22 avril 2012

Réaction à chaud

Ca y est, après une aprèEstimations.pngs-midi de tergiversations, les estimations sont tombées.

Le 2e tour devrait voir s'affronter, sans surprise, Nicolas Sarkozy contre François Hollande. Pour le reste, pas une estimation clé correctement livrée par les instituts de sondage: le score de Jean-Luc Mélenchon est décevant (comme je l'avais prédit ici même) et Marine Le Pen occupe sans doute possible la troisième place. Finalement, contre toute attente, la participation est très élevée, plus de 80%.

Et des gens payent ces sociétés pour fournir des estimations?!

La campagne pour le deuxième tour va être très amusante. En effet, en 2007, François Bayrou avait été le troisième homme: les deux candidats avaient multiplié les avances vers le centre pour séduire l'électorat du Béarnais.

Ici, le fléchissement vers le centre n'est plus possible, ou en tous cas, il ne suffira pas: avec près d'un électeur sur cinq, Marine Le Pen vient d'entrer dans la vie politique française par la grande porte - alors même que la participation est très élevée, ce qui coupe court à toute théorie "d'accident". Non seulement elle dépasse le meilleur score de son père, mais ce résultat n'a rien d'inespéré, ni même de surprenant.

Il fallait être un politicien du sérail (ou l'employé d'un institut de sondage) pour croire que le ras-le-bol se concrétiserait du côté de Jean-Luc Mélenchon plutôt que de Marine Le Pen.

Piquant d'entendre ce soir Jean-François Copé faire quelques additions rapides sur le plateau de TF1 juste après les premières estimations: finalement tout ne va pas si mal, tant de pour-cents pour la droite, tant de pour-cents pour la gauche, et l'indéchiffrable François Bayrou au centre. Pardon? Désormais, l'UMP additionne les voix du Front National aux siennes? Voilà une sacrée nouveauté!

La gauche a une longue tradition d'alliance et d'unité. Même si on se déteste cordialement, lors des grandes échéances on répond présent. François Hollande n'aura qu'à jouer la carte de la modération pour emporter une bonne partie de l'électorat centriste.

A droite, avec le cas particulier du Front National français, l'exercice est plus difficile - une division entre droite fréquentable et droite infréquentable dans laquelle l'UMP n'a pas hésité à renchérir. Le président sortant paye ses pots cassés. Nicolas Sarkozy, qui affichait quelques jours encore son mépris souverain pour Marine Le Pen, devra convaincre l'électorat frontiste que ses préoccupations sont respectables et qu'elles seront défendues dans un second quinquennat (alors même que Marine Le Pen continue d'être le diable incarné, bien entendu.)

Pas facile de faire passer un tel message en deux semaines!

Certes, Nicolas Sarkozy a ponctuellement tenté des "ouvertures à droite", mais celles-ci étaient tellement cousues de gros fil qu'il faut être un indécrottable naïf pour y avoir cru - et nous voyons ce soir que ceux-là ne sont pas nombreux à s'y être laissés prendre. A l'inverse de 2007, les électeurs du Front National ont choisi le vote Front National.

Tout n'est pas joué pour autant, bien entendu. Entre les deux tours, le président sortant brossera un portrait apocalyptique du destin qui attend la France en cas de victoire de François Hollande ; si l'homme du PS est aussi borné et aveuglé par l'idéologie qu'on peut le craindre, le tableau pourrait refléter la vérité. Mais il y en a d'autres qui font le pari du pragmatisme de la part du candidat socialiste - sachant de toutes façons que la marge de manoeuvre de la France est extrêmement étroite.

Personne n'est à l'abri d'une bourde mémorable, évidemment. Mais toutes choses étant égales, la trajectoire est favorable à François Hollande. Quand Nicolas Sarkozy se présentera comme le président des défis à relever, il ne pourra pas empêcher une bonne partie de l'électorat de se demander en son for intérieur "pourquoi avoir gardé ces réformes si essentielles pour un second mandat?"

Qu'avez-vous donc fait de votre premier mandat, M. Sarkozy? La timidité de vos réformes, vous la payez ce soir.

19 avril 2012

22 avril 2012, un choix cornélien

Face à l'échéance électorale de dimanche, le citoyen français est face à un choix délicat. D'habitude, on exprime les dilemmes sous forme d'alternatives, comme Charybde et Scylla, mais ici, l'électeur affronte pas moins de dix petits monstres à la fois, tous plus agressifs, pathétiques et incompétents les uns que les autres. Pas facile de se décider, en effet.

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Avec une telle brochette de champions, le grand vainqueur de ce premier tour est déjà connu: l'abstention. La tentation sera grande pour les Français de consacrer leur dimanche à une occupation plus essentielle que l'élection du prochain président - comme passer un peu de temps avec leur famille, par exemple.

L'élection est d'autant moins importante que même si les programmes se suivent et se ressemblent d'une échéance à l'autre, il n'y en aura en réalité qu'un seul applicable au lendemain du second tour: la rigueur, matin, midi et soir. Alors, à quoi bon voter pour les promesses de Jacques, de Nathalie ou de Philippe en sachant que le résultat sera le même? La situation de la France ne fait plus guère illusion et en fin de compte, que ce soit en hausse des prélèvements ou en baisse des prestations, tout l'inventaire va y passer.

Mais enfin, pour les irréductibles inexplicablement accrochés à leur "devoir civique", il faut bien se décider à choisir quelqu'un. Pour ceux-là, voici ma modeste analyse.

Mélenchon, Bayrou et les autres candidats rigolos

Le premier tour d'une élection présidentielle est une kermesse où se côtoient, sur un pied d'égalité, tous ceux qui ont réussi à obtenir les fameuses 500 signatures de maires. La tentation est grande de voter pour le plaisir. Cela donne aux "grands" une indication de la façon dont l'électorat se comporte. Les "petits", eux, peuvent monnayer leur soutien au second tour en échange d'un renvoi d'ascenseur, comme un maroquin de ministre.

Gageons qu'entre Nathalie Arthaud (trotskyste), Nicolas Dupont-Aignan (souverainiste), Philippe Poutou (trotskyste), Eva Joly (trotskyste écologiste) et Jacques Cheminade (gaulliste), rares seront ceux à franchir la barre fatidique des 5%.

Seuls Jean-Luc Mélenchon et François Bayrou sortent du lot. Le premier a su habilement créer le buzz pour se présenter en leader de l'extrême-gauche, aussi étonnante soit cette hypothèse pour un politicien du sérail, sénateur pendant vingt ans, tardivement reconverti au militantisme forcené. Mais à part éructer contre le système, il n'y a pas grand-chose à attendre de sa candidature. Son score risque d'être décevant, malgré les sondages: dans le secret de l'isoloir, les sympathisants gauchistes savent bien qu'un candidat de leur bord se doit d'arriver au second tour, et que François Hollande a infiniment plus de chances de parvenir au poste suprême. Tout révolutionnaires qu'ils soient, les supporters de Jean-Luc Mélenchon ne supporteraient pas d'endosser le rôle de ceux qui ont offert à Nicolas Sarkozy sa réélection sur un plateau.

Ce n'est pas la même chose pour François Bayrou, dont la position modérée le verrait vainqueur au second tour dans n'importe quelle configuration. Problème, aucune chance qu'il ne parvienne jusque-là. Sa longue traversée du désert ne l'a pas laissé indemne. Il n'a pas d'élus, guère de moyens, son parti est faible et divisé. L'espace politique qu'il occupait a été promptement broyé par Nicolas Sarkozy dès le début de son mandat, ce dernier orientant sa politique résolument à gauche afin qu'aucune place ne subsiste entre le PS et l'UMP.

La tentation de la Marine

Entre Jean-Luc Mélanchon et Marine Le Pen, qui incarnera le mieux le coup de pied dans la fourmilière? Le dégoûté de gauche penchera pour le premier, le dégoûté de droite pour la seconde. Mais, outre le fait qu'il y a à droite bien plus de gens écoeurés par Nicolas Sarkozy que d'électeurs de gauche remontés contre François Hollande, l'héritière de la famille Le Pen bénéficie du précédent historique du 21 avril 2002, où, à la surprise générale, son père se retrouva au second tour contre Jacques Chirac.

Autrement dit: l'effet de surprise est éventé depuis dix ans.

Depuis 2002, la gauche se fait un devoir d'assurer le service minimum en arrivant au second tour, quitte à y échouer lamentablement. D'ailleurs, cinq ans après l'incident, Jean-Marie Le Pen obtint à peine plus de 10% des suffrages. L'histoire ne repasse pas les plats.

Marine Le Pen table sur une honorable troisième place. Si par accident elle devait éliminer un favori, l'exemple historique nous suggère que rien ne changera: la candidate du Front National sera ostracisée et le rescapé plébiscité. Il n'y aurait pas de débat télévisé. Le Front National ne deviendra pas un parti fréquentable. Tout ce que la place compte de chroniqueurs et d'éditorialiste s'empressera d'effacer ce pénible épisode de sa mémoire.

En fait, comme en 2002, une réussite du candidat du Front National privera simplement le peuple français d'un véritable second tour.

Bienvenue en Sarkhollande

Selon toute vraisemblance l'élection présidentielle de 2012 se jouera comme d'habitude dans un ennuyeux duel entre l'UMP et le PS, Nicolas Sarkozy contre François Hollande. Vue de Suisse, la différence entre les candidats est ténue. Pourtant, et malgré tout les griefs que je peux éprouver envers l'un et l'autre, il me semble préférable d'opter pour François Hollande.

Ne croyez pas un instant que je pense qu'il fera un bon président ou que son programme a le moindre sens. Mon point de vue est strictement pragmatique. Je pense que François Hollande doit remporter ces élections pour deux raisons.

La première, et pardonnez-moi ce truisme, est qu'une victoire de François Hollande implique une défaite de Nicolas Sarkozy. Or, il est essentiel que Nicolas Sarkozy perde. Elu en 2007 sur un programme de droite, vaguement responsabilisant et poussant timidement la France dans la direction des réformes, il n'a cessé de décevoir son électorat, de pencher toujours plus à gauche et de finalement trahir l'immense espoir sur lequel il a été élu. Il a fâché jusque dans sa propre majorité. Les Français avaient choisi un réformateur, ils se sont retrouvés avec l'héritier frénétique de Jacques Chirac.

Nicolas Sarkozy a passé son temps à créer de nouveaux impôts et taxes, à nommer ses prétendus adversaires politiques à des postes à responsabilité (on pense non seulement à ses ministres socialistes, mais aussi à Dominique Strauss-Kahn à la présidence du FMI), à renoncer à réformer en profondeur la fonction publique, la sécurité sociale, les retraites, le droit du travail. Sous sa direction, la France a perdu des rangs de compétitivité, son triple-A, et s'est vu gratifiée d'un million de chômeurs supplémentaire.

Ce président demandait en début de mandat à être jugé sur ses résultats: ils sont sous nos yeux. Nicolas Sarkozy ne doit pas être réélu. S'il est reconduit à la présidence, alors les citoyens français auront perdu les derniers vestiges de crédibilité dont ils disposaient encore auprès de leur classe politique. Il n'est pas certain que l'échec du président sortant amène à une remise en question salutaire, mais s'il accède à un second mandat, on peut être sûr que celle-ci n'aura pas lieu.

La seconde raison de choisir François Hollande, c'est que l'expérience empirique montre que lorsque la rigueur survient, un président et un gouvernement de gauche sont plus à même de faire passer la pilule des réformes auprès de leurs administrés.

La France va changer dans les cinq ans qui viennent, et dans une direction toute autre que celle chantée par les candidats. Si les changements sont prônés par un gouvernement de droite, les blocages seront terribles: à la résistance acharnée contre la remise en cause des "droits acquis" s'ajoutera la lutte contre l'adversaire politique. La minorité de gauche ne sera que trop contente de miner l'effort entrepris en versant dans la surenchère irresponsable: cette rigueur n'est pas nécessaire, le président est à la solde de la finance apatride, etc.

Si les changements sont prônés par un gouvernement de gauche, en revanche, les centrales syndicales seront en porte-à-faux ; le soutien de la minorité de droite n'est pas impensable ; les forces de gauche seront en ordre d'autant plus dispersé que la plupart des formations politiques de ce bord se seront empressées de participer au nouveau gouvernement. Des réformes prises au nom du réalisme et de l'urgence pourraient passer, malgré des protestations symboliques. Après tout, si même des socialistes proposent une réduction du poids de la fonction publique, c'est qu'il n'y a vraiment plus d'autre choix.

Voilà pourquoi - toutes choses étant relatives - l'élection probable de François Hollande est la moins pire des solutions, même s'il est choisi par les citoyens français pour tout un tas de mauvaises raisons!

Moi? Je ne voterai pas, Frédéric Bastiat n'ayant pas réussi à obtenir ses 500 signatures.

17 avril 2012

Pourquoi l'Europe ne s'en sortira pas

Alors qu'il est on ne peut plus clair pour tout le monde que l'Europe n'est pas sortie de la crise, certains pensent qu'il suffit de passer par une période "d'austérité" et d'appliquer un certain nombre de "recettes", fussent-elles au goût amer, pour que les choses rentrent dans l'ordre et que tout redevienne comme avant.

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12 avril 2012

Présidentielles françaises: Retour vers le Futur

Les publicités inondent les boîtes aux lettres, mais toutes ne sont pas sans valeur. Ainsi, en tant que Français de l'Etranger, j'ai reçu il y a quelques années - cinq ans exactement - une petite liasse de documents promotionnels tous plus farfelus les uns que les autres, concernant les élections présidentielles françaises.

J'aurais pu envoyer le tout directement à la corbeille, mais j'ai eu une meilleure idée: mettre soigneusement ce courrier de l'ambassade de côté pour le ressortir un peu plus tard, histoire de voir, avec le recul, ce que valaient les promesses de nos candidats. A quelques jours du premier tour de la présidentielle, le moment semble tout à fait approprié pour se remémorer ces documents, scannés au format PDF.

Accordons-nous donc un petit voyage dans le temps, à l'aube d'un 22 avril plus ancien...

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09 avril 2012

Sortie de crise, vraiment?

Relisant certaines contributions de mes lecteurs, j'ai réalisé que j'avais été pris à partie au sujet de la Grèce par un internaute vindicatif. Dans un commentaire (forcément hors sujet) celui-ci s'est indigné:

(...) vous nous assénez plusieurs textes par semaine mais jamais un soupçon de repentir pour les bourdes que vous tentez de nous enfiler sans précaution. Exemple: la Grèce. Selon vous nous devrions déjà avoir enterré cette économie depuis plusieurs mois.

 

Selon moi? Si seulement! Mais je ne suis pas le seul pronostiqueur pessimiste des environs. En septembre dernier, le marché jugeait probable un défaut entre décembre 2011 et septembre 2012. Moins de six mois plus tard, nous avons eu le "plan de renégociation de la dette" durement négocié, qui a amené à une décote "volontaire" de plus de 70% des titres de créance grecs détenus par les investisseurs.

Ce n'est peut-être pas un défaut dans les règles de l'art, mais ça y ressemble drôlement...

N'ayant plus abordé le problème de la Grèce, de l'Europe et de la fin du monde depuis quelques semaines, il était sans doute temps de revenir sur le sujet. Car si la Grèce n'apparaît qu'épisodiquement sur les écrans radars de l'actualité, elle ne va pas pas bien du tout:

Une batterie d'indicateurs inquiétants sont revenus rappeler, quelques heures avant l'ouverture d'un nouveau sommet européen, qu'Athènes file à grande vitesse droit dans le mur.

Les premiers sont d'ordre conjoncturels. L'indice des directeurs d'achat PMI établis par l'agence Markit pour la Grèce au 1er mars 2012 montrent qu'en février la production industrielle grecque a connu sa plus forte chute mensuelle depuis 13 ans !
Il s'agit du 30 ème mois consécutif de repli pour cet indice PMI qui atteint désormais des niveaux de faiblesse battant tous les records. Déjà en récession prononcée, la Grèce voit toujours sa situation se dégrader (...)

Mais le plus inquiétant réside dans le manque de confiance croissant des experts dans la viabilité du second plan d'aide à la Grèce qui est en passe d'être formellement débloqué par les bailleurs de fonds d'Athènes.

 

On le savait bien, le second plan d'aide miraculeux sensé amener la Grèce à 120,5% d'endettement à l'horizon 2020 ne suffira pas. Il faudra peut-être un troisième plan d'aide de quelque 50 milliards d'euros. Et quand vous lisez "peut-être", il faut comprendre absolument, du triple de ce montant, et rien ne dit que ce sera le dernier...

chomage_espagne.jpgA force de s'entendre chanter que le plus fort de la crise est derrière nous, les Européens, qui ne sont pas aussi stupides que pourraient le penser leurs élites, se sont peu à peu habitués à traduire la novlangue officielle en termes réels. Non, la crise n'est pas derrière nous, et ce ne sont pas les 23,6% de chômeurs espagnols qui vont me contredire. La couverture médiatique dont ces 4,75 millions de malheureux font récemment l'objet n'obéit pas qu'à un voyeurisme malsain ; elle permet d'éviter de s'appesantir sur le taux de 15% de chômage au Portugal, de 14,7% en Irlande ou même sur le nouveau record de 9,3% dans cette Italie-qui-va-si-mieux sous la férule de M. Monti.

Par ailleurs, l'Espagne, sensée venir au secours des autres pays de la zone euro au travers du Fonds Européen de Stabilité Financière (FESF), aura elle-même besoin d'un plan d'aide en 2012. La récolte de fonds auprès des bailleurs promet d'être haute en couleurs.

Si la France a choisi de vivre dans le déni, charmée par la mélopée des candidats à la présidence, la rentrée économique et sociale sera abrupte, quel que soit le prochain locataire de l'Elysée. Et ce, même sans rentrer dans la polémique sur la dette réelle du pays...

La Banque Centrale Européenne en échec

Le signe le plus flagrant de l'urgence de la situation dans laquelle se trouve la zone euro vient de l'impasse dans laquelle la BCE s'est elle-même enfermée.

Le risque d'une rechute en récession de l'ensemble de la zone euro reste présent malgré l'injection par la BCE de plus de 1.000 milliards d'euros de liquidités dans le système financier depuis la fin décembre. Une action massive dont les retombées sont encore difficiles à percevoir : malgré une hausse plus forte qu'attendu de la masse monétaire en février, l'activité du secteur manufacturier a décéléré en mars en Allemagne et en France.

En conséquence, même si l'inflation, à 2,6% en mars, reste supérieure à l'objectif, la BCE ne devrait pas [durcir sa politique].

 

Le mandat officiel de la BCE est de lutter contre l'inflation - une inflation désormais très présente en zone euro, bien que pudiquement limitée à 2,6% selon les chiffres officiels. Pour contenir l'inflation, il suffit de ne pas créer de monnaie, mais la BCE, fidèle au dogme keynésien de ses directeurs, a fait exactement le contraire. Elle a inondé les banques de liquidités pour que celles-ci les placent avantageusement en obligations souveraines, et éteignent sous des liasses de billets la fameuse crise de la dette publique...

Mais tout a échoué.

Les liquidités accordées aux banques ont réveillé l'inflation. Elles n'ont nullement permis d'étouffer la crise pour les pays les plus fragiles, comme l'Espagne.

Mario Draghi ne peut pas non plus diminuer la masse monétaire - il s'est engagé auprès des banquiers à leur fournir des liquidités à un taux préférentiel pendant trois ans!

Le taux directeur de la banque est pratiquement à zéro. Pour lutter contre l'inflation, il faudrait le remonter ; mais ce geste sonnerait l'hallali de toutes les socio-démocraties européennes, engluées jusqu'au cou dans la dette publique. Le coût de financement des emprunts d'Etat dépend directement du taux pratiqué par la BCE. Si la BCE lutte contre l'inflation, elle étranglera les pays endettés. Si elle laisse les taux au plancher comme aujourd'hui, l'inflation s'envolera.

Dernière impasse dans laquelle la Banque s'est engouffrée, la dette publique. Entre les rachats d'obligations pourries et les garanties offertes aux créanciers au travers du "plan d'échange volontaire" de dette grecque, la BCE et les autres acteurs publics comme le FMI sont complètement liés aux modèles sociaux en train de couler.

Lors du prochain épisode de la crise de la dette - qui ne saurait tarder, pas plus en Grèce qu'ailleurs - il ne sera plus possible de lessiver encore une fois le secteur privé pendant le que secteur public prend ses distances ; ce dernier sera frappé de plein fouet, et désormais, les contribuables devront payer la note. Une note vertigineuse...

Ce n'est pas qu'une crise financière, mais la fin douloureuse d'une époque, d'un régime, d'un modèle social, d'une monnaie. Non seulement le pire est devant nous, mais la crise s'étendra de pays en pays et va certainement se compter en années.

Les Espagnols, les Grecs, les Portugais et les autres ne sont pas les mauvais élèves de la zone euro qu'il faut pointer du doigt ; plutôt les précurseurs qui ont goûté en premier la potion amère qui nous attend tous.

Non, nous ne sommes pas sortis de la crise, pas vraiment.

20 mars 2012

Lettre aux futurs exilés fiscaux français

Mesdames, messieurs,

Mes chers compatriotes,

Les prochaines élections présidentielles françaises placent les mieux lotis d'entre vous devant un choix impossible. Les deux candidats de tête, François Hollande et Nicolas Sarkozy, semblent rivaliser d'inventivité sur les méthodes à employer pour s'emparer de vos revenus et de votre patrimoine. Ce n'est pas qu'une posture électoraliste ; la France s'abîme toujours plus profondément dans la crise financière et son agressivité fiscale s'en trouve décuplée. Vous en êtes donc parvenu à la seule conclusion logique. Il vous faut quitter le pays.

affiche.pngUne fois le constat établi, reste à trouver la terre d'accueil. La Suisse semble une évidence. La Suisse Romande en particulier allie qualité de vie helvétique, proximité géographique et francophonie. Le TGV met Paris à quelques heures de Lausanne et Genève, et la cité de Calvin dispose même de son aéroport international.

La Suisse bénéficie d'une excellente réputation et d'un attrait indéniable, mais, étant installé dans là-bas depuis quelques années, je me dois d'atténuer l'image un rien idyllique que vous vous faites peut-être de ce petit pays au coeur de l'Europe.

La jalousie, le désir de spoliation et la recherche irrationnelle de boucs émissaires, dont la mise en application vous pousse aujourd'hui à quitter la France, ne se sont pas arrêtés aux frontières de l'Hexagone. Déguisés sous un mince vernis idéologique pour les rendre présentables, ils sont largement présents en Suisse et font leur chemin au sein d'une population économiquement inculte (un comble compte tenu de l'importance historique du secteur bancaire dans le pays) et, parfois, d'une naïveté désarmante.

Prenons l'exemple ô combien parlant du forfait fiscal. Les forfaits fiscaux permettent à des étrangers résidents en Suisse, essentiellement retraités, de subir une imposition sur la base de leur train de vie plutôt que de leurs revenus. Toute activité économique leur est interdite. L'opération n'est rentable qu'à partir d'une certaine fortune ; pendant des décennies, elle a fait de la Suisse un havre de paix pour de riches étrangers souhaitant couler paisiblement leurs vieux jours. Les résidents au forfait profitaient du cadre de vie, les banques de gestion étaient proches de leurs clients et les autorités fiscales locales y trouvaient leur compte.

Aujourd'hui, un peu partout en Europe, les choses ont changé. Qu'un individu se soit acquitté de ses impôts sur chaque centime gagné, paye ses taxes rubis sur l'ongle, sa fortune reste suspecte ; on ne tolère pas l'idée qu'il déplace ses capitaux hors des frontières ; on s'indigne de sa mobilité ; on invoque la "dette sociale" et tous les concepts fumeux qu'on pourra sortir du chapeau. La finalité est évidente. A chaque Etat son troupeau de riches captifs et la tonte sera bien menée.

Aussi absurde que cela paraisse, nombre de citoyens helvétique adhèrent à cette vision.

tonte_mouton.jpgL'idée que l'immigré soit par définition mobile, et l'immigré retraité fortuné encore plus, semble échapper à tout le monde. Or, son absence augmenterait la pression fiscale pour toute la population, parce qu'il faut bien équilibrer les comptes de l'Etat d'une façon ou d'une autre. Cette simple remarque de bon sens n'effleure même pas nos dindes qui s'apprêtent à voter pour Noël.

Entrée en guérilla contre le forfait fiscal, la gauche attaque en suivant la tactique du salami: abattre le forfait fiscal dans quelques cantons, là où il ne concerne finalement personne ; puis progressivement, étendre l'interdiction ; et quand la sauce est bien amenée, imposer brutalement son élimination à toute la Suisse à l'échelle fédérale, suivant la technique éprouvée du "coup de massue venu d'en haut", et au diable l'autonomie cantonale en matière fiscale.

Un jour, on frappe le Valais et ses résidences secondaires, un autre, le canton de Vaud et ses 1200 étrangers au forfait. La mode actuelle consiste à ruiner la Suisse par petits bouts.

Si les forfaits fiscaux en sursis ne concernent qu'une minorité d'entre vous, ils sont symptômatiques d'un état d'esprit. On ferme les frontières aux millionnaires mais pour les autres, et surtout les pires, la porte reste grande ouverte. On loge de vrais-faux requérants d'asile, quitte à expulser des familles. On forme des sans-papiers, quitte à laisser les apprentis en situation régulière sur le carreau. La politique migratoire helvétique marche sur la tête.

L'entrée de la Suisse dans l'Espace Schengen n'a pas influé que sur l'immigration économique. La disparition des frontières profite aussi aux malfrats. Depuis quelques années, la criminalité a explosé. Pour que même un criminologue socialiste l'admette, on devine qu'un certain stade a été franchi.

Baladez-vous dans les rues crottées et taguées de Genève, croisez quelques revendeurs de drogue d'Afrique de l'Ouest au centre de Lausanne, vivez sur l'arc lémanique et faites-vous cambrioler, ou braquer dans une station-service ou une agence de poste ou une banque pas loin de la frontière, et vous comprendrez que la Suisse "propre en ordre" de grand-papa est loin, très loin sous terre, entre deux fossiles de dinosaure.

La Suisse est dans une mauvaise passe. Rien n'indique qu'elle va s'en sortir, bien au contraire. Les priorités de la classe politique sont affligeantes. La population exprime parfois son mécontentement au gré de telle ou telle votation, mais dans les élections générales, c'est l'électroencéphalogramme le calme plat.

Sur un coup d'éclat, les citoyens suisses approuvent parfois des initiatives pour baisser la facture de chauffage ; mais le reste du temps, par habitude, ils continuent d'élire ceux qui laissent les fenêtres ouvertes.

Peut-être aviez vous de ce pays une vision plus proche des clichés habituels, boîtes à coucou, Heidi, montagnes enneigées et délicieux chocolat? La Suisse bénéficie encore d'une belle réputation, elle tombe de haut. Elle n'est pas forcément perdue, d'ailleurs : le chômage reste gérable ; l'Etat est moins endetté que dans le reste de l'Europe ; les citoyens ont encore leur mot à dire, même si, abrutis par la passivité et le fatalisme, ils ne s'en servent plus guère ; le mécanisme des institutions force à une certaine retenue, loin de l'hystérie légaliste française. Mais le réveil de la population tarde à se faire entendre, au point qu'on commence à douter qu'il survienne jamais.

Alors, chers compatriotes français en voie d'exil, sachez-le: la Suisse et ses jolis paysages font une bonne terre d'accueil, mais c'est une terre menacée. En outre, dans sa grande majorité, la classe politique helvétique est servilement soumise à toute organisation supra-nationale, qu'il s'agisse de l'UNESCO, de l'ONU, de la CEDH, de l'Union Européenne, de l'OCDE ou de tout ce que vous pourrez trouver.

Quand on sait que le pays s'est fondé sur l'indépendance des juges étrangers, cela prête à sourire.

Le système politique helvétique favorise aux plus hauts niveaux l'émergence de "candidats de consensus", c'est-à-dire des personnalités les plus faibles. Elles prennent bien plus à coeur de se faire bien voir de leur pairs internationaux que de protéger les intérêts du pays. Oui, la Suisse est bien mal défendue.

En d'autres termes, alors que la Suisse ne cesse de se coucher pour démanteler le peu de secret bancaire qui lui reste, ne vous attendez pas à une grande résistance de sa part lorsque, par exemple, Nicolas Sarkozy mettra à exécution sa menace d'une imposition des Français de l'étranger. Le gouvernement helvétique s'empressera de signer.

Malgré tout, quel que soit le vainqueur de l'élection présidentielle française et puisqu'il faut bien aller quelque part, je m'attends à voir arriver un grand nombre d'entre vous ces prochains mois. Ne soyez pas passifs. Intégrez-vous, et luttez pour que votre pays d'accueil garde quelques qualités.

Faute de quoi, dans pas si longtemps, vous pourriez bien devoir déménager encore.