21 janvier 2014

L'Or du Rhin

La banque centrale allemande pourrait avoir beaucoup moins d'or que ce qu'indiquent ses livres de compte, avec des conséquences imprévisibles sur les relations entre les pays et le système financier mondial.

or_du_rhin.jpgDans l'opéra de Wagner, l'Or du Rhin rend fou ses détenteurs et provoque une guerre entre les dieux. Il pourrait y avoir quelque chose de wagnérien dans la crise à venir... Traduisant ZeroHedge:

Un an après l'annonce stupéfiante - suscitée par les révélations de Zerohedge - de rapatrier 674 tonnes d'or de la Fed de New York et de la Banque de France, la Bundesbank n'a réussi à transférer qu'un maigre volume de 37 tonnes. Ce montant ne représente que 5% de l'objectif annoncé, bien en-dessous des 84 tonnes que la banque devrait annuellement recevoir pour rassembler les 674 tonnes escomptées dans l'intervalle de 8 ans entre 2013 et 2020.

La publication de ces chiffres quant à la lenteur du transfert a promptement entraîné la colère des Allemands et suscité de nombreuses allégations selon lesquelles l'or ne serait simplement plus en possession de ses gardiens outre-atlantique, aurait été loué, ou pire, vendu sans la moindre annonce formelle ou informelle. Les "théoriciens du complot" ne vont certainement pas se calmer en lisant l'article du 19 janvier du journal Die Welt où l'on apprend que seules 5 petites tonnes d'or furent envoyées depuis la Fed de New York. Le reste vient de Paris.


Bien sûr, l'article original du journal allemand s'empresse de livrer des justifications rassurantes: l'or serait livré depuis Paris plutôt pour des raisons de logistique ; le lingot américain aurait en outre un format moins approprié nécessitant une refonte.

Comme le dit la sagesse populaire, une bonne excuse suffit. Pourquoi en apporter deux? Et si l'une ou l'autre de ces explications est parfaitement convenable, pourquoi l'or est-il livré à la fois de New York et de Paris? Et pourquoi dans des volumes si faibles en comparaison de ce qui est dû à la Bundesbank?

On peut donner foi aux explications officielles, aussi incomplètes soient-elles. On peut penser aussi que les débiteurs de la "Buba" (le surnom de la banque centrale allemande) ont eu le plus grand mal à rassembler des lingots en quantité suffisante et font ce qu'ils peuvent pour faire illusion. Cette hypothèse de travail collerait davantage avec les tensions relevées ici-même sur l'or physique.

Mais la véritable nouveauté vient du canal choisi pour diffuser l'information. D'orientation conservatrice, Die Welt est un des trois plus grands quotidiens allemands. Pour la première fois, les préoccupations sur le retour de l'or allemand au pays sont exposées au grand public.

Le stade de la rumeur est dépassé. La population sait désormais, et parmi elle des politiciens. Comme la situation n'est pas vraiment à l'apaisement il y a peu de chances que l'inquiétude s'éteigne, malgré les manœuvres de la Fed et de la Banque de France. Si n'importe quelle banque centrale a des coffres moins bien remplis que ce que prétend sa comptabilité, il va être bientôt impossible de le cacher.

Tout le système international repose in fine sur la confiance entre les acteurs qui en font partie: confiance entre les investisseurs, envers les institutions, envers les publications de bilans financiers et les estimations des agences. Dans le genre, il sera difficile de lui porter un coup plus dévastateur que l'aveu de la disparition du stock d'or de la Buba, confié à ses alliés il y a un demi-siècle pour le protéger d'une éventuelle invasion de la République Fédérale d'Allemagne par l'Armée Rouge.

L'effondrement du château de carte financier pourrait-il venir d'Allemagne?

15 janvier 2014

Hollande, Schettino, même combat

François Hollande n'est pas un capitaine de pédalo, même si son seul antécédent dans un exécutif en Corrèze évoque l'image. François Hollande n'est pas non plus, Dieu nous en préserve, le capitaine du Titanic ; Edward Smith était un commandant agréable, imposant et à l'écoute, dont le destin tragique fut lié à des circonstances indépendantes de sa volonté. M. Smith était aimé et respecté de ses hommes comme de ses passagers ; même la légende selon laquelle il aurait demandé à pousser le navire pour lui faire remporter le Ruban Bleu est sans fondement, le Titanic ne pouvant pas rivaliser avec le détenteur du record à l'époque, le Mauretania.

Non, vraiment, si on doit comparer François Hollande à un capitaine, seul Francesco Schettino vient à l'esprit.

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Ce n'est pas le France, mais il y a de l'idée.

Pensons aux dernières heures de la carrière du capitaine du Costia Concordia: alors que son navire devait passer dans un chenal de 15 km entre l'île de Giglio et la côte de Porto Santo Stefano, après avoir dîné et bu avec sa maîtresse moldave Domnica Cermortan, il décida de faire l'Inchino - la révérence - en forçant le paquebot à aller au plus près de la côte, juste pour l’esbroufe. Beaucoup trop près. Le naufrage fit 32 victimes et le comportement minable de l'individu pendant la catastrophe est entré dans la légende.

Bien sûr, il y a quelques différences entre le capitaine italien et le président français. Par exemple, le premier était à l'époque officiellement marié avec des enfants ; aujourd'hui, le second trompe sa maîtresse officielle avec une deuxième maîtresse. Ce n'est pas pareil, même si en termes d'irresponsabilité, on s'y retrouve.

france,françois hollande,humourA aucun moment Francesco Schettino n'a osé prétendre que ce qui s'était passé ce soir-là relevait de la vie privée, et pour cause. Il est piquant d'entendre le président français clamer de son côté que "les affaires privées se traitent en privé" lorsque le chef de l'Etat, détenteur des codes de la force de frappe nucléaire française, est amené à cause de ses pulsions sexuelles à s'exposer sans protection face à un paparazzi plusieurs jours de suite, alors qu'ils se rendait auprès de sa Julie (Gayet). Et, puisque nous en sommes à l'inventaire du quinquennat irréprochable, il est bien sûr question aussi de l'argent des contribuables. Combien de bureaux et d'appartements, combien de conseillers particuliers, combien de sièges de luxe en voyage sont réservés pour les différentes courtisanes du président?

Pauvre Valérie Trierweiler! Affaiblie et à l'hôpital, son titre de maîtresse officielle vaut encore moins qu'avant. Dure dégringolade pour celle qui a rompu ses vœux de mariage pour un politicien. L'apprentissage de la vie, dira-t-on.

On a beau jeu de se moquer des Américains et de leur sacro-sainte morale, mais quelque part, ils sont plus cohérents que nous autres européens lorsqu'ils prétendent exiger un président exemplaire jusque dans sa vie privée. Il y a de l'hypocrisie là-dedans, c'est évident, mais on ne peut s'empêcher de penser: que valent les promesses publiques d'un homme incapable d'assumer ses engagements même dans ses relations les plus intimes?

Après la gestion piteuse du mariage homosexuel, après l'affaire Léonarda, après l'affaire Dieudonné, François Hollande semble réduire la fonction présidentielle à sa propre posture: un zeste de ridicule, à côté des vrais enjeux, sans envergure aucune. Espérons que cela se terminera mieux pour la France en crise que pour le Costa Concordia, mais à voir le capitaine, rien n'est moins sûr.

Ce dernier épisode évoque plus que n'importe quel autre un vaudeville bien français: un homme à femmes, des révélations, des mœurs légères et quelques quiproquos amusants.

Et des cocus, beaucoup de cocus.

18 décembre 2013

Une histoire de quenelle

Pour le commun des mortels, la quenelle est une spécialité culinaire lyonnaise savoureuse à base de semoule de blé dur ou de farine, de beurre, d’œufs, de lait et d'autres assaisonnements.

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La quenelle, avant.

Malheureusement, depuis quelques temps la quenelle est devenue tout autre chose, un geste antisémite lancé par un certain M. Dieudonné, prétendument humoriste, lui-même courroie de transmission d'Alain Soral, prétendument intellectuel. Les adeptes de la gastronomie lyonnaise leur en voudront éternellement, ne serait-ce qu'à cause de la confusion.

A ce stade une première interrogation saisit le lecteur: la quenelle, antisémite?

Selon Alain Soral, la "quenelle" de Dieudonné n'a rien d'antisémite. Elle n'est que le symbole de ralliement, potache et subversif, servant à dire "merde au système" (j'avais prévenu, nous naviguons dans les hautes sphères de la pensée). MM. Soral et Dieudonné ont donné une forme visuelle à leur expression, qui consiste à avoir un bras tendu vers le bas et à placer son autre main sur l'épaule. Une forme de salut nazi détourné ou de bras d'honneur modifié, selon les interprétations.

Ont ainsi commencé à fleurir sur les réseaux sociaux une ribambelle de photos en situation où divers individus se livrent le plus joyeusement du monde à des "quenelles" ici ou là (dont beaucoup par des agents de la force publique, des pompiers ou d'autres fonctionnaires, ce qui rend assez piquante leur dénonciation d'un "système" dans lequel ils s'ébattent avec délice).

Mais ces images donnent aussi lieu à pas mal de dérapages, dirons-nous pudiquement. Une quenelle devant une synagogue par des militaires français du plan Vigipirate? Devant un musée de la Shoah? Devant un panneau de la Rue "Dufour"? Un blog répertorie les clichés de ce genre par dizaines. Tous ceux qui se livrent à des quenelles ne sont pas des antisémites patentés, mais on ne peut pas dire non plus de la quenelle qu'elle soit totalement neutre, ceux qui l'ont inventée n'étant pas vraiment au-dessus de tout soupçon.

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Quenelle d'Alain Soral, du parti Egalité & Réconciliation (sic), au mémorial de la « Shoah » à Berlin.
Pure coïncidence.

Dieudonné lui-même posait fièrement en faisant une quenelle sur l'affiche de son parti antisioniste...

Il n'en fallait pas plus pour que la LICRA (Ligue contre le Racisme et l'Antisémitisme) ne s'empare de l'affaire et ne s'indigne par le biais de son président Alain Jakubowicz. Nous sommes en France: la liberté de pensée n'existe pas, et la liberté d'expression encore moins. La quenelle aurait pu finir par s'étioler et disparaître comme n'importe quel buzz idiot qu'Internet suscite chaque mois, mais non, la vigilante surveillance des gardiens du temple garantit au phénomène un écho retentissant. La quenelle est décrétée antisémite, accomplir une quenelle vaut donc un aller simple vers l'enfer (ou au moins quelques soucis professionnels).

De leur côté, les partisans de la quenelle n'hésitent pas à monter en épingle ces cas pour prouver que le "système" s'évertue à diaboliser et nazifier la quenelle, précisément pour mieux étouffer et délégitimer ceux qui le remettent en cause. Je fais la quenelle, on m'opprime, donc la quenelle gêne! Donc j'ai raison!

La quenelle n'a rien d'anodin. Je pense qu'il y a beaucoup moins de "quenelleurs" ignorant l'aspect antisémite de leur geste qu'on veut bien le dire ; on se rebelle à peu de frais contre un système, mais aussi un peu les juifs sur les bords.

Pourtant, l'attitude consistant à essayer d'interdire la quenelle est tout aussi grotesque. Outre l'impossibilité de faire respecter une telle interdiction, les adeptes de la force légale estiment-ils vraiment qu'empêcher les gens d'exprimer un geste antisémite supprimera leurs pensées antisémites du même coup? C'est d'une naïveté touchante!

La société française est percluse d'antisémitisme. L'épisode pétainiste de la seconde guerre mondiale et l'horreur face aux crimes nazis mirent un frein à l'expression de telles opinions en public, mais une bonne partie des Français continua d'en penser pas moins. Depuis quelques années, l'antisémitisme musulman décomplexé des immigrés et de leurs descendants a donné un nouveau souffle à ce sentiment, s'alliant à merveille à celui des élites institutionnelles à l'encontre d'Israël.

Islam, conflit israélo-palestinien, finance apatride, système politico-économique soit-disant dominé par des groupes occultes, fronde anti-gouvernementale, tout est en place pour une bonne manifestation de quenelles.

Utilisant les menaces et la censure comme un oreiller de paresse, la LICRA et le CRIF (Conseil Représentatif des Institutions juives de France) se lancent dans un combat qu'ils ne peuvent gagner. On ne peut pas interdire la quenelle; la censure, toujours et partout, renforce la cible en la faisant passer pour une victime (même les adeptes de la censure anti-nazie feraient bien de s'en rappeler). A la place il faut expliquer, discuter et convaincre. Cela réclame plus d'efforts, c'est certain. Compte tenu du niveau du débat en France, il n'est même pas sûr que cela soit encore possible.

Alors, les quenelleurs continueront à queneller dans la joie et l'impunité, tout émoustillés par le sentiment grisant - et parfaitement illusoire - de défier le monde. Heureusement qu'en France il n'y ait rien de plus urgent.

20 novembre 2013

Destin français

Ce mardi, le ministre de l'Écologie, Philippe Martin, indiqua une suspension de l'écotaxe "jusqu'à la remise à plat de la fiscalité globale". Un report sine die en langage clair. Le ministre fut pourtant désavoué par son supérieur Jean-Marc Ayrault le jour même: l'écotaxe serait de retour en juin 2014.

helico.jpgCet épisode n'est qu'un cafouillage de plus dans un pays où la confusion règne de la base au sommet. Comment mettre en place l'écotaxe, d'ailleurs? Les portiques encore debout doivent être surveillés en permanence par des escadrons de gendarmes mobiles tandis que les hélicoptères de police patrouillent de nuit pour essayer de sauver les radars routiers bretons du vandalisme... A l'instar d'une mafia, les quelques moyens dont dispose encore l'Etat français semblent exclusivement réservés à la préservation des infrastructures qui lui rapportent de l'argent.

Le solde sert sans doute à préserver de la foule un gouvernement historiquement impopulaire. Avec une cote d'amour présidentielle tournant autour de 15% d'opinions favorables, il vaut mieux être sur ses gardes. François Hollande est peut-être plus en sécurité en prenant la parole depuis son voyage en Israël que du perron de l'Elysée. En outre, il a probablement plus à dire à la Knesset qu'aux citoyens français.

Le président n'a pas de vue d'ensemble. Ce n'est pas surprenant. Lorsque l'horizon ressemble à un mur, la myopie devient une forme de défense. Mais qu'attend-t-on de lui au juste? "Le réflexe français est toujours celui d'attendre un sauveur", assure Dominique de Villepin, ancien premier ministre à n'avoir jamais affronté la moindre élection. L'homme providentiel est attendu avec impatience, puisqu'il est doté de pouvoirs magiques permettant de résoudre tous les problèmes sans effort. C'est presque dommage qu'il n'existe pas.

François Hollande est fidèle à son époque. En guise de génies désintéressés, la France n'a subi qu'une succession de politiciens aussi carriéristes qu'inefficaces. Même Jacques Chirac aurait été proprement laminé dès 2002 s'il n'avait été opposé à l'infréquentable patriarche du Front National. Magie de la démocratie française, il réussit le tour de force d'être élu à plus de 80% tout en étant méprisé par tout le monde. Son successeur Nicolas Sarkozy suscita l'enthousiasme en plaidant un programme de réforme, mais se contenta ensuite de naviguer à vue en commandant d'innombrables sondages pour mieux savoir comment être populaire. Las! A force de vouloir plaire à tout prix on se fait détester. L'affaire Strauss-Kahn fut le dernier coup du sort jetant sur le devant de la scène François Hollande, un président normal, basique, étriqué, sans épaisseur et sans programme. Bonne pioche.

Francois_Hollande_inaction.jpgÉlu sur un malentendu, François Hollande est à peu près aussi éloigné qu'on puisse l'être de toute définition de l'homme providentiel. Mais l'individu aime le pouvoir - il n'a fait que le cultiver toute sa vie - et n'y renoncera pas. Il pourrait même le conserver en 2017 à la faveur d'un second tour contre Marine le Pen. Le pari est dangereux mais il tentera sa chance. Le tout est de bien doser les remaniements ministériels et les dissolutions. Si la tendance est au quinquennat unique, le temps des intrigues n'est pas terminé.

Pour la France - le pays réel, pas le microcosme parisien des élites politiques et médiatiques - l'avenir a un goût de brouet. Taxée jusqu'à l'étranglement, la population voit la fuite ou la médiocrité comme seules solutions. Plus d'un tiers des 18-34 ans veut s'expatrier, selon un sondage récent, qui ne tient évidemment pas compte des centaines de milliers de jeunes à avoir déjà plié bagages. Le départ des forces vives n'a rien d'original quand l'argent quitte aussi le pays ou disparaît des circuits officiels pour rejoindre l'économie souterraine. Resteront en France les personnes âgées, les assistés sociaux, des combinards travaillant au noir, et quelques grosses entreprises faisant de toute façon l'essentiel de leur chiffre d'affaire hors des frontières hexagonales.

Sans même chercher à faire des économies, pas facile de boucler un budget dans ces conditions, évidemment. Il n'est donc pas surprenant que la France n'y arrive pas. Bruxelles a accepté du bout des lèvres celui de Paris pour 2014, mais ne nous y trompons pas: il s'agit juste de ménager un pays important avant des élections européennes où les contestataires ont le vent en poupe. Comme "le pays n'a aucune marge de manœuvre", pour reprendre les mots d'un commissaire européen, il est parfaitement fantaisiste d'imaginer que les courbes tracées jusqu'en 2015 résistent à la récession dans laquelle retombe l'économie...

La France n'évolue pas, ne se réforme pas, elle se désagrège. Tous les voyants sont au rouge, certains plus vifs que d'autres: note des agences, chômage, croissance, dette publique, déficits, prélèvements obligatoires, consentement à l'impôt, tissu social, intégration... Quant à deviner d'où viendra le coup de grâce, il est probable qu'il vienne de la fiscalité. Des recettes moindres que prévues et tous les compteurs exploseront. C'est pour bientôt.

La France n'a plus qu'un rôle à jouer, celui de l'exemple à ne pas suivre.

Dans quelques années, en regardant en arrière, les Français se lamenteront du temps perdu, de ces années gâchées dans des réformes cosmétiques sans jamais s'atteler au fond. François Hollande n'est visiblement pas le président des réformes, c'est un fait. Mais qu'aurait-il eu à perdre à essayer? S'il s'était engagé sur ce sentier peu fréquenté, il aurait eu une chance de laisser pour de bonnes raisons son nom dans l'histoire et il n'est même pas certain que sa cote de popularité serait alors aussi basse qu'aujourd'hui.

13 novembre 2013

Quand l'Etat brise les familles

L'histoire révoltante de la semaine nous vient d'Italie où des parents viennent de se faire retirer la garde de leur enfant, leur enfant biologique, au prétexte qu'ils étaient trop vieux pour s'en occuper - une situation qui a ému même la rédaction du Matin.

italie,justice,familleGabriella Carsano et Luigi Deambrosis sont empêchés de revoir la petite fille qu'ils ont eu par procréation assistée, elle à 56 ans, lui à 62, après des années passées à tenter d'avoir un enfant. Leur faute? Avoir laissé le nouveau-né dans leur voiture à quelques mètres d'eux...

En allant faire des courses, le couple laisse la petite dans la voiture. Enfin laisser est un grand mot, selon leur avocat, qui expliquera aux juges saisis pour abandon de mineur que Luigi Deambrosis montait la garde quelques mètres plus loin.


Le couple sera finalement acquitté de l'accusation outrancière "d'abandon de mineur" mais la machine judiciaire s'est mise en branle et plus rien ne peut l'arrêter. Elle réclame du sang.

Deux jours après l'ouverture de l'enquête, les carabiniers frappent à la porte et emmènent l'enfant, âgée de 35 jours à peine. Le début d'un calvaire épouvantable qui durera trois ans. Le couple gagne le procès [sur l'abandon de mineur], mais ne réussit pas à récupérer la petite, placée dans une famille d'accueil. (...)


Douce image d'une police toquant à l'aube à la porte pour arracher un nouveau-né à ses parents... Écartons d'un revers de main les excuses banales comme la décision arbitraire d'un juge mal embouché: l'ensemble de l'affaire est complètement assumé par la justice italienne du début à la fin. Le dénouement survient après trois ans de lutte parce que les parents ont désormais perdu tous leurs recours, tant en appel qu'en cassation, donc devant toute une brochette de magistrats expérimentés. A tous les niveaux la même justification: trop vieux pour avoir un enfant.

Dans le dernier verdit, les magistrats de la Cour de cassation ont été extrêmement clairs: la différence d'âge entre les parents et l'enfant est trop importante. La fillette devra être adoptée et ses parents naturels ne pourront plus jamais la voir.


Dans la mesure où partout dans le monde les circonstances de la vie font que des millions d'enfants sont élevés par leurs grands-parents ou d'autres encore, ce jugement absurde cache évidemment quelque chose.

Un besoin narcissique de détruire une famille

La correspondante italienne du quotidien évoque l'aspect "social et affectif" de l'affaire face à une société avide de faire un enfant après la cinquantaine, mais il ne s'agit pas que d'une question technique liée à l'effet de la procréation assistée. Sur un autre média, on apprend que la cour - du haut de sa grande sagesse - dénonce "le besoin narcissique d'avoir un enfant".

Remercions nos parents d'avoir éprouvé pareil besoin narcissique, faute de quoi l'humanité aurait disparu depuis longtemps.

Certes, parents âgés dit parents grabataires à long terme ; la cour affirme ainsi, de façon péremptoire, que les parents "ne se sont jamais posé de questions sur le fait que leur fille se retrouvera orpheline très jeune et qu’elle sera contrainte de prendre soin de parents âgés".  Mais qu'en savent-ils? L'espérance de vie augmente sans cesse. Les parents pourraient avoir pris les précautions pour assurer leurs vieux jours, assurer leur fille contre les aléas de la vie, avoir des cousins ou des neveux prêts à aider plus tard... Ironiquement, la suppression de leur descendance par la cour garantit que les parents âgés seront dans leur vieillesse exclusivement à la charge de la société.

En lieu et place de catastrophes hypothétiques, la justice italienne a choisi de façon plus pragmatique d'infliger la douleur de la perte immédiatement. Mais aussi de faire un exemple.

Les décisions de justice absurdes ne sont parfois que le reflet des contradictions du législateur. Ici, les juges ont appliqué - avec toute l'inhumanité qu'il sied à leur robe - la loi italienne controversée sur la procréation assistée.

[La procréation assistée en Italie] n’est permise qu’à un « couple » répondant à différentes conditions. Les deux membres du couple doivent être majeurs, de sexe différent. Il doit s’agir d’un couple marié ou d’un couple vivant en concubinage. Les deux membres du couple doivent être « en âge de procréer » et ils doivent être vivants. Sont donc exclus de la procréation assistée les mineurs, les femmes seules, les couples d’homosexuels et les « madri nonne » (mères grands-mères).

 
En gros, ne sont autorisés à procréer avec assistance que les parents qui pourraient "traditionnellement" avoir un enfant, et donnez ici l'interprétation la plus conservatrice de ce terme. Mais qui aurait imaginé que ces limitations à la procréation assistée s'appliqueraient même après la naissance de l'enfant? Les juges italiens, des hommes sans aucun doute formés, cultivés et intellectuellement développés, n'ont pas hésité une seconde à se lancer dans cette trajectoire kafkaïenne. Leurs décisions sont plus évocatrices de leur humanisme que n'importe quel discours.

Pour échapper au carcan de restrictions légales absurdes, Gabriella Carsano et Luigi Deambrosis avaient fait comme des centaines d'autres italiens: ils sont allés à l'étranger. Mal leur en a pris, ils ont désobéi. Il fallait les punir pour leur outrecuidance. Pour l'exemple.

Que les Italiens souhaitant vaincre les faiblesses de la nature pour avoir une descendance sachent à quoi ils s'exposent: si la "justice" s'intéresse à leur cas, quelle que soit le prétexte, leur famille sera brisée.

Le tout dans l'intérêt de l'enfant, bien entendu. Nous ne sommes plus à un mensonge près.

01 novembre 2013

Français, à vos fourches!

En France, l'heure est à la révolte. Le gouvernement, à court de ressources, cherche par tous les moyens à récolter davantage d'argent sur le dos de Français qui n'en peuvent plus. Et qui le font savoir. Tondus, moutons, pigeons, enragés, libérés de la Sécu, autant de mouvements protestataires nés des délires fiscaux et de l'avidité des étatistes au pouvoir.

Deux épisodes récents sortent pourtant du lot: la taxation rétroactive des PEA, PEL et assurances-vie, et la révolte bretonne contre l'écotaxe.

Sur le papier, la première avait tout d'une opération de spoliation comme l'Etat français sait rondement les mener: un geste technique voté à la va-vite, une situation de fait accompli et une retenue sur des intérêts qui aurait malgré tout laissé une partie de son pécule à l'épargnant, donc pas de quoi se plaindre n'est-ce pas? La formule devait rapporter 600 millions d'euros aux comptes de la sécurité sociale en 2014. Depuis que le gouvernement a revu sa copie, les bénéfices escomptés pourraient être réduits de deux tiers, à supposer que le projet révisé ne soit pas entièrement rejeté par le Conseil Constitutionnel.

A l'arrivée, un improbable feuilleton comme le résume Thibault Doidy de Kerguelen. Mais pourquoi le gouvernement a-t-il fait partiellement marche arrière? La rétroactivité tant décriée n'est certainement pas en cause, puisqu'elle était un point central de la réforme fiscale, volontaire et assumée.

Selon moi, certains élu ont fait machine arrière lorsqu'ils ont réalisé qu'il y avait douze millions de PEL en France. Douze millions de petits épargnants, absolument pas riches, et pour longtemps dégoûtés des projets d'imposition socialistes. Le mal est probablement fait mais l'Etat français ne peut plus, ou n'ose plus, s'aliéner un si grand nombre de personnes.

france,fiscalité,révolutionVenons-en au deuxième épisode, l'écotaxe et les portiques bretons promptement "démontés" les uns après les autres. Le recul est à la fois plus récent et plus spectaculaire puisque lié à une authentique révolte, une bonne vieille jacquerie paysanne. La référence au bonnet rouge est tout sauf anodine. Certes, l'Etat a réussi à maintenir un dernier portique en le faisant défendre par les CRS mais malgré la victoire tactique la guerre est perdue. L'idée d'une taxation automatique des poids-lourds a vécu face à la mobilisation bretonne.

Là encore, l'Etat a reculé, bien qu'ayant engagé des frais importants. Il n'y a rien de surprenant à voir les politiciens renoncer face à la violence de la rue - on sait avec quelle facilité ils se plient aux revendications syndicales ou anti-OGM formulées dans le même langage - mais la nouveauté est ici de voir le gouvernement contesté sur une réforme où son intérêt financier est immédiat. Il s'est effrayé de l'intensité de la rébellion.

Sur ces deux épisodes, sur des questions fiscales, l'Etat a reculé, au moins temporairement. Nous sommes donc devant un nouveau paradigme. La légitimité fondamentale de l'impôt est remise en question, et à travers elle celle de l'Etat et de ses élus.

La courbe de Laffer vient de s'agrémenter d'une troisième dimension, la violence. Sous forme de menace ou de façon concrète. Voir l'autorité renoncer à des recettes fiscales face à des protestations musclées ouvre un champ de possibilités entièrement nouveau.

A travers l'amateurisme politique du gouvernement filtre un message dangereux pour la république: "si vous êtes trop menaçants ou trop nombreux, nous ferons machine arrière". Dangereux, parce qu'il est entendu et sera appliqué à la lettre, d'autant plus facilement que l'Etat n'a plus guère les moyens de juguler les révoltes.

Hollande et son équipe chercheront probablement de son côté à diviser pour mieux régner: pas trop de mécontents à la fois, pas de cibles trop susceptibles de s'assembler sur le terrain. Un vrai numéro de funambule. Quant à réduire leur train de vie, n'y pensons même pas, bien que 96% des Français privilégient la baisse des dépenses dans le cadre des efforts pour la réduction des déficits publics. La quantité de mécontents possibles va augmenter dans des proportions ahurissantes...

Que se passera-t-il lorsque la France au pied du mur devra envisager une mesure globale et brutale comme une taxation de tous les comptes bancaires à la chypriote?