15 novembre 2015

Premier massacre à Paris

Vendredi soir, au beau milieu d'une rencontre de football France-Allemagne, les Parisiens ont été rattrapés par la réalité de la guerre contre l'islamisme. Trois équipes différentes ont ouvert le feu dans différents lieux de la capitale avant d'actionner leurs ceintures explosives. La salle de concert du Bataclan est le principal foyer de victimes alors que les 1'500 spectateurs seront massacrés puis pris en otage pendant deux heures avant l'assaut des forces spéciales de la police. Sur l'ensemble des sites, 129 personnes sont mortes et 352 sont hospitalisées, dont 99 encore en "urgence absolue" aujourd'hui.

Les élites du régime ont soudainement pris conscience de leur vulnérabilité, au premier rang desquelles M. Hollande soudainement exfiltré du Stade de France sous bonne garde de ses services de sécurité. En ce sens, la première intervention du chef de l’État français peu avant minuit, la voix tremblante d'émotion, était bien plus authentique que la version policée et maîtrisée qui lui fit place le lendemain matin.

padama10.jpgLe soir même des attaques, alors que la plupart des grandes chaînes françaises avaient interrompu leurs programmes pour des flashs spéciaux, France2 continuait à diffuser son débat "Réchauffement climatique: qu'allons-nous devoir sacrifier?" en toute insouciance. Même les meilleurs machines de propagande souffrent parfois d'inertie. Mais les médias se sont repris depuis. On analyse, on décortique, on place du contexte. Dans tous les pays l'opinion est malaxée comme la pâte à pain. En Suisse, il fallait un estomac solide pour assister sur la RTS à la danse du ventre des deux duettistes Jean-Philippe Schaller et Xavier Colin, le premier obnubilé par le futur score de Marine Le Pen aux élections régionales - la seule question importante à ses yeux - et le second récitant sans ciller l'homélie consacrée du Padamalgam.

Le drame suit désormais sa logique standardisée: nouveau logo, un nouveau slogan Pray for Paris, nouveau hashtag. Les journalistes sont invités à dénicher de nouveaux héros et de nouvelles initiatives citoyennes plutôt que de s'attarder sur les faiblesses de la sécurité intérieure et les errements géostratégiques de leurs gouvernements successifs. Pourtant, si l'impulsion est toujours la même, quelque chose s'est brisé. Le moteur tourne à vide. Exemple marquant, il n'y aura pas de rassemblement solennel façon Je Suis Charlie. D'une part, le danger est encore omniprésent, une manifestation étant l'endroit rêvé pour quelques nouvelles explosions de kamikazes dont certains courent certainement dans la nature ; d'autre part, la solidarité avec Charlie Hebdo s'expliquait par la volonté de s'associer avec une minorité menacée, les caricaturistes de presse. Cette fois-ci l'ensemble de la population française est visé. Une manifestation de solidarité serait donc vide de sens. On ne peut pas afficher de solidarité avec soi-même.

La légende du loup solitaire radicalisé - ou d'une meute, nous ne sommes plus à un oxymore près - ne tient plus. La France a bien eu affaire à une opération militaire professionnelle: un massacre organisé par des kamikazes équipés de bombes, d'armes de guerre et de gilets pare-balles, regroupés en équipes, suivant un timing défini; le tout dans la capitale d'un pays sûr de lui, confiant dans ses services de sécurité et surveillé au travers d'un plan Vigipirate en alerte maximum.

La vérité qui se fait jour peu à peu n'a rien de reluisant. Le passeport syrien d'un des kamikazes, retrouvé sur les lieux du massacre à deux pas de son propriétaire, a été enregistré à Lesbos en Grèce le 3 octobre de cette année. Tout porte à croire qu'une partie de l'équipe terroriste est venue en Europe au travers des flots de migrants. Ce n'est pas la première fois. En septembre, l'Etat Islamique revendiquait déjà 4'000 terroristes infiltrés dans toute l'Union Européenne...

Les Français aiment croire aux histoires que leurs racontent leurs médias, mais cette fois il y a trop de témoins pour livrer une vérité officielle. Des dizaines de familles sont endeuillées par les morts, certains égorgés. 99 personnes grièvement blessées donneront autant de vies à rebâtir après des mois de convalescence et de rééducation. D'innombrables individus directement impliqués mais physiquement indemnes resteront marqués par les horreurs dont ils ont été témoin cette nuit-là. Toute la population parisienne a été durablement traumatisée.

En quelques heures abominables la France a perdu une certaine forme d'insouciance, probablement pour toujours. Elle a compris que la menace islamique pèse directement sur elle. Le combat ne se déroule pas que dans les terres lointaines du Mali, sur les pistes poussiéreuses d'Afghanistan ou au sein des états-majors planifiant les prochains bombardements sur la Syrie ; elle se joue en Europe, au sein de ses banlieues, de ses populations immigrées, des convertis à l'islam, des prédicateurs et des fanatiques, et des flots continus de pseudo-réfugiés syriens.

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Bien sûr, les services gouvernementaux ne cessaient de mettre en garde contre une "attaque d'envergure", mais eux-mêmes n'imaginaient pas une offensive d'une telle ampleur. Et le peuple français se figurait peut-être qu'il serait sauvé in extremis par une nouvelle intervention miraculeuse dans le style de celle qui empêcha le massacre du Thalys.

Les Français ont compris que leur sécurité était une illusion. Les Suisses le croient-ils encore?

Que se passera-t-il pendant la COP21? Aura-t-elle seulement lieu comme prévu? Et l'Euro 2016 de football?

Électoralement, Marine Le Pen pourrait en profiter, c'est indéniable. Mais cela devrait surtout être le cadet des soucis d'une société menacée. Car les Français - et le reste des Européens - ont aussi compris, quelque part, que ces attentats ne seront pas les derniers.

09 novembre 2015

COP 21 et contrôle des frontières: l'ultime hypocrisie

france,hypocrisie,espace schengen,cop 21En France, COP 21 est sur toutes les lèvres: enfin l'Hexagone aura l'occasion de briller sur la scène internationale, organisant le dernier grand raout diplomatique en date autour de la thèse controversée du réchauffement climatique d'origine humaine - laquelle bat un peu de l'aile ces derniers temps face aux aléas de l'actualité...

Puisque le sujet est franco-français, citons un site local:

Fin novembre, la quasi-totalité des dirigeants mondiaux seront à Paris pour la COP 21, la grande conférence internationale sur le réchauffement climatique qui doit durer 12 jours. Pour cette occasion, le ministre de l'Intérieur Bernard Cazeneuve a fait une annonce ce 6 novembre : les contrôles aux frontières vont être renforcés.

Gares, ports, aéroports... Chaque mouvement sera scruté. L'État redoute les menaces terroristes, un sujet sensible depuis les attentats de janvier 2015 dans la capitale.

 

En guise de "quasi-totalité des dirigeants mondiaux", tablons sur quelque 80 chefs d'État, ce qui n'est pas si mal. S'il leur vient l'idée saugrenue de se déplacer pendant les douze jours du sommet, les Parisiens passeront probablement un mauvais quart d'heure.

Mais au-delà de la paralysie habituelle d'une capitale lors de la visite de hauts dignitaires étrangers, la réinstauration de contrôles aux frontières prend un caractère hautement polémique dans le contexte actuel de la crise des migrants et des tensions institutionnelles autour de l'Espace Schengen.

Les possibilités d'explication ne sont pas légion.

Imaginons que cela soit utile. Cela voudrait dire que quelques groupes terroristes hors sol français attendent le dernier moment pour venir en France lors de la COP 21 et faire un carton. Enfin, dernier moment, c'est encore discutable: l'annonce de M. Cazeneuve le 6 novembre leur laisse encore une bonne semaine pour rapatrier tranquillement leur matériel sur le territoire. On a déjà connu plus efficace comme effet de surprise...

Mais attention: on sait qu'ils sont décidé et dangereux, on sait qu'ils veulent frapper lors de COP 21, on sait qu'ils sont quelque part à l'extérieur du territoire français, on sait que leurs plans diaboliques seront déjoués avec un contrôle aux frontières d'un mois instauré une semaine plus tard, mais... On n'en sait tout de même pas assez pour les identifier et les arrêter. Crédible de bout en bout!

Imaginons que cela soit inutile. Sachant que le journaliste précédent utilise comme exemple les attentats de 2015 - dont les exécutants sont nés en France et y ont vécu pendant plus de trente ans - il est probable que les menaces éventuelles sur COP 21 soient déjà profondément établies sur le sol français, peut-être même depuis plus d'une génération.

La décision de surveiller les frontières ne serait donc qu'une mesure folklorique destinée à distiller un sentiment parfaitement illusoire de sécurité à l'attention des chefs d'État invités. Les cyniques pourraient même y déceler une excuse à posteriori: voyez, il y a eu des problèmes mais nous avons fait de notre mieux, nous avions même remis en place la surveillance des frontières... Mais même si rien ne se produit, et bien qu'elle soit tolérée dans le cadre des accords de Schengen, la réinstallation temporaire de la surveillance aux frontières reste le signe que la France n'a pas confiance dans les règles de sécurité communes de l'espace et préfère ses propres contrôles lorsque les choses sont vraiment importantes.

Bien sûr, on pourra plaider que cette mesure n'a rien d'exceptionnel ; elle a été appliquée en France en 2009 lors du sommet de l'OTAN à Strasbourg, en 2011 lors du G8 à Deauville puis lors du G20 à Cannes. D'autres membres de l'Espace Schengen mirent en place des mesures similaires lorsqu'ils accueillirent la COP eux-mêmes, comme le Danemark en 2009 et la Pologne en 2013. Il n'en reste pas moins que dans le contexte actuel de l'effondrement de l'Espace Schengen, la surveillance de frontières à l'échelle d'un pays entier et pour une période aussi longue est un acte symbolique fort dont la signification n'a pas pu échapper à l'exécutif français. On ne peut décemment pas placer cette décision sous le signe de la banalité.

Comme on voit, la décision du gouvernement socialiste français n'a guère de sens, et en tout cas aucune conséquence positive. C'est, au pire, un aveu d'impuissance, et au mieux un effet de manche destiné à distraire la galerie.

Dans les deux cas, l'insulte finale est à destination du petit peuple. Il a bien compris qu'en fin de compte seule la conférence COP 21 a de l'importance. Rien n'est trop beau pour la grand-messe médiatico-politique. La crise des migrants n'est pas un motif suffisant pour reprendre le contrôle des frontières ; la sécurité des personnes ordinaires non plus. Mais qu'un parterre de hauts dignitaires se rende à Paris et tout le pays peut, doit, être paralysé!

Vue de Suisse, la COP 21 ne semble qu'une nouvelle occasion de dépenser de l’argent public et de se goinfrer de petits fours, et, pour des dirigeants en perdition, de tenter de redorer leur blason en "rayonnant" internationalement à la veille d'élections régionales fort mal engagées. Se livrant à l'exercice avec sa maladresse habituelle, il n'est pas sûr que le gouvernement socialiste voie sa manœuvre produire les effets escomptés.

23 octobre 2015

Revue de presse internationale, désinformation locale

Les élections fédérales du 18 octobre ont eu lieu dimanche dernier, comme chacun sait. Les médias étrangers ne sont pas tendres avec la Suisse. Citons par exemple ce qu'en rapporte la RTS, dont le chapeau de l'article donne le ton:

De manière générale, la presse étrangère est moins surprise par le résultat de l'UDC que par son ampleur. Certains rappellent que la Suisse n'est que peu concernée par la crise migratoire.


Les médias étrangers s'attendaient donc à une victoire de l'UDC (même si les sondages donnaient la plus grande marge de progression au PLR) et "certains" rappellent que la Suisse n'est que "peu concernée" par la crise migratoire. Apparemment, ces gens-là n'ont semble-t-il jamais entendu le vieil adage "gouverner c'est prévoir". Les médias francophones confirment cette position:

En France, Le Monde titre sur la confirmation de la "poussée de la droite populiste", alors que le Figaro parle d'une "progression spectaculaire" des démocrates du centre. Le journal donne la parole à la candidate socialiste Rebecca Ruiz pour qui "les gens ont voté guidés par la peur".

Libération met en relation la centralité de la question de l'immigration durant la campagne électorale et le fait que pour le moment "la Suisse a été épargnée par la vague de migrants qui arrivent en Europe".


Diable. Les Suisses auraient voté sur des problèmes imaginaires qu'on ne s'y prendrait pas autrement.

Zoom sur la presse étrangère

En allant voir les articles en détail, la sentence est confirmée. Le Figaro, un des plus modérés sur le parti UDC de la "droite populiste", publie un texte de l'AFP retouché par la rédaction, incluant l'inévitable commentaire d'une haut gradée de l'Armée du Bien:

"Les gens ont voté guidés par la peur", selon une candidate socialiste, Rebecca Ruiz, ajoutant que le thème des réfugiés et de l'immigration, favori de l'UDC, avait été "malheureusement très dominant dans la campagne".


Eh oui, que voulez-vous, les médias ont un peu parlé de la crise des réfugiés ces derniers jours, c'est ballot, il aurait peut-être fallu attendre le 19 octobre pour évoquer le sujet et ne pas nuire aux chances électorales des socialistes?

L'article est d'ailleurs involontairement comique en évoquant un "système complexe de proportionnelle" pour expliquer le "décalage" entre le score de l'UDC (29,5% de l'électorat) et sa représentation au Conseil National - 65 sièges au lieu des 59 mathématiques. Repensant à la représentativité de leur propre assemblée législative vis-à-vis du Front National, les Français apprécieront!

Du côté de Libération, on fait dans le convenu ; l'article explique le succès de l'UDC par ses affiches provocatrices (sachant que l'électeur de droite, particulièrement stupide, ne vote pour l'affiche qu'il voit le plus souvent). Mais comme le texte du quotidien de gauche n'est qu'une reprise banale d'agence de presse, ne nous attardons pas outre mesure.

élections du 18 octobre 2015
Karl Marx, Rosa Luxembourg, Friedrich Engels: l'affiche des jeunes socialistes genevois
annonçait pourtant la couleur. Pourquoi n'a-t-elle pas séduit l'électorat?

(cliquez pour agrandir)

A tout seigneur tout honneur, concluons avec Le Monde, qui lui aussi regrette la "poussée" de la "droite populiste" - pardon, ai-je dit populiste? On trouve encore mieux dans le texte:

 ...le parti d’extrême droite Union démocratique du centre (UDC)...


Le "journal de référence" n'a pas osé le terme néo-nazi mais le cœur y était. Suit le commentaire obligatoire d'une autre perdante de gauche, Mme Thorens des Verts:

Les Verts et les Verts libéraux subissent de leur côté une défaite cuisante en perdant respectivement 5 et 6 sièges au Conseil national. La coprésidente des Verts suisses, Adèle Thorens Goumaz, se dit « inquiète, car c’est le prochain Parlement qui devra voter la stratégie énergétique du pays… ».


Fermez le ban.

Une sous-traitance bien pratique

On pourrait s'amuser des imprécisions de la presse étrangère lorsqu'elle parle de la Suisse. La même presse qui étale en permanence sa grande connaissance des dossiers face au bas peuple incapable de s'informer... Mais derrière les approximations l'hostilité envers l'UDC est palpable.

La plupart des articles ne sont que des reprises à peine retouchées de dépêches publiées par des agences de presse. Ce n'est d'ailleurs pas une excuse, car l'agence de presse dispose de journalistes permanents sur place, théoriquement capables de fournir une information locale exacte sans tomber dans des préjugés entretenus depuis l'extérieur. Le moins que l'on puisse dire est que le résultat n'est pas au rendez-vous.

Des trois articles des principaux quotidiens français, seul l'un d'eux est signé, celui du Monde, par "Marie Maurisse (Genève, correspondance, avec AFP)". C'est aussi le seul à oser qualifier l'UDC de parti d'extrême-droite, l'accusation la plus exagérée de tous ces compte-rendus électoraux.

D'après sa page LinkedIn, Marie Maurisse est française, correspondante au Monde, et en Suisse depuis 2008. Cela fait donc sept ans qu'elle pratique le pays. La journaliste dispose d'un site personnel rarement mis à jour mais dont les articles permettent de se faire une idée des thèmes de prédilection de la jeune femme ; après un rapide survol nous trouvons pêle-mêle:

  • La Suisse, coffre-fort du dictateur érythréen
  • Trois raffineries suisses fondent pour l’or des cartels de la drogue colombiens
  • Cette Suisse qui craint l’invasion
  • La Suisse raffine l’or illégal de Madre de Dios
  • Corée du Nord : «Kim Jong-un a caché plus de 3 milliards de dollars en Suisse»
  • « Les capitaux français ont grandement profité à la place financière suisse »
  • Suisse: femmes enceintes, au boulot !

Et ainsi de suite... Marie Maurisse est aussi passée par Le Matin Dimanche, une autre officine médiatique romande fièrement anti-UDC, à l'instar de l'Hebdo ou du Temps.

A ce qu'il semble, le qualificatif d'extrême-droite employé à l'encontre de l'UDC helvétique par Le Monde n'a rien d'un accident.

Retour à l'envoyeur

Comment critiquer une élection sans déchirer les derniers lambeaux d'intégrité dont même le plus engagé des éditorialistes cherche à se parer? Comment, sans se dévoiler, dire du mal de ces citoyens qui ont si piètrement voté?

La Revue de presse internationale est un outil parfait pour cela. Au nom de l'information, les médias internationaux rendent compte de l'actualité helvétique et se servent de leurs relais locaux dans ce but - des journalistes professionnels, installés dans le pays, fréquemment engagés idéologiquement, et qui n'hésitent pas à livrer leur interprétation toute particulière des événements.

Une fois publiés dans la presse étrangère, ces mêmes articles reviennent au pays et servent à vilipender le citoyen: "à cause de votre vote, regardez ce qu'on dit de nous à l'étranger!"

Combien de gens réalisent-ils que "la voix de l'étranger" a une source tout à fait locale? Il suffit d'une toute petite coterie de journalistes pour obtenir des textes biaisés à souhait qui seront repris, échangés, cités, rassemblés comme lorsqu'on jette un caillou dans une mare et que les vaguelettes se propagent, reviennent et s'entrechoquent longuement après que la pierre a été avalée par les eaux.

Cela ne pourrait évidemment se faire sans complicité ; de la part des rédactions étrangères qui acceptent ces textes avec complaisance pour en faire des nouvelles officielles, mais surtout d'autres journalistes locaux qui se contentent ensuite de faire des synthèses aux titres outranciers pour ensuite culpabiliser le citoyen.

Et la boucle est bouclée.

21 septembre 2015

Grèce: une élection pour rien

Largement disparue des écrans radars face à une actualité concentrée sur les problèmes migratoires, la Grèce n'en continue pas moins d'exister - et votait ce week-end pour renouveler son Parlement après la convocation de nouvelles élections par son Premier Ministre Alexis Tsipras.

Pour comprendre le sens de ce scrutin, il faut le remettre dans son contexte du mois de juillet: malgré le succès de son référendum anti-austérité remporté haut la main, mis au pied du mur face à une expulsion de la zone euro, Alexis Tsipras avait finalement accepté absolument toutes les conditions articulées par la Troïka.

Cédant sur l'ensemble de son programme, il amena à la Grèce des contraintes bien pires que celles qu'il avait demandé aux citoyens grecs de repousser par référendum en premier lieu. L'effondrement des positions de M. Tsipras face aux revendications européennes et le déni démocratique du référendum amenèrent une frange importante des députés de Syriza à entrer en rébellion ouverte contre leur Premier Ministre. Cela n'empêcha certes pas les réformes réclamées par la Troïka de commencer à être votées (l'opposition pro-européenne suppléant les rebelles du bloc gouvernemental pour constituer une nouvelle majorité) mais posait la question de la continuité du gouvernement Tsipras sur le long terme.

Plutôt que d'attendre une motion de censure qui finirait immanquablement par passer, Alexis Tsipras choisit donc la voie des urnes pour réaffirmer (ou non) sa majorité.

L'homme a brillamment remporté son pari:

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Les scores des élections grecques et la progression des partis politiques depuis janvier
(cliquez pour agrandir)

La victoire d'Alexis Tsipras laisse malgré tout un goût amer chez les Grecs, qui n'ont guère manifesté de joie à l'issue d'un scrutin finalement dénué de surprise. Parmi les autres aspects du vote, la progression régulière d'Aube Dorée, désormais troisième force politique du pays, et un taux d'abstention de 43.45% alors que le vote est sensé être obligatoire. Les Grecs - et en particulier les jeunes - semblent renoncer à l'idée d'un changement par les urnes ; au vu du résultat il est difficile de penser autrement.

Les nombreux citoyens grecs déçus par le spectaculaire revirements du politicien avaient deux choix pour le sanctionner. Premier choix, soutenir les dissidents de Syriza, qui préféraient respecter le référendum de juillet quitte à sortir la Grèce de la zone euro. Las! Leur nouveau parti, Unité Populaire (LAE ci-dessus) ne parvient même pas à dépasser le quorum des 3% pour entrer au Parlement.

Tant qu'à se soumettre à la Troïka, le second choix revenait quant à lui à opter pour n'importe quel autre parti pro-européen aux ordres de Bruxelles que compte le pays, Syriza ne se distinguant plus guère de ce groupe depuis juillet. Las encore! Le poulain le plus probable, Nouvelle Démocratie, ne gagne qu'un maigre 0.3% des suffrages depuis les élections du début de l'année.

En fin de compte, les électeurs grecs ayant choisi de se déplacer ont montré qu'ils préféraient l'inconstant Tsipras et ses manœuvres indéchiffrables à toute autre alternative. Mieux vaut un diable qu'on connaît...

La démocratie grecque en sort malgré tout affaiblie. En déroulant le tapis rouge à un élu qui les a ouvertement bernés, les Grecs ont montré qu'on pouvait se jouer de leur opinion et revenir deux mois plus tard aux affaires par la grande porte. Comment être encore pris au sérieux par les politiciens après cela?

14 septembre 2015

Adieu, Schengen

Refugees_Munich.jpgEt voilà. L'Allemagne ouverte et généreuse de Mme Merkel, affirmant il y a une semaine encore que les hordes de migrants étaient bienvenues, vient de réinstaurer "temporairement" les contrôles aux frontières et donc de suspendre de facto sa participation à l'Espace Schengen. Et bien que cela ne fasse pas autant les gros titres des journaux, la République Tchèque a eu la même réaction.

Peu de gens posent la question du pourquoi. L'explication tient en deux temps. Premièrement,  les autorités allemandes sont submergées. Plus de dix-sept mille migrants sont arrivés à Munich ce week-end, soixante-trois mille depuis le 31 août. On ne sait plus où les mettre. Deuxièmement, les migrants entrent en Allemagne à travers la frontière autrichienne, c'est-à-dire en Bavière, une zone traditionnellement dévolue à la CDU-CSU - qui ne veut pas de cette marée humaine - alors que les appels à une répartition entre Länder allemands restent vains.

Réalisant qu'elle était en train de dynamiter sa propre base électorale, la Chancelière fit brutalement machine arrière. La fête est finie, titre la presse, mais les dégâts sont là.

Déni de réalité

Face à un tel revirement il y aura toujours des croyants imperméables à toute réalité (mettez le gouvernement suisse en place d'honneur) pour ne pas comprendre que la Chimère de la libre-circulation est morte. Les spin doctors sont en alerte rouge ; ils ont déjà commencé à travailler l'opinion publique au corps pour expliquer que tout cela ne signifie rien en réalité, que nous n'assistons qu'à une fermeture temporaire de certaines frontières comme entre l'Allemagne et l'Autriche et que cela ne concerne que les réfugiés syriens, donc finalement - insérez une petite quinte de toux ici - tout ceci n'est qu'un petit écueil sur la voie de l'unité européenne pure et parfaite et voilà, hum, bon, on ne va pas en faire un fromage non plus.

En vérité, divers mensonges à l'intention du bas-peuple viennent de se fracasser sur le mur de la réalité.

Dans quel tiroir est partie se cacher la fable de ces travailleurs syriens hautement qualifiés, ce capital humain prêt à contribuer aux régimes socio-démocrates européens, qui sauveraient notre natalité et nos retraites par répartition? Tout d'un coup l'apport de richesse était tellement énorme, on nageait dans la prospérité, c'était un peu trop fort, il fallait y mettre le holà, c'est cela? Une croissance allemande trop vigoureuse aurait gêné ses partenaires plus prudents ou moins attractifs? Hum, pas vraiment.

La fable s'évacue sans doute dans le même égout que les belles déclarations invoquant la solidarité universelle européenne et le devoir d'assistance sans limite à toute la misère du monde, qui n'était pas plus tenable à défaut d'être crédible.

Oui, la politique allemande de la porte ouverte aura tenu une semaine. Une semaine de trop. Une semaine d'espoirs illusoires pendant laquelle se jetèrent sur les routes des dizaines de milliers d'immigrants économiques - au point de quitter leurs camps en Turquie et au Liban - pour caresser le rêve absurde d'un Pays de Cocagne chanté par Mme Merkel-la-généreuse. Même des Algériens. Et le gros de la troupe est encore en transit, notez bien. Ce trop-plein va être un tout petit peu plus difficile à gérer.

Qui commande en Europe

Mme Merkel a le droit de changer d'avis. Elle use d'ailleurs de cette liberté avec abandon. N'affirmait-elle pas en 2010 que le modèle multiculturel allemand avait "totalement échoué"? Puis il y a une semaine que l'Allemagne était un "pays d'espoir" pour les migrants? Avant de laisser dimanche un de ses ministres dire que le contrôle des frontières extérieures de l'UE est un "échec complet"?

Pouvoir dire une chose puis son contraire sans jamais être pris en défaut est sans doute la marque des grands politiciens ; Angela Merkel est bien au-delà. Elle prône des positions incompatibles simultanément. L'Espace Schengen est à la fois un pilier indiscutable de la construction européenne et un mécanisme à suspendre la veille d'un sommet européen. Il faut accueillir en Allemagne les réfugiés par charité chrétienne mais en même temps forcer les autres pays de l'UE à faire de même. Il faut sauver le peuple syrien mais aussi tenir fermement les frontières extérieures de l'Espace Schengen. Les migrants sont une chance pour l'Allemagne, toutefois on ferme les frontières parce que trop c'est trop. Quel talent!

Qu'on imagine le scandale et l'indignation continentale si la même décision de fermer une frontière eut été prise par, disons, la Pologne! Mais lorsque l'Allemagne fait entendre sa voix, chacun se tait. La décision unilatérale de l'Allemagne et l'absence de critique qui en résulte montrent aux yeux de tous, s'il en était encore besoin, qui commande réellement l'Union Européenne.

Le nain de jardin rouge à croix blanche

summaruga_merkel.jpegLa liberté d'action que s'autorise l'Allemagne en suspendant unilatéralement les Accords de Schengen renvoie douloureusement à la veulerie du gouvernement suisse face aux décisions votées démocratiquement par le peuple helvétique.

Depuis des années la Suisse subit une immigration dix fois supérieure à ce qui était prévu lorsque la population décida - avec une grande naïveté - d'adhérer à l'espace de libre-circulation européen. Depuis, deux initiatives majeures, le renvoi des criminels étrangers et le rejet de l'immigration de masse, sont passées par là ; les deux impliquent clairement un retour de la surveillance des frontières.

Mais ni l'immigration européenne incontrôlée subie par la Suisse depuis des années, ni les votations populaires, ni l'urgence de la déferlante migratoire en provenance d'Afrique et du Moyen-Orient n'ont changé d'un iota la trajectoire voulue par le Conseil Fédéral. La libre-circulation et l'appartenance à l'Espace Schengen doivent être maintenus à n'importe quel prix.

Samedi encore, par le biais de sa présidente Simonetta Sommaruga, le gouvernement suisse se réjouissait de participer au mécanisme de répartition des réfugiés, alors même que la Suisse n'est pas membre de l'Union Européenne et que rien ne l'y oblige.

Un futur, plusieurs impasses

L'Union Européenne est en proie à une contradiction insoluble entre un espace de libre-circulation idéologiquement crucial à sa construction, et une masse virtuellement infinie de migrants se pressant à ses portes.

L'Allemagne souhaite perpétuer "l'esprit de solidarité et d'ouverture" de l'Union Européenne à travers un projet de répartition contraignante des migrants. Selon sa population et sa richesse, chaque pays de l'Espace Schengen aurait l'obligation de prendre en charge, non une certaine quantité de migrants, mais une certaine proportion de migrants. Soit par exemple, pour un pays donné, 30'000 migrants s'ils sont un demi-million à entrer en Europe... Et 300'000 s'ils sont dix fois plus nombreux.

Sachant que l'Allemagne décide, la pression sera forte pour adopter ce programme. La réticence des pays d'Europe de l'Est semble pour l'instant résolue. Mais quelles que soient les joutes politiques la faiblesse fatale de ce plan tient dans sa construction même: comment forcer des centaines de milliers de migrants à s'installer dans des pays dont ils ne veulent pas? C'est précisément la base de ce qui les a jeté sur les routes en direction de l'Allemagne!

Si la répartition des migrants est un objectif contraignant pour les membres de l'Espace Schengen, la contrainte vaudra également pour les migrants eux-mêmes. L'Europe de demain va être belle à voir: camps d'internement, collecte systématique d'empreintes génétiques, relocalisation sous bonne garde de milliers de personnes dans leur pays d'attribution... Le tout alors que le business des passeurs sera florissant à l'intérieur même de l'Europe.

Dans tous les cas et en particulier pendant que les discussions à haut niveau s'éternisent, l'Espace Schengen tels que nous l'avons connu est mort. Dans les plus brefs délais, davantage de frontières seront gardées et il faudra à nouveau sortir des documents d'identité à l'intérieur de l'Union.

Le gouvernement suisse continuera-t-il à être le seul et dernier bon élève de la libre-circulation, quoi qu'il en coûte au pays? Réponse le soir du 18 octobre.

04 septembre 2015

L'affaire Aylan Kurdi, suite et fin

Hier je postais un billet dénonçant l'instrumentalisation par les médias et la classe politique de la mort d'Aylan Kurdi, enfant noyé infligé en cinq colonnes à la une au grand public pour faire avancer la cause de l'immigration de masse de "réfugiés" partout en Europe.

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Je rappelais également, encore une fois, que les réfugiés deviennent de simples immigrés économiques dès lors qu'ils voyagent de pays en pays sans plus être en danger de mort, et que le peu que nous connaissions de l'histoire de ce petit garçon correspondait hélas à cette description...

Depuis, l'information filtre petit à petit et confirme largement cette version.

Si Aylan Kurdi est bien mort noyé, l'histoire vendue par des journaux cherchant à apitoyer le grand public est assez loin de la vérité. Comme souvent, il faut aller chercher un autre son de cloche dans la presse étrangère. C'est le Wall Street Journal qui s'en charge, sans même chercher à polémiquer, livrant du naufrage une image tout à fait différente en donnant la parole à la sœur du père survivant, habitant au Canada, pour en expliquer le contexte.

Le texte qui suit est donc une traduction de divers paragraphes de l'article original en anglais, plus une mise en gras des éléments saillants:

M. Kurdi [le père du petit Aylan] amena sa famille en Turquie il y a trois ans après avoir fui les combats d'abord à Damas, où il travaillait comme barbier, puis à Alep, puis à Kobané. Sa page facebook montre des images de la famille à Istanbul, traversant le Bosphore et donnant à manger aux pigeons à côté de la célèbre Yeni Cami ou Nouvelle Mosquée.

Mercredi depuis son lit d'hôpital, M. Kurdi expliqua à une radio syrienne qu'il avait travaillé sur des sites de construction pour 50 livres turques par jour - environ 17 dollars - mais que ce n'était pas suffisant pour en vivre. Il dit qu'ils dépendaient de sa sœur, Tima Kurdi, qui vivait au Canada, pour les aider à payer le loyer.

Mme [Tima] Kurdi, parlant jeudi depuis une banlieue de Vancouver, expliqua que leur père, toujours en Syrie, avait suggéré à Abdullah d'aller en Europe pour faire soigner ses dents et de trouver un moyen d'aider sa famille à quitter la Turquie. Elle dit qu'elle commença à envoyer des virements bancaires à son frère trois semaines plus tôt, en montants de mille euros, pour l'aider à payer le voyage.

Peu de temps après, elle dit que son frère l'appela et lui affirma qu'il voulait amener toute sa famille en Europe, sa femme n'étant pas capable de s'occuper de leurs deux garçons seule à Istanbul.

Mme Kurdi se souvient des propos que lui tenait son frère: "Si nous partons, nous partons tous". Elle dit qu'elle parla à sa femme la semaine dernière, laquelle lui confia sa peur de l'eau alors qu'elle ne savait pas nager.

Je lui ai dit "Je ne peux pas vous pousser à partir. Si vous ne voulez pas y aller, ne partez pas", explique-t-elle. "Mais je suppose qu'ils décidèrent qu'ils voulaient le faire tous ensemble.“


Puis Abdullah Kurdi donne une description de la nuit fatidique:

"Nous étions parti en mer depuis quatre minutes et alors le conducteur du bateau vit que les vagues étaient hautes, ensuite il vira de bord et nous fûmes frappés immédiatement. Il paniqua et s'enfuit en plongeant dans la mer. Je pris les commandes et commençai à virer, mais les vagues étaient si hautes que le bateau se retourna. Je pris ma femme dans mes bras et je réalisais qu'ils étaient tous morts."


Le récit est quelque peu confus mais on le serait à moins. L'embarcation chavira très près de la côte, ce qui explique sans doute pourquoi le "courageux capitaine" préféra directement se jeter dans la mer en pleine tempête. Se pourrait-il qu'il y ait eu une dispute à bord entre ceux qui voulaient avancer coûte que coûte et ceux qui souhaitaient faire demi-tour? Cela expliquerait l'attitude étrange du capitaine sautant à l'eau, mais nous n'aurons probablement jamais le fin mot de l'histoire.

M. Kurdi avait payé 4000 euros pour la traversée jusqu'en Grèce, à seulement quelques kilomètres de là. Quatre Syriens suspectés d'être les passeurs ont été arrêtés depuis.

En Turquie, la famille Kurdi vivait pauvrement mais en sécurité depuis trois ans - Aylan manqua de peu de naître là-bas. Ils quittèrent le pays pour des motifs discutables, mais sans menace directe pour leur survie ; enfin, ils payèrent le voyage grâce à de l'argent envoyé par des membres de leur famille au Canada pour s'offrir les services d'une bande de passeurs.

La mort d'Aylan Kurdi est avant tout un accident, un mélange d'imprudence, d'impatience et de malchance transformant de très mauvais choix en drame. L'histoire de cette famille est triste et terrible mais très éloignée de la légende qu'on en tisse, et le père lui-même en tire une conclusion radicalement différente lorsqu'il appelle à plus de solidarité de la part des pays arabes:

En pleurs, Abdullah Kurdi a assisté à l'enfouissement des corps au cours d'une "cérémonie des martyrs" dans la ville à forte majorité kurde située à la frontière turque. Il a dit espérer que la mort de ses proches encouragerait les pays arabes à venir en aide aux réfugiés syriens. "Je veux que les gouvernements arabes, pas les pays européens, voient (ce qu'il est arrivé) à mes enfants et en leur nom, qu'ils apportent leur aide", a-t-il dit dans une vidéo diffusée sur le site internet d'une radio locale.

 

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Les riches pays arabes à l’Union Européenne :
« Bon sang, ouvrez la porte aux réfugiés syriens, bande de glandeurs indifférents ! »

Le grand public n'est d'ailleurs pas dupe ; des sondages en ligne sur plusieurs journaux (rapidement balayés sous le tapis) montrent que pour 80% des internautes cette affaire n'a pas changé leur perception de la crise des migrants. Mais, pour les décideurs de l'Europe, peu importe les sondages ; ils ont une excuse et c'est tout ce qu'il leur faut. La mort de ce petit garçon leur donne le prétexte qu'ils attendaient pour ouvrir toutes grandes les frontières de l'Europe et précipiter son destin.

Mise à jour (6 septembre 2015): une photo très différente du corps d'Alyan Kurdi circule sur le réseau:

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Elle tend à accréditer la thèse d'une mise en scène du cadavre, déplacé sur un coin plus charmant de la plage pour qu'il soit plus "photogénique". Il ne semble décidément pas y avoir de limites à l'indécence lorsqu'il s'agit de faire plier l'opinion publique.

Mise à jour (8 septembre 2015): La blogosphère ose prononcer l'hypothèse indicible: le père n'aurait pas été sur le bateau.

Le père aurait envoyé sa femme et ses enfants seuls - sans gilet de sauvetage alors qu'aucun ne savait nager. Ce qui expliquerait pourquoi il a raconté tantôt avoir rejoint la plage à la nage, tantôt avoir été secouru par les garde-côtes ; pourquoi il a été le seul survivant du naufrage, totalement indemne ; pourquoi il aurait découvert le sort de ses enfants dans la presse et leur corps seulement une fois arrivé à l'hôpital, contrairement à plusieurs variantes de son récit où il dit les avoir vu mourir devant ses yeux ou dans ses bras.

On sait également qu'ils n'ont jamais déposé de demande d'asile au Canada, et non que cette demande aurait été "refusée" comme les premières versions du récit l'affirmaient.

Enfin, des internautes font remarquer que, outre le fait qu'ils vivaient paisiblement en Turquie depuis trois ans avec la branche canadienne de la famille payant le loyer à leur place, ils n'avaient pas non plus fui l'Etat Islamique quel que soit l'endroit où la famille prétendait se trouver auparavant ; ni Damas, ni Alep, ni Kobané n'étaient le moins du monde menacés par l'Etat Islamique en 2012, époque où la guerre civile syrienne commençait à peine à poindre à l'autre extrémité du pays.

A aucun moment ils ne furent donc des réfugiés, même lors de leur installation en Turquie.