16 juillet 2012

Une histoire de zizi

Ça aurait pu commencer comme une anecdote à classer dans la rubrique "fait divers" d'une revue juridique, mais le ton est monté très vite: suite à un jugement, en Allemagne, on ne peut plus pratiquer la circoncision sur les nouveaux-nés.

crying_baby.jpgLe 26 juin, le tribunal de grande instance de Cologne a rendu publique sa décision. Il juge que l'ablation du prépuce pour motif religieux est une blessure intentionnelle, et de ce fait, illégale. Les juges lèvent clairement le doute sur la question religieuse:

Dans un jugement qui devrait faire jurisprudence, le tribunal de grande instance de Cologne a estimé que "le corps d'un enfant était modifié durablement et de manière irréparable par la circoncision", indique un communiqué. "Cette modification est contraire à l'intérêt de l'enfant qui doit décider plus tard par lui-même de son appartenance religieuse", précise ce jugement qui n'interdit pas cet acte à des fins médicales. "Le droit d'un enfant à son intégrité physique prime sur le droit des parents", estime le tribunal. Les droits des parents en matière d'éducation et de liberté religieuse ne sont pas bafoués s'ils attendent que l'enfant soit en mesure de décider d'une circoncision comme "signe visible d'appartenance à l'islam", poursuit le tribunal.

 

Le tollé n'a pas manqué, jusqu'à la Chancelière Angela Merkel amenée à réagir par le biais de son porte-parole: "Au nom de ce gouvernement, de tous les membres de ce gouvernement, disons les choses clairement: nous tenons à ce qu'une vie religieuse juive, à ce qu'une vie religieuse musulmane soient possibles en Allemagne. La liberté des activités religieuses est à nos yeux un droit auquel nous sommes très attachés".

En France, le débat a rebondi de manière plus ou moins heureuse, telle celle choisie par une journaliste du Huffington Post français, Edith Ochs:

A ce train-là, on peut se demander si l'instruction religieuse n'est pas un abus de pouvoir de la part des parents allemands. De même que le consentement parental à une opération non vitale, disons, l'ablation des végétations adénoïdes, ou simplement les vaccinations diverses (qui ne sont pas sans risques), les yoyos dans les oreilles (heureusement passés de mode), les appareils dentaires (que les enfants détestent), la rééducation oculaire, la psychothérapie, l'apprentissage de la lecture et du calcul mental. (...). Ces actes devraient-ils exiger aussi d'avoir le consentement des chères têtes blondes et brunes ?

 

Mettre sur le même plan un acte médical motivé et la circoncision? Il fallait oser! La "journaliste et écrivaine" enfonce le clou en expliquant finalement que selon elle la circoncision est un baromètre positif de la liberté religieuse - alors même que la possibilité de ne pas être circoncis est totalement impensable dans les pays musulmans, quelle que soit la religion des parents. Elle évoque ensuite les vertus de la circoncision contre la transmission du SIDA, qui faisait des ravages dès l'ère chrétienne comme chacun sait... Et en conclusion, s'attarde sur la "vraie question", à savoir le plaisir masculin ressenti avec un organe circoncis. Difficile de traiter le sujet en étant davantage à côté de la plaque!

Bien entendu, on pourra critiquer ce jugement de bien des manières et chacun ne s'en prive pas - la façon dont il remet en question des pratiques traditionnelles, l'incertitude qu'il fait planer sur les praticiens allemands, l'immixion des juges dans la sphère privée et j'en passe. Rarement pareille décision juridique aura fait autant l'unanimité contre elle, au moins médiatiquement.

Pourtant, les juges de Cologne posent le problème correctement.

Quelle est la limite à ce que l'on peut infliger à un enfant au nom de la religion? Au nom de quel principe peut-on accepter la circoncision et refuser le reste? L'excision? Les relations sexuelles avec des enfants? Le mariage forcé? La maltraitance? Les crimes d'honneur? La frontière est bien floue entre pratiques culturelles et pratiques religieuses, mais les textes sacrés font souvent preuve d'une étonnante flexibilité à ce sujet, surtout lorsqu'on les invoque devant une cour d'assises.

Nous vivons dans un monde étrange où la fessée est bannie mais où il est tolérable de mutiler le sexe d'un nouveau-né. Est-ce parce que la circoncision est considérée comme bénigne? Mais en l'absence d'un consentement explicite de l'intéressé, qui est mieux placé qu'une cour de justice pour décider de ce qui est bénin et de ce qui ne l'est pas? Le tribunal de grande instance de Cologne a été saisi après qu'un enfant de 4 ans soit hospitalisé à nouveau deux jours après une première opération, en raison de saignements. Une deuxième intervention chirurgicale correctrice et trois changements de pansements durent être effectués sous anesthésie totale, sans qu'on puisse reprocher ces complications à une erreur du médecin pratiquant la circoncision.

Lourdes conséquences pour une opération aussi "bénigne" qu'inutile...

Juifs et musulmans montent naturellement au créneau. Les premiers expliquent ainsi que "depuis 3'500 ans chaque petit garçon rejoint le peuple juif à travers le rite de la circoncision" et évoquent "un principe biblique qui définit le peuple juif depuis des temps immémoriaux", ce qui est un fieffé mensonge, le judaïsme se définissant avant tout par l'ascendance. On trouvera même un mouvement des juifs contre la circoncision sur Internet. Et, finalement, que dire des conversions?

L'argumentation des musulmans n'est guère différente, il s'agit de préserver la "liberté religieuse" - c'est-à-dire, dans ce contexte, l'ascendant religieux des parents sur leurs enfants.

Je ne doute pas que le jugement soit cassé à brève échéance, à moins qu'une nouvelle loi ad hoc ne vienne au secours des communautés de croyants concernées. Pourtant, la liberté religieuse, la vraie, est préservée par le jugement. Ce dernier rappelle que l'enfant "doit décider plus tard par lui-même de son appartenance religieuse." Car c'est là le ressort secret qui terrifie tant rabins et imams: l'idée que la progéniture de leurs ouailles ne soit pas automatiquement rattachée à leur communauté. Le lien est infiniment plus facile lorsque la circoncision est effectuée sur le nourrisson. Ils abhorrent l'idée d'un croyant n'adhérant au groupe qu'à l'âge de raison, volontairement  et en connaissance de cause - avec le sacrifice que cela implique. Cela mettrait cul par-dessus tête des millénaires "d'éducation" religieuse.

S'ils avaient le choix, combien d'européens fils de juifs ou de musulmans accepteraient une circoncision à quatorze ans pour épouser la religion de leurs parents?

Demander à un jeune de choisir sciemment une circoncision alors même qu'il est adolescent... Voilà qui serait un véritable acte de foi.

On comprend que les partisans de la circoncision fassent tout pour l'éviter.

05 juillet 2012

La BCE tire ses dernières cartouches

On dirait un nouvel épisode de la parabole de l'aspirine: aujourd'hui, la Banque Centrale Européenne a baissé son principal taux directeur d'un quart de point, de 1 à 0.75%.

euro-bills.jpgLes bourses ont été déçues. D'une part, les rumeurs selon lesquelles la BCE allait procéder ainsi se propageaient depuis quelques jours et étaient déjà "dans les cours" ; et d'autre part, les marchés espéraient bien un petit cadeau sous la forme d'un bon parachutage de beaux billets neufs.

L'arrosage par hélicoptère n'a pas eu lieu, la fête est gâchée.

Pourtant, de l'aveu même de Mario Draghi, la BCE n'en peut mais: quand l'activité économique est atone et que la méfiance brûle entre débiteurs et créditeurs, une palette ou deux de liasses de billets neufs dans le coffre ne vont pas changer grand-chose. Ce qui ne l'a pas empêché de baisser encore le taux directeur (prenant ainsi l'exact contre-pied de ses propos) alors même que l'inflation en zone Euro est au-delà du mandat de la BCE, qui a pour mission de la contenir en-dessous de 2%.

De plus, M. Draghi a avoué avoir encore dégradé la qualité de la signature de la BCE dans l'intervalle:

[Mario Draghi] a estimé que son institution avait fait tout ce qui était en son pouvoir, notamment en assouplissant ses exigences de collatéraux, ces garanties que les banques doivent fournir à la BCE quand elles lui empruntent de l'argent. Les prêts consentis aux entreprises et ménages sont maintenant acceptés comme collatéraux, ce qui signifie que les banques ont tout intérêt à en accorder, a souligné M. Draghi.

 

Des prêts à de simples particuliers et des entreprises comme collatéraux? Sont-ils notés AAA au moins? On en doute fort! Le bilan de la BCE ressemble de plus en plus à ce gros tas de dettes pourries typique des banques espagnoles que la zone euro cherche en ce moment à sauver...

Les grandes largesses de la BCE ne donneront évidemment aucun résultat notable pour relancer quoi que ce soit alors que la France - déjà péjorée par une croissance inférieure aux prévisions - vient d'infliger un bon coup de frein à tout espoir de reprise en se préparant à écraser les entreprises et la classe moyenne sous de nouveaux impôts.

La réduction des dépenses? Plus tard vous dis-je, plus tard!

Il y a pourtant urgence, la dette publique du prochain maillon faible de la zone euro atteindra plus de 90% du PIB en 2013 selon les prévisions, et croyez bien qu'elles ont été embellies.

La stratégie de Paris est peut-être de passer inaperçu au milieu d'un peloton de mauvaises nouvelles? Ce serait habile. Outre les banques espagnoles à recapitaliser, le ministre des finances suédois, Anders Borg, vient ainsi d'annoncer que la Grèce fera probablement faillite malgré toutes les tentatives engagées pour la sauver:

"Le plus probable est que nous ayons une sorte de défaut de paiement en Grèce", a estimé M. Borg, interrogé par la radio publique suédoise, SR. "Compte tenu de la manière dont la situation a été gérée jusqu'à présent, on ne peut pas exclure que cela résulte à la fin en une faillite de l'Etat", a-t-il ajouté. Selon lui, même si le nouveau gouvernement grec renégocie les conditions posées par le Fonds monétaire international en échange de son soutien, la dette publique s'élèvera toujours à 120% du PNB dans dix ans, une situation "rarement tenable (...) lorsqu'on a d'aussi faibles prévisions de croissance que la Grèce". La faillite de la Grèce pourrait signifier sa sortie de la zone euro, ce dont le ministre se dit "plus incertain".

 

Voilà la chose annoncée paisiblement, assumée au détour d'une petite interview sur une radio publique, quelque part entre la poire et le fromage... Et qui risque fort de remettre Athène à l'ordre du jour des sommets européens à brève échéance.

L'action de la BCE ressemble à un nouveau coup de pied donné à l'âne mort d'une économie européenne en berne. Avec un taux directeur réduit à 0,75%, elle n'a guère plus de force pour en donner d'autres - ce qui n'est pas plus mal, puisqu'ils n'ont aucun effet.

Les politiciens de la zone euro trouveront peut-être d'autres moyens inefficace de "relancer la croissance", si la crise leur en laisse le temps. Mais lorsque tous les expédients auront été épuisés, et on y arrive, il faudra bien s'attaquer à la dépense publique, et mettre en faillite ce qui doit l'être.

26 juin 2012

Les 7% magiques

Depuis dimanche dernier, l'Espagne ne peut plus se cacher derrière la Grèce. L'explosion de la bulle immobilière, le taux de chômage, la récession, le sur-endettement de toutes les strates de l'administration ont des racines dans la politique locale. Une fois les élections grecques passées, plus possible d'invoquer les faiblesses d'un compère moins bien loti pour justifier la méfiance des investisseurs...

Les analystes financiers gardent donc un oeil sur les taux d'intérêt ibériques:

Le 18 juin, les taux d'emprunts espagnols à 10 ans ont poursuivi leur envol historique, à plus de 7%, un seuil jugé insoutenable sur la durée, alors que les investisseurs attendent avec anxiété de connaître le montant précis de l'aide accordée par la zone euro à Madrid.

Mardi, ces taux à long terme se détendaient légèrement en fin de matinée tout en restant au-dessus des 7%, à 7,003%.

Le rendement espagnol devrait se maintenir autour des 7% au moins jusqu'à ce qu'on ait les résultats (d'un premier) audit sur le secteur bancaire ibérique, a souligné M. Naam, stratégiste obligataire chez Natixis.

 

Et voilà, un journaliste nous refait le coup des 7% magiques. 7%, insoutenables dans la durée? Alors que 6,80%, par exemple, le seraient?

Fadaises, pour rester poli.

Rappelons que depuis des décennies, les Etats occidentaux ne se désendettent jamais ; lorsqu'une obligation d'Etat arrive à terme, le pays concerné se contente tout simplement d'en émettre une nouvelle afin de payer l'ancienne! Ce principe, apparenté à la cavalerie financière, n'est pas le seul domaine dans lequel les Etats s'arrogent des facilités qu'ils refusent (à juste titre) aux acteurs du secteur privé. Mais comme on s'en rend compte depuis le début de la crise, la manoeuvre n'est pas sans risque. La dette étatique constamment renouvelée a tendance à augmenter sous son propre poids.

Alors que les taux d'intérêt en zone euro se sont progressivement affirmés, le seuil distant de 7% s'est concrétisé, mais il ne veut strictement rien dire. Précisons quelques indicateurs réellement significatifs de la dette publique.

Le Taux. Valeur la plus "médiatisée", le taux est simplement le loyer de l'argent emprunté par les Etats sur le marché financier. Quelqu'un empruntant une somme de 100 € à 5% l'an devra s'acquitter d'un coupon annuel de 5€ et retourner à la fin du prêt les 100€ de départ, soit l'intégralité du capital emprunté. Le mécanisme est exactement le même pour un particulier souscrivant un emprunt pour un nouveau véhicule que pour un ministère des finances levant des milliards d'euros dans des adjudications d'Etat.

Evidemment, une variation même infime du taux a un effet énorme sur le coût des emprunts: passer de 2% à 4% d'intérêt, variation somme toute modeste en apparence, fait passer le coupon annuel de 2 à 4 - soit une dette financièrement deux fois plus lourde à entretenir!

La Maturité. Emettre des obligations, d'accord, mais sur combien de temps? Un Etat peut émettre des obligations sur toute une gamme de durées, des obligations "courtes" sur trois mois, six mois ou un an, jusqu'aux obligations longues sur dix ans, voire quinze ou vingt. En général, le taux de référence concerne les emprunts à dix ans. Des durées plus ou moins longues offrent différents avantages. Comme pour un crédit hypothécaire, une durée plus courte amène en général des taux moins élevés, le prêteur se séparant de son argent moins longtemps. Des obligations d'Etat à durée courte sont donc sensées être moins coûteuses pour les pays qui les émettent, un adage devenu moins vrai dans la période de crise que nous traversons. Les obligations d'Etat à durée longue, en revanche, amènent une certaine sécurité. Le taux est fixé pour des années, permettant au pays de se protéger contre tout aléa ponctuel de la conjoncture ou contre les retournements de cycles économiques.

La maturité de la dette n'est pas une valeur souvent évoquée dans les médias ; elle est pourtant importante, parce qu'un pays endetté à court terme est vulnérable au renouvellement de ses obligations. Si vous devez absolument renouveler un crédit alors même que les taux sont historiquement hauts, le surcoût vous frappera de plein fouet.

Bien sûr, aucun pays ne repose que sur une seule durée pour gérer sa dette. Pour des raisons de risque et de coût, ils utilisent tous un panachage de durées courtes, moyennes et longues. C'est pour cela qu'on parle en général de maturité moyenne de la dette - la durée des obligations, pondérée par leur valeur respective. La maturité moyenne de la dette française est de sept ans - plus qu'un quinquennat présidentiel! - ce qui est très long, et tout à l'avantage du pays. En temps de crise, la maturité moyenne a toutefois tendance à se réduire, les pays aux abois tentant de renouveler leurs obligations sur des périodes plus courtes pour diminuer la facture. La maturité moyenne de la dette espagnole serait ainsi passée de 5-6 ans il y a quelques années à 4 ans aujourd'hui. Ce n'est pas sans danger si la crise se prolonge.

L'Endettement rapporté au PIB. Le Produit Intérieur Brut (PIB) est un indicateur approximatif de l'activité économique d'un pays. Les dettes gouvernementales atteignant des sommets en valeur absolue, les chiffres impliqués n'ont plus aucune signification pour le commun des mortels: que signifient 10 milliards à l'échelle d'un pays? 30 milliards? Une représentation de la dette en pourcentage du PIB est beaucoup plus parlante - ainsi, on peut imaginer qu'une dette "à 100% du PIB" obligerait le pays entier à travailler un an exclusivement à payer sa dette pour la solder. La perspective est complètement illusoire, bien entendu (il faut bien manger, payer son loyer et son essence dans l'intervalle) mais permet une représentation "familiale" de la dette. Le PIB tient alors lieu des revenus annuels du ménage.

En Suisse, la charge d'endettement supportable pour un ménage souscrivant à une hypothèque est fixée à 33% des sur la base d'un taux d'intérêt annuel de 5%. En clair, si la charge des intérêts dépasse 33% des revenus, le foyer est surendetté. Les pourcentages ne sont pas faciles à trouver, mais le service de la dette (c'est-à-dire le paiement des intérêts de celle-ci) est le premier poste budgétaire de l'Etat français depuis 2011...

Les Etats soumis aux critères de Maastricht se sont fixés un seuil d'endettement maximal différent, de 60% du PIB. On aurait tort d'y voir une limite plus stricte: non seulement ce chiffre n'a aucun lien avec les taux, mais il n'a pas non plus de lien avec la charge d'intérêt, qui est à ramener aux revenus de l'Etat - son budget - et non au PIB du pays. D'ailleurs, dépenses publiques aidant, ils ont tous explosé ces limites, l'endettement allant de plus de 80% du PIB pour les pays "bien gérés" comme l'Allemagne à plus de 120% pour l'Italie.

La Croissance. Fut-elle écrasante, une dette n'est pas effrayante si le débiteur garde une marge de manoeuvre financière. Une amélioration continue des revenus diminue la part relative de la dette dans le bilan et permet de se dégager quelques économies, utilisables par exemple pour réduire le solde. Ce facteur s'incarne dans la fameuse croissance du Produit Intérieur Brut, rapportée sous forme de taux annuel. Un accroissement du PIB implique plus de recette fiscales et une économie en bonne santé ; inversement, une récession (c'est-à-dire une croissance négative) grève les recettes de l'Etat et traduit une contraction de l'activité économique.

Nous en avons fini avec les indicateurs. Il en existe bien d'autres - de l'évolution boursière des Credit Default Swaps aux notes délivrées par les agences de notation - mais ils se recoupent souvent les uns les autres ou ne font que donner des "tendances" sur l'évolution des éléments principaux.

Voyons ce que valent ces indicateurs appliqués à quelques économies de la zone euro.

spain.gifEspagne: d'après la banque d’Espagne, la dette publique espagnole a atteint fin mars 72,1% du PIB soit 8 points et demi de plus qu'il y a un an où la dette s‘élevait à 63,6%. Le poids de la dette espagnole rapporté au PIB reste raisonnable comparé à d'autres pays d'Europe, mais elle se creuse très rapidement - la faute à une économie en berne et un Etat qui peine à réduire son train de vie. Le taux espagnol de référence à 10 ans dépasse 6,5%. De plus, la maturité de la dette espagnole est plutôt courte, ce qui oblige à réagir dans l'urgence.

Si l'Espagne devait renouveler l'intégralité de sa dette à dix dans aux conditions actuelles, il lui faudrait une croissance annuelle de 4,68% pour soutenir sa dette (c'est-à-dire, pour que sa dette n'augmente pas sous son propre poids). Or, depuis 2009 l'Espagne est quasiment toujours en récession. La dette augmente donc ménaniquement en pourcentage du PIB, jusqu'à la catastrophe finale.

italy.gifItalie: La croissance italienne est un peu meilleure, avoisinant les 2%. Malheureusement, l'Italie traîne une dette de 120% de son PIB, et son taux d'intérêt à 10 ans tourne autour de 6% - en deçà des fameux 7% magiques de nos mystérieux économistes... Et pourtant, là encore, un rapide calcul nous apprend qu'aux conditions actuelles, l'Italie devrait avoir une croissance annuelle de 7,2% pour renouveler sa dette à dix ans!

A court ou moyen terme, l'Italie va donc s'effondrer sous le poids de sa dette.

germany.gifAllemagne:: un tour d'horizon rapide des pays de la zone euro ne serait pas complet sans l'examen du premier de la classe, l'Allemagne de Mme Mère-La-Rigueur Merkel. La première économie de la zone euro offre quelques gages de confiance ; ses taux d'intérêt à 10 ans ne sont qu'à 1,5% environ. Couplés à une dette de 83,2 % du PIB tout de même (chiffres 2010) il suffit à la locomotive de l'Europe une croissance annuelle de 1,25% pour se dégager une marge de manoeuvre. C'est quasiment assuré mais pas toujours - comme en 2009, où l'Allemagne a subit une sérieuse récession.

Contrairement aux idées reçues, en termes de dette publique même la toute-puissance Allemagne est un colosse aux pieds d'argile. Si la santé financière germanique suscite moins d'inquiétude que les autres pays de la zone euro, elle n'a rien d'enthousiasmant. Angela Merkel a raison quand elle clame que l'Allemagne n'a pas les moyens de sauver l'Europe: c'est la stricte vérité.

Comme vous l'aurez constaté, il n'existe absolument aucun effet de seuil lié à des taux d'intérêt à 7%. Un bon nombre de pays de la zone euro s'apprête à boire la tasse sans être parvenu à ce stade - mais il finiront bien par le franchir au cours de la crise, ce qui permettra sans doute aux prestidigitateurs de service de clamer que tous les problèmes viennent finalement de là.

On peut discuter longuement de la pertinence de tel ou tel indicateur. Selon moi, la croissance est le plus important: sans croissance, le train de vie des Etats amène rapidement la dette à des sommets en pourcentage du PIB. Il n'y a aucune chance de réduire la dette d'un centime sans croissance. Reste à savoir comment la libérer, ce qui n'a que peu à voir avec les solutions apportées par les élites du continent.

Tant que nos hommes politiques seront engoncés dans leur dogme keynésien et persuadés que la croissance économique dépend de leur volontarisme en matière de politique économique, nous ne sortirons pas de l'ornière.

21 juin 2012

La justice française forcée de définir le fascisme

L'affrontement entre Marine Le Pen et Jean-Luc Mélenchon dans la circonscription de Hénin-Beaumont aura été un des points d'orgue des législatives françaises.

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Après une campagne donnant lieu à bien des excès de part et d'autre, la fumée du champ de bataille s'est dissipée, laissant les deux prétendants sur le carreau. Ceux-ci ne sont pas prêt à rendre les armes pour autant: les amertumes accumulées sont trop grandes. Ils semblent décidés à porter la lutte jusque devant les tribunaux, chacun accusant son adversaire de diverses ignominies. Mais ce qui ne mériterait peut-être qu'un entrefilet dans la rubrique judiciaire pourrait avoir des conséquences pour le moins inattendues...

Ainsi, dans un des derniers épisodes de l'histoire, le Front National prend l'offensive en traînant Jean-Luc Mélenchon devant les tribunaux, pour reprendre la formule subtile du Matin. Le motif? Le leader du Front de Gauche a publiquement affirmé que Marine Le Pen était "fasciste":

Interrogé sur des sondages plaçant Marine Le Pen en tête du premier tour de la présidentielle, Jean-Luc Mélenchon avait lancé: "Pourquoi voulez-vous que le peuple français soit le seul peuple qui ait envie d’avoir un fasciste à sa tête, pourquoi ils seraient comme ça les Français?".

La candidate du FN avait dans la foulée saisi le doyen des juges d’instruction de Paris d’une plainte pour "injures publiques", reprochant à M. Mélenchon d’avoir utilisé le terme "fasciste" pour la caractériser.

 

Un communiste s'offusquera rarement qu'on le traite de communiste, puisque pour lui le terme n'aura rien d'une insulte. Ici, Marine Le Pen prend assez mal le qualificatif employé par M. Mélenchon ; il y a donc visiblement une divergence sur le sens qu'on lui donne.

La seule possibilité pour M. Mélenchon d'éviter une condamnation infâmante (fusse-t-elle d'un euro symbolique) sera d'affirmer qu'il n'a rien dit d'autre que la vérité. La ligne de défense prise par son avocate, Me Raquel Garrido, semble aller dans ce sens: "Pour nous, le terme fasciste n’est pas une insulte mais une caractérisation politique".

Par voie de conséquence, la justice française sera amenée à trancher les points suivants:

  • Le qualificatif de "fasciste" est-il une insulte?
  • Quelles sont les caractéristiques d'un mouvement politique ou d'une personnalité "fasciste"?
  • Marine Le Pen correspond-t-elle à cette définition?

A supposer que la plainte soit recevable, elle pourrait amener des développements intéressants. Si la Cour évacue le dossier en estimant que le qualificatif de "fasciste" n'est pas une insulte, nous resterons sur notre faim. Cela contribuera juste à rendre le terme encore plus galvaudé qu'il n'est aujourd'hui.

Mais si la justice s'attarde sur le sens du mot fascisme, nous verrons alors pour la première fois une définition juridique du terme. D'après wikipédia (pour ce que ça vaut) le fascisme "générique" s'étend à tout mouvement politique ou organisation s'appuyant sur un pouvoir fort au service d'une classe humaine dominante, la persécution d'une classe ennemie chargée de tous les maux, l'exaltation du sentiment nationaliste, le rejet des institutions démocratiques et libérales, la répression de l'opposition et un contrôle politique extensif de la société civile. L'analyse de la justice française sera-t-elle différente?

Une fois le fascisme défini, on saura si Marine Le Pen correspond à ses critères. S'ils sont assez ouverts pour inclure le Front National, on verra d'ailleurs à quels autres mouvements politiques - au hasard, le Front de Gauche - ils pourraient aussi s'appliquer. Remplacez "immigrés" par "riches bourgeois" ou "finance juive apatride" et vous obtenez facilement quelques variantes...

Et si Marine Le Pen est lavée de l'accusation de fascisme devant la justice, Jean-Luc Mélenchon aura bien des raisons de s'étrangler: grâce à ses déclarations permettant à une cour de justice de statuer noir sur blanc que Marine Le Pen n'est pas fasciste, il aura contribué plus que quiconque à la banalisation du Front National au sein de la vie politique française!

Quelle que soit la conclusion du volet judiciaire de l'affaire, Marine Le Pen et le Front National semblent avoir tout à gagner de ce procès.

Mise à jour: Jean-Luc Mélenchon est formellement inculpé pour injure. Fidèle à sa ligne de défense, il donne une définition plus précise du fascisme à ses yeux:

"Fasciste n'est pas une injure, c'est une caractérisation politique (...) qui est une description d'un processus, d'une identité politique caractérisée par des faits extrêmement précis" a répliqué jeudi Jean-Luc Mélenchon après sa mise en examen, citant notamment "la haine et le refus des mouvements ouvriers organisés"

"C'est très typique de l'attitude du Front national qui ne cesse de dénoncer les syndicats comme corrompus, comme vendus au patronat", a-t-il poursuivi.

"Deuxièmement, c'est une vision de l'organisation de la société par corporation. Voilà ce qu'est le fascisme historiquement". "J'estime donc que personne n'a à se sentir injurié dès lors qu'il est l'objet d'une caractérisation", a-t-il poursuivi, en accusant son adversaire lors de la présidentielle et des législatives dans la 11e circonscription du Pas-de-Calais (Hénin-Beaumont) d'instrumentaliser la justice.

13 juin 2012

Le Mécanisme Européen de Stabilité, puissant facteur d'instabilité

Pauvre Espagne! A peine son secteur bancaire était-il sauvé que les taux d'intérêt repartaient à la hausse....

PARIS - Le taux à 10 ans de l'Espagne a atteint un plus haut depuis la création de la zone euro mardi en milieu d'après-midi, la méfiance des marchés à l'égard de la dette du pays s'accentuant malgré l'annonce du plan de sauvetage des banques.

Vers 16H10 (14H10 GMT), le rendement espagnol se tendait à 6,756% contre 6,487% lundi soir. La situation de l'Espagne est pire que la semaine dernière, a estimé un opérateur pour qui le plan annoncé samedi n'a pas apaisé les craintes sur la situation du pays.

 

Dans une autre dépêche, chacun y va de sa petite explication. Est-ce la Grèce et la sourde menace qu'elle pose à la zone euro? Est-ce le fameux plan à 100 milliards et les questions qu'il soulève? "Les investisseurs ne savent pas très bien quoi en penser", expliquent des économistes du Crédit Agricole à propos de ce plan. On ne saurait mieux dire, car en fait l'origine de la manne - venant soit du Fonds Européen de Stabilité Financière (FESF), soit du Mécanisme Européen de Stabilité (MES) - aura bien plus d'influence que tout le reste sur les marchés, y compris l'utilisation qui sera faite de l'argent.

Pourquoi les banquiers et les acteurs de la finance se concentrent-ils à ce point sur l'origine des fonds venant au secours du secteur bancaire espagnol?

Contre toute attente, les sommes avancées devraient être absorbées par les dispositifs existants - FESF et MES - sans que les Etats moins endettés de la zone euro (l'Allemagne, pour ne pas la nommer) ne remettent la main au pot. Mais FESF et MES ne fonctionnent pas exactement de la même manière, et comme on dit, le diable est dans les détails.

Le FESF a été mise en place au printemps 2010 comme mesure transitoire jusqu'au lancement du MES le premier juillet de cette année. Il devrait s'éteindre en 2013. Le MES, lui, a vocation à être permanent.

Le FESF dispose de 440 milliards d'euros dont une bonne partie a déjà été engagée. Le MES peut plus ou moins emprunter sans limite, mais dépend des économies nationales selon leur force respective: 27% pour l'Allemagne, 20% pour la France, 18% pour l'Italie et 12% pour l'Espagne (oui, un pays ayant besoin d'aide peut contribuer au fonds destiné à le secourir: dans la zone euro on n'est plus à une aberration près...)

Les deux fonds peuvent souscrire des obligations auprès des marchés financiers à un taux préférentiel, puisqu'une dette mutualisée est moins risquée qu'une dette assumée par un seul acteur.

Le parallèle s'arrête là, car FESF et MES ne sont pas soumis aux mêmes règles juridiques. Affirmer que MES disposerait d'avantages particuliers serait un euphémisme ; pour comprendre ce qu'il en est, rien de mieux qu'une petite vidéo d'Allemands inquiets pour l'indépendance de leur pays face à la monstruosité légale que représente le MES...

 

Les présentations étant faites, un économiste du Crédit Agricole, Frédérik Ducrozet explique le mystère de la hausse des taux:

Beaucoup de détails sur le plan d'aide restent inconnus et des détails qui comptent, notamment (...) qui du FESF ou du MES prêtera l'argent à l'Espagne. Dans l'hypothétique scénario extrême d'une restructuration de la dette espagnole, en tant que créancier, le FESF serait en effet logé à la même enseigne que les autres prêteurs.

En revanche, les prêts du MES sont dits seniors c'est-à-dire que le fonds serait remboursé en priorité et au détriment des autres créanciers, un scénario qui peut entretenir les craintes du marché, vu que les investisseurs privés se verraient relégués derrière le MES.

 

Les avantages du MES ont un revers. Les garanties dont il peut juridiquement se prévaloir lui permettent certes d'emprunter à bon compte, mais elles effraient d'autant plus les créanciers en concurrence avec lui lorsqu'il s'agit de souscrire à de la dette publique.

Qui accepterait de prendre place sur la ligne de départ d'un marathon en sachant que le coureur d'à côté fera le trajet en voiture?

Alors, c'est vrai, rien ne dit pour l'instant que le MES interviendra en Espagne. Les Européens se tâtent. Le FESF est un fonds "normal" et donc soumis à des règles normales: ses statuts prévoient que les Etats aidés soient exclus de la liste des garants, reportant la caution sur les autres et faisant grimper leur dette publique, ce qui fait rechigner certains pays de la zone euro. Le MES, lui, est doté de fonds propres et prévoit que tous restent garants, même ceux sous perfusion, si bien qu'une nouvelle aide ne changerait rien pour les contributeurs.

Mais voilà, la simple possibilité que le MES puisse intervenir à un moment ou un autre, lorsqu'il existera officiellement, plane déjà comme une épée de Damoclès sur le marché des obligations publiques à cause de sa qualité de prêteur "senior". Et qui dit risque dit taux plus élevés pour couvrir ce risque. D'où la hausse subite des taux espagnols, italiens et tutti quanti.

On peut parier que dès que le MES interviendra pour soutenir un pays, les taux d'intérêt de ce dernier exploseront, personne n'acceptant de devenir de facto un créancier de deuxième catégorie. Ce qui poussera immanquablement le MES à intervenir davantage, et rapidement, le conduisant à assumer de proche en proche l'entier de la dette de ce pays. Si cette manière de faire règle d'une certaine façon l'écart de traitement entre créanciers normaux et créanciers prioritaires (ceux-ci s'effaçant en faveur de celui-là) les centaines de milliards d'euros dont le MES est initialement doté ne suffiront évidemment pas à lui faire absorber autant de dette publique...

En fin de compte, les avantages juridiques dont est doté le MES ne feront qu'augmenter la défiance des marchés financiers envers la zone euro.

Le Mécanisme Européen de Stabilité est donc un puissant facteur d'instabilité dans la crise européenne. Il rendra les prévisions de marché encore plus opaques et alimentera la défiance envers la dette publique, soit exactement l'inverse de ce pour quoi il a été conçu. Brillante invention!

29 mai 2012

La Grèce dans le brouillard électoral

Pas plus tard qu'en février, l'Union Européenne - jamais à court d'absurdités - pondait, après d'âpres négociations, un plan merveilleux sensé ramener la Grèce dans les clous à l'horizon 2020, en cherchant à ramener la Grèce à un endettement soutenable de 120,5% du PIB.

Le plan infaillible et millimétré sur huit ans aura tenu un peu moins de trois mois.

A qui la faute? Sans doute à cette vilaine démocratie dont la Grèce s'embarrasse encore, et qui fait tant horreur aux planificateurs de tous bords.

Greece.jpgIl faut dire que la constitution grecque n'aide guère à prédire l'avenir. Sur les 300 députés que compte le parlement, seuls 250 sont élus au scrutin proportionnel. 50 sièges sont attribués d'office au vainqueur de l'élection pour l'aider à constituer une majorité. Si on comprend la logique du mécanisme dans une optique de bipartisme, ses faiblesses sont évidentes quand l'écart entre les prétendants est faible, comme aujourd'hui.

Alexis Tsipras, chef du parti d'extrême-gauche Syriza, a su jouer habilement de ces règles. Arrivé deuxième lors des élections du mois de mai, il suivait le vainqueur Nouvelle Démocratie dans un mouchoir de poche. L'élan étant en sa faveur, il a eu beau jeu de refuser toute participation au gouvernement pour forcer de nouvelles élections: il suffirait à Syriza de progresser de quelques pourcents pour faire main basse sur plus d'un tiers du parlement. Rien ne dit pourtant que la nouvelle assemblée sera plus stable que l'ancienne.

Les nouvelles élections législatives du 17 juin laissent donc planer une bonne dose d'incertitude. Pendant plusieurs semaines, le plan de M. Tsipras semblait se dérouler à merveille ; mais tout à fait récemment, un sondage à contre-courant a redonné la "droite traditionnelle" en tête. Les bourses du monde, jamais à court de plans sur la comète, se sont empressées de rebondir. Quelle légèreté! Même à supposer que Nouvelle Démocratie l'emporte, ce ne sera jamais qu'une nouvelle mouture du parlement sorti des urnes en mai, donnant une assemblée ingouvernable.

L'incertitude ne s'arrête pas aux élections grecques. La zone euro toute entière ne semble plus savoir sur quel pied danser. Un jour, un haut responsable explique que la zone euro peut supporter une sortie de la Grèce, un autre, que la même sortie serait une catastrophe. Un jour, on explique que les banques supporteraient sans trop de mal le retour de la Drachme - voire qu'elles s'y préparent déjà - et un autre, que le système financier n'y résisterait pas.

C'est le chaos (du grec ancien Χαος / Khaos).

Gageons que nous en saurons un peu plus le soir du 17 juin. Il faut se dépêcher de solder le problème grec d'une façon ou d'une autre, l'Espagne est sur les rangs pour reprendre le flambeau de la crise.

lagarde.jpgMais Mme Christine Lagarde vient peut-être de tuer le suspense.

La brillante directrice du Fonds Monétaire International a ainsi expliqué dans les colonnes du Guardian que les problèmes de la Grèce seraient résolus "s'ils s'entraidaient collectivement, en payant tous leurs impôts" et, grosso-modo, que le sort des Grecs ne l'émouvait guère. Eh oui, c'est tout simple, un petit bulletin de versement de 30'000 € par personne hop, la Grèce règle ses créanciers rubis sur l'ongle! Qui n'a pas cette somme en poche, franchement?

De la part d'une fonctionnaire internationale touchant plus de 380'000 € annuels, nets d'impôt comme il se doit, on arrive presque à comprendre son point de vue...

Si Christine Lagarde avait voulu donner un petit coup de fouet au parti d'extrême-gauche Syriza, elle ne s'y serait pas pris autrement. Une petite vexation bien sentie à l'égard des Grecs, juste avant des élections cruciales, c'était habile pour obtenir une rupture bien nette entre la Grèce et le reste de la zone euro.

Si c'était fait exprès, c'est un coup de maître.

Mais était-ce volontaire?

Quelques soupçons subsistent, à cause de longue tradition de déclarations judicieuses de la présidente. Mme Lagarde était convaincue en 2010 que la France allait conserver sa note AAA. En janvier 2011, elle déclarait : "L'euro a franchi le cap, et la zone euro a désormais le pire de la crise de la dette derrière elle." Et bien sûr chacun gardera à l'esprit sa brillante expression "tous les clignotants sont au vert", ou son cri du coeur "utilisons les bicyclettes!" en réaction à la hausse du prix de l'essence...

C'est tout le problème des questions qui touchent à la monnaie unique: il n'est pas possible d'exclure entièrement l'hypothèse de l'incompétence.