31 mars 2013

En attendant le Bank Run

Sitôt le "plan de sauvetage" chypriote entériné et les banques rouvertes, l'île a tout bonnement disparu des écrans radars médiatiques.

Il eut bien quelques frayeurs lorsque les agences levèrent enfin leur rideau à nouveau - on plaça des vigiles devant certains établissements bancaires histoire d'éviter tout mouvement de panique - mais la transition se passa sans heurts, au point d'être célébrée par la presse et les autorités locales.

Si ce n'est qu'il n'y a pas eu de transition.

Chypre vit toujours sous un sévère régime de contrôle des capitaux et de limitation des retraits bancaires. L'île fonctionne au ralenti, l'économie se réduisant aux maigres flux d'argent liquide encore en circulation. La panique n'a pas eu lieu mais la pénurie est toujours là ; les virements vers l'étranger sont limités à 5'000 euros par personne, par banque et par mois ; aux guichets, les clients ne peuvent retirer que 300 euros par jour.

Les autorités ont beau jeu de célébrer la sérénité des habitants alors qu'il s'agit plutôt de soumission.

Le danger subsiste et n'a jamais été aussi grand. Le danger d'un Bank Run. Vous en avez peut-être entendu parler sans qu'on vous l'explique ; dans la mesure où il frappera Chypre tôt ou tard (ainsi que d'autres pays) mieux vaut se livrer à quelques éclaircissements.

porte_blindee.jpgLe client d'une banque y dépose son argent mais la banque ne laisse pas cet argent dormir au fond d'un coffre, même si c'est l'image qu'elle souhaite souvent donner. Si elle agissait ainsi, comment pourrait-elle payer ses salariés, ses locaux, l'électricité, sans piocher dans la caisse ni réclamer des frais prohibitifs?

L'argent de tous les comptes représente une somme conséquente. La banque récolte d'un côté mais prête de l'autre. La banque est un intermédiaire économique entre l'épargnant, qui dépose l'argent et exige de le retrouver, et l'emprunteur, qui a immédiatement besoin d'une somme et qui est prêt à payer pour cela.

Sans rentrer dans le détail des réserves fractionnaires, les prêts ne sont ni plus ni moins que la location d'une certaine somme d'argent, contre un loyer lui aussi payé en argent. Le taux d'intérêt pratiqué par la banque représente en quelque sorte le coût du loyer. Il dépend d'une multitude de facteurs allant de l'environnement économique à la confiance de la banque envers le demandeur. La banque prête d'autant moins gratuitement que le versement des intérêts est son principal moyen de subsistance!

Bien entendu, dans toute la population des créditeurs et des débiteurs de la banque il y a des moutons noirs ; des gens dont le solde du compte courant est négatif, ce qui les transforme de facto en emprunteurs, et d'autres venus emprunter de l'argent mais qui, pour diverses raisons, ne parviendront jamais à rembourser. Heureusement, en général, les mauvais payeurs sont une minorité, faute de quoi les banques n'auraient qu'à mettre la clef sous la porte.

Le taux pratiqué par les banques avec tout un chacun doit tenir compte de tous ces risques. Le fixer correctement est tout un art. Qu'il soit trop élevé et les clients renonceront ou iront voir un établissement concurrent ; qu'il soit trop faible et la banque perdra en rentabilité et périclitera, voire risquera sa survie si les emprunteurs font défaut en masse... C'est ce qui s'est passé avec la crise des subprimes et l'effondrement des prix immobiliers.

Mais à Chypre le problème est différent.

L'argent des comptes courants de tout un chacun étant la matière première dont a besoin la banque pour fonctionner, que se passe-t-il si la rumeur laisse entendre que la banque est en difficulté? Certains clients s'inquièteront et s'empresseront de retirer leurs billes. La banque devra s'exécuter dans les délais les plus brefs: garder l'argent à disposition du client est le fondement même du contrat bancaire, aucune relation ne peut s'instaurer sans cette base. Mais voilà, si suffisamment de clients ont la même idée au même moment, les agences bancaires manqueront de liquidité, puis seront tout simplement incapables d'honorer leurs engagements, puisque l'argent des comptes a été prêté à l'extérieur. La confiance dans la banque s'effondre, la panique se répand, tout le monde veut récupérer son solde mais il n'y a pas de fonds suffisants pour tout le monde. La banque est soudainement insolvable. C'est le Bank Run.

Cette situation de faillite a ceci de particulier qu'elle récompense les plus craintifs. Les inquiets et les méfiants sont les premiers à retirer leurs avoirs lorsque les rumeurs se font insistantes ; et du coup, ils sont les seuls à s'en sortir sans dommages. Les autres - sereins, lents à la détente, cyniques et incrédules - arrivent trop tard et n'ont plus que leurs yeux pour pleurer.

Chypes est-elle dans cette situation? Oui, de toute évidence. En février, des épargnants de la zone euro ont retiré 18% des avoirs qu'ils détenaient auprès des banques chypriotes - et peuvent aujourd'hui sabler le champagne d'avoir été si bien inspirés. Ceux qui n'ont pas "cédé à la panique" se retrouvent frappés de plein fouet ; on parle aujourd'hui d'une "taxe" pouvant atteindre 60% pour les détenteurs de comptes de plus de 100'000 euros.

retraits_chypre.jpgDans un Bank Run, paniquer en premier est de loin la stratégie la plus rentable.

Tant le grand public - un temps menacé par le "plan d'aide" - que les grands comptes rongent leur frein. Ils n'ont pas le droit de retirer plus que ce que le gouvernement chypriote leur accorde. La limite de retrait fixée à 300 € par jour n'est probablement pas dûe au hasard ; face à l'hémorragie de leurs comptes, les établissements bancaires de Nicosie sont probablement incapables de concéder davantage de toutes façons.

Au moins la posture actuelle donne-t-elle l'illusion que les restrictions viennent de l'Etat chypriote et non des banques elles-mêmes.

Evitera-t-on le Bank Run? On ne pourra l'affirmer que lorsque toutes les contraintes artificielles sur les mouvements de capitaux auront été levées, lorsque n'importe quel Chypriote pourra entrer dans une agence bancaire, fermer son compte et en ressortir avec le solde en liquide, en toute sérénité.

Nous en sommes loin.

Le reste de l'Europe peut croire le calme revenu ; pour les Chypriotes, contraints d'aller quémander chaque jour la limite légale de retrait, l'attente est insupportable. Et que dire des détenteurs de gros comptes à Chypre, dont les avoirs sont sabrés de plus de la moitié?

Le gouvernement chypriote est dans la même impasse qu'un malfrat qui tient en joue un individu et espère que celui-ci continuera à lui obéir aveuglément même quand il n'aura plus une arme pointée sur lui. Soit l'Etat fait perdurer les limites de retrait pour que perdure l'illusion de stabilité, soit il les lève et tout peut alors arriver,... C'est inévitable.

Et ce n'est pas encore le pire. Si par extraordinaire la situation à Chypre revenait à la "normale" sans Bank Run, il ne fait aucun doute que les capitaux quitteront l'île (en panique ou en bon ordre, c'est selon) et l'activité économique du pays s'est durablement effondrée en ce mois de mars. Chypre vient donc de rejoindre le club toujours plus nombreux des pays alternant économie en récession / emballement de la dette et du déficit de l'Etat / nouveaux plans d'aide et de rigueur, jusqu'à ce que mort s'ensuive.

Le plan de secours qui vient d'être infligé à l'île ne sera donc pas le dernier.

22 mars 2013

Chypre dans l'oeil du cyclone

Un avion militaire anglais livrant des billets de banque au milieu d'une île financièrement paralysée: voilà résumée en une phrase toute l'absurdité de la situation chypriote. Le pont aérien soutenant Berlin-Ouest pendant la Guerre Froide est de retour, en version économique.

Tout le monde a en mémoire le fameux plan d'aide annoncé par l'Eurogroupe le 16 mars - samedi d'un week-end de trois jours, commode pour empêcher toute fuite bancaire (sauf pour quelques-uns, bien entendu). En échange d'une aide de 10 milliards, Chypre devait trouver 5,8 autres milliards en suivant les bons conseils de l'Europe.

La mesure la plus spectaculaire revenait à taxer d'office à hauteur de 6.75% dès le premier euro tous les dépôts bancaires de l'île, et de 9.9% ceux de plus de 100'000 euros. La promesse de protection des comptes de moins de 100'000 euros décrétée par l'Europe depuis la faillite de Lehman Brothers était promptement jetée aux orties.

manif.jpgCette mesure stupéfiante eut tôt fait de lancer tous les Chypriotes dans la rue. Les investisseurs internationaux découvrirent, éberlués, les extrémités auxquelles serait prête à recourir l'Europe pour sauver ses banques. Pour les curieux, voici une liste non-exhaustive des conséquences de l'option choisie.

On aurait tort de croire que la taxation des "petits" n'était là que pour le symbole ; les comptes à moins de 100'000 euros représentent 30 des 67 milliards gérés par les banques de l'île, d'après le ministre des Finances Michalis Sarris. Tous les Chypriotes ne sont pas riches, loin de là. Mais s'attaquer à l'ensemble d'une population provoque un risque d'émeute évident ; s'en prendre seulement aux gros poissons évite les troubles civils (tous les millionnaires de Chypre ne remplissent pas une rue) mais met en péril la réputation du pays auprès des investisseurs du monde entier. L'Europe choisit de faire coup double et de s'aliéner les uns et les autres.

Le "plan d'aide" ressemblait davantage à une punition qu'à une main tendue. L'Europe n'aime pas Chypre et a bien profité de la faiblesse du pays pour lui infliger pénitence. Le taux d'imposition des sociétés est trop bas, remontez-le! Vous avez trop d'argent sale russe chez vous, taxez tout! Quoi, comment? Procès? Preuves? Présomption d'innocence? Punition collective? Ça concerne les Russes? Peu importe! Taisez-vous, vous dis-je, et taxez moi tout ça!

Jamais le terme de redressement n'a aussi bien porté son nom.

Tous les aspects du plan d'aide étaient vexatoires ; jusqu'au montant lui-même que l'Union Européenne, jamais à court d'argent pour sauver les paniers percés, n'avait pas cette fois-ci, comme par hasard. Pourquoi l'Europe ou le FMI ne pouvaient pas sortir une somme suffisante? Parce qu'ils "tenaient" à ce que la dette publique de Nicosie ne dépasse pas 100% du PIB en 2020... La folie du planisme, encore une fois, assortie d'une bonne louche de mauvaise foi.

Pour s'en convaincre, il suffit de consulter le niveau d'endettement des pays de la zone euro. L'Italie et la Grèce ont déjà allègrement franchi le seuil des 100%, la Belgique devrait s'y atteler cette année ou la suivante. Pas en 2020. Les conditions du plan d'aide que l'Europe infligera à Bruxelles ou à Rome seront-elles similaires? Quelle taxe frappera les comptes bancaires grecs la prochaine fois qu'Athènes quémandera une rallonge?

parlement_chypre.jpgBien sûr, ce qui devait arriver arriva: pour une fois, un parlement local refusa de violer le droit de propriété. Pas un député de l'île pour accepter les exigences de Bruxelles.

Depuis, Chypre lutte. Trouver 5,8 milliards d'euros en une semaine sans spolier sa propre population, ce n'est pas évident.

Chypre est dans l'oeil du cyclone.

Le gouvernement chypriote trouvera-t-il une solution? L'Europe "s'impatiente" et Angela Merkel fait les gros yeux, mais il ne s'agit que d'effets de manche. De l'aveu même du chef de file des ministres des Finances de la zone euro, Jeroen Dijsselbloem, la crise à Chypre constitue un risque systémique capable de déstabiliser l'ensemble de la zone euro.

Chypre sera sauvée, parce qu'il le faut. Non pour Chypre, mais pour le secteur bancaire européen et ses liens incestueux avec la dette publique européenne.

De belles ramettes de billets neufs prendront donc sous peu la route de l'île, au moins électroniquement. Tout est maintenant question de détails ; personne ne veut perdre la face. Quitte à émettre des hypothèses, je suis quasiment persuadé que L'Europe obtiendra une forme de taxe, même symbolique, de certains comptes bancaires chypriotes - c'est son dada, et la garantie de ruiner pour de bon la réputation du pays auprès de ses clients. Bruxelles y tient. En échange, l'Europe et le FMI pourraient desserrer quelque peu les cordons de leur bourse et concéder une aide supérieure aux dix milliards prévus... A moins qu'un montage financier étrange ne permette comme par hasard de boucler les discussions au dernier moment.

Tout finira "bien" à Chypre ce week-end.

Mais ce n'est que le commencement.

Les élites incompétentes de l'Europe ne comprennent pas qu'avec leur animosité à l'égard de Chypre, elles viennent de creuser leur propre tombe.

La réputation institutionnelle de l'Europe est ruinée. Même si toute éventualité d'un prélèvement bancaire était finalement écartée, elle aura été à deux doigts de se concrétiser. Elle est dans les cartons. Elle ressortira forcément un jour ou l'autre, à l'égard d'un pays de la zone Euro. Espagne, Portugal, Italie, Grèce, Irlande? Chypre une seconde fois, peut-être? Comment le savoir? L'Europe s'enfonce toujours plus dans la crise économique et passe son temps à embellir les chiffres.

Que fera le Chypriote moyen? Dès qu'il le pourra, il retirera tous ses avoirs bancaires en liquide et transfèrera le reste à l'étranger. Chypre s'apprête donc à instaurer un contrôle des capitaux pour éviter un bank run dès la réouverture des agences. Il durera probablement des années. Cela condamne évidemment le destin du secteur financier de l'île ; personne ne vient confier son argent à une institution qui empêche son propriétaire de le retirer librement.

Mais ailleurs en Europe, d'autres individus contemplent ce qui s'est passé en Europe et prennent déjà les devants, bien qu'ils soient dans d'autres pays. Ils ne se laisseront pas avoir par une décision surprise de l'Eurogroupe pour bloquer leur compte, fut-elle annoncée aux médias un samedi.

Dans toute l'Europe la méfiance règne désormais, et la méfiance est un épouvantail à investisseurs.

20 mars 2013

Nazisme, bêtise et punition

Plutôt que de nous attarder sur les déboires chypriotes, sur lesquels nous aurons l'occasion de revenir, allons faire un petit tour en Grèce où la polémique du moment concerne Giorgos Katidis, joueur de football grec de l'AEK Athènes FC.

Le joueur s'est distingué samedi en célébrant son but victorieux par un... salut nazi, face à un plein stade olympique, rien de moins. Les clichés et la vidéo laissent difficilement place au doute:

 giorgos-katidis.jpg
En plus il a enlevé le maillot, carton jaune direct!

Le milieu de terrain, ex-capitaine de l'équipe nationale grecque espoirs, est sorti de l'anonymat en célébrant le but de la victoire (2-1) contre Veroia à six minutes de la fin du match mais n'aura vraisemblablement plus l'occasion de se faire connaître davantage, ayant été banni à vie de toute participation à la sélection nationale par la fédération grecque de football, réunie en session extraordinaire.

Hitler_foot.jpgSa carrière prometteuse a basculé en une fraction de secondes.

Giorgos Katidis a rapidement regretté son geste ; il a plaidé l'innocence sur twitter, proclamant qu'il n'est pas un un fasciste et qu'il n'aurait jamais fait ce geste s'il avait su ce que cela voulait dire. Son coach Ewald Lienen a lui aussi tenté de prendre sa défense: "C'est un jeune garçon qui n'a pas d'idées politiques. Il a dû voir ce geste sur Internet ou ailleurs et l'a reproduit sans savoir ce que ça voulait dire. Je suis sûr à 100% que Giogios ne savait pas ce qu'il faisait. Il pleurait même dans le vestiaire en voyant les réactions qu'il a provoquées."

Bêtise? Ignorance? Réelles sympathies nationales-socialistes? On ne saura probablement jamais ce qu'il en est. Mais le problème n'est pas là.

Est-il correct qu'un tel geste mette instantanément un terme à une carrière?

Avant cette soirée fatidique, Giorgos Katidis était promis à un bel avenir au sein de la sélection nationale grecque ; depuis, c'est un paria.

Le contraste est d'autant plus frappant avec d'autres comportements, dans le cours du jeu ou non. Des athlètes de haut niveau sont régulièrement démasqués pour des délits de dopage - c'est-à-dire rien de moins qu'une tricherie - et sont soumis à des peines avec sursis ou des interdictions de compétition qui, si elles leur nuisent, ne mettent pas systématiquement fin à leurs carrières.

En Suisse, suite à une charge ultra-violente, un joueur de hockey sur glace se retrouve paraplégique. Une procédure disciplinaire a été ouverte contre l'auteur de la charge, histoire de savoir si son acte était "conforme au jeu" (comme si envoyer un joueur dans un fauteuil roulant pouvait être considéré comme la conséquence d'une action techniquement adéquate...)

A aucun moment, personne n'a plaidé pour que l'agresseur soit banni des patinoires.

psg-raciste.jpgQuitte à aborder la symbolique elle-même, nous en avons des illustrations un peu partout, chez les supporters du PSG français par exemple puisque nous parlons de football. Point besoin d'aller en Grèce et d'évoquer le parti Aube Dorée pour voir des bras raides lors d'un match.

Ces doux amateurs de football sont-ils interdits de stade à vie? Bien sûr que non, ils ne sont même pas inquiétés.

HizballahSalute.jpgDans certains milieux, le salut nazi ne rend pas son auteur infréquentable, loin de là. Je pense notamment au Hezbollah dont les troupes et les commandants semblent particulièrement friands de saluts nazis en toutes occasions, sans que cela ne gêne particulièrement la Suisse par exemple.

Les saluts nazis sont donc répandus, beaucoup plus que l'oukaze contre Giorgos Katidis ne pourrait le faire croire - et beaucoup plus que les bien-pensants ne le souhaiteraient.

Dans ces conditions, la sanction frappant le jeune (et stupide) joueur de l'AEK Athènes FC n'en paraît que plus arbitraire.

Nous avons un sérieux problème de priorité dans nos valeurs. Si aucune opinion politique ne devrait être exprimée dans le cadre d'une rencontre sportive, le manquement à cet usage ne devrait pas amener non plus de sanctions démesurées.

Je ne prends pas la défense de Giorgos Katidis par attrait envers le salut nazi, mais simplement parce qu'il est victime d'une punition particulièrement excessive. Sans avoir aucun goût pour le socialisme, qu'il soit rouge ou brun, je prône la cohérence. Alors que personne ne penserait à exclure à vie un individu de son milieu professionnel pour avoir chanté en public un couplet de l'Internationale, la différence de traitement avec un salut nazi saute aux yeux.

Si les manifestations d'extrémisme en public devaient être combattues de façon impitoyable, peut-être faudrait-il commencer par ne pas faire deux poids deux mesures. Le zèle sélectif laisse un profond sentiment d'injustice.

01 mars 2013

Ingouvernable Italie

Les élections italiennes de dimanche et lundi ont donné exactement le pire scénario possible: un pays ingouvernable et promis à un prochain retour aux urnes.

cartoon.jpgLa troisième économie de la zone euro est dans la tourmente.

Le professore Mario Monti, chouchou de Mme Merkel et de la nomenklatura européenne, a été sèchement renvoyé à ses études. Avec 10% des suffrages exprimés, il a cristallisé à lui seul le rejet des politiques venues d'en haut et des quelques réformes - trop souvent fiscales - qu'il a pu mener. Technocrate sans charisme, ancien de Goldman Sachs, imposé d'en haut par la clique bruxelloise, M. Monti se voyait en homme providentiel ; il aura raté jusqu'à sa démission-surprise. Il disparaîtra probablement du radar politique italien dès les prochaines élections.

Silvio Berlusconi, annoncé politiquement mort une demi-douzaine de fois, s'est encore débrouillé pour transformer une défaite en demi-victoire ; sa coalition menée par le Peuple de la liberté est arrivée en deuxième position avec 30% des voix à l'échelle nationale, dans un mouchoir de poche avec la gauche de Pier Luigi Bersani. Ce dernier ne dispose que de 124'000 voix d'avance. Qu'on le veuille ou non, Silvio Berlusconi mène la droite italienne. Tout électeur qui n'est pas de gauche tombera forcément dans le giron de sa coalition, même s'il ne vote pas précisément pour le parti de Berlusconi. Cela lui garantit une force de frappe électorale conséquente, malgré les affaires dont il est continuellement accusé (dernière en date, la possible corruption d'un politicien en 2006, Sergio De Gregorio ; mais apparemment, le fait qu'un sénateur de gauche se laisse corrompre laisse de marbre tout le monde...)

Le rejet de l'affairisme de la classe politique italienne et des politiques de rigueur imposées d'en haut - et dont les partisans semblent eux-mêmes rarement souffrir - auront jeté des millions d'Italiens dans les bras du mouvement "cinq étoiles" de Beppe Grillo. L'ex-comique devenu politicien souhaitait incarner le vote protestataire, le résultat aura dépassé toutes ses espérances. Parti de rien, le mouvement cinq étoile devient désormais la troisième force politique italienne.

Si les cinq étoiles sont évidemment de gauche - il est ainsi "hors de question" d'envisager la moindre alliance avec Berlusconi - le mouvement de Beppe Grillo est aussi anti-européen, anti-euro, anti-austérité, pro-démocratie directe et dirigé droit contre la classe politique incarnée par les partis traditionnels. Tout n'est donc pas à jeter au sein du nouveau venu, mais ses positions iconoclastes, l'inexpérience de ses élus et l'absence de cohésion de l'ensemble achèveront de donner des maux de tête à quiconque souhaiterait l'avoir pour partenaire.

Finissons ce tour d'horizon avec le vainqueur officiel, Pier Luigi Bersani, à la tête du Parti Démocrate. La maigre avance qu'il possède sur le suivant permet à sa coalition de briguer 55% des sièges de la Chambre des Députés. Dans la chambre du Sénat, en revanche, sa victoire électorale est trop étriquée pour espérer une majorité, même en s'alliant avec ce qui reste des forces politiques de Mario Monti.

Les médias européens insistent bien sur la victoire de M. Bersani - il est de gauche et pro-européen, c'est donc leur poulain naturel - mais cachent l'ensemble de sa situation. N'importe quel observateur examinant le contexte politique italien de façon moins triviale comprendra que toute tentative de former une coalition est vouée à l'échec.

Tout d'abord, les mouvements politiques représentés dans les chambres italiennes et dans les beaux graphiques de résultats d'élections sont eux-mêmes des coalitions de partis. On a tendance à l'oublier. Silvio Berlusconi subit sa fameuse Ligue du Nord, mais le Parti Démocrate mène lui aussi une coalition "Bien Commun" de partis socialistes, communistes et écologistes, peu enclins à accepter un accord électoral encore plus large. Les forces politiques composant ces coalitions s'entendant déjà à peine, imaginer une alliance stable avec le fantasque Beppe Grillo tient de la gageure. Une "union nationale" rêvée par les eurocrates, associant Monti et Berlusconi à la gauche semble encore plus invraisemblable. Même si certains commentateurs osent avancer l'hypothèse, on nage en pleine science-fiction.

Deuxième aspect, assumant son rôle "responsable" et "progressiste" dans la poursuite des réformes, Pier Luigi Bersani n'aura d'autre choix que de s'infliger la poursuite de la ligne politique qui a éreinté Mario Monti. On n'imagine pas M. Bersani pousser l'Italie à la cessation de paiement, à la révolte contre les banques, à l'organisation d'un référendum sur la sortie de l'euro ou de l'Europe ou simplement à la moindre opposition contre Mme Merkel, alors que la confiance internationale dans les finances du pays ne tient qu'à l'humeur de Berlin.

La coalition "Bien Commun" de M. Bersani est donc sur une pente descendante inéluctable. Le Parti Démocrate a perdu 4 millions d'électeurs par rapport aux législatives de 2008, plus d'un sur deux au profit de la formation de Beppe Grillo. Ce dernier, fin psychologue, n'hésitera pas à pourrir la situation ; il l'a déjà fait savoir en promettant à ses électeurs un "prochain retour aux urnes". Le politicien-comique a bien compris que les vents lui sont favorables.

Difficile de prédire exactement quand aura lieu la manche électorale suivante. Tout dépend de l'énergie que déploiera Pier Luigi Bersani à donner l'illusion qu'il contrôle quelque chose. Dans tous les cas son avenir ressemble à une impasse: ses espoirs de diriger un gouvernement stable sont nuls, son électorat s'érode et ses concurrents sont au coude-à-coude. La victoire est une déesse capricieuse et inconstante.

Le prochain round verra probablement la gauche conventionnelle s'effacer au profit du mouvement cinq étoiles, lui-même opposé à un Silvio Berlusconi requinqué et déjà à deux doigts de l'emporter cette semaine. La victoire de ce dernier ne manquerait pas de faire s'étrangler bon nombre d'éditorialistes un peu partout sur le continent, mais voilà, ce sont encore les électeurs italiens qui décident.

Bien entendu, la prochaine étape du cirque électoral italien ne sera pas la dernière: les choses empireront alors que la défiance s'aggrave. Par beau temps la péninsule italienne était déjà pratiquement ingouvernable ; qui croit encore que les peuples s'assagissent en temps de crise?

26 février 2013

Cette Europe qui n'en finit pas d'aller mieux

La semaine dernière a vu la publication des prévisions économiques de la Commission européenne, mises à jour et revues à la baisse. Elles donnent une idée assez parlante du cru 2013 de la zone euro. Le breuvage aura un goût amer.

france,grèce,espagne,chômage,euroLe chômage va encore grimper dans toute la zone, dépassant 12% de la population active (contre 11,4% en 2012). Les sommets continueront à être franchis en Espagne et en Grèce avec 26,9 et 27% respectivement. Pire, ce quart de la population active ne retrouvera pas un emploi de sitôt, même si la situation venait à s'embellir par on ne sait quel miracle : sans emploi sur de longues durées, les chômeurs finissent par perdre leurs compétences professionnelles, ce qui pénalise leur retour dans le circuit économique habituel.

D'autres difficultés attendent encore ces deux pays.

En Grèce, la moitié des ménages est menacée d'insolvabilité en 2013, selon Alexandre Tourkolias, directeur de la Banque Nationale de Grèce. Alors que le pays comporte 400'000 foyers où plus personne ne travaille et qu'un quart des crédits bancaires ne sont dèjà plus remboursés en 2012 - malgré des banques "accommodantes" nous dit-on - pareille nouvelle ne fait que confirmer une tendance de fond.

L'Espagne ne s'en sortira guère mieux: le déficit public espagnol devrait finalement avoir dépassé 10,2% du PIB l'année écoulée. Le pays ne parviendra pas à remplir ses objectifs de réduction budgétaire ni en 2013 ni en 2014. Il faut dire que le déficit public devrait atteindre 6,7% en 2013 et 7,2% en 2014 - chiffres officiels pêchant toujours par excès d'optimisme. On est loin, très loin du retour sous le seuil de 3% de déficit promis par Madrid...

De son côté, l'institut Eurostat confirme que dans toute la zone euro la croissance est en panne:

L'économie de la zone euro s'est enfoncée davantage qu'attendu dans la récession au quatrième trimestre 2012, montrent les chiffres provisoires publiés jeudi. Le produit intérieur brut (PIB) des Dix-Sept a reculé de 0,6% par rapport au troisième trimestre, a annoncé Eurostat, après une baisse de 0,1% sur juillet-septembre.

Les économistes interrogés par Reuters prévoyaient en moyenne une contraction de 0,4% sur les trois derniers mois de l'année. L'année 2012 est la première durant laquelle la zone euro n'a enregistré aucun trimestre de croissance selon les statistiques d'Eurostat, qui remontent à 1995.

 

Mais les termes les plus inquiétants sont réservés à la France, pour laquelle Bruxelles broie du noir, selon une formule largement reprise dans la presse. La hausse du PIB français devrait n'être que de 0,1% sur toute l'année 2013, bien en-dessous des 0,8% défendus en dépit du bon sens par le gouvernement français jusqu'à mardi dernier.

Le déficit public devrait atteindre 3,7% du PIB en 2013, loin de l'objectif de 3% du pacte de stabilité et de croissance. Une croissance (totalement irréaliste) de 1,2% l'année suivante ne permettra pas non plus la moindre embellie des comptes publics français ; il est d'ores et déjà prévu que la France dérape encore à 3,9% du PIB en 2014.

Si la Commission fait preuve de beaucoup de compréhension à l'égard du pivot de la zone euro, la France socialiste sait déjà comment résoudre les problèmes: des impôts, des impôts, et, tiens, vous reprendrez bien un peu d'impôts pour arroser le tout? On parle de "nouvelles pistes" à explorer, mais que les Français se rassurent, elles seront toutes exploitées simultanément, et d'autres s'y ajouteront.

france,grèce,espagne,chômage,euroDes esprits dénués d'audace républicaine s'effraient même que ces pistes aillent jusqu'à doubler les impôts de certains contribuables, ni riches ni rares, mais c'est ainsi, la bonne marche de l'Etat implique quelques petits sacrifices au nom du Bien Commun.

Comme la classe moyenne, par exemple.

Le gouvernement de François Hollande définit de nouveaux concepts chaque jour, repoussant les limites du langage et de la raison. Ainsi, alors que le ministre délégué au budget Jérôme Cahuzac cherche frénétiquement 6 milliards d'euros pour 2013 (bon sang, dans quelle poche de costume a-t-il bien pu les mettre?) il proclame que l'objectif de l'Etat est la "la stabilité fiscale", celle-ci ne se définissant pas comme une sorte de pause dans le torrent de prélèvement assommant les Français, mais comme une stabilité des revenus de l'Etat contre vents et marées. Que le dernier contribuable trépasse, les recettes ne doivent pas diminuer! Quant à réduire le train de vie de l'Etat, comme d'habitude, c'est inenvisageable...

Comme dit l'adage, février est le mois préféré des citoyens, les politiciens ne commettant leurs méfaits que pendant vingt-huit jours. Mais au vu de la façon dont l'année s'engage, il paraît évident que 2013 sera la période de tous les dangers pour la zone euro, et livrera des indices sur la façon dont celle-ci se terminera.

Avant la fin de l'année, il sera clair pour tout le monde - et par "tout le monde", comprendre même des gens habituellement imperméables à la réalité, comme ceux qu'on trouve aux plus hauts sommets des instances européennes - que la France est un pays du Sud de l'Europe. Profondément ancrée dans le sud. Une deuxième Espagne en puissance, c'est tout dire.

L'année 2013 sera longue, dure, et finira mal, en particulier pour la France.

17 décembre 2012

Depardieu répond du berger à la bergère

belgique,gérard depardieu,fiscalitéMinable, vous avez dit "minable"? Comme c’est minable.

C'est en ces termes que Gérard Depardieu, guère connu pour garder sa langue dans sa poche, a choisi de répliquer à Jean-Marc Ayrault, Premier ministre de François Hollande, qui avait sur un plateau de télévision jugé "assez minable" le départ de l'acteur pour la Belgique, vraisemblablement pour des raisons fiscales. Triste affaire, car il est évident que Gérard Depardieu aime la France et qu'il la quitte à regrets.

Mais il n'est de loin pas le premier à agir ainsi.

Gérard Depardieu n'a strictement rien fait d'illégal. Il a prévu de s'installer dans le village de Néchin, à un kilomètre de la France. Difficile de se livrer à un "exil" plus modeste, même si le symbole n'en paraît que plus fort. Ce faisant, M. Depardieu n'a fait qu'appliquer les principes d'ouverture propres à l'Union Européenne - ouverture largement souhaitée par la France socialiste comme le rappelle Causeur:

[Gérard Depardieu] applique à la lettre l’Acte unique européen qui prévoit la libre circulation des biens, des capitaux et des personnes.

Qui a négocié et mis en place cet Acte unique? Le gouvernement alors dirigé par Laurent Fabius. Qui a négocié le traité de Maastricht? Qui a entériné toutes les négociations du Gatt (la future Organisation Mondiale du Commerce) prévoyant l’ouverture intégrale des frontières? Qui a appelé à voter oui au traité constitutionnel européen? Qui a soutenu le traité de Lisbonne? Qui soutient et négocie le mécanisme européen de stabilité prévoyant de transférer à Bruxelles le contrôle du budget français, donc des impôts? De Delors à Lamy, de Mitterrand à Hollande, des socialistes, des socialistes, toujours des socialistes.

 

Sur quelles bases les socialistes peuvent-ils critiquer un homme utilisant des moyens qu'ils ont largement contribués à mettre à sa disposition? A en croire leur attitude, ces libertés ne seraient qu'une forme de décorum. Qu'un illustre Français ait l'audace de jouir de sa liberté, la levée de boucliers est immédiate!

Dans sa lettre courte et incisive, Gérard Depardieu rappelle quelques vérités crues:

J'ai commencé à travailler à l’âge de 14 ans comme imprimeur, comme manutentionnaire puis comme artiste dramatique. J’ai toujours payé mes taxes et impôts quel qu’en soit le taux sous tous les gouvernements en place. À aucun moment, je n’ai failli à mes devoirs. (...) Je pars, après avoir payé, en 2012, 85% d’impôt sur mes revenus. (...)

Je n’ai jamais tué personne, je ne pense pas avoir démérité, j’ai payé 145 millions d’euros d’impôts en quarante-cinq ans, je fais travailler 80 personnes dans des entreprises qui ont été créées pour eux et qui sont gérées par eux.

(...) Malgré mes excès, mon appétit et mon amour de la vie, je suis un être libre, Monsieur, et je vais rester poli.

 

Gérard Depardieu est-il réellement l'être libre qu'il affirme être? Selon plusieurs hommes politiques français de tous bords, on pourrait en douter. Bien que s'étant acquitté de ses impôts année après année, l'acteur français resterait une sorte de "débiteur éternel" du pays où il a accompli sa carrière.

S'être enrichi en France est un péché. Les sommes versées année après année ne suffisent jamais. Il faut expier, jusqu'à la mort.

Ensuite, on applique les droits de succession.

La Belgique, devenue attractive par défaut, clame qu'elle n'y est pour rien. Elle n'offre effectivement aucune incitation à venir s'installer, sauf à se distinguer d'une France ressemblant de plus en plus à un enfer de prélèvements obligatoires et de taxes. En matière fiscale, comme le dit un internaute plein de sagesse, on ne peut pas parler d'évasion sans accepter l'existence, en premier lieu, d'une prison.

La France perd ses fortunes - et ses entrepreneurs - parce que le monde devient comparativement plus attractif. Avec la fine équipe aux commandes du pays, le mouvement n'est pas près de s'inverser. Pourtant, les socialistes français peuvent changer d'avis, on en a même une preuve: il suffit de voir leur revirement complet sur le nationalisme.

belgique,gérard depardieu,fiscalitéPour un socialiste, normalement, rien de plus désuet que le patriotisme, rien de plus haïssable que le nationalisme. Demandez-leur autour de vous: le drapeau, l'amour du pays, toutes ces reliques surannées teintées d'heures sombres leur donnent des nausées. Mais que la crise survienne et patatras!, les valeurs ignobles d'hier deviennent les vertus montantes de demain.

Arnaud Montebourg, ministre du redressement productif, appelle à acheter français, payant de sa personne jusque sur une couverture de magazine.

Jean-Marc Ayrault, premier ministre, en appelle à "l'esprit de patriotisme" et à la "solidarité citoyenne" en matière d'impôt.

François Hollande quant à lui "[salue] le mérite de ceux qui ont certes beaucoup mais qui acceptent de payer leurs impôts en France, de produire en France, de faire travailler en France et de servir leur pays."

Voilà des discours qu'on n'aurait pas manqué de pointer du doigt s'ils avaient été prononcés dans un autre parti. Mais qu'il s'agisse de faire rentrer de l'argent dans les caisses de l'Etat et la patrie c'est cool, la préférence nationale c'est hype, et ce sont des socialistes qui nous le disent!

L'opération de séduction a tourné court. Selon un sondage en ligne du Figaro où plus de 100'000 votants se sont donnés la peine d'exprimer leur point de vue, les Français approuvent à 80% la colère de Gérard Depardieu. Ils soutiennent largement son ras-le-bol. Nombre d'entre eux, dans la même situation, choisiraient probablement l'exil. Rares pourtant sont les gens en France à pouvoir se permettre de déménager à l'étranger, même à Néchin, à un kilomètre de la frontière française.

Car l'affaire Depardieu nous rappelle que seuls ceux qui disposent de ressources conséquentes, les gens vraiment riches, sont réellement mobiles et ont les moyens de se défendre. La classe moyenne n'a pas ces atouts. On peut reprocher son départ à l'acteur français, mais à moins de transformer la France en camp d'internement à ciel ouvert (ce qui se discute peut-être dans certains cercles) sa liberté lui appartient. Quand M. Depardieu ne versera plus ses millions d'euros annuels au fisc français, pensez-vous que l'Etat du même nom réduira son train de vie d'autant, ou qu'il reportera la charge fiscale sur les suivants dans la liste?

Le départ d'un riche contribuable est toujours une catastrophe pour son pays d'origine. Pareil événement invite à l'introspection, pas à des critiques de bas étage.

La Suisse mériterait elle aussi de se regarder dans un miroir. Elle n'a apparemment jamais été sérieusement prise en compte par le bouillant acteur français lorsqu'il étudiait ses divers points de chute. Fière du sabotage continu de ses avantages, elle peut désormais se targuer de ne plus être aussi séduisante que la Belgique, le Luxembourg ou même... le Portugal. Bel autogoal de l'Helvétie, fruit d'un long travail de sape en interne. L'objectif de médiocrité est atteint.

Gérard Depardieu ne voulait probablement pas plus aller en Suisse qu'en Belgique, en Angleterre ou à Monaco. Il souhaitait surtout quitter la France. Quand quelqu'un en arrive à vouloir changer de pays pour des raisons fiscales, il devient pratiquement impossible de le retenir. Diminuer l'attractivité d'un pays ne fera pas renoncer les riches étrangers à s'exiler: ils choisiront juste d'autres destinations.

Il serait bon que les socialistes, suisses cette fois-ci, parviennent à le comprendre.