

La seule option viable encore sur la table est celle d'un Hard Brexit, un Brexit sans accord. Celle-ci ne pourra survenir que si les Conservateurs sont promptement repris en main par un authentique défenseur des intérêts du Royaume-Uni, ce qui a peu de chances d'arriver car personne n'aime moins prendre de risques qu'un politicien accroché à son siège.

Ce n'est pas tout de voter pour un référendum, il faut ensuite porter au pouvoir des politiciens avec la volonté de l'appliquer. Si les citoyens anglais pro-Brexit avaient fait preuve d'un peu plus de discernement dans le choix des Tories qu'ils élurent au Parlement britannique, le Brexit se serait sans doute mieux passé.

Ne croyez jamais un politicien qui dit qu'il a compris le message sorti des urnes après s'y être opposé durant toute la campagne. Changez-en.

Première publication sur LesObservateurs.ch.

12 octobre 2018

Paraphraser Hitler

La dernière polémique du moment: le président de l'AfD Alexander Gauland aurait paraphrasé Hitler:

Deux historiens spécialistes du nazisme et de l'antisémitisme, Wolfgang Benz et Michael Wolffsohn, affirment que le responsable politique de 77 ans, habitué aux propos controversés sur le nazisme, s'est inspiré d'un discours du Führer tenu fin 1933 à Berlin.


Des "historiens de renom", précise le journaliste afin que chacun se carapate devant tant d'expertise.

Qui veut tuer son chien l'accuse de paraphraser Hitler

Vient ensuite l'acte d'accusation:

Dans une tribune sur le populisme publiée le 6 octobre par le quotidien «Frankfurter Allgemeine Zeitung» («FAZ»), Alexander Gauland dénonce une «clique mondialisée qui siège dans les entreprises internationales, les organisations comme l'ONU, dans les médias, les start-up, les universités, les ONG, les fondations, dans les partis et ses appareils et qui parce qu'elle contrôle les informations, donne le la culturellement et politiquement».

«Ses membres vivent presque exclusivement dans les grandes villes (...) et quand ils déménagent de Berlin à Londres ou à Singapour pour changer de travail, ils trouvent partout les mêmes appartements, maisons, restaurants, magasins, écoles privées», poursuit-il, en référence aux élites que l'AfD affirme combattre.

Or le 10 novembre 1933, Hitler s'en prenait devant des ouvriers à Berlin à une «petite clique internationale déracinée qui attise la haine entre les peuples». «Ce sont des gens (...) qui vivent aujourd'hui à Berlin, peuvent se retrouver demain à Bruxelles et après-demain à Paris et ensuite à Prague, ou Vienne ou Londres et qui se sentent partout chez eux», disait-il, visant les Juifs sans les nommer.

La tribune de M. Gauland «colle de près, de manière ostensible (au discours) de Hitler», a jugé l'historien Wolfgang Benz. On a l'impression que «le chef de l'AfD avait posé sur son bureau le texte du discours du Führer de 1933 quand il a rédigé sa tribune pour la «FAZ». «Il modernise la critique à l'égard de la petite clique internationale déracinée qui devient la clique mondialisée pour l'adapter à la langue d'aujourd'hui», a-t-il poursuivi.


Précisons pour situer la posture scientifique de l'accusateur que M. Wolfgang Benz, en fer de lance dans la lutte contre l'islamophobie, proclama en 2010 au sujet du vote contre les minarets en Suisse que les méthodes des "islamophobes du XXIe siècle" et des "antisémites du XIXe siècle" étaient similaires.

Notons ensuite la légèreté de l'acte d'accusation: apparemment, critiquer une "élite mondialisée" est un acte antisémite - alors que même Hitler ne mentionna pas les juifs dans son discours.

Notons enfin que Alexander Gauland a protesté avec vigueur contre ces accusations, ce qui est un peu curieux pour quelqu'un qui aurait voulu rendre hommage à Hitler.

Pour parfaire le dossier d'accusation, un autre historien très politisé s'associa à la démarche, Michael Wolffsohn:

«il est grave que Gauland signale à ses partisans cultivés qu'il connaît les discours et la plume de Hitler et qu'il transpose aujourd'hui sur les adversaires de l'AfD les reproches adressés par Hitler aux Juifs.»


Alors que le parti qu'il préside n'existe que depuis quelques années et rassemble des citoyens de toutes origines - même des juifs - M. Gauland utiliserait des signaux codés que seul lui et les électeurs de l'AfD connaissent... Mais heureusement que des historiens veillent au grain!

Précisons les opinions politiques de M. Wolffsohn, telles que rapportées dans Wikipédia. M. Wolffsohn qualifia dans un article du Hanselblatt la politique d'accueil massif des "réfugiés" initiée par Angela Merkel de "don du ciel" en août 2015. Dans le même article, il s'en prit à la population résidente allemande, qualifiant "d'hystérique et idiote" "la peur des immigrés paisibles à la recherche d'un sanctuaire ou d'une vie meilleure", et leur expulsion "immorale".

Aucun pigiste d'agence de presse ne se sera jamais donné la peine de citer ces éléments de contexte, ni même, probablement, de les chercher.

Hitler est partout!

La reductio ad Hitlerum est un phénomène connu et documenté. Hitler a de nombreuses qualités: il incarne le mal absolu, il est mort donc n'a plus rien à répondre, et le grand public connaît finalement bien peu de détails de son idéologie. Alors ses discours!

Comparer quelqu'un à Hitler dans une discussion est d'autant plus facile que cela permet de mettre l'adversaire sur la défensive - personne ne pouvant décemment prendre l'argument et rester de marbre. Si tout le reste échoue, cela permet au moins de reprendre l'initiative.

Comme l'absence d'argument et l'attaque ad hominem sont deux caractéristiques typiques de la gauche, force est de constater que son emploi est quasiment exclusif à un seul bord de l'échiquier politique.

Bien sûr, c'est une tactique éculée, enfantine même, au point d'être tournée en ridicule par des parodies. Il y a même une chanson sur le sujet.

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Hitler étant dans notre conscience collective l'incarnation du mal absolu, comparer quelqu'un à lui offre un autre avantage, celui de pouvoir tout se permettre. Face à Hitler, aucune hésitation, aucun remord, aucune limite et aucune clémence. On peut frapper Hitler, pour le faire taire par exemple, l'interdire de s'exprimer en public, s'en prendre à sa famille et à ses amis, le faire licencier de son travail pour des motifs politiques, l'éliminer des réseaux sociaux. Peut-être peut-on, devrait-on même, l'abattre comme un chien? Il s'agit de la réincarnation d'Hitler, après tout. Face à ce que le premier Hitler a fait dans le passé, on ne va tout de même pas prendre de risques!

Comparer quelqu'un à Hitler est donc une sentence de déshumanisation absolue, sans présomption d'innocence ni pourvoi en appel. Dans le jargon de la gauche, comparer quelqu'un à Hitler est le langage codé pour dire "détruisez-le" - et certains ne se feront pas prier pour comprendre "tuez-le".

Comparaison à géométrie variable

Supposons donc que le président de l'AfD Alexander Gauland ait paraphrasé Hitler. À moins de lire dans les pensées ou d'attendre d'hypothétiques aveux, rien ne permet de savoir avec certitude si cet acte était volontaire. Disons que dans un cas aussi extrême, la présomption d'innocence ne joue plus: paraphraser Hitler, même involontairement, fait de quelqu'un un monstre, instantanément et définitivement.

Pour les besoins de l'exercice, supposons donc que le président de l'AfD Alexander Gauland soit un monstre.

Mais est-il le seul?

Il suffit de s'intéresser davantage à l'époque nazie et au programme politique d'Hitler - connaître le mal pour mieux le combattre par exemple - pour comprendre que M. Adolf Hitler était un homme de gauche, de façon absolument incontestable. Son parti national-socialiste était bien plus à gauche par son socialisme qu'il était prétendument à droite par le nationalisme.

Et nous pouvons aussi rappeler quelques autres citations de l'individu.

"Je conçois que l'on puisse s'enthousiasmer pour le paradis de Mahomet, mais le fade paradis des chrétiens !"

"Quand notre parti ne comptait encore que 7 membres, il exprimait déjà deux principes : premièrement, il voulait être un véritable parti idéologique; deuxièmement, il ne tolérait aucun compromis dans l'exercice du seul et unique pouvoir en Allemagne."

"J’ai beaucoup appris du marxisme […] et je n’ai pas de difficultés à l’admettre."

"[Ma tâche est de] convertir le volk (peuple) allemand au socialisme sans simplement tuer les vieux individualistes."

"Si nous sommes socialistes, alors nous devons forcément être antisémite – et l’opposé, dans ce cas, c’est le Matérialisme et le Mammonisme, auxquels nous cherchons à nous opposer. (...) Comment, en tant que socialiste, ne pouvez-vous pas être antisémite ?"

"[Nous devons] trouver et suivre la route menant de l’individualisme au socialisme sans passer par la révolution."

"Pourquoi avons nous besoins de socialiser les banques et les usines ? Nous devons socialiser les êtres humains."

"Nous sommes socialistes, nous sommes les ennemis du système capitaliste actuel, exploiteur de la faiblesse économique, avec ses salaires injustes, avec son évaluation injuste de la personne humaine en fonction de sa richesse et de son capital plutôt que par sa responsabilité et sa performance, et nous sommes déterminés à détruire ce système par tout les moyens."

"Nous devons être en position d’accomplir ce que le marxisme, le léninisme et le stalinisme n’ont pas réussi à faire."


Pour une analyse plus détaillée de ces citations, voire ici.

Maintenant, quelques questions se posent:

  • Quels hommes politiques modernes paraphrasent le plus Hitler?
  • À quels partis appartiennent-ils?
  • Pourquoi cela ne provoque-t-il aucune indignation?